Feux de forêt en Europe : superficie brûlée record et centrales nucléaires sur le point d’être mises à l’arrêt

L'Europe a entamé le mois d'août avec de vastes incendies de forêt en Grèce, en France, en Espagne et en Turquie, des centaines d'autres feux épars en Roumanie, et une crise de sécheresse et d'incendies menaçant l'approvisionnement en énergie nucléaire en Grande-Bretagne, en Hongrie et en Roumanie.

L'épicentre des incendies se situe désormais en Grèce. Depuis cinq jours, les pompiers des régions d'Attique et de Béotie, dans l'ouest de la Grèce continentale (à environ 70 kilomètres à l'ouest d'Athènes), luttent contre des incendies qui ont ravagé plus de 14 000 hectares, principalement de forêts, et détruit ou endommagé plus de 100 maisons. Plus de 1 000 personnes ont été évacuées de la zone, dont 300 secourues par la mer après que les routes soient devenues impraticables en raison des flammes.

Un pompier volontaire observe des flammes s'élevant près d'une maison lors d'un incendie de forêt près de Porto Germeno, au nord-ouest d'Athènes, en Grèce, le dimanche 2 août 2026. [AP Photo/Michael Varaklas]

L'incendie qui ravage l'ouest de l'Attique est l'un des nombreux feux qui ont fait rage en Grèce la semaine dernière. Plus de 70 se sont déclarés rien que vendredi dernier. Le 29 juillet, un incendie près de la ville de Réthymnon, sur l'île de Crète, a ravagé des milliers d'hectares et entraîné l'évacuation de plus de 8 000 habitants et touristes. La veille, un important incendie à Paros avait détruit environ 1 000 hectares, soit près de 5 % de la superficie de l'île.

La violence des incendies est due à la chaleur estivale extrême, qui a rendu la végétation extrêmement sèche, et aux forts vents saisonniers qui ont permis aux flammes de se propager rapidement, rendant la lutte contre les incendies particulièrement difficile.

Dimanche, deux pompiers ont trouvé la mort dans l'ouest de l'Attique lors d'une collision entre deux hélicoptères pendant une opération de lutte contre les incendies au-dessus du village de Psatha. La semaine dernière, deux pompiers ont péri en Crète, piégés par les flammes alors qu'ils circulaient entre les fronts de feu. Un cinquième pompier a trouvé la mort la semaine dernière dans un autre incendie survenu dans le Péloponnèse, dans le sud de la Grèce.

Au 3 août, selon les cartes de Copernicus, l'incendie de l'ouest de l'Attique avait ravagé quelque 13 290 hectares. Après des incendies répétés et toujours plus violents, une grande partie des forêts grecques est menacée d'extinction. D'après l'Observatoire national d'Athènes, 42 % de la superficie forestière de l'Attique a brûlé au cours de la dernière décennie.

Bien que les incendies les plus importants semblent contenus en surface, la menace demeure. Cette semaine, le quotidien grec To Vima (La Tribune) a publié les analyses d'Efthymis Lekkas, président de l'Organisation grecque de planification et de protection contre les séismes (OASP) et professeur de tectonique dynamique, de géologie appliquée et de gestion des catastrophes naturelles à l'Université nationale et capodistrienne d'Athènes.

S'exprimant sur la chaîne de télévision publique ERT, Lekkas a expliqué que même lorsqu'un feu de surface semble éteint, « le feu peut rester actif pendant des jours à l'intérieur de la zone brûlée. Il arrive que les troncs et les systèmes racinaires continuent de brûler sous terre. Cette combustion peut durer des semaines, voire des mois. »

Ce phénomène a déjà été observé lors de « grands incendies de forêt en Grèce par le passé, notamment ceux de 2007 à Ilia, au mont Parnitha et à Chios », rapporte To Vima.

En France, l'incendie de la Gironde, à l'ouest de Bordeaux, a ravagé quelque 42 000 hectares. Il s'agit du plus grand incendie de forêt en France depuis 1949 et du premier du pays à avoir généré son propre pyrocumulonimbus. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées, soit le plus important déplacement de population civile en France hors temps de guerre.

Lorsque l'incendie a été déclaré maîtrisé le 1er août, plus de 330 pompiers avaient été blessés et 252 bâtiments, détruits. La Chambre de commerce de Gironde a recensé 40 000 entreprises touchées et 19 500, fermées en raison des ordres d’évacuation et des perturbations causées par les incendies.

Dans l’ensemble de l’Union européenne (UE), le Système européen d’information sur les feux de forêt avait cartographié 457 459 hectares brûlés au 29 juillet, répartis sur 1 407 incendies détectés, libérant environ 17,98 millions de tonnes de CO2 – près d’un tiers de plus qu’à la même date en 2025 et environ deux fois et demie la moyenne des 20 dernières années.

Des conditions climatiques extrêmes, marquées par des incendies et la sécheresse, ont menacé l’approvisionnement en énergie nucléaire dans trois pays. Un incendie s’est déclaré à Dunwich Heath, sur la côte du Suffolk en Angleterre, le soir du 29 juillet, s’approchant à moins de cinq kilomètres de la centrale nucléaire de Sizewell B, qui fournit environ 3 % de l’électricité du Royaume-Uni, et à proximité du chantier de construction de Sizewell C.

En une journée, la superficie de l’incendie avait atteint environ 150 hectares. Les pompiers du Suffolk ont déployé 18 camions de pompiers et plus de 100 hommes, avec des renforts venus de Londres et d'ailleurs. Ils n'ont pu maîtriser l'incendie qu'en utilisant des bulldozers, des tracteurs prêtés par des agriculteurs locaux et des véhicules fournis par les exploitants des centrales de Sizewell B et C pour créer des pare-feu de 15 mètres de large autour du site durant le week-end du 1er et 2 août.

Mercredi, l'incendie restait un incident majeur, des foyers souterrains brûlant encore à environ 600 °C.

La sécheresse a réduit le niveau de nombreux cours d'eau européens. Le niveau historiquement bas du Danube prive deux centrales nucléaires d'eau de refroidissement. La centrale hongroise de Paks, qui fournit près de la moitié de l'électricité du pays, a réduit sa production progressivement à partir du 27 juillet, avec la mise hors service de réacteurs individuels entre le 29 juillet et le 1er août, ne laissant qu'une seule turbine connectée et fonctionnant à environ un dixième de sa capacité.

Le premier ministre Péter Magyar a déclaré qu'aux premières heures du 4 août, la centrale a frôlé l'arrêt complet, le premier de ses 44 ans d'existence, évité de justesse grâce à la remontée du niveau du fleuve de 1,5 centimètre dans la matinée.

La centrale roumaine de Cernavoda, également située sur le Danube, a été contrainte de mettre à l'arrêt son réacteur n° 1 le 28 juillet, et un état d'alerte énergétique national a été déclaré pour le mois d'août après que le réacteur n° 2 a été menacé. Le 3 août, la marine roumaine a procédé à des explosions contrôlées sans précédent sur le canal de Bala, sur le Danube, afin de rediriger l'eau vers la prise d'eau de la centrale. Le lendemain, elle a coulé des navires chargés de roches dans un second canal. Le premier ministre par intérim, Ilie Bolojan, a déclaré que ces mesures étaient nécessaires pour éviter une perte de 20 % de la production électrique nationale.

Jusqu'à 400 000 personnes en Espagne, en France, en Grèce, en Turquie et au Portugal ont été contraintes de fuir les incendies ou ont reçu l'ordre d'évacuer. Ces incendies ont fait au moins 17 victimes sur le continent, dont 14 à Los Gallardos, près d'Almería, en Espagne – l'incendie le plus meurtrier de la saison. Au total, huit pompiers et membres d'équipage aérien ont péri en luttant contre les incendies en France, en Sicile et en Grèce.

Ces chiffres ne représentent qu'une fraction du nombre total de décès dus aux vagues de chaleur répétées qui ont frappé l'Europe ces trois derniers mois. L'Angleterre et le Pays de Galles, situés au nord du continent et qui n'ont pas subi les températures les plus élevées, ont néanmoins enregistré leur mois de juillet le plus sec depuis près de 200 ans. L'ensemble du Pays de Galles et la moitié de l'Angleterre sont officiellement en situation de sécheresse.

Au 30 juillet, la Grande-Bretagne avait enregistré 2 877 décès liés à la chaleur cette année, soit près du double du total pour toute l'année 2025 et un chiffre proche du record de 2 985 décès établi en 2022.

Mercredi, l'Italie a placé ses 27 principales villes en alerte canicule maximale alors qu'une quatrième vague de chaleur s'abat sur le pays, les températures approchant les 40 °C cette semaine – une première : toutes les villes italiennes sont placées en alerte rouge. Le Guardian a rapporté que cette vague de chaleur a été liée à au moins quatre décès récents, dont ceux de deux travailleurs en extérieur dans les zones industrielles de Lombardie et d'un agent de sécurité à Bologne, qui aurait succombé à un malaise lié à la chaleur dans sa voiture.

Les États capitalistes européens n'ont pratiquement rien fait pour inverser les politiques qui amènent la planète au bord du franchissement du seuil de 1,5 degré Celsius de réchauffement climatique – les mêmes politiques qui alimentent les phénomènes météorologiques extrêmes à l'origine d'incendies de forêt catastrophiques.

Au lieu de cela, ils pillent les ressources de la société pour financer de vastes projets de réarmement en prévision d'un conflit entre grandes puissances. Leur incapacité à répondre efficacement à cette crise est la conséquence directe des mesures d'austérité mises en œuvre à l'échelle du continent pour financer les dépenses militaires et enrichir les plus fortunés. Selon une étude du Parlement européen, les dépenses de défense de l'UE sont passées de 218 milliards d'euros en 2021 à 381 milliards d'euros prévus pour 2025 – soit une augmentation d'environ 75 %.

(Article paru en anglais le 5 août 2026)

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