Le Comité de base de National Steel Car : chef de file de la lutte contre le travail à la pièce et les trahisons syndicales qui montre la voie à suivre

Piquet de grève des travailleurs de National Steel Car devant l'usine

Plus de 1 200 travailleurs de National Steel Car à Hamilton, en Ontario, ont débrayé le 12 août après avoir voté à une écrasante majorité (79 %) contre la « dernière et meilleure offre » de l'entreprise. Cette grève, la deuxième en trois ans dans cette usine, vise à abolir le système brutal de rémunération à la pièce – appelé de manière trompeuse « programme de primes » – qui a causé la mort de trois travailleurs entre 2020 et 2022 : Fraser Cowan, Collin Grayley et Quoc Le.

Le Comité de base de National Steel Car (CBNSC) a été fondé par les ouvriers en juin 2023, à la veille de la dernière grève, après qu'il leur soit apparu clairement que la bureaucratie des Métallos (United Steelworkers – USW) ne mènerait pas une véritable lutte pour défendre leurs revendications. Durant ces 41 jours de grève, les Métallos n’ont accordé aux travailleurs que 260 dollars par semaine d'indemnités de grève alors qu'ils disposaient d'une caisse de grève de 850 millions de dollars. Ils ont également fait défiler des politiciens du Nouveau Parti démocratique (NPD) sur les piquets de grève pour des séances photos, et a finalement imposé une convention collective qui maintenait le travail à la pièce et prévoyait des augmentations salariales insuffisantes.

Le comité a publié mercredi une déclaration intitulée : « Faisons de la grève chez National Steel Car une contre-offensive des travailleurs d’Amérique du Nord : la lutte de classe, pas la guerre commerciale ! » Cette organisation de la base est devenue un pôle d'opposition à la direction pro-patronale des Métallos. Elle est affiliée à l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), centre organisationnel de la lutte ouvrière transfrontalière, fondée par le Comité international de la Quatrième Internationale en 2021.

Dans une interview approfondie accordée au WSWS, un membre éminent du CBNSC a analysé les leçons politiques de la trahison de 2023, le caractère destructeur du système de travail à la pièce, la proposition des Métallos de collaborer avec l'entreprise pour gérer ce système, et la nécessité pour les travailleurs de prendre en main la lutte et de l'étendre à l'échelle internationale.

Revenant sur la dernière grève, le travailleur a expliqué que le syndicat n'avait rien fait pour étendre la lutte à d'autres catégories de travailleurs, alors même que les revendications des travailleurs – salaires, sécurité au travail et abolition du travail à la pièce – auraient trouvé un large soutien parmi les travailleurs de Hamilton, du Canada et du monde entier. « Pendant une semaine environ, ils ont fait défiler devant nous divers bureaucrates syndicaux et politiciens néo-démocrates – une tactique qu'ils emploient encore lors de la grève actuelle. Aujourd'hui, ils ont même organisé une petite distribution de crème glacée. Puis, ils sont restés assis, et rien ne s'est passé pendant six semaines et demie, jusqu'à ce que Steel Car décide de les appeler », a-t-il déclaré. Quelques heures plus tard, un accord était conclu.

Les représentants des Métallos et le chef fédéral du NPD, Jagmeet Singh, ont apporté un soutien symbolique aux travailleurs de National Steel Car lors de leur grève de six semaines à l'été 2023. [Photo: Sarah Jama/X (Twitter)]

L’enjeu central, alors comme aujourd'hui, était le travail à la pièce. « Cela oppose les travailleurs les uns aux autres. C'est archaïque. C'est clairement une forme de vol de salaire. Et c'est ce qui a causé les trois décès survenus ici ces dernières années. [Le PDG Greg] Aziz a du sang sur les mains depuis qu'il est propriétaire de l'entreprise. »

Avant les négociations contractuelles actuelles, la position de la direction des Métallos sur l'abolition du travail à la pièce était « correcte » en théorie, a-t-il noté, mais « en pratique, franchement, c'était catastrophique ». Le syndicat a présenté une « demi-mesure » lors d'une réunion à laquelle peu de travailleurs avaient participé en mai : un taux horaire fixe de 32 $, ce qui aurait entraîné une baisse de salaire pour de nombreux soudeurs. « Au lieu de cela, la réponse que nous aurions dû obtenir était la suivante : votre taux de prime correspond à votre salaire réel, et ce criminel qui possède l'entreprise vous vole, ou tente de vous voler, 25 % de votre salaire, quel que soit votre poste, quel que soit le taux horaire, à moins que vous ne vous soumettiez à ses exigences, que vous ne mettiez votre vie en danger, que vous ne vous épuisiez physiquement et que vous ne vous tuiez potentiellement à la tâche. »

Comme prévu, la contestation de l'arbitrage par le syndicat a échoué, puisque la convention collective négociée par le syndicat lui-même stipule explicitement dans une lettre d'entente que les taux de travail à la pièce ne sont ni négociables ni susceptibles de recours.

En réponse, la bureaucratie des Métallos a complètement abandonné la revendication de l'abolition du travail à la pièce. Elle se dit désormais prête à en faciliter l'administration, à condition que l'entreprise accepte que ses responsables syndicaux aient leur mot à dire dans la fixation des tarifs. « Voilà que les Métallos se retrouvent mêlés au processus de profit de cette entreprise. » Selon un travailleur, cela « conduirait inévitablement à la cooptation des dirigeants syndicaux par l'entreprise, qui se chargeraient en fait du sale boulot de la direction pour atteindre leurs objectifs.»

Greg Aziz en 2013 [Photo: Colbert County Sheriff]

L'employé a évoqué le cas de Greg Aziz, propriétaire de NSC, inculpé de fraude aux États-Unis pour avoir détourné environ 625 millions de dollars du système de retraite de l'Alabama, un fonds de pension des employés de l'État, pour une usine de fabrication de wagons de chemin de fer qui n'a jamais été achevée. « Il a fini par payer 20 millions de dollars, en gros pour s'en tirer. C'est comme si vous et moi volions 10 000 dollars à une banque, en remboursions 100 et considérions l'affaire comme réglée. »

Pour les décès de Fraser Cowan, Collin Grayley et Quoc Le, Aziz a payé un total de 650 000 dollars d'amendes. « Si sa marge bénéficiaire est de 10 %, et elle est probablement plus élevée, cela représente 250 000 dollars de profit par semaine sur une seule chaine de production. 650 000 dollars, c'est probablement l'équivalent d'une journée de chiffre d'affaires pour lui, pour avoir ôté la vie à trois personnes. C'est de l'argent de poche. »

L'ouvrier a comparé le traitement réservé par Aziz à ses chevaux – logés dans des écuries climatisées pour les compétitions de saut d'obstacles de sa fille – aux conditions de travail à l'usine. « Nous sommes dans un bâtiment qui, il y a quelques années, était insalubre, au bord de l'effondrement. Il traite mieux les chevaux que les personnes qui contribuent à ses profits. »

L'ouvrier a dénoncé la promotion par les Métallos des politiques tarifaires nationalistes « Équipe Canada », qui asservissent les travailleurs à leur propre classe dirigeante et les dressent les uns contre les autres. « Les wagons de chemin de fer, c'est comme les automobiles. Les pièces proviennent du monde entier, et les wagons sont construits ici, à Hamilton. Ce n'est pas un 'wagon canadien'. C'est un ensemble de pièces provenant d'autres régions, simplement assemblées ici. »

Il se souvenait que, durant la première administration Trump, le regretté président des Métallos, Leo Gerard, « s'était efforcé de démontrer que l'acier canadien était essentiel et devait être exempté de droits de douane, car il était bénéfique à l'industrie de guerre et à l'armée des États-Unis. En cas de guerre, ce serait nous qui mourrions. Ce ne serait ni Greg Aziz ni personne d'autre. »

Pour contrer la course vers le bas et la guerre, il faut une solidarité internationale de la classe ouvrière. « Si quelqu'un fabrique un composant de wagon au Mexique, ce n'est pas notre ennemi. Idem pour le sud des États-Unis, ou si nous importons des pièces de Chine ou d'Europe de l'Est. Ce ne sont pas nos ennemis, en tant que travailleurs. »

La bureaucratie des Métallos, explique le travailleur, étouffe systématiquement toute dissidence. « Leurs tactiques pour faire taire les voix dissidentes consistaient, du moins lorsqu'ils parvenaient à les contrôler, à les intimider, à les faire fuir et à les humilier. » Avant les négociations, le syndicat a sommé ses membres de « ne parler à personne en dehors des instances autorisées par le comité de négociation. C'est une approche très autoritaire. Ils n'autorisent personne à réfléchir par lui-même. »

La raison est claire : « S'ils étaient contraints d'envisager une option plus militante, exigeant davantage d'indépendance, cela menacerait les Métallos, et notamment la section locale USW 7135, mais aussi le bureau de district et le bureau national. Ce serait le signe qu'une autre voie est possible et que leurs méthodes ne sont peut-être pas les seules. »

À la base de ce problème se trouve le cadre même de la négociation collective, dont le travailleur a retracé l'origine jusqu'à la formule Rand des années 1940. « Depuis les années 1940, tous les accords de travail comportent une clause de non-grève et de non-lock-out. Cette clause stipule que, pendant toute la durée du contrat, l'entreprise s'engage à ne procéder à aucun lock-out et le syndicat s'engage à ne rien faire qui puisse menacer les profits – et la liste est longue : ralentissements de travail, grèves sur le tas, toutes ces méthodes qui fonctionnaient autrefois. Ils ont renoncé à tout cela en échange du versement des cotisations. »

Résultat, a-t-il expliqué, le syndicat fonctionne comme « une force de police du travail, essentiellement pour faire respecter cette clause ». L'arbitrage sur le travail à la pièce l'a démontré : le syndicat s'appuie sur un système « qui n'a aidé personne et qui ne contribue certainement pas à améliorer les relations avec les employeurs ».

Quant aux politiciens du NPD qui se pressent sur les piquets de grève pour se faire photographier, le travailleur a été direct. « Il y a une raison pour laquelle le NPD a perdu autant de soutien au cours des 15 dernières années. Parce que malgré toute leur rhétorique, leur rhétorique réformiste, ils ne font rien concrètement pour les travailleurs. C'est devenu essentiellement un parti de mères de famille banlieusardes qui aiment boire du vin. »

La députée néo-démocrate Robin Lennox (au centre) avec le président de la section locale 7135 des Métallos, Frank Crowder (à droite), et le représentant du district 6 des Métallos, John Catto, sur le piquet de grève devant NSC, le 14 août 2026 [Photo: Robin Lennox on X]

Selon lui, la social-démocratie est « la forme la moins réactionnaire de la politique bourgeoise, mais elle reste réactionnaire, et son but [...] était de piéger les gens ». Il a rappelé la célèbre remarque de Franklin Delano Roosevelt selon laquelle son plus grand accomplissement avait été de sauver le capitalisme de lui-même. « Le NPD ne fera rien pour les travailleurs, car il est là pour sauver le système. »

Les Métallos, qui ont contribué à fonder le NPD, entretiennent une « relation symbiotique » avec le parti. « Encore une fois, pour piéger les gens dans le système, et non pour leur donner une porte de sortie. »

Les conditions de travail à l’usine se sont « nettement détériorées » depuis l’entente de capitulation de 2023, a déclaré le travailleur. Les salaires ont été volés par le biais du travail à la pièce, le syndicat est resté inactif, et la proposition salariale actuelle – 3 %, 2 % et 2 % sur trois ans – est encore pire que celle rejetée par les travailleurs il y a trois ans.

Ce qu'il faut, a-t-il affirmé, c'est une organisation de la base « qui entend porter le combat, qui entend élargir la lutte, et non la cantonner à ce qui se passe chez National Steel Car ». Cela implique de se lier aux cheminots du Canada et des États-Unis, aux comités de base qui émergent dans les secteurs de l'automobile et de la logistique, et aux travailleurs du monde entier. « La seule façon pour ces entreprises d'apprendre, c'est de retrouver le niveau de militantisme qui a permis la création de ces syndicats, ce que la bureaucratie n'a absolument aucune intention de faire. »

« Les problèmes chez National Steel Car ne sont pas isolés », a-t-il conclu. « On observe le même phénomène ailleurs. D'autres comités de base se forment, exprimant le mécontentement des travailleurs face au fonctionnement actuel du mouvement syndical. »

Il a cité l'exemple des employés de Nexteer au Michigan, la campagne de Will Lehman pour la présidence de l'UAW et la lutte des cheminots il y a trois ans. « Ce mouvement prend de l'ampleur pour une raison : le processus de négociation dans le cadre “ légal” ne fonctionne pas pour les travailleurs. »

« Ces entreprises sont internationales. National Steel Car a beau être basée à Hamilton, les wagons que nous fabriquons circulent partout en Amérique du Nord. Il faut dépasser le cadre national et aborder les choses à l'échelle internationale. »

Pour rejoindre le Comité de base de National Steel Car, contactez nscrfc@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous.

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