Les élections québécoises déclenchées en pleine guerre économique avec les États-Unis

La première ministre du Québec, Christine Fréchette

Le 27 août, la première ministre Christine Fréchette, à la tête de la Coalition avenir Québec (CAQ), a déclenché des élections provinciales québécoises. Le scrutin se tiendra le 5 octobre, au terme d’une campagne de 39 jours. Les sondages font état d’une grande volatilité dans les intentions de vote, ce qui soulève la possibilité de voir cinq partis faire élire des députés à l’Assemblée nationale du Québec sans qu’aucun ne gagne une majorité des sièges.

Ces élections surviennent dans un contexte d’intensification de la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada. Après l’échec de négociations menées sous la constante menace de nouveaux tarifs sur les produits d’exportation canadiens, le président Trump a imposé le 22 août des droits de douane de 50% sur plus de 20 milliards de dollars de marchandises canadiennes, en plus de doubler certains tarifs imposés lors de la première phase de sa guerre commerciale mondiale. En réponse, le premier ministre canadien Mark Carney a déclaré que le Canada imposerait des droits équivalents «au dollar près» sur des produits américains, affirmant que le pays était désormais «en guerre».

Cette confrontation commerciale n’est qu’un volet d’une guerre mondiale en expansion. Face à une crise profonde du capitalisme américain – illustrée par une dette nationale record atteignant 40.000 milliards de dollars – la classe dirigeante américaine cherche à rediviser le monde par la force afin de consolider son contrôle sur les marchés, les ressources et les points stratégiques. La guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine, le conflit mené par les États-Unis et Israël contre l’Iran et le génocide des Palestiniens ne sont que les premiers fronts d’un affrontement dont la principale cible est la Chine.

Puissance impérialiste de second ordre ayant historiquement profité de ses liens avec l’empire britannique puis de son alliance avec Washington, le Canada se retrouve plongé au cœur de cette troisième guerre mondiale émergente. Durement frappée par les tarifs de Trump, la bourgeoisie canadienne ne s’oppose pas à l’aspirant-dictateur américain par principe, mais uniquement parce que le programme «America First» de ce dernier contrecarre ses propres intérêts. Comme le Canada et pour les mêmes raisons, l’impérialisme européen est similairement engagé dans une campagne massive d’agression et de réarmement.

Sous couvert de nationalisme canadien et en utilisant Trump comme prétexte, les gouvernements libéraux de Justin Trudeau puis de Mark Carney ont fait basculer la politique officielle vers la droite et imposé un programme militariste de réarmement massif et de réduction des impôts sur les entreprises et les plus riches.

C’est la classe ouvrière qui va payer cette orgie de dépenses militaires via l’imposition de politiques d’austérité et le démantèlement des droits démocratiques et sociaux des travailleurs.

Ces enjeux fondamentaux – descente vers la guerre mondiale, austérité drastique au niveau fédéral et provincial, destruction des emplois et des salaires, hausse du coût de la vie, pénurie de logements abordables – seront occultés durant la campagne électorale québécoise et remplacés par un déluge de nationalisme québécois et canadien.

Malgré la démission de François Legault en janvier 2026 et son remplacement par Fréchette, le gouvernement de la CAQ demeure profondément impopulaire. Depuis 2018, il mène une véritable guerre de classe contre les travailleurs: baisse du salaire réel, démantèlement et privatisation des services publics, priorisation des profits sur les vies humaines au plus fort de la pandémie de COVID-19, et attaques croissantes contre le droit de grève – notamment via la loi 14 qui permet au ministre du Travail de mettre fin arbitrairement à toute grève sous prétexte de protéger le «bien-être de la population».

Pour diviser la classe ouvrière et détourner la colère suscitée par ses politiques d’austérité, la CAQ a attisé le nationalisme québécois et le chauvinisme anti-immigrants, particulièrement dans sa variante antimusulmane, en adoptant des lois discriminatoires sur la «laïcité de l’État» et la «protection» du français.

Quatre autres partis sont en lice pour former le prochain gouvernement. En tête des sondages depuis l’an dernier, le Parti québécois (PQ) est considéré par plusieurs observateurs comme favori pour remporter l’élection du 5 octobre – même avec seulement un tiers du vote populaire.

Délaissé par les travailleurs après les coupes sociales massives des années Parizeau/Bouchard/Landry (1994-2003), le PQ s’est reconstruit sous Paul St-Pierre Plamondon autour d’un nationalisme québécois explicitement chauvin et d’une xénophobie virulente, faisant des immigrants les boucs émissaires des problèmes sociaux criants. En 2026, St-Pierre Plamondon a accordé une entrevue d’une heure à Rebel News, média d’extrême-droite lié au mouvement MAGA et aux fascistes européens, où il a promu une variante québécoise de la théorie fasciste du «Grand Remplacement», affirmant qu’Ottawa cherche à «noyer» la «nation» québécoise francophone sous un flot d’immigrants anglophones.

Après avoir frôlé la disparition en 2022, le PQ a été relancé non pas à la faveur d’un mouvement populaire, mais par des sections de la classe dirigeante, ses alliés dans les grands médias – notamment le Journal de Montréal, propriété du milliardaire Pierre Karl Péladeau – et la bureaucratie syndicale.

Ayant abandonné depuis longtemps les prétentions progressistes du souverainisme québécois, le PQ prône désormais l’indépendance comme une opportunité historique de mettre la hache dans les dépenses sociales sous le prétexte de mettre fin au dédoublement de programmes et de réduire drastiquement la bureaucratie et le nombre de fonctionnaires.

Il fait campagne pour l’indépendance sur des positions très à droite: baisse de 20% des impôts des entreprises «québécoises», privatisation des services publics, baisse massive de l’immigration, création d’une armée québécoise et participation à l’OTAN et au NORAD. Représentant des sections de la bourgeoisie québécoise cherchant une entente directe avec Washington, St-Pierre Plamondon a soigneusement évité de critiquer Trump sur les tarifs douaniers.

Le programme du PQ vise la création d’un troisième État capitaliste et impérialiste en Amérique du Nord, conçu pour diviser les travailleurs québécois, selon des critères ethnolinguistiques, de leurs frères et sœurs du reste du Canada et des Amériques.

Québec solidaire (QS), autre parti indépendantiste, représente la pseudo-gauche québécoise. Procapitaliste, il exprime les aspirations de couches privilégiées de la classe moyenne supérieure. Bien qu’il n’ait aucune chance de former le gouvernement, QS jouera un rôle important pour donner un vernis «progressiste» à une campagne chauvine et canaliser l’opposition des travailleurs vers les partis bourgeois, particulièrement le PQ, auquel il est prêt à s’allier. QS s’est engagé à soutenir le camp du Oui mené par le PQ si ce dernier tient sa promesse de tenir un troisième référendum sur l’indépendance du Québec.

Tout en critiquant parfois les excès de St-Pierre Plamondon, QS légitime son chauvinisme en présentant le «débat» sur l’immigration comme «sain et pacifique» et en affirmant que le PQ «n’est pas intolérant» et ne devrait pas être comparé à Trump ou Le Pen.

Historiquement, le Parti libéral du Québec (PLQ) a été le plus ouvertement associé à la grande entreprise. La dernière fois qu’il a été au pouvoir, entre 2014 et 2018 sous Philippe Couillard, le PLQ a imposé des coupes radicales dans le cadre de l’une des pires vagues d’austérité de l’histoire du Québec.

Signe de l’ampleur du tournant vers la droite de la politique au Québec, le PLQ, dirigé par l’ex-PDG de la Fédération des chambres de commerce Charles Milliard, se présente comme plus libéral sur l’immigration et moins enclin au chauvinisme. Pourtant, c’est le PLQ qui a proposé le premier, dans sa Loi 62, d’interdire les services publics à «visage couvert», inspirant ainsi l’infâme Loi 21 de la CAQ. Opposé à l’indépendance, le PLQ mobilise le nationalisme canadien et l’opposition aux tarifs de Trump pour rallier les travailleurs derrière l’État fédéral et «leur» bourgeoisie.

Le Parti conservateur du Québec (PCQ), dirigé par Éric Duhaime, propose un programme entièrement réactionnaire et concurrence la CAQ pour séduire l’électorat très à droite opposé au séparatisme du PQ. Duhaime s’est opposé violemment aux mesures sanitaires contre la COVID-19 et a soutenu le «convoi de la liberté» d’extrême-droite. Le PCQ prône des réductions massives des dépenses sociales, une déréglementation accélérée, une privatisation accrue en santé et en éducation, et des baisses d’impôts «records» pour les entreprises et les riches. Malgré son faible soutien populaire à l’extérieur de la Ville de Québec et de la Beauce, il bénéficie d’une couverture médiatique importante, car une partie de la classe dirigeante souhaite utiliser son programme ultra-réactionnaire pour pousser encore plus à droite l’ensemble de la politique québécoise.

Les travailleurs québécois n’ont pas intérêt à appuyer aucun de ces partis le 5 octobre: tous leur réservent austérité, réduction des salaires et des emplois, détérioration des services publics, aggravation des inégalités sociales, inaction face au changement climatique et attaques contre les droits sociaux et démocratiques.

Seul le développement d’un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière, en rupture avec les partis de la grande entreprise et les syndicats pro-capitalistes, peut permettre aux travailleurs de défendre leurs véritables intérêts de classe.

Le rôle de la bureaucratie syndicale est d’isoler et de saboter systématiquement les luttes ouvrières croissantes – comme celles menées récemment dans le secteur public québécois, par les postiers ou par les agents de bord d’Air Canada – et de les ramener politiquement sous l’emprise du nationalisme québécois et dans le giron du PQ.

Dans un geste qui démontre une fois de plus jusqu’où la bureaucratie est prête à aller pour attacher la classe ouvrière au PQ, la présidente de la FTQ, Magali Picard, a participé au Congrès d’orientation du PQ en début d’année où elle a endossé la posture «favorable aux travailleurs» de ce parti pro-austérité et pro-impérialiste, démagogie qui rappelle celle du chef conservateur fédéral Pierre Poilièvre ou du fasciste Donald Trump qui marche dans les pas de Hitler.

En opposition au nationalisme réactionnaire de la bureaucratie syndicale, toutes les sections de la classe ouvrière canadienne – francophones, anglophones et immigrants – doivent s’unir entre elles et avec leurs frères et sœurs de classe des États-Unis et d’outremer dans une lutte pour le pouvoir et pour une réorganisation socialiste de la société.

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