Quiconque a appris vendredi que le conseil de surveillance de Volkswagen avait approuvé à l'unanimité la suppression de 50 000 emplois supplémentaires n'a pu s'empêcher de se demander: y a-t-il vraiment aucune limite à la trahison des travailleurs et des membres des syndicats par IG Metall et ses représentants aux comités d'entreprises?
Dans le système d'entreprise allemand à deux niveaux, un conseil de surveillance supervise le directoire, qui gère les opérations quotidiennes. Conformément à la loi, le conseil de surveillance de Volkswagen est composé à parts égales (selon le principe de parité) de représentants des actionnaires et des salariés. Au sein de ce conseil, les prétendus représentants des salariés, alliés au Land de Basse-Saxe, dirigé par le Parti social-démocrate (SPD) et actionnaire majeur de Volkswagen, détiennent la majorité et auraient pu bloquer les projets du directoire. Au lieu de quoi, ils ont pris les salariés par surprise, avancé la réunion du conseil de surveillance initialement prévue vendredi et approuvé sans réserve les diktats du clan des milliardaires Porsche-Piëch, actionnaire majoritaire du groupe.
La décision prise par le conseil de surveillance du groupe ne peut être qualifiée que d’historique. L'appareil syndical s'est fait l’instrument direct de la direction et des actionnaires. Quelque 75 000 emplois en Allemagne et des dizaines de milliers d'autres dans le monde vont être supprimés.
Sans aucune concertation avec les membres du syndicat ni avec les plus de 600 000 salariés à travers le monde, une poignée de bureaucrates syndicaux grassement payés, achetés par la direction, se sont arrogé le droit de décider du sort de milliers de familles ouvrières, approuvant lors d'une réunion secrète tenue toute la nuit toutes les exigences du conseil d'administration et des familles propriétaires de l'entreprise.
Mercredi dernier encore, tous les représentants d'IG Metall et du comité d'entreprise avaient déclaré publiquement à plusieurs reprises que le conseil de surveillance n'approuverait pas le plan de restructuration élaboré par le PDG du groupe VW, Oliver Blume. Deux jours plus tard seulement, jeudi soir, le conseil de surveillance l'a adopté à l'unanimité.
Le conseil de surveillance devait initialement se réunir vendredi. Mais selon Manager Magazin, citant une source interne, Olaf Lies, ministre-président SPD de Basse-Saxe et membre du conseil de surveillance, a rencontré secrètement la direction de Volkswagen mercredi soir pour négocier le plan de restructuration. Christiane Benner, présidente d'IG Metall, et Daniela Cavallo, présidente du comité d'entreprise général et du comité d'entreprise du groupe, auraient ensuite été convoquées. Dès le lendemain matin, les détails avaient été finalisés.
Jeudi, le présidium du conseil de surveillance s'est réuni pour la première fois. Outre Lies, Benner et Cavallo, ses membres comprennent le président du conseil de surveillance, Hans Dieter Pötsch, et les représentants des propriétaires, Hans Michel Piëch et Wolfgang Porsche, ainsi que Rita Beck (vice-présidente du comité d'entreprise d'Audi Ingolstadt) et Gerardo Scarpino (directeur général du comité d'entreprise du groupe), bras droit de Cavallo.
Après l'accord du présidium, la réunion du conseil de surveillance initialement prévue vendredi a été avancée à jeudi soir. À cette occasion, tous les membres du conseil de surveillance ont approuvé en bloc le plan de restructuration, aux côtés des membres du présidium, notamment les représentants du comité d'entreprise et les responsables d'IG Metall: Harald Buck (Porsche), Daniela Nowak (VW Braunschweig), Karina Schnur (MAN Truck & Bus), Conny Schönhardt (direction d'IG Metall) et Matías Carnero Sojo (SEAT).
C’est ainsi que les directions du SPD, d’IG Metall et du comité d’entreprise se sont entendues, lors de réunions secrètes et en l’espace de 24 heures, sur un massacre d’emplois sans précédent.
Le directoire et les familles propriétaires avaient exigé la suppression de 50 000 emplois supplémentaires, dont 25 000 en Allemagne. Cette mesure est désormais appliquée à la lettre. Si l’on ajoute les réductions d’effectifs déjà convenues, le massacre d’emplois, rien qu’en Allemagne, s’élève désormais à 75 000 postes supprimés.
Par ailleurs, 45 000 emplois dans les quatre usines allemandes restent directement menacés. Selon IG Metall, la direction a « certifié de graves désavantages concurrentiels » à Emden, Hanovre, Neckarsulm et Zwickau, et n’entend pas « leur allouer de nouveaux produits entre 2031 et 2034». Cette situation n’apporte « aucune certitude », indique le syndicat, et des «alternatives quant à l’utilisation» sont à l’étude, autrement dit, une mise en vente, de préférence à l’industrie de l’armement.
Les 25 000 emplois menacés de suppression hors d'Allemagne ne semblent intéresser ni IG Metall ni le comité d'entreprise de Cavallo. Citant le plan de restructuration de 146 pages du directoire, le média d'investigation allemand Correctiv a rapporté qu'une cinquième usine devrait fermer ses portes. Selon des sources proches de la direction, le site de Győr, en Hongrie, pourrait être concerné.
Selon son article, la marque espagnole Seat est également en cours d'examen et pourrait disparaître «au plus tard fin 2029». Fondée en 1950, Seat a appartenu à Fiat jusqu'en 1982, avant d'être rachetée par Volkswagen.
Tout ceci vise à garantir l'objectif principal des propriétaires: accroître les profits. Un rendement opérationnel de 9 pour cent doit être atteint d'ici trois ans. Il s'élevait à 3,8 pour cent à la mi-2026. Par ailleurs, des investissements de 135 milliards d'euros sont prévus entre 2027 et 2031, contre 180 milliards d'euros initialement prévus en 2024. C’est cet argent, dont on avait eu prétendument un besoin urgent qui avait servi en 2024 à justifier la suppression de 35 000 emplois et des baisses de salaires jusqu'à 20 pour cent.
Un communiqué de presse du groupe Volkswagen cite Cavallo ainsi: «Ce plan d’avenir est indispensable pour bien assurer la position de notre groupe au cours de la prochaine décennie, sans que les mesures envisagées ne se fassent unilatéralement au détriment des salariés.» Volkswagen préservait par là «l’importance égale accordée à la sécurité de l’emploi et à la viabilité économique».
On n'en croit pas ses yeux. De quoi parle Cavallo, elle qui reçoit chaque année plusieurs centaines de milliers d'euros sur son compte de la part de VW? Pour les salariés, tous les pires scénarios se sont réalisés. Mais alors que Benner, Cavallo et leurs acolytes ont abandonné sans ciller les salariés, elles se sont battues avec acharnement pour leurs propres intérêts. La séparation prévue de la marque Volkswagen de voitures de tourisme et de sa division composants avait été abandonnée, ont-elles déclaré avec satisfaction, ce qui signifie que l'attaque contre les structures corporatistes qui lient la bureaucratie à l'entreprise avait été repoussée avec succès.
Ces « structures de cogestion » ne sont rien d'autre qu'une corruption légalisée des membres du comité d'entreprise et de l'appareil syndical. L'an dernier, Benner et Cavallo ont chacun perçu plus de 380 000 € pour leur seul mandat au conseil de surveillance – et elles siègent dans plusieurs conseils. Les membres « ordinaires » du conseil de surveillance reçoivent une indemnité fixe de 170 000 € par exercice; ceux qui siègent également dans des comités perçoivent jusqu'à 150 000 € supplémentaires. En 2025, l'ensemble des représentants d'IG Metall ont perçu près de 2,4 millions d'euros de la part de Volkswagen.
L'accord prévoyait notamment la nomination d'Erika Rasch au poste de membre du directoire en charge des ressources humaines. Conformément aux règles de la cogestion, c'est normalement IG Metall qui désigne le titulaire de ce poste, assorti d'un salaire annuel de 7 à 8 millions d'euros – le poste le plus lucratif accessible à un responsable syndical. En échange du maintien de la cogestion et de la corruption institutionnalisée qui en découle, IG Metall a finalement accepté la candidate proposée par les familles Porsche et Piëch.
Le 1er octobre, Rasch rejoindra Volkswagen en quittant l'équipementier Bosch, où elle dirigeait jusqu'à récemment l'ensemble de la division mondiale des ressources humaines et a joué un rôle déterminant dans l'élaboration du programme « Stratégie RH 2030 », qui entraînera la suppression de 22 000 emplois. Elle apporte « des perspectives et des idées nouvelles », a déclaré avec approbation le président du conseil de surveillance, Pötsch, et possède « une vaste expérience en matière de cogestion des ressources humaines », c'est-à-dire de collaboration avec les comités d'entreprise et IG Metall pour la baisse des effectifs.
L'approbation unanime par le conseil de surveillance du plan de restructuration du directoire constitue la preuve définitive et accablante que les salariés doivent se libérer de l'appareil syndical. Pour préserver ses propres privilèges, cet appareil n'hésitera pas à sacrifier la dernière usine, le dernier employé, le dernier membre d'IG Metall.
Volkswagen n'est que l'exemple le plus flagrant d'un phénomène international. Partout dans le monde, les travailleurs constatent que les apparatchiks syndicaux conçoivent et mettent en œuvre ces attaques de concert avec les directions d'entreprise. Rien que dans l'industrie automobile allemande, quelque 100 000 emplois ont été supprimés depuis 2019, et 125 000 autres devraient l'être d'ici 2035. Aux États-Unis, en Chine, au Mexique, au Canada et dans de nombreux autres pays, les trusts répondent à la crise générale du capitalisme par des suppressions massives d'emplois, des baisses de salaires et une exploitation accrue.
Les appareils syndicaux ne sont pas des négociateurs que l'on peut contraindre, « depuis l'intérieur de l’appareil », à prendre part au combat. Ils se trouvent de l'autre côté de la barricade: ils sont co-organisateurs du massacre d’emplois. Toute tentative de les « réformer » ou de les « pousser vers la gauche » ne fait qu'engendrer frustration, démoralisation et, au final, renforcer la droite.
La solution se trouve dans la création de comités de la base indépendants, composés de membres élus par les travailleurs eux-mêmes, responsables devant l'ensemble du personnel et affranchis de toute influence des responsables syndicaux permanents ou des barons des comités d'entreprise. Ces comités doivent partir du principe que les droits des travailleurs priment sur les intérêts financiers des familles propriétaires et défendre chaque emploi. Ils doivent surmonter la fragmentation des usines imposée par IG Metall et fédérer les travailleurs, tous sites et secteurs confondus.
Une telle lutte ne saurait se limiter aux frontières nationales. Le groupe Volkswagen est une multinationale. En Allemagne, en Hongrie, en Espagne, aux États-Unis, au Mexique et en Chine, les travailleurs subissent les mêmes attaques de la part de cette même entreprise. Chaque concession faite par les syndicats dans un pays encourage les multinationales à intensifier leurs attaques à l'échelle mondiale.
Pour cette raison, le World Socialist Web Site et le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, le Parti de l'égalité socialiste) soutiennent l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais, IWA-RFC), fondée par le Comité international de la Quatrième Internationale comme organe démocratique de la lutte des classes internationale au XXIe siècle. Son objectif est de coordonner les luttes des travailleurs dans différentes entreprises, industries et pays, et de diriger l'immense force sociale de la classe ouvrière contre les trusts et le système capitaliste – en vue d'une contre-offensive mondiale de la classe ouvrière.
Le modèle de cette lutte est la campagne de Will Lehman, un ouvrier de l’automobile de 39 ans travaillant chez Mack Trucks en Pennsylvanie, candidat à la présidence du syndicat américain des travailleurs de l'automobile, l'UAW, en tant que socialiste et internationaliste.
Lehman montre comment doit être menée une lutte de principe au sein du syndicat. Sa campagne ne vise pas à « réformer » la bureaucratie de l'UAW ni à remplacer un bureaucrate par un autre, mais à mobiliser les plus larges couches de travailleurs de l'automobile dans un mouvement de masse afin d'abolir la bureaucratie, de transférer le pouvoir aux membres – c'est-à-dire à la base – et de restituer les ressources du syndicat aux travailleurs.
Dans le même temps, la lutte pour la défense des emplois doit être liée à la lutte contre le militarisme et la guerre, car les milliards gaspillés pour le réarmement de la Bundeswehr (forces armées) et pour les guerres des puissances impérialistes sont directement prélevés sur les travailleurs.
La grande trahison chez VW et l'agressivité avec laquelle les familles propriétaires imposent leur quête de profit mènent à deux conclusions importantes :
Premièrement, les oligarques de Volkswagen doivent être expropriés. Leur capital initial reposait sur la terreur nazie et le travail forcé, et leur fortune actuelle de 40 milliards d'euros est le fruit du labeur de générations de travailleurs. Elle doit être utilisée au profit de ces derniers.
L'affirmation arrogante des milliardaires que les licenciements massifs, les réductions de salaires et les fermetures d'usines sont indispensables pour sauver leur système de profits signifie que le capitalisme est arrivé au bout et ne peut plus être concilié avec les intérêts vitaux de la population.
S’il y a une chose que la société ne peut plus se permettre, ce ne sont pas l’État-social et l’emploi, mais bien les oligarques milliardaires des familles Porsche et Piëch.
La production sur chaque site doit être placée sous le contrôle des travailleurs, et toutes les ressources de la société doivent servir à satisfaire les besoins sociaux de la classe ouvrière — la classe qui crée toute la valeur — au lieu des intérêts lucratifs des riches.
Deuxièmement, la mise en place du comité d’action VW doit être accélérée et poursuivie avec vigueur. IG Metall et les comités d'entreprise apparaissent clairement comme complices et co-conspirateurs des milliardaires. Une nouvelle structure organisationnelle est indispensable. C'est pourquoi nous luttons pour l'unification de tous les salariés de VW au sein de comités d'action indépendants, inter-usines et au-delà des frontières, dans le cadre de l'Alliance ouvrière internationale des comités de la base (AIT-CFB) et de la préparation d’une révolution socialiste internationale.
Nous invitons tous les salariés du groupe Volkswagen à nous contacter. Vous pouvez nous joindre via le formulaire en bas de page sur : https://www.wsws.org/de/articles/2026/09/04/hgfl-s04.html ou par message WhatsApp au +49 163 3378340.
(Article paru en anglais le 7 septembre 2026)
