La guerre entre les États-Unis et l'Iran est entrée dans une nouvelle phase mardi. Washington et Téhéran ont échangé des tirs de missiles qui ont notamment visé le trafic maritime, et les menaces d'une escalade se multiplient à travers le Moyen-Orient.
Les États-Unis ont détruit cinq pétroliers iraniens après que l'Iran aurait lancé des missiles balistiques contre un navire de guerre de la marine américaine. L'Iran a riposté par des attaques de missiles contre une installation militaire américaine en Jordanie, ainsi que par des menaces contre le trafic maritime lié aux États-Unis dans le golfe Persique.
Cette dernière escalade démontre l'effondrement de toutes les affirmations de la Maison-Blanche selon lesquelles la guerre serait en voie de règlement au moyen d'actions militaires limitées, de sanctions économiques ou de cessez-le-feu temporaires. Le conflit s'étend géographiquement et vise de plus en plus les infrastructures dont dépend l'économie mondiale.
Mardi, le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a déclaré que les forces américaines avaient frappé cinq pétroliers iraniens transportant du brut, quatre dans le golfe d'Oman et un près de l'île de Kharg. Un pétrolier a été coulé, tandis que les autres navires ont été décrits par le Pentagone comme hors d'usage ou rendus inopérants.
Ces attaques faisaient suite à ce que Washington a présenté comme deux attaques de missiles balistiques iraniens contre un navire de guerre de la marine américaine au cours des deux jours précédents. Le CENTCOM a affirmé que le navire américain avait échappé aux missiles et qu'aucun membre du personnel américain n'avait été blessé. Les médias d'État iraniens et le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont donné une version différente, affirmant que les forces iraniennes avaient endommagé des destroyers américains équipés de missiles de croisière et de systèmes de défense antiaérienne Aegis.
L'action de l'armée américaine s'inscrit dans une politique de représailles de plus en plus explicite contre le trafic maritime iranien. Des responsables américains ont menacé de frapper plusieurs navires iraniens pour chaque navire américain attaqué par Téhéran. Cette politique équivaut à une déclaration selon laquelle Washington emploiera la force militaire pour imposer son contrôle sur le commerce maritime iranien, sans égard aux conséquences pour le transport maritime commercial mondial.
L'Iran a menacé d'empêcher les navires liés aux États-Unis et à leurs alliés de franchir le détroit d'Ormuz. Le CGRI a exhorté les équipages à abandonner les pétroliers dans les eaux proches du Koweït et de Bahreïn et a averti que d'autres navires pourraient être attaqués.
Environ un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole transite par ce détroit. Toute perturbation prolongée affectera les prix des carburants, les transports, la production alimentaire et les chaînes d'approvisionnement industrielles dans le monde entier.
L'Iran a réagi à la destruction des pétroliers par un bombardement de missiles balistiques dirigé contre la Jordanie, qui accueille des forces militaires américaines. La cible signalée était la base aérienne d'Al-Azraq, où opèrent des avions et du personnel militaire américains.
L'Iran a affirmé que ses missiles avaient frappé des installations servant à l'entretien, au déploiement et à la protection des avions. Des responsables américains ont déclaré que l'attaque avait été inefficace et que l'ensemble du personnel américain avait été recensé. Les autorités jordaniennes ont indiqué que 20 missiles balistiques avaient été tirés en direction du pays. Dix-huit ont été interceptés par la défense antiaérienne jordanienne, tandis que deux sont tombés dans des zones inhabitées. Aucune victime n'a été signalée.
L'Iran a également affirmé avoir visé des navires de guerre américains et d'autres moyens militaires dans la région. Les versions divergentes des événements n'ont pas pu être confirmées de manière indépendante.
L'attaque marque néanmoins un élargissement considérable de la guerre. La Jordanie a tenté d'éviter de devenir un belligérant direct, mais le fait qu'elle accueille des forces américaines en fait une cible potentielle dans toute confrontation entre Washington et Téhéran. Il en va de même des bases et des installations militaires américaines réparties en Irak, dans les monarchies du Golfe et en Méditerranée orientale.
L'installation militaire américaine est généralement identifiée comme la base aérienne Muwaffaq Salti, située près d'Al-Azraq, dans l'est de la Jordanie. Cette base est une importante installation aérienne jordanienne qui accueille du personnel militaire américain et soutient les opérations aériennes américaines.
Des responsables iraniens ont déclaré que leurs missiles visaient des installations d'entretien et de préparation des avions, des zones de déploiement et des abris renforcés associés aux avions de chasse américains F-35, F-16 et F-15. Certaines informations désignaient également comme cible la base aérienne voisine de Prince Hassan, mais le doute persiste quant aux installations qui ont été précisément frappées.
Des responsables iraniens ont averti que le Moyen-Orient se trouve « pratiquement au bord de la Troisième Guerre mondiale », selon The Independent. Cette déclaration, faite par le parlementaire de Téhéran Kamran Ghazanfari, évoquait l'élargissement du conflit impliquant les États-Unis, l'Iran et d'autres puissances régionales et internationales. La guerre entraîne dans son sillage les alliés des États-Unis, les forces soutenues par l'Iran, le transport maritime commercial et le marché mondial de l'énergie.
S'adressant aux journalistes mercredi avant de partir pour Dallas, le président Donald Trump a prédit que la guerre prendrait fin « immédiatement après » les élections de mi-mandat de novembre aux États-Unis. « Je pense que la guerre va prendre fin immédiatement après les élections, parce qu'ils ne peuvent plus tenir », a déclaré Trump.
Le président américain a accusé Téhéran d'être « désespéré au point de tenter d'influencer les élections », tout en soutenant que l'Iran s'affaiblissait sous la pression économique américaine. Trump a également laissé entendre que Washington ne cherchait pas à reprendre les négociations après l'échec des précédents cessez-le-feu.
Le moment choisi pour cette prédiction de Trump révèle une partie des calculs politiques qui sous-tendent la guerre. Le président présente le conflit à la fois comme une campagne militaire, un siège économique et un enjeu électoral. Affirmant que l'Iran capitulera bientôt, Trump n'offre aucune explication quant à la raison pour laquelle un gouvernement censément au bord de l'effondrement a pu poursuivre ses attaques de missiles, menacer le trafic maritime et empêcher Washington d’atteindre ses objectifs déclarés après six mois de bombardements.
Plus tôt cette semaine, Trump a déclaré sur les réseaux sociaux que les prix du pétrole « chuteraient brutalement » lorsque les États-Unis vont « GAGNER la guerre contre l'Iran ». Cette déclaration relie les efforts de l'administration pour présenter une domination militaire du détroit d'Ormuz et des exportations énergétiques de l'Iran à une prétendue solution aux conséquences inflationnistes de la guerre sur le plan économique.
Les marchés pétroliers ont réagi à chaque nouvelle escalade militaire par de fortes hausses de prix. Le brut Brent est monté à environ 99 dollars le baril mardi, après les informations faisant état de nouvelles attaques contre des navires de la marine américaine et de la destruction de pétroliers iraniens. Le brut West Texas Intermediate a atteint environ 94 dollars le baril. Le Brent avait déjà dépassé les 90 dollars plus tôt en septembre, après l'intensification des combats, tandis que les prix, en août, avaient atteint leur plus haut niveau en près d'un mois après que Trump eut menacé de représailles les pays soutenant l'Iran.
Les répercussions de la guerre se font sentir sur la classe ouvrière à l'échelle internationale à travers la hausse des coûts de l'essence, du chauffage et des transports. The Independent citait une estimation de l'université Brown selon laquelle la guerre avait ajouté 100 milliards de dollars aux coûts énergétiques des États-Unis, soit environ 763 dollars par ménage, ce total augmentant d'environ 1 million de dollars toutes les deux minutes.
La flambée des prix a offert aux grandes entreprises énergétiques et aux spéculateurs financiers, y compris ceux qui entretiennent des liens directs avec la Maison-Blanche, l'occasion de tirer profit de l'instabilité des marchés. Les neuf plus importantes participations pétrolières et gazières déclarées de Trump auraient rapporté entre 1,5 million et 4,4 millions de dollars au cours des six premiers mois de la guerre. Ses comptes de placement ont continué d'acheter et de vendre des actions d'entreprises telles qu'ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips.
Ces déclarations montrent que le président mène une guerre qui touche directement la valeur des actifs détenus par lui-même et sa famille. La Maison-Blanche nie que Trump ou ses proches jouent un quelconque rôle dans les décisions d'investissement, affirmant que ces participations sont gérées de manière indépendante par l'intermédiaire de comptes discrétionnaires et de modèles d'investissement automatisés.
Ce démenti ne règle pas la question, car le président n'a pas besoin de passer personnellement chaque ordre pour que les intérêts financiers de sa famille et de l'ensemble de l'oligarchie dirigeante profitent de la guerre. Les entreprises énergétiques, les fournisseurs de l'armement, les compagnies maritimes et les banques tirent toutes profit de la destruction de ressources productives et de la militarisation de la vie économique. Il s'agit là d'une tendance fondamentale de l'impérialisme.
Si l'administration Trump prétend que la pression militaire contraindra Téhéran à se rendre, les faits indiquent le contraire. Après des mois de bombardements et de blocus, l'Iran n'a pas capitulé, le détroit d'Ormuz demeure disputé et les forces américaines sont de plus en plus exposées à travers la région.
Les derniers développements confirment l'analyse du World Socialist Web Site, qui a décrit la guerre comme un élément d'une lutte impérialiste plus large pour le contrôle des ressources énergétiques, des points de passage stratégiques et de la puissance économique mondiale, en particulier contre la Chine, qui était le principal acheteur du pétrole iranien.
La guerre ne prendra pas fin selon le calendrier électoral de Trump. L'objectif de Washington ne se limite pas au trafic maritime dans le détroit d'Ormuz : il relève de l'impératif stratégique selon lequel l'impérialisme américain doit imposer sa domination sur l'Iran et sur l'ensemble du Moyen-Orient.
La solution à cette spirale vers une nouvelle guerre mondiale réside dans la mobilisation indépendante de la classe ouvrière aux États-Unis, en Iran et à l'échelle internationale, contre la guerre impérialiste et le système capitaliste qui l’engendre. La revendication immédiate doit être la fin de toutes les opérations militaires américaines, le retrait des forces américaines du Moyen-Orient ainsi que la levée des sanctions et du blocus naval.
