Mercredi soir, le président Donald Trump a inauguré la toute première convention du Parti républicain consacrée aux élections de mi-mandat à Dallas, au Texas, par un discours de près de deux heures centré sur sa propre personne, sur des attaques contre ses adversaires démocrates et sur des mises en garde répétées concernant une prétendue prise de pouvoir communiste aux États-Unis. Il a conclu par une promesse extraordinaire : si les républicains conservaient la direction de la Chambre des représentants et du Sénat lors des élections de novembre, il verserait une somme de 5000 dollars à chaque citoyen américain adulte.
La convention a vu se succéder des membres de l'administration Trump et des alliés politiques vantant les succès supposés de son second mandat. Parmi les intervenants figuraient le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux Robert F. Kennedy Jr, l'administrateur des Centres pour les services Medicare et Medicaid Mehmet Oz, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le procureur général Todd Blanche. Kennedy est intervenu alors que son ministère fait face à une résurgence majeure de la rougeole aux États-Unis. Au 3 septembre, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) avaient recensé 3134 cas confirmés de rougeole en 2026, la Caroline du Sud étant devenue le théâtre de la plus importante épidémie locale de rougeole aux États-Unis depuis plus de trente ans.
Le discours fascisant de Trump a abordé les thèmes habituels de sa campagne politique : attaques contre les immigrés et les responsables politiques démocrates, dénonciation des personnes transgenres et mises en garde répétées contre le communisme. En exhortant l'auditoire à soutenir la campagne sénatoriale du procureur général du Texas, Ken Paxton, Trump a déclaré que l'élection de ce dernier était nécessaire pour « vaincre le communisme en Amérique et voter pour la liberté américaine ».
Exprimant la peur d'une révolution socialiste qui hante les milliardaires et les fascistes, Trump a qualifié à maintes reprises le Parti démocrate – le plus ancien parti capitaliste au monde – de parti communiste. « Ces gens sont des communistes d'extrême gauche », a-t-il affirmé. « L'establishment démocrate a été renversé et remplacé par des fous furieux et des radicaux. Ils se disent socialistes démocrates. Mais en réalité, ce sont des communistes. » Plus tard, il a averti qu'une victoire démocrate pourrait conduire le Congrès à être dirigé par ce qu'il a appelé un « caucus communiste ».
Dans ce contexte, Trump a présenté sa promesse de pots-de-vin de 5000 dollars comme le fruit du succès économique supposé de son administration.
« C’est parce que le pays se porte si bien, et parce qu’il génère tant de richesses, que je suis le seul à pouvoir vous faire cette promesse », a déclaré Trump. « Et voici ma promesse : si les républicains remportent la Chambre des représentants et le Sénat – les deux chambres –, grâce à notre immense succès économique [...] je verserai un dividende de 5000 dollars à chaque citoyen adulte des États-Unis d’Amérique. »
« Tout comme une entreprise prospère distribue des liquidités à ses actionnaires. »
Compte tenu du fait que les États-Unis comptent environ 240 millions de citoyens adultes, un versement de 5000 dollars à chacun d’eux coûterait près de 1200 milliards de dollars. Dans son discours, Trump n’a présenté aucun mécanisme détaillé pour le financement ou la gestion de ces versements.
Jeudi, Trump est allé plus loin, déclarant à CBS News Texas qu’il ne pensait pas que le Congrès aurait besoin d’approuver ces paiements. Il a affirmé que le gouvernement avait engrangé des « milliers de milliards de dollars » grâce aux droits de douane et à d’autres sources de revenus, précisant que la seule condition qu’il imposerait serait que les bénéficiaires dépensent cet argent aux États-Unis. Trump n’a toutefois pas expliqué comment le gouvernement pourrait faire appliquer une telle mesure.
Cette promesse de versement en espèces faite par Trump soulève une question constitutionnelle fondamentale. L’article I, section 9 de la Constitution stipule qu’« aucun argent ne peut être retiré du Trésor, sauf en vertu de crédits stipulés par la loi ». Trump a donc proposé un versement susceptible de coûter plus de 1000 milliards de dollars, tout en affirmant que l’exécutif pourrait distribuer ces fonds sans l’autorisation du Congrès.
Cette promesse de 5000 dollars rappelle étrangement les engagements économiques de Berzelius « Buzz » Windrip, le candidat à la présidence fictif au cœur du roman de Sinclair Lewis publié en 1935, « It Can’t Happen Here » (« Impossible ici »). L’histoire dépeint une version romancée des États-Unis où Windrip, un fasciste, remporte l’élection présidentielle de 1936 notamment parce qu’il promet une allocation annuelle de 5000 dollars aux citoyens américains.
Tous deux démagogues, Windrip et Trump promettent un versement direct important aux Américains tout en se présentant – eux et leurs fidèles – comme les seuls capables de restaurer la « grandeur » du pays.
La proposition de verser 5000 dollars n’est pas la première fois que Trump défend un plan de paiements directs aux Américains qui, par la suite, ne s’est jamais concrétisé. Au début de son second mandat, il avait promu un projet de « dividende DOGE », financé par les économies censées être générées par le département de l’efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency). Plus tard, il a prôné le versement de 2000 dollars sous forme de remboursement de droits de douane, financé par les recettes douanières de son administration. Aucune de ces propositions n’a abouti à un versement généralisé aux Américains.
Le spectacle de Trump promettant 5000 dollars aux électeurs rappelle également le rôle de plus en plus direct de la fortune des milliardaires dans les élections américaines. L’exemple le plus marquant est celui d’Elon Musk qui, lors de l’élection présidentielle de 2024, a mis en place une distribution d’un million de dollars par jour via son comité d’action politique (PAC), « America PAC » ; cette somme était offerte à des électeurs inscrits, tirés au sort dans des États pivots, ayant signé une pétition en faveur du premier et du deuxième amendement de la Constitution.
L’intervention de Musk ne s’est pas arrêtée à l’élection de 2024. Lors de la campagne pour la Cour suprême du Wisconsin en 2025, il a remis deux chèques d’un million de dollars lors d’un rassemblement à Green Bay en soutien au candidat conservateur Brad Schimel, tandis que son « America PAC » offrait 100 dollars à toute personne signant une pétition dénonçant les « juges activistes ». En juillet de cette année, la Commission électorale du Wisconsin a conclu, par 5 voix contre 1, qu’il existait des motifs raisonnables de penser que Musk avait enfreint la loi de l’État sur la corruption électorale, et a transmis les plaintes aux autorités compétentes en vue de poursuites. Le 25 août, le procureur spécial chargé du dossier a annoncé qu’aucune poursuite ne serait engagée, au motif que « rien n’a été donné à des personnes en échange de leur vote ».
La loi fédérale interdit explicitement d’offrir des sommes d’argent pour inciter une personne à voter, à s’abstenir de voter, ou à voter pour ou contre un candidat particulier.
La convention républicaine s’est poursuivie jeudi à Dallas, Trump devant prononcer un nouveau discours lors de la deuxième et dernière soirée de l’événement. L’un des moments les plus marquants de la première soirée n’est toutefois pas venu d’un républicain, mais d’un sénateur démocrate.
Le sénateur démocrate de Pennsylvanie, John Fetterman, est apparu dans une vidéo préenregistrée pour présenter le sénateur républicain Dave McCormick, alors qu’il se trouvait devant une aciérie. Fetterman a qualifié McCormick de « grand Américain » et a déclaré qu’il travaillerait avec Trump pour « défendre le mode de vie lié à l’industrie sidérurgique ». Il s’est présenté comme un « démocrate guidé par le bon sens » et a déclaré : « Je serai toujours aux côtés de l’Amérique. Je rejetterai toujours les extrêmes, le socialisme et ce mode de vie anti-américain. »
McCormick a remercié Fetterman pour son « amitié » et son « courage » à la suite de cette vidéo. La Maison-Blanche a par la suite relayé cette apparition sur les réseaux sociaux, qualifiant Fetterman – en utilisant une expression d’argot Internet prisée de l’extrême droite – de « Based John Fetterman ». Fetterman a par la suite réaffirmé qu’il restait démocrate et a déclaré qu’il continuerait à soutenir le groupe parlementaire démocrate si celui-ci obtenait la majorité au Sénat.
L’apparition de Fetterman est particulièrement notable compte tenu du soutien qu’il avait reçu de la pseudo-gauche lors de sa campagne, quatre ans plus tôt. Fetterman avait auparavant soutenu la campagne présidentielle de Bernie Sanders ; lors de la campagne sénatoriale de 2022, Sanders lui avait renvoyé l’ascenseur en sollicitant activement des dons en sa faveur. Jacobin, porte-parole officieux des Socialistes démocrates d’Amérique, avait publié plusieurs articles élogieux le présentant comme un candidat populiste de gauche et, dans un titre, comme « le type de communicateur politique dont la gauche a besoin ».
Quatre ans plus tard, Fetterman apparait à la convention républicaine de Trump pour présenter un sénateur républicain et dénoncer le socialisme. Le message qu’il a délivré lors de cette convention n’était pas un appel à s’opposer à l’administration, mais une déclaration affirmant que démocrates et républicains pouvaient collaborer autour du programme de guerre commerciale de Trump.
