L'administration Trump intensifie ses efforts pour perturber les élections de mi-mandat du 3 novembre, notamment par une série de recours devant la Cour suprême, par la mobilisation d'agents de l'immigration et d'autres forces de l'ordre fédérales dans les bureaux de vote, et par un appel lancé par Trump lui-même à ses partisans pour qu'ils « trichent » autant que possible lors du scrutin.
La Cour suprême devrait rendre une décision cette semaine concernant les contestations judiciaires visant le décret pris par Trump en mars, lequel imposait au service postal américain (USPS) de nouvelles règles pour le traitement des bulletins de vote par correspondance. Le mois dernier, la Cour a suspendu une ordonnance d'un tribunal de district visant Trump et l'USPS, au motif que ce dernier n'avait pas officialisé les règles en question et que, par conséquent, les gouvernements des États n'avaient pas qualité pour une poursuite en justice.
Toutefois, quelques jours plus tard, l'USPS a effectivement publié ces règles et a, dans plusieurs cas, rejeté des enveloppes de vote soumises par des autorités étatiques ou locales, au motif qu'elles n'étaient pas conformes à ses normes. La même juge de district a émis une nouvelle ordonnance d'interdiction temporaire bloquant l'application de ces règles, décision confirmée par la Cour d'appel du premier circuit. Le ministère de la Justice a interjeté appel devant la Cour suprême avant même que la cour d'appel ne statue.
Le calendrier de la décision de la Cour suprême pourrait bien être dicté par l'échéance du 19 septembre, fixée par la loi fédérale, date limite pour l'envoi par les États des bulletins de vote par correspondance aux militaires stationnés à l'étranger souhaitant voter. L'USPS n'a même pas achevé la mise en place du portail en ligne par lequel les États étaient censés transmettre les listes d'électeurs inscrits pour vérification, conformément aux dispositions du décret de Trump.
La Caroline du Nord a commencé la semaine dernière à envoyer des bulletins de vote par correspondance aux électeurs en ayant fait la demande ; le Wisconsin et l'Alabama ont également entamé cette procédure. Certains électeurs de Caroline du Nord ont même déjà rempli et renvoyé leur bulletin, ce qui signifie que le scrutin a concrètement débuté dans cet État. Près de vingt-quatre États enverront, d'ici le 19 septembre, des bulletins de vote par correspondance à tout électeur qui en fait la demande. Huit États organisent l'intégralité de leur processus électoral par voie postale, les bulletins étant renvoyés soit par l'intermédiaire de l'USPS, soit via des urnes de dépôt sécurisées.
Outre les groupes de défense des droits civiques et les 22 gouvernements d'États dirigés par le Parti démocrate qui ont intenté des poursuites contre le décret de Trump, un groupe de secrétaires d'État républicains et de responsables électoraux locaux a déposé un mémoire d'amicus curiae auprès de la Cour suprême. Ils demandent la suspension de la mesure relative au vote par correspondance, arguant qu'il ne reste pas assez de temps pour la mettre en œuvre avant les élections de mi-mandat, qui auront lieu dans seulement sept semaines.
Ce groupe comprend notamment les secrétaires d'État de Géorgie, du Kansas, du Kentucky, du New Hampshire, du Dakota du Nord et du Dakota du Sud. Ils ont invoqué le principe établi selon lequel les règles ne doivent pas être modifiées aussi tardivement dans le processus électoral, écrivant : « Ce principe repose sur des faits incontestables concernant les électeurs et les responsables des élections : les changements tardifs engendrent la confusion, cette confusion dissuade les électeurs éligibles de voter, et une élection chaotique érode la confiance dans les résultats. »
Soulignant l'échéance fédérale imposant aux États d'envoyer les bulletins de vote au personnel militaire basé à l'étranger, ainsi que l'envoi plus généralisé des bulletins dans de nombreux États, ils ont fait valoir qu'« à bien des égards, l'élection a déjà commencé ».
Le secrétaire d'État de Géorgie, Brad Raffensperger – qui, en 2020, avait rejeté la demande téléphonique de Trump lui intimant de « trouver » les 11 780 voix nécessaires pour annuler sa défaite face au démocrate Joe Biden dans cet État – a indiqué que des dizaines de milliers de demandes de vote par correspondance étaient déjà en attente de traitement. « Nous avons déjà accepté 50 000 demandes et nous prévoyons que plus de 200 000 personnes voudront probablement voter », a-t-il déclaré.
La décision de la cour d'appel, actuellement soumise à la Cour suprême, a confirmé la conclusion de la juge Indira Talwani du tribunal de district selon laquelle la règle sur le vote par correspondance édictée par Trump « entraînera probablement la privation du droit de vote de millions d'électeurs à travers le pays, tout en n'apportant que des avantages minimes – voire inexistants – dans la lutte contre la fraude électorale ».
La formation de trois juges a estimé que Talwani avait raison de conclure que la Constitution américaine ne confère au président aucun rôle dans l'organisation des élections et que le décret de Trump était par conséquent « illégal ».
Le climat politique à Washington est de plus en plus tendu à l'approche de la décision de la Cour suprême sur les règles du vote par correspondance, ainsi que de la réaction de Trump à toute décision défavorable, laquelle promet d'être explosive. Cela s’est reflété dans un titre du Washington Post : « La nouvelle menace que redoutent les responsables électoraux : le gouvernement fédéral de Trump ».
L'article en question commençait ainsi : « À sept semaines du jour du scrutin, les responsables électoraux se préparent à l'éventualité de saisies de bulletins de vote, de la présence d'agents de l'ICE dans les bureaux de vote et d'un système postal susceptible de rejeter des lots entiers de bulletins » ; il rappelait ensuite les actions armées menées par des partisans de Trump lors d'élections précédentes en Arizona en 2022 (sans parler de l'attaque du Capitole américain le 6 janvier 2021 par plusieurs milliers de fascistes mobilisés à Washington par Trump).
L'article signalait par ailleurs que les responsables électoraux
à travers le pays se préparent à l'éventualité que les risques les plus graves proviennent du président Donald Trump, de ses agences et de ses alliés – dont beaucoup occupent actuellement des postes de pouvoir aux niveaux fédéral, étatique et local. Ces responsables envisagent des scénarios qui semblaient autrefois inconcevables, comme la saisie de machines à voter par des soldats, l'imposition par le président de règles électorales de dernière minute ou le blocage de la certification des résultats par des responsables agissant de leur propre chef.
Le reportage du Post poursuivait :
La loi fédérale qualifie de crime le déploiement de soldats ou d'agents armés sur les lieux d'un scrutin. Toutefois, le texte prévoit une exception pour repousser les ennemis des États-Unis ; les détracteurs de Trump craignent qu'il n'invoque cette disposition en affirmant, sans preuve, que des non-citoyens pourraient tenter de voter.
Même une brève apparition de soldats dans les bureaux de vote – et la diffusion inévitable de vidéos les montrant sur place – pourrait dissuader les électeurs de voter, s'inquiètent les responsables électoraux et les experts.
Un groupe de démocrates du Congrès mène des exercices de simulation pour envisager des réponses aux provocations possibles le jour du scrutin, y compris d'éventuelles tentatives de Trump de suspendre totalement le vote. Cependant, ces réponses se limitent à la préparation de mémoires juridiques et à la rédaction anticipée d'ordonnances judiciaires. Il n'y aura aucun appel au peuple américain pour défendre ses droits démocratiques, car le Parti démocrate redoute bien davantage les conséquences sociales et politiques d'un tel appel que les actions de Trump.
Le Post a rapporté que la sénatrice démocrate Elissa Slotkin du Michigan, ancienne agente de la CIA et responsable du Pentagone, a reçu une lettre du général Dan Caine, président du Comité des chefs d'état-major interarmées, l'assurant que l'armée n'avait aucun projet de déployer des troupes pour saisir des bulletins de vote, des machines à voter ou tout autre matériel électoral. « Je n’ai reçu ni ne prévois de recevoir aucun ordre illégal concernant le rôle de la Force interarmées lors des élections de mi-mandat de novembre 2026 », a-t-il écrit.
Le fait même que la question ait été soulevée et qu’une réponse ait été fournie – par un démenti soigneusement formulé quant à la réception d’« aucun ordre illégal », tout en laissant ouverte la possibilité d’un « ordre légal » – témoigne du degré avancé des préparatifs d’une dictature présidentielle aux États-Unis.
