Une démonstration artificielle d’unité au sommet des BRICS

Les dirigeants des pays du groupe BRICS se sont réunis à New Delhi le week-end dernier ; ils ont adopté à l'unanimité une déclaration en 140 points et ont pris la pose pour les photographes, le tout visant à afficher une unité de façade dans un contexte mondial marqué par la guerre commerciale et les conflits armés. La déclaration appelait, en termes généraux, à la paix et à la coopération et critiquait le recours aux sanctions unilatérales ainsi qu'aux mesures commerciales punitives, mais elle a omis de désigner l'impérialisme américain comme le principal instigateur de l'escalade des tensions économiques et militaires à l'échelle internationale.

Les participants au sommet « BRICS Plus Outreach » posent pour une photo à New Delhi en Inde, le dimanche 13 septembre 2026. [AP Photo/Alexander Kazakov, Sputnik, Kremlin Pool Photo]

Le groupe des BRIC a vu le jour en 2006 lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine, au lendemain des guerres d'agression menées par les États-Unis contre l'Afghanistan en 2001 et l'Irak en 2003. Le premier sommet des chefs d'État et de gouvernement s'est tenu en Russie en 2009, dans le sillage de la crise financière mondiale de 2008-2009. L'Afrique du Sud a rejoint le groupe en 2010, donnant naissance à l'acronyme actuel : BRICS.

Les sanctions sévères imposées à la Russie par les États-Unis après son intervention militaire en Ukraine en 2022, ainsi que la guerre commerciale menée par l'administration Trump contre le reste du monde, ont incité plusieurs pays à se tourner vers les BRICS comme contrepoids économique potentiel. Au cours des deux dernières années, cinq autres pays ont rejoint le groupe : l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran et les Émirats arabes unis (EAU) en 2024, suivis de l'Indonésie en 2025. L'Arabie saoudite n'a pas encore officialisé son adhésion. Dix autres pays ont participé au sommet en tant que partenaires.

La tenue même de ce sommet des BRICS témoigne de l'inquiétude qui règne au sein des cercles dirigeants internationaux face à l'agressivité économique et militaire de l'administration Trump. Tous les pays participant au sommet ont subi les conséquences des droits de douane unilatéraux américains et des perturbations majeures de l'approvisionnement énergétique provoquées par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Pourtant, la longue déclaration de New Delhi tente de masquer les divergences géopolitiques entre les participants en recourant à un artifice diplomatique : ne pas nommer, et encore moins condamner, les États-Unis.

Le sommet des BRICS de 2025 à Rio de Janeiro, sans nommer explicitement les États-Unis ou Israël, a condamné les frappes militaires conjointes menées cette année-là contre les installations nucléaires iraniennes, les qualifiant de « violation du droit international et de la Charte des Nations unies ». En réponse à la guerre d'agression totale lancée cette année par les États-Unis et Israël, le groupe n'a même pas réussi à adopter une telle position. Une réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, tenue en mai, n'a pas permis de s'entendre sur une déclaration commune concernant la guerre américano-israélienne en cours contre l'Iran.

Le sommet du week-end dernier s'est limité à exprimer une « profonde préoccupation face à l'escalade continue des tensions » au Moyen-Orient et a appelé toutes les parties à faire preuve d'une « retenue maximale ». L'Iran et les Émirats arabes unis – qui servent de base aux opérations militaires américaines et ont fait l'objet de représailles iraniennes – sont tous deux membres des BRICS. Une rencontre et une séance photo apparemment glaciales, en marge du sommet, entre les représentants iranien et émirati ne suffisent pas à aplanir des divergences inconciliables dans le contexte de la guerre en cours.

Le président chinois Xi Jinping a effectué sa première visite en Inde depuis près de sept ans pour assister au sommet. Toutefois, sa séance photo avec le Premier ministre indien Narendra Modi ainsi que les gestes superficiels de coopération et de paix ne changent rien à la rivalité et aux tensions sous-jacentes qui ont conduit à de violents affrontements frontaliers en 2020. L'Inde s'est intégrée aux préparatifs de guerre accélérés des États-Unis contre la Chine grâce à son partenariat stratégique avec Washington, à une coopération militaire accrue, incluant des exercices militaires de plus grande envergure, et à une implication étroite avec les alliés militaires américains (le Japon et l'Australie) dans le cadre du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (Quad).

Modi a profité de l'occasion pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine et renforcer les liens économiques et stratégiques de longue date entre les deux pays, avec pour objectif d'atteindre 100 milliards de dollars d'échanges bilatéraux annuels d'ici 2030, notamment par une augmentation des ventes d'armes russes à l'Inde. Malgré une pression considérable de la part de Washington et l'imposition de sévères droits de douane américains à l'Inde pour avoir refusé de cesser d'importer du pétrole russe, Modi a refusé de condamner l'invasion russe de l'Ukraine. Fait significatif, l'escalade de la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie en Ukraine a été totalement omise de la Déclaration de New Delhi.

Tous les membres des BRICS ont été touchés, à des degrés divers, par les droits de douane unilatéraux imposés par Trump. L'année dernière, alors que le sommet des BRICS se tenait à Rio de Janeiro, Trump s'est emporté sur les réseaux sociaux, proférant la menace extraordinaire de frapper d'un droit de douane supplémentaire de 10 % tout pays s'alignant sur « les politiques antiaméricaines des BRICS ».

Le week-end dernier, les BRICS se sont montrés très prudents dans leurs critiques, ne voulant pas provoquer de nouvelles sanctions américaines. Le sommet a simplement exprimé ses inquiétudes quant à la déformation du commerce international due aux «mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales » et a exprimé son opposition aux sanctions imposées sans l’autorisation de l’ONU. Encore une fois, Trump et Washington n’ont pas été nommés.

Les mesures économiques américaines suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, notamment le gel des avoirs russes aux États-Unis et l’exclusion des banques russes du système de transfert interbancaire SWIFT, ont provoqué une onde de choc dans le monde entier. Toutefois, les efforts déployés par les BRICS pour établir des mécanismes financiers et commerciaux alternatifs ont été limités. Aucun accord n’a été trouvé sur une monnaie alternative au dollar américain adossée à l’or et le sommet du week-end dernier a seulement convenu d’encourager l’expansion des accords commerciaux et d’investissement en monnaies locales.

Le sommet des BRICS a une fois de plus réitéré son « engagement à renforcer le multilatéralisme et la multipolarité » pour contrer les actions prédatrices des puissances impérialistes et faire pression pour avoir plus de poids dans les institutions mondiales, notamment l’ONU, la Banque mondiale et le FMI. Cependant, en pleine émergence de la guerre mondiale, le rassemblement des BRICS à New Delhi, déchiré par des intérêts géopolitiques et économiques très disparates, a démontré son incapacité à prendre une position claire contre les actions criminelles de l’impérialisme américain et de ses alliés.

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