Dans un rapport daté du 11 septembre et rendu public lundi, le Bureau de l’inspecteur général du département de la Sécurité intérieure a documenté l’utilisation de cages de torture métalliques contre des immigrés au camp de concentration de Floride que le président américain Donald Trump et ses alliés fascistes ont vanté sous le nom d’« Alcatraz des alligators ».
Les images de ces cages rappellent les cages à ciel ouvert de Guantánamo Bay et les boîtes de confinement que la CIA utilisait pour torturer les prisonniers dans ses prisons secrètes. Les méthodes criminelles inaugurées au cours de décennies de guerres américaines à l’étranger et de la « guerre contre le terrorisme » sont aujourd’hui rapatriées et employées contre les travailleurs immigrés à l’intérieur même des États-Unis.
Entre le 17 juillet 2025 et le 18 janvier 2026, le personnel du Florida Soft-Sided Facility a enfermé 79 personnes dans des cages mesurant environ un peu plus d’un mètre de côté, soit à peu près 1,5 m carré de surface au sol, pour des durées allant de quelques minutes à près de deux heures. Les inspecteurs ont décrit cette pratique comme « à nulle autre pareille parmi celles qu’une équipe de l’OIG ait observées dans les établissements de l’ICE » et ont écrit qu’elle « n’est pas conforme aux normes de traitement humain ».
Le personnel appelait ces cages des « zones d’apaisement » et affirmait que les détenus n’y étaient pas enfermés à clé, mais les inspecteurs ont constaté la présence de mécanismes de verrouillage. Un registre de l’établissement indique qu’au moins un homme a été maintenu dans une cage pendant 26 minutes pour avoir « refusé d’obtempérer à un ordre légitime ». D’anciens détenus interrogés l’an dernier par Amnesty International l’appelaient « la boîte », la décrivaient comme une punition et racontaient y avoir été enchaînés au sol.
Le 21 janvier 2026, jour de l’inspection, 1 467 personnes étaient détenues dans ce camp de concentration du sud de la Floride, édifié à la hâte sur le tarmac d’un aéroport, au cœur des Everglades. Les cages punitives n’étaient qu’une forme parmi d’autres de la torture que les inspecteurs ont vu infliger aux immigrés.
Les immigrés détenus dans cet établissement ont fait état de violences de la part des gardiens et de privations : accès à un avocat, soins médicaux, eau potable, temps de récréation et nourriture consommable leur étaient refusés. Des unités d’hébergement conçues pour accueillir jusqu’à 32 personnes n’offraient parfois que 2,5 m carrés par détenu, contre un minimum requis de 7.
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a refusé de donner suite aux recommandations de l’inspecteur général, affirmant n’avoir aucune autorité sur les opérations quotidiennes. L’administration du gouverneur de Floride Ron DeSantis, pour sa part, a défendu les cages de torture. Le directeur de la communication du gouverneur, Alex Lanfranconi, a déclaré que « les médias de gauche veulent braquer les projecteurs sur une zone de confinement destinée à des étrangers criminels violents qui ont prouvé qu’ils étaient incapables de rester paisibles en attendant leur expulsion. Bien qu’elle respecte l’ensemble des normes fédérales en matière de détention pénale, nous la ferions encore plus petite si nous le pouvions ».
Le camp des Everglades était un prototype, non une aberration. La loi budgétaire de l’an dernier a octroyé à l’ICE quelque 45 milliards de dollars pour la détention, sur environ 170 milliards consacrés à la répression de l’immigration, et le modèle du camp de toile a été reproduit à Fort Bliss, au Texas – désormais le plus grand site de détention du pays – ainsi que dans de nouveaux établissements de l’Indiana, du Nebraska et de la Louisiane.
Ce n’est pas un hasard si le rapport porte la date du 11 septembre, jour du 25e anniversaire des attentats. Au nom de la « guerre contre le terrorisme », l’administration Bush a bâti le réseau de sites noirs de la CIA – où les cages de confinement figuraient parmi les « techniques » autorisées –, de même que les chambres de torture d’Abou Ghraib et la prison de Guantánamo Bay, toujours en activité. Barack Obama a reconnu que « nous avons torturé des gens », tout en exigeant que personne n’en soit tenu responsable. Chaque administration qui a suivi a élargi l’appareil de surveillance, de détention et d’exécutions extrajudiciaires mis en place par la « guerre contre le terrorisme ».
Les méthodes conçues pour être employées contre les « ennemis extérieurs » ont été rapatriées et appliquées à l’intérieur des États-Unis, contre les immigrés d’abord. Trump a qualifié ses adversaires politiques d’« ennemi intérieur » et a suggéré d’employer l’armée contre la « gauche radicale ». Au 11 juillet 2026, plus de 65 000 personnes, selon TRAC (Transactional Records Access Clearinghouse), étaient détenues dans les centres de rétention pour immigrés répartis à travers les États-Unis. Plus de 70 pour cent d’entre elles n’ont fait l’objet d’aucune condamnation pénale.
Cette année a déjà produit un nombre record de meurtres commis par la police de l’immigration. Renee Nicole Good a été abattue à Minneapolis le 7 janvier, lors de l’occupation fédérale de la ville. Alex Pretti, infirmier en soins intensifs à l’hôpital des Anciens combattants, a été tué le 24 janvier par des agents des douanes et de la protection des frontières. Lorenzo Salgado Araujo, ouvrier du bâtiment, a été abattu par un agent de l’ICE à Houston le 7 juillet, et Johan Sebastián Durán Guerrero a été tué par un agent de l’ICE à Biddeford, dans le Maine, six jours plus tard.
Aucun des agents responsables n’a été arrêté. Dans les camps, le bilan est plus lourd encore. Les décès survenus sous la garde de l’ICE ont atteint l’an dernier un sommet en vingt ans, et 2026 est en passe de le dépasser.
La Gestapo de Trump a été érigée par les deux partis. Obama a expulsé plus de personnes qu’aucun président avant lui – quelque 3 millions – et a ressuscité la détention des familles, ouvrant en 2014 au Texas des camps pour les mères et les enfants. Biden a maintenu pendant plus de deux ans les expulsions justifiées par le Titre 42 mises en place par Trump, a imposé sa propre interdiction du droit d’asile en 2024 et a quitté ses fonctions avec une population en détention proche de 39 000 personnes par jour, le niveau le plus élevé depuis 2019. Les budgets, les agents, les camps, les contrats et l’architecture juridique dont Trump a hérité étaient l’œuvre des deux partis. Les démocrates du Congrès ont continué à voter les crédits.
La réponse des démocrates aux manifestations de masse du début de l’année a confirmé de quel côté ils se rangent. Lorsque plus de 100 000 personnes ont défilé à Minneapolis par des températures sous zéro le 23 janvier, après le meurtre de Good, le gouverneur démocrate Tim Walz a entrepris d’approfondir la coopération entre la police de l’État et les agents fédéraux. Le 7 février, des policiers de l’État et des adjoints du shérif ont arrêté 54 manifestants devant le bâtiment fédéral qui abrite l’ICE et le CBP. Dans le New Jersey, quand les détenus de Delaney Hall, à Newark, se sont mis en grève de la faim et que des sympathisants se sont rassemblés à l’extérieur, la gouverneure Mikie Sherrill a envoyé la police de l’État aux côtés de l’ICE, et le maire Ras Baraka a instauré un couvre-feu.
Depuis lors, le Parti démocrate n’a pratiquement rien dit, abandonnant jusqu’aux revendications minimales réclamant le retrait de l’ICE des aéroports. Alexandria Ocasio-Cortez, membre des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) qui avait remporté son siège en 2018 en promettant notamment d’« abolir l’ICE », n’avait toujours pas fait de déclaration sur le rapport de l’inspecteur général à l’heure où nous écrivons ces lignes. Son silence est celui de l’ensemble des démocrates, qui ont pour ainsi dire rayé la défense des immigrés de leur vocabulaire à l’approche des élections de mi-mandat.
Le sénateur du Vermont Bernie Sanders est allé plus loin. Lors d’une intervention sur The Tim Dillon Show en octobre 2025, Sanders a comparé les politiques des frontières de Trump et de Biden et a déclaré : « Trump a fait mieux. » Il a ajouté : « Il faut une frontière, eh bien ayons une frontière. Et nous avons assurément la technologie et les effectifs pour y parvenir. »
Les DSA et leur publication Jacobin ont désormais fourni la théorie de ce recul. Jacobin a publié un rapport du Center for Working-Class Politics, fondé sur une enquête menée auprès de 40 000 personnes, qui réduit la question de l’ICE à une affaire de communication de campagne. Une voie d’accès à la citoyenneté pour les immigrés qui « ont travaillé et payé des impôts » « trouve un écho » chez les électeurs de la classe ouvrière, conclut le rapport ; « abolir l’ICE », non. La recommandation faite aux démocrates est de mettre en avant le « coût de la vie » et de traiter la police de l’immigration comme un sujet controversé qu’il vaut mieux éviter.
Tandis que l’ICE arrête des dizaines de milliers de personnes chaque mois et en met certaines en cage, l’érection d’un État policier se voit réduite à un indicateur parmi d’autres sur le « baromètre de victoire ».
Le postulat de l’exercice est que l’abolition de l’ICE serait une « position » parmi d’autres, à adopter ou à abandonner au gré des sondages. Il n’en est rien. L’ICE est un organe de l’État capitaliste, armé et financé par les deux partis. On ne le démantèlera pas en élisant de meilleurs démocrates, car les démocrates n’ont aucune intention de le démanteler. Cela exige la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, immigrée comme celle née au pays, contre l’État lui-même – et c’est précisément ce que la stratégie des DSA, qui consiste à œuvrer au sein du Parti démocrate, vise à empêcher.
C’est pourquoi les manifestations de janvier, malgré toute leur ampleur et toute leur détermination, se sont épuisées. Ce qui leur manquait, ce n’était pas le courage mais une perspective : celle qui relie la défense des immigrés à la lutte de classe dans son ensemble et refuse de la subordonner aux besoins électoraux d’un parti qui construit les camps.
La continuité de la torture d’une administration démocrate ou républicaine à l’autre, des sites noirs aux Everglades, exprime la défense commune de l’État capitaliste par les deux partis. Ni l’un ni l’autre n’existe pour protéger les droits de la classe ouvrière. La tâche d’abolir la police de l’immigration, de libérer ceux qu’elle détient dans ses prisons et de défendre les droits démocratiques de tous incombe à la classe ouvrière, organisée indépendamment des deux partis.
