Un rapport de l’ONU conclut à des « motifs raisonnables » de retenir des accusations de crimes de guerre pour la frappe de missile américaine contre une école de filles en Iran

Des manifestants pleurent les écolières tuées à Minab, en Iran, par un missile américain

Une mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations unies (ONU) a conclu qu’il existe « des motifs raisonnables de croire » que les États-Unis ont commis des crimes de guerre lors de frappes aériennes contre deux sites civils en Iran, au début de la guerre américano-israélienne.

Ces conclusions constituent une mise à nu accablante du caractère criminel de la guerre impérialiste non provoquée lancée le 28 février 2026 par l’administration Trump avec le concours du gouvernement israélien.

Le rapport de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran qualifie la frappe du 28 février contre l’école primaire Shajareh Tayyebeh de Minab, dans la province d’Hormozgan, d’attaque sans discrimination visant une cible incontestablement civile. Les autorités locales iraniennes avancent un bilan de 156 à 157 morts, dont 120 à 123 enfants.

La seconde frappe aérienne analysée dans le rapport, moins connue, a eu lieu le même jour et a touché un centre sportif et un quartier résidentiel de Lamerd, dans la province du Fars. Cette attaque a fait 22 morts, dont deux écolières et deux écoliers, ainsi qu’une fillette de deux ans qui jouait devant chez elle.

L’école de filles de Minab a été touchée au moment où les États-Unis et Israël lançaient une attaque aérienne massive contre l’Iran. Elle se trouvait à côté d’un complexe naval du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), lui-même attaqué ce jour-là selon certaines informations. Les enquêteurs de l’ONU ont estimé que la proximité d’une installation militaire ne fait pas d’une école primaire en activité une cible légitime.

L’école était « clairement identifiable », et la mission n’a trouvé « aucune preuve qu’elle était utilisée à des fins militaires ». La conclusion du rapport de l’ONU est sans ambiguïté : « La Mission a des motifs raisonnables de croire que les États-Unis ont commis le crime de guerre consistant à lancer une attaque sans discrimination ayant entraîné la mort ou des blessures de civils ou des dommages à des biens de caractère civil. »

La mission a rejeté la thèse sous-jacente aux premières tentatives du gouvernement américain de présenter la destruction de l’école comme un accident découlant d’une attaque contre l’installation voisine du CGRI. Elle a conclu que « le bâtiment de l’école était le point d’impact visé et que les dommages ne résultaient ni d’une frappe erronée ni de dommages collatéraux » découlant de la frappe contre le complexe naval.

Cette conclusion reposait en partie sur les témoignages de survivants selon lesquels l’école avait été frappée à deux reprises. Elle s’appuyait également sur les caractéristiques matérielles de la cible, sur sa visibilité en tant qu’école et sur l’absence de toute information attestant un usage militaire.

La mort de plus de 120 enfants dans une seule attaque illustre les méthodes employées par l’impérialisme américain : une violence militaire écrasante, le mépris de la vie des civils du pays visé et un appareil officiel agissant en toute impunité voué à dissimuler ses actes.

Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, avait décrit plus tôt la destruction de Minab comme évoquant « une horreur viscérale ». Les images de « salles de classe bombardées et de parents en deuil » montraient, a-t-il dit, « qui paie le prix le plus lourd de la guerre : des civils qui n’ont aucun pouvoir sur les décisions ayant mené au conflit ».

La mission d’établissement des faits n’a accepté aucune des allégations du gouvernement iranien. Elle a employé une méthodologie fondée sur les preuves matérielles, les témoignages et les sources ouvertes disponibles, associée à une évaluation des armes que l’on sait être en la possession des parties au conflit.

Les enquêteurs ont fait état d’informations selon lesquelles une enquête militaire américaine préliminaire avait conclu à la responsabilité des forces américaines dans la frappe de Minab. Ils ont en outre relevé que les États-Unis étaient la seule partie au conflit à posséder des missiles Tomahawk, l’arme liée à la frappe. L’ensemble des éléments de preuve a conduit les enquêteurs à conclure qu’il existait des motifs raisonnables d’attribuer l’attaque aux États-Unis.

La mission n’a pas prétendu être une juridiction pénale rendant un verdict définitif après avoir eu accès à l’ensemble des dossiers militaires américains, des journaux de bord des pilotes, des fichiers de ciblage et des évaluations d’armement. Elle constate que les éléments de preuve disponibles fondent des motifs raisonnables de croire qu’un crime de guerre a été commis. La conclusion de ce rapport est d’autant plus accablante que Washington refuse de partager les documents mêmes qui permettraient de confirmer ou d’infirmer les allégations.

Les circonstances entourant l’enquête de l’ONU soulignent le caractère impérialiste et d’intimidation de la réaction de Washington. L’armée américaine n’a pas rendu publics les résultats de sa propre enquête sur le bombardement de l’école de Minab, bien qu’elle ait reconnu plus tôt qu’une enquête était en cours.

Le refus de divulguer ses renseignements de ciblage, ses données sur les armements, ses ordres opérationnels et ses conclusions internes limite fortement toute vérification indépendante. Cette attitude permet également au gouvernement américain d’alterner entre l’esquive, l’aveu partiel et le démenti catégorique sans être soumis à aucun contrôle.

L’enquête de l’ONU s’est déroulée dans le contexte d’une catastrophe humanitaire plus large. Son rapport a souligné que les civils iraniens étaient pris entre les frappes aériennes meurtrières américano-israéliennes et la répression, par l’État iranien, des manifestations commencées fin 2025. La mission a conclu que le gouvernement iranien avait commis des crimes contre l’humanité lors de cette répression, notamment des meurtres, des emprisonnements et des actes de torture.

Cette conclusion concernant l’État iranien ne diminue en rien la responsabilité de l’impérialisme américain dans ses propres crimes. Au contraire, l’invocation par l’administration Trump des droits démocratiques du peuple iranien est, comme l’impérialisme américain l’a fait régulièrement depuis plus d’un siècle, un prétexte bien connu d’agression militaire.

La mission est parvenue à une conclusion analogue à propos de la frappe du 28 février contre le centre sportif et le quartier résidentiel de Lamerd, dans la province du Fars. Cette attaque a tué 22 civils et en a blessé plus de 100, selon les autorités locales. D’autres sources font état d’au moins 21 morts, dont sept enfants.

L’arme qui aurait été utilisée est un missile de frappe de précision (Precision Strike Missile, PrSM), qui a dispersé des nuées de billes de tungstène au-dessus du complexe sportif et des zones résidentielles voisines. La mission a établi que le site était clairement identifiable comme une infrastructure civile et que rien ne pouvait laisser croire à une utilisation à des fins militaires.

Les enquêteurs de l’ONU ont conclu que ce type de missile était imprécis et « ne pouvait être dirigé contre un objectif militaire déterminé ». Ils ont estimé qu’il existait des motifs raisonnables de croire que les États-Unis avaient mené l’attaque, relevant qu’ils étaient seuls, parmi les belligérants, à posséder des missiles PrSM.

Washington a nié avoir mené une frappe à Lamerd et contesté les informations identifiant l’arme comme un PrSM. Or ce démenti est contredit par la signature de l’arme telle qu’elle a été rapportée, par la nature des dégâts et par l’évaluation plus large que la mission a faite des éléments disponibles.

Le président Donald Trump a affirmé que l’école de Minab n’avait pas été visée intentionnellement. La Maison-Blanche avait précédemment déclaré que l’enquête était en cours et qu’aucune conclusion définitive n’avait été tirée.

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré que l’armée américaine « ne prendrait jamais pour cible des objectifs civils ». Une telle déclaration ne répond ni aux éléments réunis par la mission de l’ONU, ni aux cadavres des écolières et des civils tués à Minab et à Lamerd.

Le Pentagone a à la fois nié avoir mené une frappe contre Lamerd et continue de refuser de partager des informations nécessaires aux instances indépendantes et au public.

Après la publication des conclusions de l’ONU, la porte-parole de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a dénoncé le Conseil des droits de l’homme comme une institution qui « n’a rien accompli pour les droits de l’homme tout en débitant des inepties dénuées de sérieux depuis des décennies ». Elle a affirmé que « la seule partie à ce conflit qui ait commis des crimes de guerre est le régime iranien ».

Les cyniques de la Maison-Blanche refusent de répondre à la moindre question factuelle, qu’il s’agisse de savoir si des Tomahawk ont frappé Minab, si l’école a été touchée à deux reprises, pourquoi elle a été choisie comme cible, pourquoi aucun usage militaire n’a été identifié ou pourquoi Washington refuse de publier les résultats de sa propre enquête. Ce silence est sans équivoque : c’est celui des coupables.

Le rapport de l’ONU est une mise à nu accablante des crimes de guerre commis au début de la guerre des États-Unis contre l’Iran. Son travail de documentation sur les attaques contre des installations civiles fait tomber la propagande officielle selon laquelle l’assaut aurait été une opération limitée ou défensive, visant uniquement des objectifs militaires.

La guerre n’a pas été déclenchée par souci de la population iranienne ni, comme l’a affirmé Trump dans son allocution prononcée tard dans la nuit au début du conflit, pour garantir que l’Iran « n’aura jamais d’arme nucléaire ». La guerre contre l’Iran s’inscrit dans l’effort plus large de Washington pour réaffirmer la domination des États-Unis au Moyen-Orient, s’assurer le contrôle stratégique d’une région essentielle pour l’approvisionnement énergétique mondial et les routes de transport, et subordonner l’Iran à l’hégémonie mondiale des États-Unis.

Le meurtre d’enfants à Minab et à Lamerd est l’aboutissement de ces visées prédatrices. Lorsque les objectifs de la guerre sont la domination géopolitique mondiale, la vie des civils devient un obstacle sacrifiable, et les atrocités sont suivies de récits mensongers.

La barbarie déchaînée contre l’Iran et l’obstruction de la Maison-Blanche face aux crimes de guerre américains trouvent un pendant dans l’offensive contre les droits démocratiques à l’intérieur des États-Unis. Les agents fédéraux armés qui ont tué Renée Good et Alex Pretti à Minneapolis – un mois avant que les missiles ne s’abattent sur Minab et Lamerd – n’ont été ni arrêtés ni inculpés, et les tireurs sont protégés par le ministère de la Justice des États-Unis. L’administration Trump fait simultanément obstacle à l’enquête sur les crimes de guerre en Iran et à celle sur le meurtre de citoyens par des agents fédéraux dans les rues de villes américaines.

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