Lundi, Zohran Mamdani, l’élu le plus en vue des Democratic Socialists of America (DSA), a reçu Donald Trump à Gracie Mansion. Mardi, Trump s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations unies et a menacé d’« anéantir la République islamique » d’Iran et de « la précipiter en enfer ».
Cette séquence a un précédent. La dernière rencontre de Mamdani avec Trump, à la Maison-Blanche, avait eu lieu deux jours avant que l’administration ne lance sa guerre contre l’Iran. Cette chronologie dit tout du caractère politique des DSA. Ce ne sont pas des adversaires de l’impérialisme américain. Leur parti en est un appendice.
La menace de Trump contre l’Iran est le langage d’Hitler, c’est une menace de génocide contre un pays de plus de 90 millions d’habitants. Elle constitue en soi un crime de guerre. Elle est survenue alors que Trump exultait au sujet du pillage du Venezuela («Au vainqueur le butin»), dont le président a été capturé par les forces américaines plus tôt cette année et est aujourd’hui détenu dans une prison à New York.
Mamdani n’a rien dit de l’Iran lorsqu’il s’est exprimé aux côtés de Trump lundi. L’Iran n’a pas non plus été mentionné dans l’interview bienveillante de 22 minutes qu’il a accordé ensuite à Christiane Amanpour, de CNN. Pour expliquer son alliance avec Trump, Mamdani a déclaré que, malgré toutes leurs différences, il y avait «une chose qui les rapprochait, à savoir l’amour de la ville de New York». Depuis mardi, le maire de la plus grande ville des États-Unis n’a pas dit un seul mot sur la menace d’exterminer une nation.
Il ne s’agit là pas d’un oubli. Le silence de Mamdani sur l’Iran est une position politique. Il exprime l’acceptation par les DSA des objectifs mondiaux de l’impérialisme américain et le soutien apporté à ces objectifs.
Lors de l’entretien avec CNN, Mamdani a qualifié Netanyahou de «criminel de guerre » et déclaré que le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre lui devait être exécuté. Pourtant, il accueille à bras ouverts le principal soutien et protecteur de Netanyahou, qui devrait lui-même être arrêté pour crimes de guerre en vertu de n’importe quel critère juridique rationnel. La dénonciation de Netanyahou sert de feuille de vigne pour ses partisans. L’accolade donnée à Trump – aspirant dictateur et assassin de masse bien réel – voilà la véritable politique de Mamdani.
Les DSA sont une faction du Parti démocrate, parti de Wall Street et du Pentagone. Jamais les démocrates n’ont reproché à la politique étrangère de Trump d’être trop agressive. Ce qu’ils lui reprochent, c’est de ne pas l’être assez contre la Russie. Lorsque la Chambre des représentants s’est prononcée ce mois-ci sur le ‘Projet de loi Lindsey Graham sur les sanctions’, le chef des démocrates à la Chambre, Hakeem Jeffries (que Mamdani soutient pour la prochaine présidence de la Chambre), a voté contre au motif qu’il n’allait pas assez loin, déclarant: « Il faut affronter la brute, pas chercher à l’apaiser.»
Cette position est partagée par les DSA et par tout le milieu de la pseudo-gauche qui gravite autour d’eux. Les deux élus des DSA au Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib, ont voté aussi bien pour l’enveloppe de 40 milliards de dollars destinée à la guerre en Ukraine en 2022 que pour celle de 61 milliards de 2024. À la conférence Socialism 2026, tenue à Chicago plus tôt ce mois-ci, organisée par Haymarket Books et soutenue par les DSA, des panels consacrés à la politique étrangère ont présenté comme de l’«anti-impérialisme» le soutien à la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie et au conflit avec la Chine. Un intervenant s’est plaint de ce que le soutien américain à l’Ukraine avant 2022 ait été «extrêmement limité». Les intervenants ont passé sous silence les honneurs rendus par l’État ukrainien à des collaborateurs nazis impliqués dans l’Holocauste.
La filiation politique des DSA remonte à Max Shachtman, qui rompit en 1940 avec Léon Trotsky et la Quatrième Internationale. Sous la pression de l’opinion publique bourgeoise, il refusa de défendre l’Union soviétique contre l’impérialisme. Moins de dix ans plus tard, Shachtman soutenait la guerre américaine en Corée. Il soutint ensuite l’invasion de la baie des Cochons à Cuba et la guerre du Vietnam, et plaça ses partisans dans l’appareil anticommuniste de l’AFL-CIO.
Michael Harrington, protégé de Shachtman et fondateur des DSA, continua la même politique fondamentale sous une nouvelle forme organisationnelle. La gauche américaine, soutenait-il, devait jouer « un rôle pro-américain, de guerre froide, du genre Département d’État », et il fut toute sa vie un partisan d’Israël. En 1973, il fonda le Democratic Socialist Organizing Committee sur la base du programme de « réalignement » au sein du Parti démocrate, « l’aile gauche du possible », le possible étant défini à chaque étape par la classe dirigeante. En 1982, le DSOC fusionna avec le New American Movement, vestige des Students for a Democratic Society [SDS], pour former les DSA.
Un autre passage du discours de Trump est extrêmement significatif. Le gouvernement cubain, qui selon lui «allait tomber», avait « cultivé des liens avec des groupes subversifs et radicaux tels que le Parti communiste des États-Unis, Antifa et les Democratic Socialists of America». Trump reprenait le rapport du Département d’État sur Cuba publié en juillet, qui traite les DSA, le Parti communiste, la National Lawyers Guild et Code Pink comme des prolongements de La Havane. Antifa a déjà été désigné « organisation terroriste ». Nommer les DSA à ses côtés revient à déclarer que leurs activités pourraient elles aussi être criminalisées.
Face à cette menace directe, Mamdani n’a rien dit. Jacobin n’a rien publié. La seule réponse formelle des DSA à ces accusations reste leur déclaration d’août sur le rapport du Département d’État, où ils plaidaient que « le rapport [de Trump] admettait que les DSA ne mènent pas d’activité d’organisation pour le compte du gouvernement cubain ».
Les DSA n’ont pas non plus fait la moindre déclaration publique sur la rencontre de Gracie Mansion même. Ce qui s’en rapproche le plus vient de Grace Mausser, coprésidente de la section new-yorkaise des DSA, qui a déclaré à Politico: «La plupart des gens aux DSA comprennent qu’il s’agit d’une stratégie et que Trump est une personne très susceptible et capricieuse, qui réagit de façon imprévisible au moindre affront supposé. Il est très risqué, non seulement pour Zohran lui-même mais pour toute la ville, de l’insulter directement.»
Il est difficile d’imaginer déclaration plus servile. Parmi les réactions « imprévisibles » de Trump figurent la menace d’anéantissement proférée contre une nation de 90 millions d’habitants et le fait de traiter ses opposants politiques de terroristes. La réponse des DSA ne consiste pas à s’opposer à lui, mais à prendre garde de ne pas le contrarier. C’est la logique du courtisan. Le tyran est susceptible, donc il faut le flatter.
Ce que Trump craint réellement, ce ne sont pas les DSA. L’oligarchie capitaliste a pris la mesure de gens comme Mamdani, et Trump sait à qui il a affaire. La cible de la diatribe de mardi, c’est la classe ouvrière, la force sociale dont le virage à gauche s’est dans un premier temps exprimé de façon déformée à travers les succès électoraux des DSA. Des millions de travailleurs et de jeunes entrent en opposition à la guerre et à l’oligarchie et en tirent la conclusion que c’est le capitalisme même qui est le problème.
On ne saurait expliquer la conduite de Mamdani et des DSA par le seul opportunisme personnel ou la bassesse caractéristique des individus concernés. Elle a une base de classe. Les DSA parlent au nom des couches privilégiées de la haute classe moyenne, dont la situation confortable dépend de la stabilité de l’ordre capitaliste et de la domination mondiale du capitalisme américain. Ces couches veulent une part plus grande du butin à obtenir dans le pays. Elles n’ont rien à redire à la manière dont ce butin est acquis à l’étranger.
Leur opportunisme veule ne les sauvera d’ailleurs pas nécessairement. Mamdani se complaît aujourd’hui dans le rayonnement de la scélératesse réjouie de Trump. Trois semaines avant leur première rencontre, Trump l’avait traité de « communiste cinglé à 100 % ». Plus tôt ce mois-ci, tous les républicains de la Chambre ont voté pour déclarer l’idéologie des DSA « incompatible avec les valeurs américaines et la Constitution des États-Unis ». Quand le vent politique tournera, Mamdani pourra être vilipendé aussi vite qu’il a été accueilli à bras ouverts.
La lutte contre la guerre impérialiste ne peut pas être menée par l’intermédiaire des DSA. Elle ne peut l’être qu’en opposition à eux, par la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière, aux États-Unis et à l’échelle internationale, contre les deux partis de Wall Street et contre le système capitaliste qui engendre la guerre et la dictature. Cela exige une direction authentiquement socialiste et internationaliste: le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) et le Comité international de la Quatrième Internationale.
