La répression des manifestations contre le génocide à Gaza a franchi un nouveau cap dimanche lors de la conférence du Parti travailliste à Liverpool, confirmant que le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham poursuit le programme pro-sioniste et pro-guerre de son prédécesseur, Keir Starmer.
La police du Merseyside a arrêté plus de 150 personnes, dont la grande majorité manifestait pacifiquement. Ce chiffre porte à près de 4000 le total des arrestations depuis l’interdiction antidémocratique de Palestine Action, l’an dernier, en vertu de la législation antiterroriste.
Les personnes interpellées l’ont été pour avoir porté des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Je soutiens Palestine Action » et « Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action », en vertu de l’article 13 de la Loi sur le terrorisme de 2000 (Terrorism Act 2000), qui érige en infraction le fait de soutenir une organisation interdite. Les chefs d’accusation aggravés, fondés sur les articles 11 et 12 – qui couvrent l’appartenance à l’organisation et l’incitation à la soutenir – sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison.
La manifestation, organisée par Defend Our Juries (DOJ) dans le cadre de sa campagne « Lift the Ban » (« Levez l’interdiction »), s’est rassemblée à portée de vue du centre de conférences ACC Liverpool, où le Parti travailliste ouvrait sa première conférence avec Burnham à sa tête. Defend Our Juries a indiqué que 195 personnes y avaient participé.
Plus d’une douzaine de manifestants ont été arrêtés deux heures après le début du rassemblement. À 20 h 02, la police du Merseyside a indiqué que « plus de 50 personnes » avaient été arrêtées. Defend Our Juries a fait savoir que la police procédait encore à des arrestations à minuit, des manifestants étant « retenus dans une nasse policière pendant 13 heures ».
Lundi, DOJ a publié un communiqué indiquant qu’à « 5 h ce matin, après plus de 150 arrestations pour terrorisme et un face-à-face de plus de 16 heures, la police du Merseyside a laissé un groupe de personnes devant la conférence du Parti travailliste continuer à brandir leurs pancartes “terroristes” ». Les photos jointes ne montraient que huit personnes tenant cinq pancartes.
Les personnes interpellées étaient presque toutes âgées. Parmi elles figurait Margaret Owen, titulaire de l’OBE (ordre de l’Empire britannique), 94 ans, avocate spécialisée dans la défense des droits de l’homme. Des soignants, des membres du clergé et des personnes handicapées utilisant des aides à la mobilité étaient assis parmi les retraités.
Les arrestations avaient commencé la veille, lorsque Robert Del Naja, leader du collectif de trip hop de renommée internationale Massive Attack, avait été interpellé devant le lieu de la conférence. Une vidéo montre un policier affirmant que Del Naja commettait une infraction en tenant une pancarte défendant Palestine Action. Del Naja a répondu: « Je ne reconnais pas cette infraction, car en droit britannique, c’est en réalité une infraction que d’aider et d’encourager tout particulier ou toute entreprise qui aide et encourage des crimes de guerre génocidaires. »

C’était la deuxième arrestation de Del Naja cette année pour la même infraction. Le 11 avril, il figurait parmi les 523 personnes arrêtées par la police métropolitaine de Londres en une seule journée à Trafalgar Square, lors d’une veillée de masse.
Del Naja avait participé à une vidéo préenregistrée, adressée directement à Burnham, avec la cofondatrice de Palestine Action, Huda Ammori, et l’avocat spécialisé dans les droits de l’homme Michael Mansfield. « Aujourd’hui, dans la Grande-Bretagne moderne, des citoyens désespérés sont arrêtés, poursuivis et emprisonnés pour terrorisme. Pour terrorisme », ont déclaré les trois.
« Certains pour avoir tenu des pancartes pacifiquement et en silence, d’autres pour avoir démantelé des drones meurtriers destinés à la population civile de Gaza. En droit britannique, il est illégal pour toute entité, privée ou commerciale, d’aider et d’encourager des crimes de guerre, un génocide et des crimes contre l’humanité. Nous vous demandons de mettre fin à ce qui est manifestement injuste. Levez l’interdiction visant Palestine Action. »
Del Naja avait partagé une tribune avec Burnham (alors maire du Grand Manchester) en 2025 pour soutenir le Traité de non-prolifération des combustibles fossiles, où Burnham avait salué sa « clarté et [son] leadership ». Dix-huit mois plus tard, il est emmené de force d’un trottoir en vertu de la législation antiterroriste, devant la conférence présidée par Burnham.
Plus de 3 700 personnes avaient été arrêtées avant le week-end pour avoir soutenu pacifiquement Palestine Action depuis sa désignation comme organisation terroriste en juillet 2025. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 2819 arrestations de ce type ont été enregistrées en Grande-Bretagne au cours de l’année close en mars 2026, dont 484 ont débouché sur des poursuites. Les arrestations avaient déjà repris sous Burnham le 30 juillet (10 jours après son entrée en fonction), lorsqu’au moins 50 personnes ont été interpellées devant le tribunal de première instance de Westminster.
Tim Crosland, porte-parole de Defend Our Juries, a déclaré au Morning Star: « C’est la première grande action de port de pancartes depuis qu’Andy Burnham est devenu Premier ministre. Et c’est un rappel assez clair que rien n’a vraiment changé… »
Kerry Moscogiuri, directrice générale d’Amnesty International Royaume-Uni, a dénoncé des arrestations « de grands-parents, d’adolescents et de tous ceux qui se situent entre les deux pour avoir tenu des pancartes devant la conférence du Parti travailliste [...] une attaque véritablement honteuse contre la liberté d’expression ».
Palestine Action a été interdite par le gouvernement Starmer après que des militants se sont introduits dans la base de Brize Norton de la Royal Air Force (RAF) et ont endommagé deux avions Voyager pour protester contre la complicité britannique dans le génocide de Gaza. La Haute Cour a jugé l’interdiction illégale en février 2026, mais la Cour d’appel a annulé cette décision en juin, et la police a immédiatement repris les arrestations de masse.
En juillet, la Cour suprême a accordé à Ammori une autorisation limitée de former un nouvel appel, dont l’audience est fixée aux 4 et 5 novembre. La ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, maintenue à son poste par Burnham, a déclaré que le gouvernement « défendrait vigoureusement cet appel ».
Le gouvernement Burnham soutient le génocide à Gaza et criminalise l’opposition à celui-ci dans le pays de façon tout aussi brutale que Starmer, en dépit des larmes de crocodile de Burnham.
Le 9 juillet, peu avant son entrée en fonction, il a publié une vidéo dans laquelle il déclarait: « La première réaction du Parti travailliste face au sort réservé à Gaza a causé une immense douleur. Nous nous sommes trompés et j’en suis désolé. » Il n’a jamais qualifié de génocide le massacre des Palestiniens par Israël, disant seulement qu’il existe « de plus en plus d’éléments indiquant que des crimes de guerre semblent avoir été commis », mais qu’il appartient aux juridictions internationales de trancher.
Parallèlement, Burnham intensifie le rôle militaire de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient ainsi qu’en Europe contre la Russie.
En partance pour l’Assemblée générale des Nations unies, il a annoncé le 21 septembre qu’il autorisait un avion Voyager de la RAF à ravitailler en vol les chasseurs saoudiens qui attaquent les Houthis au Yémen – le premier déploiement militaire de son mandat de Premier ministre.
Les arrestations massives ont également mis à nu les professions de sympathie envers les Palestiniens du ministre des Affaires étrangères Ed Miliband, présenté par des personnalités telles que l’ancien dirigeant travailliste Jeremy Corbyn et divers groupes de la pseudo-gauche comme quelqu’un qui rappellerait Burnham à sa « conscience ».
Le 8 septembre, Miliband a déclaré à la Chambre des communes qu’il imposerait des sanctions limitées au commerce avec les colonies israéliennes, au motif qu’il y avait un « nettoyage ethnique des Palestiniens dans certaines zones de Cisjordanie », perpétré par des « colons terroristes ». Il a toutefois aussitôt ajouté que cela ne changeait rien à son « soutien inébranlable à l’État d’Israël », précisant qu’Israël « a parfaitement le droit de se défendre ».
L’intensification de la guerre exige la répression d’État. Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière, Burnham a annoncé la création d’un nouveau Centre national de défense de l’information (National Centre for Information Defence). Celui-ci réunirait les services de renseignement, les forces de l’ordre et les entreprises de réseaux sociaux, avec pour mission de « détecter, attribuer et contrer » les attaques informationnelles hostiles, Burnham mettant en garde contre « une campagne insidieuse qui s’immisce dans les foyers [...] alimente la division et sème le désespoir ».
Présenté comme un bouclier contre les bots russes, un tel organisme sera retourné contre la dissidence à l’intérieur du pays. L’opposition à la guerre, à l’austérité, au génocide à Gaza pourra être présentée comme un « discours du déclin » promu par des forces étrangères.
La lutte pour lever l’interdiction visant Palestine Action, pour obtenir l’abandon de toutes les poursuites contre les personnes arrêtées et pour combattre le génocide et la guerre exige avant tout la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre le gouvernement travailliste et le système capitaliste qu’il défend.
