S'exprimant mardi devant l'Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre travailliste Andy Burnham a engagé la Grande-Bretagne dans une escalade illimitée de la guerre contre la Russie, tout en dévoilant un « Centre national de défense de l'information » orwellien (National Centre for Information Defence), destiné à réprimer la dissidence politique intérieure.
Son discours faisait suite à plusieurs semaines durant lesquelles des responsables politiques de premier plan, des généraux à la retraite, des chefs d'état-major en exercice et les grands médias ont fait campagne pour une guerre contre l'aide sociale afin de financer le réarmement et le rétablissement de la conscription militaire.
« Nous continuerons à investir dans notre défense », a déclaré Burnham à l'ONU, « en respectant nos engagements envers l'OTAN et en renforçant les capacités européennes. Nous ne relâcherons pas nos efforts pour accroître notre force et notre capacité de dissuasion. »
Accusant la Russie de tenir des « propos menant à l’escalade », Burnham a affirmé que le Royaume-Uni resterait « inébranlable dans la défense de sa population et de ses alliés. La véritable résilience repose sur cette puissance militaire. » Tout en tenant lui-même un discours belliqueux et incendiaire, Burnham a déclaré que la Russie devait « s'asseoir à la table des négociations ». Il a proclamé : « Nous soutiendrons l'Ukraine – plus fermement que jamais, et aussi longtemps qu'il le faudra. »
Quelques jours plus tôt, le ministre de la Défense, Wes Streeting, s'était engagé devant le Parlement à fournir à l'Ukraine 120 000 drones supplémentaires au cours de l'année, en plus des 25 milliards de livres sterling d'aide militaire et financière déjà alloués. Ces fonds ont permis de financer, a précisé Streeting, « près de 20 millions de munitions pour armes légères, plus d'un million d'obus d'artillerie, plus de 100 000 drones ainsi que des milliers de missiles de défense aérienne et de véhicules blindés. »
Burnham a salué le projet de loi Graham du président américain Donald Trump, qui autorise l'imposition de droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les pays achetant du pétrole russe, principalement la Chine et l'Inde. Ce texte sanctionne Poutine, les banques russes et les oligarques, et vise la « flotte fantôme » russe qui contourne les restrictions à l'exportation de pétrole russe.
À l’issue de son discours, Burnham – lors de sa première rencontre en tête-à-tête avec le fasciste de la Maison-Blanche – a fait preuve d’une servilité flagrante, s’engageant à impliquer davantage la Grande-Bretagne dans les guerres soutenues par les États-Unis au Moyen-Orient, de l’Iran à l’Arabie saoudite. « Nous sommes avec vous », a déclaré Burnham. Il a évoqué l’annonce du ministère de la Défense selon laquelle la Grande-Bretagne enverrait un avion Voyager de la RAF pour ravitailler en vol les avions saoudiens, dans un contexte de « reprise des attaques houthies et d’escalade de la violence dans la région ».
L’entretien entre Burnham et le président américain a eu lieu quelques heures seulement après que Trump a exposé ses options : « anéantir l’Iran », le laisser « pourrir économiquement » ou conclure un accord, tout en posant la question : « Si et quand dois-je détruire le pays tout entier ? »
Le passage le plus glaçant du discours de Burnham fut l’annonce de la création d’un « Centre national de défense de l’information, chargé de détecter, d’établir la source et de contrer les attaques informationnelles d’États hostiles ». Tous les clichés anti-russes ont été ressortis pour justifier cet instrument autoritaire de censure en temps de guerre.
Il a affirmé que les « bots et faux sites web » déployés par Moscou s’inscrivaient dans une « campagne insidieuse qui s’immisce dans les foyers et déforme le sentiment que les gens ont de leur propre pays, créant un récit de déclin, attisant les divisions et semant le désespoir ».
Comme si des décennies de délabrement économique, de désindustrialisation et d’inégalités sociales en Grande-Bretagne étaient le fruit de la propagande russe !
Ce nouvel organisme de renseignement et de surveillance est mis en place par un gouvernement qui a réprimé sans relâche toute dissidence : plus de 62 000 personnes ont été arrêtées au Royaume-Uni au cours des cinq dernières années pour des publications sur les réseaux sociaux, dont 12 292 ont été condamnées.
Interrogé le lendemain sur GB News au sujet des craintes que cette unité ne soit « instrumentalisée pour cibler des citoyens britanniques qui sont simplement en désaccord avec votre gouvernement », Streeting a répondu : « Oui, je peux [le promettre]. Nous ne cherchons pas à contrôler la dissidence politique intérieure. » Ces assurances ne valent rien. Depuis que le Parti travailliste a prononcé l'interdiction draconienne de l'organisation Palestine Action en juillet de l'année dernière, plus de 3500 personnes ont été arrêtées en vertu de la loi de 2000 sur le terrorisme pour le « crime » de brandir des pancartes en carton portant l'inscription : « Je m'oppose au génocide, je soutiens Palestine Action ».
L'organisation de défense des libertés civiles Big Brother Watch a établi qu'une unité de lutte contre la désinformation déjà existante, la National Security Online Information Team, a déjà « outrepassé ses fonctions en s'immisçant dans la surveillance d'expressions d'opinion légales sur le territoire national ».
Streeting a clairement indiqué la voie dans laquelle il s’engageait. S'exprimant au Parlement le 10 septembre en réaction à des informations non vérifiées selon lesquelles des vétérans britanniques auraient formé du personnel militaire russe, il a averti que la loi de 2023 sur la sécurité nationale (National Security Act 2023) « s'applique au-delà de la période durant laquelle le personnel est employé par les forces armées britanniques ». Il a ajouté : « Que cela serve d'avertissement à quiconque a soutenu, ou envisage de soutenir, les Russes dans la guerre qu'ils mènent en Ukraine. »
Alors que s'intensifient les protestations contre les guerres soutenues par le Royaume-Uni et les coupes budgétaires destinées à les financer, les nouvelles mesures de lutte contre la « désinformation » visent – peu importe les démentis – à réprimer l'opposition de la classe ouvrière au gouvernement et à la guerre.
Dans les semaines précédant son discours à l'ONU, Burnham s'est efforcé de renforcer sa crédibilité en matière de soutien à la guerre, sous une pression intense des cercles dirigeants exigeant que son gouvernement passe aux actes. Lors de la séance des questions au Premier ministre du 9 septembre, la cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, a mis Burnham au défi de s'engager à consacrer 3 % du PIB à la défense d'ici 2030 et d'expliquer comment ce financement serait assuré. Elle a proposé de le soutenir dans une mesure immédiate visant à dégager 7 milliards de livres sterling par des coupes dans les prestations sociales, s'il acceptait cette proposition.
Burnham s'est contenté de réaffirmer son engagement à atteindre le seuil de 3,5 % exigé par l'OTAN d'ici 2035. Il a déclaré : « Nous mettons tout en œuvre pour garantir notre sécurité nationale, mais cela ne peut se faire au détriment de la protection sociale. »
La réaction fut virulente. Dans les colonnes du Sun, Badenoch a affirmé que ses propos « n'avaient pas seulement été entendus à Westminster ou à Manchester [où Burnham était auparavant maire], mais aussi à Moscou ». Le député du parti d'extrême droite Reform UK, Danny Kruger, a dénoncé cette « déclaration extraordinaire ». Le Telegraph a publié trois éditoriaux, dont l'un avertissait que la « position absurde » de Burnham risquait de devenir son « épitaphe politique ».
Le lendemain, lors de sa première intervention au Parlement en tant que ministre de la Défense, Streeting a fixé des priorités différentes : « Les écoles, les hôpitaux et les logements sont des éléments importants, mais ils n'ont aucune valeur s'ils sont réduits en ruines. »
La hiérarchie militaire exige que le gouvernement s'engage immédiatement à relever les objectifs de dépenses militaires.
Le 16 septembre, le chef d'état-major de la marine, l'amiral Gwyn Jenkins, a profité d'un discours commémorant la bataille de l'Atlantique pour désigner la Russie comme « la plus grande menace pour notre sécurité aujourd'hui ».
Le 20 septembre, deux anciens chefs d'état-major siégeant à la Chambre des lords sont intervenus publiquement pour critiquer Burnham. L'ancien chef de l'armée de terre, Lord Dannatt, a accusé Burnham et son ministre des Finances, John Healey, de « jouer dangereusement avec la sécurité de la nation ». L'amiral Lord West, ancien chef d'état-major de la marine et ministre travailliste chargé de la sécurité sous le gouvernement de Gordon Brown, a déclaré que les forces armées se trouvaient dans un état « tout à fait critique », dans une situation où, « à bien des égards, on pourrait dire que nous sommes déjà en guerre ».
Boris Johnson, dont le gouvernement conservateur (2019-2022) a joué un rôle central dans le déclenchement de la guerre et a empêché un cessez-le-feu précoce, est intervenu le 14 septembre, quelques heures après qu'un drone russe a frappé une gare ukrainienne qu'il avait traversée peu de temps auparavant. Dans le Daily Mail, Johnson a exigé que les puissances de l'OTAN en fassent « bien plus pour aider les Ukrainiens ».
Le 21 septembre, le haut responsable conservateur Jacob Rees-Mogg a publié une vidéo de huit minutes déclarant : « Il est possible que nous soyons confrontés à une guerre dans les années à venir ; si tel est le cas, nous aurons besoin de personnes prêtes à s'engager dans les forces armées et à accomplir leur devoir. »
L'ancien député conservateur, ancien élève d'Eton et financier dont la fortune est estimée à 150 millions de livres sterling, a affirmé qu'une nouvelle génération devait accepter de faire face à des circonstances où « des gens doivent mourir pour sauver leur pays, comme ce fut le cas lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que dans de nombreux autres conflits, avant comme après ».
Les réactions sur les réseaux sociaux ont été massivement hostiles.
Ce soir-là, dans sa propre émission sur GB News, Rees-Mogg a animé un débat intitulé « La Grande-Bretagne est-elle prête à affronter une attaque russe ? ». Paul Richards, ancien président national de la Fabian Society (affiliée au Parti travailliste et dont il est aujourd'hui trésorier) et ancien conseiller de Tony Blair, a déclaré à Rees-Mogg : « Il faudrait d'ailleurs enfermer quelques personnes. Certaines voix pro-russes, ceux qui nient l'existence d'une menace et disent 'ne vous battez pas pour votre pays, ne partez pas en guerre pour Burnham' : il faudra les enfermer. »
Rees-Mogg a répondu : « Eh bien, nous avons suspendu l'habeas corpus pendant les guerres napoléoniennes [...] » Richards a rétorqué : « Eh bien, et en vertu du Defence of the Realm Act [...] nous devrions recourir à de telles mesures, et nous devrions également envisager des dispositifs comme la conscription [...] »
Ce programme de mesures répressives en temps de guerre est soutenu par tous les partis représentés au Parlement.
Lors de leur congrès du 19 septembre, les libéraux-démocrates de l'opposition ont adopté un programme axé sur l'émission de 20 milliards de livres sterling d'« obligations de défense » ainsi que sur la création d'un Bureau de la défense civile et d'une réserve de volontaires civils. Leur porte-parole chargé de la défense a affirmé qu'il était « urgent » de mettre en place un registre d'urgence des volontaires, soulignant que la Finlande en possédait « déjà » un.
Streeting a déclaré que la Grande-Bretagne n'était « pas aussi préparée qu'elle devrait l'être », affirmant que la résilience relevait de « la responsabilité et du devoir de citoyen de chacun ». Lors du débat du 10 septembre, des députés travaillistes ont appelé à préparer les services d'incendie, de police et de santé à faire face aux « menaces » russes.
(Article paru en anglais le 24 septembre 2026)
