Vous travaillez dans l’industrie aéronautique ou vous êtes un expert prêt à apporter votre témoignage à l’enquête ouvrière indépendante sur la mort d’Oscar Robayo ? Contactez le Comité de base des travailleurs de l’aviation par courriel à aviationworkersrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire à la fin de cet article.
Des travailleurs de l’aviation d’à travers le Canada ont décidé, lors d’une réunion mardi, de créer le Comité de base des travailleurs de l’aviation (CBTA) et voté le lancement d’une enquête ouvrière indépendante sur la mort d’Oscar Robayo, agent de piste de l’aéroport de Montréal. Robayo, un employé de 39 ans de la multinationale française Samsic, a été écrasé par le train avant d’un Airbus A350 à l’aéroport international Montréal-Trudeau le 24 août.
La réunion a adopté la résolution suivante :
Pour une enquête ouvrière indépendante sur la mort d’Oscar Robayo !
Oscar Robayo, agent de piste employé par Samsic Assistance Canada à l’aéroport international Montréal-Trudeau, a été écrasé par le train avant d’un Airbus A350-900 lors d’une manœuvre de repoussage de routine, le 24 août 2026.
Attendu que Samsic, multinationale française, s’est implantée à Montréal-Trudeau en 2023 en tant que soumissionnaire le moins coûteux avec des coûts de main-d’œuvre inférieurs – un processus connu pour engendrer des risques pour les travailleurs et les passagers ;
Attendu que les témoignages de collègues de Robayo et d’un ancien superviseur de Samsic ont établi que Samsic bafoue systématiquement les procédures de sécurité les plus élémentaires ;
Attendu que le gouvernement fédéral mène de longue date une politique de déréglementation, de semi-privatisation et de multiplication de la sous-traitance, qui a engendré une course vers le bas des conditions de sécurité ;
Attendu que Transports Canada et le Programme du travail ont ignoré un rapport de mai 2024 qui documentait la présence d’équipements dangereux chez Samsic, ce qui prouve que les organismes de réglementation de l’État ne font pas respecter leurs propres lois ;
Attendu que l’Association internationale des machinistes (AIM), dont Robayo était membre, a facilité le changement de prestataire et signé une convention collective avec Samsic alors qu’elle savait que la sécurité des travailleurs était systématiquement ignorée ;
Attendu que les enquêtes officielles du Bureau de la sécurité des transports du Canada, au niveau fédéral, et de la CNESST, au Québec, sont supervisées par les mêmes gouvernements que ceux qui sont responsables de la déréglementation ;
Il est résolu que :
Le Comité de base des travailleurs de l’aviation, soutenu par le Parti de l’égalité socialiste et le World Socialist Web Site (WSWS), lance une enquête ouvrière indépendante sur la mort d’Oscar Robayo. Elle a pour but de recueillir les témoignages des agents de piste, du personnel au sol et de tous les travailleurs de l’aviation qui connaissent les conditions de travail chez Samsic, à l’aéroport Montréal-Trudeau et dans l’ensemble du secteur du transport aérien, et de publier publiquement ses conclusions.
L’enquête sera menée en solidarité avec l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), afin de replacer les conditions à Montréal-Trudeau dans le contexte plus large des luttes des travailleurs du monde entier pour mettre fin aux morts au travail et pour de meilleures conditions de travail dans toutes les industries.
La discussion met en lumière les conséquences désastreuses de la déréglementation gouvernementale et du changement de prestataire
La réunion a été ouverte par Félix Gauthier, journaliste du WSWS, qui a présenté un rapport expliquant comment les conditions qui ont causé la mort de Robayo sont le résultat de décennies de privatisation, de déréglementation et de sous-traitance, sous des gouvernements fédéraux libéraux et conservateurs successifs, dont les bureaucraties syndicales ont été profondément complices.
Robayo effectuait une manœuvre de repoussage de routine lorsque l’absence du câble d’extension qui aurait dû lui permettre de communiquer avec l’équipage à une distance sûre l’a contraint à se tenir à côté du train avant de l’appareil. Les caméras de recul du tracteur de repoussage étaient probablement hors d’usage, ce qui empêchait le conducteur de voir Robayo pendant la manœuvre.
La direction de Samsic a fait pression sur l’équipe pour qu’elle accélère le départ d’un vol qui accusait déjà une heure et demie de retard lorsque Robayo et ses collègues ont entamé le repoussage. Les collègues de Robayo l’ont décrit comme « organisé, calme et jamais imprudent ».
Dans son rapport, Gauthier a souligné les expériences communes des travailleurs du monde entier face à l’offensive menée par les partis politiques établis contre les conditions de travail, les services publics et les programmes sociaux. « On estime à environ 3 millions par an dans le monde le nombre de morts imputables au régime de travail actuel », a-t-il noté. « Comme l’a montré un article que nous avons publié l’an dernier, le taux de mortalité sur les lieux de travail canadiens est estimé à trois travailleurs par jour, alors qu’aux États-Unis, il est estimé à un travailleur toutes les 99 minutes. Tout l’establishment idéologique et politique considère ces chiffres comme le coût normal des affaires. »
Il a exposé le contexte de la mort de Robayo. Samsic a repris les services d’assistance au sol à Montréal en 2023 dans le cadre d’un changement de prestataire (« contract flip »), processus par lequel un sous-traitant supplante un prestataire existant en proposant une offre plus basse grâce à la réduction des coûts de main-d’œuvre. Ce processus a été facilité par le gouvernement libéral fédéral, qui a mis en œuvre en 2021 une réforme de l’article 47.3 du Code canadien du travail ayant institutionnalisé le « contract flipping ». Si la réforme protégeait en apparence les salaires des travailleurs lorsqu’un nouveau prestataire reprend la prestation de services dans un aéroport, le gouvernement a refusé d’étendre cette protection à l’ancienneté et aux droits de négociation collective. En pratique, cela a donné aux sous-traitants la latitude d’éviter de réembaucher les travailleurs plus anciens et mieux payés, ou de modifier les descriptions de poste pour justifier des baisses de salaire.
Pour expliquer l’importance d’une enquête indépendante, Gauthier a rappelé le précédent de l’enquête ouvrière indépendante menée par l’IWA-RFC sur la mort de Ronald Adams, un réparateur de machines écrasé par un pont roulant à l’usine de moteurs Dundee de Stellantis, dans le Michigan.
Gauthier a appelé à former un Comité de base des travailleurs de l’aviation, lié à l’IWA-RFC, capable de mener une enquête similaire : recueillir les témoignages de travailleurs qui craignent de parler, accéder aux preuves que l’entreprise dissimule, s’entretenir avec des experts du secteur possédant une connaissance approfondie des questions de sécurité aérienne et publier les conclusions – en toute indépendance par rapport à l’entreprise, aux organismes de réglementation de l’État et à l’appareil syndical, qui ont tous intérêt à enterrer la vérité.
Prenant la parole en faveur de la création du Comité de base des travailleurs de l’aviation et du déclenchement de l’enquête ouvrière sur la mort de Robayo, un participant a déclaré : « C’est la seule façon, à ma connaissance, de contourner le système dans lequel nous sommes. »
Dans la discussion qui a suivi, des travailleurs ont puisé dans des décennies d’expérience dans l’industrie pour expliquer comment fonctionne réellement le régime actuel de « sécurité ».
Un pilote entré dans l’industrie au début des années 1990 a évoqué une période de changements considérables, où les conditions étaient souvent telles qu’il s’étonnait qu’il n’y ait pas eu davantage d’accidents. Il a relaté sa propre expérience pour illustrer le manque de soutien à la santé des pilotes. Les pressions qui dissuadent les pilotes de prendre soin de leur santé constituent un danger à la fois pour les pilotes eux-mêmes et pour leurs passagers.
Un autre participant a signalé la menace que représente le matériel défectueux de Samsic, qui avait poussé des travailleurs à déposer une plainte auprès du Programme du travail fédéral en 2024. Le problème, a-t-il dit, c’est « l’argent et la structure ».
La discussion qui a suivi a insisté sur l’importance de mobiliser la force sociale et politique indépendante de la classe ouvrière. Plus les travailleurs de la base s’unissent et prennent position, plus ils peuvent faire peser leur puissance sociale pour imposer des améliorations de la sécurité au travail et des autres conditions, en opposition à l’infrastructure truquée et pro-patronale des organismes officiels de surveillance et au système de « négociation collective » appuyé par les syndicats. Ces mécanismes sont conçus pour étouffer la lutte de classe, tout en donnant aux employeurs tous les outils dont ils ont besoin pour imposer des reculs, démolir les normes de sécurité et accroître les profits des entreprises.
Depuis plus de quatre décennies, l’ensemble de la bureaucratie syndicale est de connivence dans de vastes attaques contre les travailleurs, touchant les salaires, les conditions de travail, les règles de sécurité et les dépenses publiques. La complicité de la bureaucratie syndicale dans les conditions qui ont coûté la vie à Oscar se résume dans le comportement de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIM), qui célébrait encore en août 2025 son « partenariat » avec la direction de Samsic. L’AIM a publié, après la mort de Robayo, un bref message qui ne le nommait même pas et qualifiait l’incident mortel d’« accident tragique ».
Un participant a évoqué dans ce contexte le rapport sur l’écrasement, en 1989 à Dryden, en Ontario, d’un avion de ligne qui avait fait 24 morts. Il a rappelé que l’équipage à l’arrière de l’appareil – agents de bord comme pilotes – voyait le danger que représentait la neige s’accumulant sur les ailes, mais n’avait rien dit.
« Chacun a la responsabilité de signaler un problème », a-t-il dit. « Pourtant, les travailleurs de première ligne qui constatent un problème grave ne peuvent pas s’exprimer en s’attendant à ce qu’il soit réglé. » Il a ajouté : « C’est si injuste que c’en est effrayant, et ce sont les bureaucrates qui en sont responsables. »
Le même participant a aussi établi un lien avec la tragédie de Lac-Mégantic, où un train a déraillé et explosé en 2013, faisant 47 morts dans cette ville du Québec. Les chemins de fer fonctionnent selon le même système de gestion de la sécurité que les compagnies aériennes, a-t-il fait remarquer.
L’enquête ne limitera pas son champ d’action à Samsic. La déréglementation de l’industrie du transport aérien, qui remonte à la fin des années 1970 et au licenciement de 11 000 contrôleurs aériens par le président américain Ronald Reagan en 1981, a été menée par les gouvernements de tous les pays dans le cadre d’une offensive générale contre les salaires, les conditions de travail et le niveau de vie de l’ensemble de la classe ouvrière.
Les bureaucraties syndicales, notamment l’AIM, le SCFP, Unifor et d’autres au Canada, ont facilité ce processus en imposant aux travailleurs des contrats de capitulation les uns après les autres et en sabotant la résistance des travailleurs au nom de la défense de la « négociation collective » et des « partenariats » des bureaucrates avec les patrons et les ministres. Les participants ont donc convenu que l’enquête devait examiner toutes les parties coupables des conditions de travail dangereuses et mortelles qui prévalent dans les aéroports et dans l’ensemble de l’industrie.
Soutenez l’enquête ouvrière sur la mort d’Oscar Robayo ! Rejoignez le Comité de base des travailleurs de l’aviation !
La fondation du Comité de base des travailleurs de l’aviation donne aux travailleurs de toute l’industrie, au Canada et à l’échelle internationale, un organe indépendant pour mener la lutte contre les conditions de travail qui ont tué Oscar Robayo.
La tâche urgente est désormais d’élargir les effectifs du CBTA dans toute l’industrie du transport aérien. Nous exhortons tous les travailleurs qui estiment nécessaire de mobiliser la base contre la déréglementation, la pression à aller toujours plus vite et la collaboration des bureaucraties syndicales avec la direction à rejoindre le comité dès aujourd’hui.
L’enquête ouvrière indépendante sur la mort d’Oscar Robayo ne pourra réussir que si elle obtient un solide soutien de la classe ouvrière de l’ensemble de l’industrie aéronautique à l’échelle internationale, ainsi que d’autres secteurs.
Nous lançons un appel urgent aux agents de piste, au personnel au sol, aux pilotes, aux agents de bord et à tous les travailleurs de l’industrie aéronautique, au Canada et à l’étranger, pour qu’ils apportent leur témoignage sur les conditions de travail chez Samsic, à Montréal-Trudeau et dans l’ensemble du secteur.
Le CBTA garantira l’anonymat aux travailleurs qui souhaitent s’exprimer librement mais craignent des représailles de leur employeur ou des bureaucraties syndicales. Parallèlement, nous appelons les experts de l’industrie aéronautique à témoigner sur les conséquences, pour la sécurité au travail et pour les voyageurs, de la subordination systématique du transport aérien à la course au profit des entreprises depuis un demi-siècle. Contactez le comité à l’adresse aviationworkersrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire ci-dessous.
