À l’approche des élections de mi-mandat, Trump intensifie son offensive pour truquer le scrutin

Le président Donald Trump s’exprime lors d’un meeting de campagne au Majestic Valley Arena, le mercredi 14 octobre 2026, à Kalispell, dans le Montana. [AP Photo/Alex Brandon]

À moins de trois semaines des élections de mi-mandat, l’inflation est en hausse, la cote de Trump dans les sondages est en baisse et la Maison-Blanche intensifie ses efforts pour bloquer ou annuler le scrutin.

Mardi, le ministère de la Justice a exigé que les responsables électoraux de Californie refusent de compter les bulletins de vote des électeurs qu’il a désignés comme inéligibles, menaçant d’engager des poursuites s’ils n’obtempèrent pas. Dans des lettres adressées à la secrétaire d’État de Californie, Shirley Weber, et au responsable de l’état civil et des élections du comté de Los Angeles, Dean Logan, le procureur général adjoint par intérim R. Trent McCotter leur a donné 48 heures pour examiner une liste de personnes que le gouvernement fédéral présente comme probablement non-citoyennes.

Les lettres ordonnent à l’État de retenir les bulletins de vote des personnes nommément visées jusqu’à ce que leur citoyenneté soit « établie ». Les bulletins déjà envoyés par la poste à ces électeurs doivent être « mis à l’écart » lorsque reçus, et ceux qui ont déjà été renvoyés ne doivent pas être comptés. Si les responsables refusent, a écrit McCotter, le ministère « n’aura d’autre choix que de solliciter des mesures d’urgence ».

Cette exigence fait suite à des menaces répétées de poursuites contre les responsables des États et des collectivités locales qui refusent de remettre les données des électeurs et de purger leurs listes électorales sur simple ordre. En juillet, le secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin a averti que les responsables qui refuseraient d’utiliser la base de données SAVE du département de la Sécurité intérieure s’exposeraient à des « amendes [...] des sanctions et même, selon la tournure que cela prendra, des peines de prison ». Le même mois, la procureure générale adjointe Harmeet Dhillon, qui dirige la division des droits civiques du ministère de la Justice, a adressé aux responsables électoraux des 50 États et de Washington DC des lettres les menaçant de poursuites pénales pour de prétendus votes de non-citoyens.

Le prétexte est une imposture. Le vote de non-citoyens est d’une rareté extrême. Reuters a rapporté en septembre que, depuis 2000, des États pourraient avoir inscrit quelque 30 000 non-citoyens sur leurs listes à la suite de bogues informatiques et d’erreurs administratives, sans qu’on sache clairement combien d’entre eux ont un jour voté, sur 170 millions d’électeurs inscrits. Lorsque le Texas est devenu le premier État à utiliser le système SAVE remanié, il a signalé 2 724 « non-citoyens potentiels », et des responsables de comtés ont constaté par la suite qu’au moins 21 pour cent d’entre eux étaient des citoyens.

L’exigence adressée à la Californie intervient après une décision rendue ce mois-ci par une juge fédérale de Washington, qui interdit au ministère de la Justice d’utiliser les données électorales collectées auprès des États. Le 9 octobre, la juge fédérale de district Sparkle Sooknanan a annulé le « projet de mise à jour des listes électorales » du ministère de la Justice à l’échelle nationale, dans le cadre duquel le ministère avait exigé de 49 États et du District de Columbia des listes électorales non expurgées, transmis les données des 18 États qui s’étaient exécutés au ministère de la Sécurité intérieure et à la division Homeland Security Investigations de l’ICE, et fait pression sur les États pour qu’ils radient les électeurs signalés dans un délai de 45 jours. La juge a estimé que le ministère de la Justice avait outrepassé les pouvoirs que lui confère la loi et fait fi du risque que les bases de données fédérales identifient à tort des citoyens comme des non-citoyens.

« Le ministère de la Justice ne peut pas piétiner des lois de longue date, soigneusement élaborées pour protéger les droits du peuple américain », a écrit Sooknanan. Elle a affirmé que cette politique « avait radié des citoyens américains des listes électorales de leur État de résidence et risquait d’en priver de nombreux autres de leur droit de vote ».

L’attaque contre les électeurs de Californie intervient un jour après que des agents fédéraux ont perquisitionné le domicile à Washington de la représentante du Minnesota Ilhan Omar, un acte flagrant de répression politique calculé pour intimider l’opposition à Trump à la veille du scrutin. Comme l’a expliqué le World Socialist Web Site dans sa perspective du 12 octobre, la perquisition menée par Homeland Security Investigations sur la base d’un mandat obtenu par le ministère de la Justice est intervenue 22 jours avant le vote, au mépris manifeste de la pratique de longue date du ministère de la Justice consistant à s’abstenir de toute démarche ostensible visant des candidats dans les 60 jours précédant une élection.

Les attaques répétées de Trump contre Omar se sont accompagnées d’une incitation ouvertement raciste visant la population immigrée somalienne du Minnesota. Le 8 octobre, il a écrit sur Truth Social que l’État « était en train d’être conquis par des immigrés somaliens » et a exhorté : « Ripostez, Minnesota, ripostez ! » Deux jours plus tard, lors d’un meeting à Clarksville, dans le Tennessee, il a dit de la Somalie : « Tout ce qu’ils ont, c’est la criminalité et la misère sordide. » Lundi matin, les agents se sont présentés à la porte d’Omar.

Mardi, la chasse aux sorcières s’est étendue. La procureure fédérale Jeanine Pirro a annoncé sur Fox News que ses services enquêtaient sur les déclarations financières d’Omar, ajoutant des allégations d’irrégularités financières à l’affaire montée de toutes pièces autour de l’immigration.

Tout cela survient alors que les sondages annoncent une débâcle politique pour les républicains, les démocrates étant susceptibles de prendre le contrôle de la Chambre des représentants et peut-être du Sénat. Un sondage Reuters/Ipsos publié le 5 octobre a établi le taux d’approbation de Trump à un niveau historiquement bas de 32 pour cent.

Ces événements coïncident avec la tournée de campagne de Trump dans les États républicains, au cours de laquelle il cherche à galvaniser sa base fasciste. Cette base pourrait être lancée contre les électeurs des circonscriptions démocrates ou préparée à une attaque contre le Capitole le 3 janvier, jour où le Congrès votera la certification des résultats de l’élection, dans une répétition de la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021.

L’administration prépare également une présence dans les bureaux de vote. Le 2 octobre, la NAACP a intenté une action contre le ministère de la Justice afin d’obtenir des documents sur son projet annoncé de déployer 1 000 agents dans les bureaux de vote le jour du scrutin. Il s’agit du plus important déploiement de ce type dans l’histoire du ministère. À titre de comparaison, le ministère de la Justice a envoyé environ 289 contrôleurs lors des élections de mi-mandat de 2022 et 714 lors de l’élection présidentielle de 2024. La plainte exige de savoir qui sont ces personnes, où elles se rendent, quelles instructions elles ont reçues et quelle autorité juridique elles invoquent.

La procureure générale adjointe Dhillon les qualifie d’« observateurs » et non de contrôleurs. La distinction est importante. Les observateurs fédéraux autorisés en vertu de la loi sur le droit de vote (Voting Rights Act) peuvent se voir conférer par la loi une autorité spéciale pour entrer dans les bureaux de vote, tandis que les contrôleurs ordinaires du ministère de la Justice peuvent être limités par la législation des États et par les responsables locaux.

L’administration a essuyé plusieurs revers judiciaires. Le premier a été la décision rendue contre le décret présidentiel de Trump du 31 mars 2026, qui fait du service postal américain l’arbitre de ceux qui reçoivent un bulletin de vote par correspondance et de ceux à qui on le refuse. Le décret charge le ministère de la Sécurité intérieure d’établir des listes de citoyens habilités à voter et ordonne au service postal de retenir les bulletins de vote par correspondance des électeurs ne figurant pas sur ces listes. La juge fédérale de district Indira Talwani l’a bloqué, en jugeant que l’article premier, section 4, de la Constitution délègue aux États la conduite des élections fédérales, le Congrès étant habilité à en modifier les règles, et ne confère aucun pouvoir à l’exécutif en matière d’élections. À la mi-septembre, la Cour suprême a maintenu le blocage visant le service postal, sans se prononcer sur la légalité du plan de Trump.

Puis est venue la décision définitive rendue par Sooknanan le 9 octobre, qui interdit aux États de transmettre leurs listes électorales au ministère de la Justice et interdit au ministère d’utiliser les données qu’il avait déjà obtenues de 18 États. Le ministère de la Justice a assigné 30 États en justice pour obtenir leurs listes électorales. Selon Reuters, il a perdu 26 de ces affaires et n’en a pas gagné une seule.

Ces revers sont réels, mais limités. Le 25 septembre, la Cour suprême a suspendu l’injonction que Sooknanan avait précédemment prononcée contre la base de données électorale fédérale élargie, et l’administration peut faire appel de sa dernière décision. Ces décisions signifient que, pour imposer des restrictions au vote, Trump devrait recourir à la force brute, et il refuse d’exclure cette éventualité.

Dans le podcast de l’animateur d’ultradroite Wayne Allyn Root, le 11 août, Trump a répondu à l’appel de son hôte, qui lui demandait de déclarer une urgence de sécurité nationale pour les élections de mi-mandat et d’imposer des restrictions au vote, par cette remarque : « Disons simplement qu’on a déjà vu des choses plus étranges, d’accord ? Je m’en tiendrai à ça. »

Le secrétaire à la Sécurité intérieure Mullin, pour sa part, a demandé au ministère de la Justice d’enquêter pour déterminer si l’on peut se fier à une machine à voter couramment utilisée, dans une tentative de jeter le doute sur le vote électronique et de préparer le terrain pour pouvoir affirmer que des votes sont invalides.

Les responsables électoraux prennent cette menace au sérieux. En septembre, le Washington Post a publié un article intitulé « La nouvelle menace que redoutent les responsables électoraux : le gouvernement fédéral de Trump ». L’article rapportait :

À sept semaines du jour du scrutin, les responsables électoraux se préparent à l’éventualité de saisies de bulletins de vote, de la présence d’agents de l’ICE dans les bureaux de vote et d’un système postal susceptible de rejeter des lots entiers de bulletins. [...] Les responsables électoraux envisagent des idées qui paraissaient autrefois farfelues, comme la saisie de machines à voter par des soldats, l’imposition par le président de règles électorales de dernière minute ou le blocage de la certification des résultats par des responsables agissant de leur propre chef.

Comme le WSWS l’écrivait le 26 août :

Que le décret présidentiel de Trump soit ou non mis en œuvre à temps pour les élections de novembre, il poursuit une stratégie bien précise. Les sondages annoncent une défaite du Parti républicain en novembre, la crise sociale, économique et politique du capitalisme américain est aggravée par la débâcle en Iran, et un virage politique à gauche s’accélère parmi les travailleurs et les jeunes.

Face à ces dangers, Trump cherche à agiter le spectre d’un vote massif d’« immigrés illégaux » afin de s’imposer comme président-dictateur, sans le moindre contrôle sur le pouvoir exécutif. Il n’agit pas en tant qu’individu, mais en tant que représentant criminel de l’oligarchie patronale et financière.

En menant son attaque contre le vote par correspondance, l’administration mobilise la majorité d’extrême droite de la Cour suprême, le ministère de la Sécurité intérieure – agence qui supervise le service de l’immigration et des douanes (ICE) – et un service postal instrumentalisé. Elle crée les conditions permettant éventuellement d’envoyer l’ICE, le FBI ou la Garde nationale saisir des machines à voter et arrêter des responsables électoraux des États et des collectivités locales, afin de bloquer ou d’annuler les élections de mi-mandat, ou de futures élections.

Face à ce complot affiché visant à consolider une dictature, le Parti démocrate ne fait rien de plus que de déposer des recours en justice. Il ne lance aucun appel à la population pour qu’elle se mobilise afin de stopper l’attaque contre les élections. Il craint bien davantage un mouvement indépendant de la classe ouvrière qu’une dictature présidentielle. Son principal désaccord avec Trump ne porte ni sur l’exercice autoritaire du pouvoir ni sur la destruction du niveau de vie, mais sur sa réticence à mener une guerre plus agressive contre la Russie.

La défense des droits démocratiques ne viendra ni des partis capitalistes, ni du Congrès, ni des tribunaux, mais de la mobilisation indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste.

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