Élections législatives en Israël: tous les partis sionistes sont acquis à la guerre

Israël se rend aux urnes le 27 octobre, sans qu’aucun parti politique ne propose d’alternative à la guerre et à l’autoritarisme.

Tous les partis sionistes en lice pour les 120 sièges de la Knesset, le Parlement israélien – le Likoud, parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahou, les factions ultra-orthodoxes, les partis fascistes d’extrême droite et la prétendue opposition – souscrivent à un seul et même programme: la poursuite et l’extension du génocide des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, ainsi que la guerre contre le Liban, la Syrie et les Houthis, dans le cadre de la guerre régionale plus vaste que l’impérialisme américain mène contre l’Iran et ses alliés.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou montre un appareil en prenant la parole lors de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU au siège des Nations unies, le 24 septembre 2026 [AP Photo/Seth Wenig]

Le dimanche 18 octobre, à quelques jours à peine du scrutin et après des mois de relations tendues, le président américain Donald Trump a cherché à conforter la position de Netanyahou et à garantir l’élection du candidat qu’il préfère pour mener à bien ses objectifs de guerre. Dans une lettre publiée sur Truth Social, il écrit : « Si Israël a le mauvais dirigeant, c’est-à-dire n’importe qui d’autre que Bibi, l’Amérique devra faire ce travail elle-même, et je ne suis pas enclin à le faire. »

Dans la même lettre, Trump a menacé l’Iran : « À moins qu’ils ne changent d’attitude, et rapidement, nous finirons bientôt le travail. » Un renforcement militaire américain est en cours dans la région en prévision d’une attaque après les élections de mi-mandat aux États-Unis.

Toutes les fractions de l’establishment sioniste se rangent derrière Trump et offrent les services d’Israël comme mandataire de Washington alors que celui-ci tente de dominer cette région riche en ressources en même temps que les principales voies de transit.

Netanyahou est un criminel de guerre inculpé par la Cour pénale internationale en novembre 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis lors de la guerre génocidaire menée par Israël contre les Palestiniens à Gaza. Israël a tué près de 75 000 Palestiniens, sans compter les innombrables autres qui ont péri faute de nourriture, d’eau potable, d’assainissement et de médicaments. Malgré un prétendu cessez-le-feu conclu l’an dernier, Israël continue le massacre au rythme de quatre morts par jour et a imposé, le mercredi 14 octobre, un blocus sur les livraisons commerciales à destination de Gaza. Cette mesure intervient alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies est contraint de réduire son aide aux Palestiniens, en grande partie à cause des baisses de financement décidées par les principales puissances impérialistes.

Netanyahou a juré d’intensifier la guerre contre l’Iran. Cette guerre d’agression criminelle, lancée par les États-Unis et Israël le 28 février, s’est accompagnée dès ses premiers jours de l’assassinat des dirigeants iraniens et du bombardement de civils, y compris d’écoliers.

Le dimanche 18 octobre, lors d’un rare point de presse de deux heures, Netanyahou a juré de renverser le régime iranien, déclarant: « Le régime doit tomber, et je le ferai tomber. » Dans une vidéo d’un entretien avec Trump, il a dit : « Donald, nous avons un travail à finir. »

Il a minimisé l’ampleur des violences commises par les colons en Cisjordanie malgré le tollé international grandissant et a averti que l’élection, qu’il a qualifiée d’« existentielle », pourrait déterminer si Israël mène à terme ses objectifs militaires ou retourne à ce qu’il décrit comme les politiques de sécurité défaillantes du passé.

Ses partenaires de coalition fascistes, Bezalel Smotrich, du parti Sionisme religieux, et Itamar Ben-Gvir, d’Otzma Yehudit (« Force juive »), font campagne pour l’annexion de la Cisjordanie et de Gaza; Ben-Gvir a dévoilé un plan d’« émigration » de 1,86 million de Palestiniens hors de Gaza.

Presque tous les dirigeants du bloc d’opposition, présentés par les médias comme « modérés » ou « centristes », sont d’anciens chefs militaires et/ou des responsables politiques qui ont servi sous Netanyahou et qui sont d’accord avec lui sur toutes les questions essentielles, à tel point que son gouvernement a pu mener à terme un mandat complet de quatre ans. Il s’agit du premier gouvernement à aller au bout de son mandat sans s’effondrer ni se dissoudre prématurément depuis le gouvernement dirigé par Golda Meir et Yitzhak Rabin après les élections de 1973.

L’instabilité politique reflète les tensions considérables qui secouent la société israélienne, le résultat d’un État capitaliste fondé sur l’expulsion et l’expropriation de la majorité des citoyens palestiniens du pays en 1948-1949 et en 1967, marqué par des guerres répétées avec ses voisins arabes et par sa dépendance du soutien extérieur, en l’occurrence de l’impérialisme américain pour le compte duquel il fait office d’État-garnison.

Ces élections ne sont guère plus qu’une lutte de fractions au sein de l’establishment dirigeant sioniste sur la meilleure façon de gérer les guerres, sur la répartition du butin et sur les moyens de juguler la crise sociale et économique intérieure grandissante, produite par une société organisée autour d’un militarisme permanent. Les guerres ont déjà coûté la somme colossale de 133 milliards de dollars – soit près du double du coût estimé de la reconstruction de Gaza – tandis que les dépenses militaires sont passées d’environ 4,2 pour cent du PIB en 2022 à près de 8 pour cent en 2026, parmi les plus élevées au monde. Aucune fraction n’offre la moindre alternative à la classe ouvrière, qui doit payer pour ces guerres.

Pour l’opposition, la question centrale n’est pas la guerre mais Netanyahou – sa corruption, ses efforts pour instaurer un État autoritaire, son soutien aux fondamentalistes religieux qu’il courtise, et son refus d’assumer la moindre responsabilité dans l’attaque du 7 octobre.

Le parti en tête des sondages est Yashar (« droit » ou « honnête »), le véhicule politique de Gadi Eisenkot, ancien chef militaire et criminel de guerre qui n’a jamais été inculpé et qui a rejoint pendant huit mois le cabinet de guerre de Netanyahou pour mener la guerre génocidaire d’Israël à Gaza. Eisenkot est tristement célèbre pour avoir formulé la doctrine Dahiya selon laquelle, dans un conflit avec des groupes militants non étatiques comme le Hezbollah et le Hamas, Israël doit déployer une force écrasante et disproportionnée contre les infrastructures civiles dans les territoires contrôlés par l’ennemi.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Gadi Eisenkot (à gauche), s’entretient avec le général américain Martin Dempsey, chef d’état-major interarmées, en Israël, le 9 juin 2015 [Photo by D. Myles Cullen / CC BY 2.0]

Il a résumé cette stratégie, de manière restée célèbre, dans un entretien accordé en 2008 au quotidien Yedioth Ahronoth, déclarant: « Ce qui s’est passé dans le quartier de Dahiya, à Beyrouth, en 2006 se reproduira dans chaque village d’où l’on tire sur Israël… Nous y appliquerons une force disproportionnée et y causerons de grands dommages et de grandes destructions… Ce n’est pas une recommandation. C’est un plan. Et il a été approuvé. »

Parmi d’autre formations d’opposition figure la liste Yahad (« Ensemble ») de Naftali Bennett et Yair Lapid. Ils ont dirigé en 2021-2022 un « gouvernement du changement », alliance incohérente qui s’est effondrée en moins d’un an et a ouvert la voie au retour de Netanyahou au pouvoir à la tête du gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël. Ils courtisent Eisenkot et Avigdor Liberman qui dirige le parti de droite Beiteinu (« Israël, notre maison »).

Critiques acharnés de Netanyahou depuis la droite, ils soutiennent que ses stratégies militaire et politique se sont révélées trop faibles et n’ont pas permis de démanteler entièrement les ennemis d’Israël. Ils refusent de céder « un seul centimètre » de territoire et insistent sur l’impossibilité de toute paix avec le Liban tant que le Hezbollah n’aura pas été « neutralisé ». Ils ont demandé que la Turquie et le Qatar soient écartés de tout arrangement d’après-guerre ou de toute planification de paix, et se sont engagés à déclarer officiellement le Qatar « État ennemi » en raison de ses liens avec le Hamas.

Ils réclament l’ouverture d’une commission d’enquête d’État sur le 7 octobre et sur le fait que Netanyahou n’a pas agi malgré les avertissements qu’il avait reçus au sujet des attaques imminentes, la conscription universelle pour mettre fin aux exemptions dont bénéficient les ultra-orthodoxes et que protègent les alliés religieux de la coalition de Netanyahou, l’arrêt du financement des séminaires religieux pour les ultra-orthodoxes, la limitation de la durée du mandat du Premier ministre et l’élaboration d’une constitution écrite.

Les Démocrates, issus de la fusion du Parti travailliste et du Meretz et seule formation politique à soutenir l’éventuelle création d’un mini-État palestinien, sont dirigés par un autre ex-chef militaire, Yair Golan. Golan a promis de collaborer avec ces opposants d’extrême droite à Netanyahou pour former un gouvernement s’ils remportent le scrutin, ce qui tourne en dérision l’appel des Démocrates à mettre fin à l’expansion des colonies et à confier à l’Autorité palestinienne le contrôle de Gaza.

Dans le système israélien de représentation proportionnelle, les principaux partis d’opposition dépendent d’une forte participation des électeurs arabes pour prendre des sièges au bloc de droite de Netanyahou, alors même qu’ils refusent de leur permettre d’occuper des postes ministériels.

C’est pourquoi Ben-Gvir a cherché à faire exclure des élections les deux principaux blocs politiques à majorité arabe du pays – Ra’am (la Liste arabe unie) et la Liste unifiée (une alliance regroupant les partis Hadash, Ta’al et Balad). Il s’agissait d’une tentative flagrante de priver du droit de vote les citoyens palestiniens d’Israël, qui représentent environ 20 pour cent de la population.

La Cour suprême a annulé l’interdiction. Mais si ces partis ont été rétablis dans leurs droits, Sami Abu Shehadeh, dirigeant du parti Balad, a subi de fortes pressions pour retirer sa candidature avant qu’une décision officielle, qui aurait créé un précédent, ne puisse être rendue.

Le retrait forcé de Shehadeh, les tentatives d’interdiction et le refus des partis d’opposition d’inclure des responsables politiques arabes dans une coalition démontrent le caractère essentiel de l’État sioniste: fondé sur l’exclusion des Palestiniens de la vie politique, une exclusion désormais formalisée dans le processus électoral même. Cela réduit à néant les prétentions d’Israël à être « le seul État démocratique du Moyen-Orient ».

Quelle que soit la fraction qui remportera les élections, le programme essentiel – militarisme, occupation, exclusion des Palestiniens, répression et crise sociale qui s’intensifie – restera le même. Seule la mobilisation indépendante de la classe ouvrière – juive, palestinienne, arabe, turque, kurde et iranienne – unie à la classe ouvrière internationale sur la base d’un programme socialiste peut en finir avec ce programme.

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