L’administration Trump accorde un visa au fasciste Flávio Bolsonaro

Flávio Bolsonaro posant devant un quartier cellulaire de la tristement célèbre prison du CECOT, au Salvador, plus tôt cette année. [Photo: @FlavioBolsonaro]

Le mardi 27 octobre, un haut responsable anonyme du département d’État a annoncé que l’administration Trump comptait accorder des visas au politicien fasciste brésilien Flávio Bolsonaro et à sa famille. Bolsonaro, qui a fui le Brésil après avoir perdu le second tour de l’élection présidentielle du 25 octobre face à Luiz Inácio Lula da Silva, fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent et a été profondément impliqué dans la tentative de coup d’État de son père, Jair Bolsonaro, le 8 janvier 2023.

Lundi, la Cour suprême du Brésil lui a ordonné de remettre ses passeports brésilien et italien dans un délai de 24 heures, dans le cadre de l’enquête en cours. Mais, au lieu de s’exécuter, le fils Bolsonaro s’est enfui en pleine nuit vers l’Argentine, où il a bénéficié de la protection du gouvernement d’extrême droite de Javier Milei. Selon des sources, il était mardi soir en route pour Dallas ou Miami, a déposé une demande d’asile politique aux États-Unis et retrouvera mercredi son frère, l’intermédiaire fasciste Eduardo Bolsonaro, sur le sol américain.

La décision d’accorder un visa à Bolsonaro revient à lui offrir une base de lancement pour poursuivre ses efforts visant à annuler le résultat de l’élection, qu’il conteste sans le moindre fondement. Trump a déclaré que les résultats étaient « une nouvelle élection truquée », signe qu’il entend traiter Bolsonaro comme le véritable président du Brésil en exil.

Mais, dans un sens plus large, en accordant un visa à un aspirant dictateur qui fait actuellement l’objet d’une enquête criminelle dans son pays, le gouvernement américain a fait voler en éclats tout ce qui subsistait du prétexte « légal » qu’il avait invoqué jusqu’ici pour justifier sa politique d’immigration répressive.

Contrairement à Flávio Bolsonaro, qui n’a jamais vécu aux États-Unis ni bénéficié de la protection de la Constitution, des non-citoyens en situation régulière comme Momodou Taal, Mahmoud Khalil, Ya’akub Vijandre, Rümeysa Öztürk, Leqaa Kordia et bien d’autres ont été emprisonnés ou menacés de détention pour avoir exercé leur droit, garanti par le premier amendement, de critiquer la politique étrangère américaine, malgré leur résidence de longue date dans le pays. Tandis que Trump déroule le tapis rouge devant le millionnaire fasciste Bolsonaro, Taal et Öztürk ont été contraints de quitter le pays, Vijandre demeure en détention de l’ICE dans l’État de Géorgie, et Kordia et Khalil vivent sous la menace d’une nouvelle détention et d’une expulsion.

Alors que la demande d’asile de Bolsonaro sera examinée à marche forcée, des centaines de milliers de réfugiés d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ont été privés du droit même de faire examiner leur demande d’asile. Des centaines de milliers d’autres ont vu leur demande rejetée sans examen au fond pour des vices de forme mineurs, en vertu d’une décision de principe rendue en 2025 par la Commission des recours en matière d’immigration (Board of Immigration Appeals), acquise à Trump. Et que l’on compare l’accueil réservé à Bolsonaro à l’extradition et à l’incarcération de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, dont les crimes présumés sont sans commune mesure avec ceux de Bolsonaro.

La décision d’accorder à Bolsonaro un statut régulier met à nu des décennies de politique du département d’État visant à réprimer les droits des artistes, des politiciens, des musiciens et de leurs auditeurs aux États-Unis.

Le même département d’État qui a avalisé l’entrée de Bolsonaro a refusé ou restreint l’octroi de visas à des figures comme les auteurs de renommée internationale Gabriel García Márquez, Carlos Fuentes et Graham Greene, en raison de leurs sympathies de gauche ou de leurs liens passés avec le socialisme. En 1952, le procureur général des États-Unis avait annulé le permis de retour de Charlie Chaplin alors que celui-ci était en mer, l’exilant de fait pendant vingt ans en raison de ses opinions de gauche. Le département d’État et ses juristes ont élaboré une doctrine juridique, dite de la « non-révisabilité consulaire », pour refuser aux non-citoyens le droit de contester devant les tribunaux fédéraux, au nom du premier amendement, les refus de visa. Cette doctrine découle de la décision de l’administration Nixon de refuser de lever l’inadmissibilité du professeur pabliste Ernest Mandel, qui a conduit à l’arrêt de principe rendu par la Cour suprême en 1972, Kleindienst v. Mandel.

Même à l’aune de l’histoire de l’impérialisme américain, la décision de l’administration Trump d’accorder un visa à Bolsonaro est d’une effronterie sans nom et cousue de fil blanc.

Lorsque Fulgencio Batista a fui La Havane le jour de l’An 1959, l’administration Eisenhower a refusé de l’admettre, et l’homme fort cubain déchu a passé le reste de sa vie en République dominicaine, au Portugal et dans l’Espagne de Franco.

Vingt ans plus tard, le Nicaraguayen Anastasio Somoza est arrivé à Miami après son renversement, mais l’administration Carter lui a demandé avec insistance, pour des raisons politiques, de poursuivre sa route ; il s’est finalement installé au Paraguay, où il a été assassiné en 1980. Même le chah d’Iran, l’un des alliés les plus importants de Washington pendant la guerre froide, n’a été admis qu’en octobre 1979, pour des raisons humanitaires, afin de se faire soigner d’un cancer, après des mois de pressions exercées par Henry Kissinger et David Rockefeller. Il est reparti au bout de huit semaines environ, et son admission a contribué à déclencher la prise de l’ambassade des États-Unis à Téhéran. Si Ferdinand Marcos s’est vu accorder l’entrée par l’administration Reagan, il est resté à Hawaï, à l’écart du territoire continental des États-Unis.

La décision d’accorder un visa à Bolsonaro transforme les États-Unis en terre de refuge pour des politiciens fascistes qui mettront à profit leur liberté nouvelle et leurs relations américaines pour lancer des attaques contre les droits démocratiques de la classe ouvrière internationale dans tout l’hémisphère Sud et dans le monde.

L’octroi du visa à Bolsonaro ne peut être dissocié de la stratégie plus large que l’administration Trump a ouvertement proclamée pour les Amériques. En janvier, la Stratégie de défense nationale du Pentagone a introduit le concept de « La patrie et l’hémisphère », dans le prolongement du « corollaire Trump à la doctrine Monroe » annoncé dans la Stratégie de sécurité nationale de décembre. Cette formulation redéfinit de fait la « patrie » américaine pour y inclure toute l’Amérique du Nord et du Sud, ce qui rappelle le slogan nazi « Heim ins Reich » (« retour au Reich »), jadis utilisé pour justifier l’annexion de l’Autriche et des Sudètes. En avril, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth est allé plus loin en dévoilant une doctrine de la « Grande Amérique du Nord », qui définit l’hémisphère, du Groenland à l’Équateur, comme un périmètre de sécurité exclusif des États-Unis. Ce plan vise à garantir à la machine de guerre américaine le lithium, le pétrole, le cuivre et les exportations agricoles de la région.

Les mêmes forces qui revendiquent le droit de dicter leur loi à l’Amérique latine sont en train de bâtir l’appareil de la dictature dans leur propre pays. L’accueil réservé à Flávio Bolsonaro, au moment où l’administration expulse et emprisonne ses propres détracteurs, montre que les deux volets de ce programme avancent de pair. La classe ouvrière de tout l’hémisphère est confrontée à un ennemi commun, qu’elle ne peut combattre que dans une lutte commune.

Loading