Perspective

Derrière les élections américaines de mi-mandat : crise économique, guerre mondiale et marche vers la dictature

Un travailleur trie des bulletins de vote au centre de traitement des bulletins de vote du comté de Los Angeles lors de l’élection primaire en Californie, le 2 juin 2026, à City of Industry, en Californie. [AP Photo/William Liang]

Les élections américaines de mi-mandat s’achèvent mardi dans des conditions où les facteurs objectifs qui détermineront la politique américaine, quel que soit le parti qui obtient le contrôle du Congrès, sont entièrement exclus de la campagne. Trois processus étroitement liés façonneront ce qui suivra le scrutin.

Le premier facteur est la crise économique. Cette semaine a apporté les signes les plus sérieux à ce jour que la bulle spéculative sur laquelle repose le capitalisme américain commence à s’effondrer. Alphabet, la maison mère de Google, a perdu en une seule journée un montant record de 482 milliards de dollars de capitalisation boursière, après avoir annoncé un déficit de flux de trésorerie disponible d’environ 9 milliards de dollars, sous l’effet des dépenses consacrées à l’IA. Vendredi, le Nasdaq a reculé de 2,86 pour cent. Intel a plongé de 28,6 pour cent et l’indice des semi-conducteurs a chuté de 7,2 pour cent, portant sa perte mensuelle à plus de 15 pour cent.

La bulle spéculative est le reflet d’une crise prolongée du capitalisme américain, qui entre dans une nouvelle phase. Le rendement des obligations du Trésor à 10 ans avoisine les 4,9 pour cent, la dette nationale a dépassé les 40 000 milliards de dollars, la position mondiale du dollar est de plus en plus menacée et la Réserve fédérale discute de nouvelles hausses des taux.

L’effondrement de ce château de cartes aura des conséquences incalculables. Quelles que soient leurs divergences tactiques, les deux partis réagiront, comme en 2008, par un plan de sauvetage massif de l’oligarchie financière, dont la facture sera payée par la classe ouvrière.

Le deuxième facteur est l’escalade de la guerre mondiale. L’administration a reporté ses projets d’extension de la guerre contre l’Iran jusqu’à la fin du décompte des votes. Selon Axios, des responsables américains et israéliens préparent une campagne de bombardements d’une semaine contre la direction iranienne, ses sites nucléaires, ses installations énergétiques et ses infrastructures, qui débuterait après le 3 novembre. Washington a demandé aux gouvernements de la région de se préparer à des représailles iraniennes.

Parallèlement, la guerre contre la Russie en Ukraine s’achemine vers un affrontement direct entre puissances dotées de l’arme nucléaire. En septembre, la Russie a averti qu’elle était prête à recourir à « tout son arsenal, y compris les armes nucléaires » si l’OTAN entreprenait d’isoler Kaliningrad. Le 18 octobre, l’Ukraine a attaqué la Russie avec plus de 1 000 drones. Les puissances européennes intensifient le conflit, et l’objectif principal du Parti démocrate est de s’assurer que l’impérialisme américain joue le rôle de premier plan dans une guerre contre la Russie.

Le troisième facteur est la montée de la colère sociale et de la lutte des classes. En Europe, elle a déjà éclaté. En France, des centaines de milliers de travailleurs et d’étudiants manifestent depuis six semaines contre les coupes qui frappent les écoles et la flambée du coût de la vie, et le mouvement s’est étendu à l’ensemble du continent.

La classe dirigeante américaine est parfaitement consciente que les mêmes conditions existent ici. Lorsque le mouvement a éclaté en France, le Wall Street Journal a averti ses lecteurs : « Ne pensez pas que cela ne peut pas arriver aux États-Unis, compte tenu de l’état actuel de la politique américaine. » Fortune a titré : « La France est en proie aux émeutes face à l’inflation galopante, à l’explosion de la dette nationale et au délabrement des écoles. L’Amérique est sa jumelle endormie. »

Ce qui donne à l’ensemble de ce spectacle son caractère dégradé, c’est l’occultation complète de la réalité qui déterminera la politique américaine. Aucun des deux partis ne peut dire la vérité à la population, car tous deux défendent les intérêts de l’oligarchie capitaliste qui dirige les États-Unis.

Trump, qui représente les fractions les plus impitoyables de cette oligarchie, a consacré près de deux ans de son second mandat à ériger l’armature d’une dictature. Il a envoyé la Garde nationale dans des villes américaines, bâti un réseau de camps de détention pour immigrés, mené des rafles massives et œuvré systématiquement à criminaliser l’opposition politique.

Anticipant de lourdes pertes aux élections de mi-mandat, Trump s’emploie à renverser ses résultats. Le ministère de la Justice a engagé des poursuites pour empêcher la certification de l’élection sénatoriale en Alaska au cas où le sénateur républicain sortant, Dan Sullivan, serait battu. Jeudi, il a déposé une plainte modifiée, assortie d’une quarantaine d’assignations à comparaître et de demandes de conservation de documents, au motif que des agents politiques proches de la candidate démocrate, Mary Peltola, auraient recruté un second candidat portant lui aussi le nom de Dan Sullivan.

En Californie, après que des tribunaux fédéraux ont rejeté la demande de l’administration de mettre à l’écart 20 000 bulletins de vote, le ministère de la Justice a émis des assignations à comparaître d’un grand jury à l’intention des responsables électoraux locaux. Le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby a déclaré en septembre à des sénateurs que le déploiement de la Garde nationale dans les bureaux de vote avait été évoqué, et Trump a refusé d’exclure le recours à la loi sur l’insurrection (Insurrection Act).

L’offensive visant à renverser le résultat du scrutin est indissociable d’une agitation fasciste et raciste sans précédent dans la politique américaine. Trump a dénoncé Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, comme un « membre djihadiste des Frères musulmans », et a déclaré lors d’un meeting que le Michigan devait « se lever et se battre comme Todd l’avait fait pour empêcher un djihadiste d’entrer au Capitole », évoquant les passagers du vol 93 d’United Airlines du 11 septembre. Des agents fédéraux ont perquisitionné le domicile de la députée Ilhan Omar, et la Maison-Blanche cherche à révoquer sa citoyenneté et à l’expulser.

L’opposition des démocrates à Trump est centrée sur la guerre contre la Russie. Lorsque Trump a autorisé, le 9 octobre, les importations de diesel russe, le chef de la minorité au Sénat, Charles Schumer, ainsi que les sénatrices Jeanne Shaheen et Elizabeth Warren, ont dénoncé cette décision comme « une trahison totale envers l’Ukraine », en déclarant : « Poutine ne réagit qu’à la force. »

Les démocrates présentent 67 « démocrates de la CIA », c’est-à-dire des candidats au Congrès issus de l’armée et des agences de renseignement, soit plus que lors de n’importe laquelle des quatre élections précédentes. Dans les semaines qui précèdent le scrutin, le New York Times abreuve les couches de la classe moyenne aisée qui forment la base du parti d’un flot d’articles sur le « sabotage » et la « guerre de l’ombre » russes.

Cette hystérie antirusse est attisée afin que les démocrates puissent présenter les gains qu’ils escomptent comme un mandat pour la guerre. Sur le reste du programme de Trump, y compris l’attaque contre les droits démocratiques, ils chercheront un accommodement avec la Maison-Blanche et les républicains.

Lors d’une conférence donnée mercredi à l’université George Mason, près de Washington, David North, président du Comité de rédaction international du WSWS, a caractérisé les deux partis. Trump, a-t-il dit, « est le représentant de l’oligarchie capitaliste américaine. Il incarne son caractère impitoyable, son gangstérisme et sa stupidité. » Le Parti démocrate « est la seconde moitié indispensable du système capitaliste à deux partis. Dans la mesure où il a un rôle distinct à jouer dans la politique américaine, c’est celui de détourner et de dévier le mécontentement social de masse. »

Pour remplir ce rôle, le Parti démocrate s’appuie sur les Democratic Socialists of America – son bras chargé des relations publiques – afin de ramener le sentiment anticapitaliste grandissant des jeunes dans le giron de ce parti de Wall Street et des agences de renseignement. Vendredi, Alexandria Ocasio-Cortez a tenu un meeting de campagne avec le représentant Eugene Vindman – ancien officier de l’armée de terre, ancien responsable du Conseil de sécurité nationale et faucon antirusse – en bordure de la base des Marines de Quantico, en Virginie.

La réponse à la dictature et à la guerre, aux inégalités sociales et au fascisme réside dans le développement de la lutte des classes. La guerre et la dictature ne peuvent être arrêtées ni en faisant pression sur les démocrates ni par la voie d’élections bourgeoises, mais uniquement par une rupture complète d’avec le Parti démocrate et par la mobilisation indépendante et révolutionnaire de la classe ouvrière. Les démocrates, l’appareil syndical qui leur sert de bras et la pseudo-gauche répandent tous la complaisance et minimisent le danger de dictature.

Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) construit l’alternative politique à l’ensemble de cet establishment pourri. Il lutte pour mobiliser la force de la classe ouvrière contre la guerre et la dictature par la formation de comités de la base dans chaque usine et chaque lieu de travail, indépendants de l’appareil syndical et reliés entre les différentes industries et par-delà les frontières nationales au sein de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC).

Les travailleurs américains sont confrontés aux mêmes attaques que les travailleurs et les jeunes qui descendent aujourd’hui dans les rues d’Europe, et leurs luttes doivent être unifiées sur la base d’un programme socialiste et internationaliste : celui de l’expropriation des richesses de l’oligarchie, de la réorganisation de la vie économique pour répondre aux besoins de la société et de la fin de la guerre impérialiste.

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