À la suite d’un désaveu électoral écrasant de l’administration Trump à l’échelle nationale lors des élections de mi-mandat du 3 novembre, le Parti démocrate a pris le contrôle total du Congrès et de la majorité des États américains. Ce basculement politique constitue la plus grande victoire électorale des démocrates depuis les élections de 1974, marquées par le Watergate, qui avaient suivi la démission forcée du président républicain Richard Nixon.
Dans le cadre du système bipartite réactionnaire bourgeois, la haine populaire envers le président sortant et sa politique est canalisée vers un soutien aux démocrates, dont la politique n’est pas fondamentalement différente et dont l’allégeance de classe à l’oligarchie financière et à l’appareil militaire et du renseignement est inébranlable.
À la Chambre des représentants, alors que plusieurs dizaines de sièges n’avaient pas encore été attribués par l’Associated Press, les projections donnaient aux démocrates une majorité de 259 sièges contre 176, soit un écart colossal de 83 sièges. Ce serait la plus grosse majorité démocrate depuis 1990. Le Parti républicain n’a pas disposé d’un tel nombre de sièges à la Chambre depuis 1928.
L’avance démocrate dans le total national des voix aux scrutins pour la Chambre était estimée à 13 points, la plus forte pour l’un ou l’autre parti en un demi-siècle. Ce résultat a dépassé l’avance de neuf points des démocrates dans l’intention de vote générique pour le Congrès, telle que la mesuraient les sondages d’opinion d’avant le scrutin.
Les démocrates ont arraché un très grand nombre de sièges dans des États disputés : au moins six en Caroline du Nord, quatre en Pennsylvanie, et trois chacun dans l’Ohio, le Michigan, l’Iowa, le Texas et le Colorado. Les manœuvres républicaines de redécoupage des circonscriptions ont largement échoué : les quatre sortants démocrates de Floride, dont les circonscriptions avaient été redessinées pour tenter de les rendre à majorité républicaine, ont tous été réélus, tout comme le démocrate noir Shomari Figures en Alabama et plusieurs démocrates dont la circonscription avait été redécoupée au Texas.
Alors que deux sièges au Sénat restaient indécis, les démocrates avaient conquis sept sièges républicains, passant d’une majorité républicaine de 53 contre 47 à une majorité démocrate de 54 contre 44. Les deux sièges restants, tous deux détenus par des républicains sortants, ne devaient pas être tranchés avant plusieurs semaines, mais les démocrates y conservaient de minces avances, ce qui rend possible une majorité démocrate de 56 contre 44. Les démocrates n’ont plus compté 56 sénateurs depuis 2010, tandis que les républicains n’ont pas atteint ce chiffre depuis près d’un siècle.
Dans la course sénatoriale du Mississippi, le candidat démocrate Scott Colom a creusé mercredi son avance sur la sortante républicaine Cindy Hyde-Smith, passant de 65 voix à plus de 1 000, alors que des milliers de bulletins provisoires restaient à décompter.
En Alaska, la démocrate Mary Peltola devançait de 600 voix le sénateur républicain sortant Dan S. Sullivan, mais aucun des deux candidats n’avait obtenu plus de 50 pour cent des voix dans ce scrutin à quatre candidats, ce qui déclenche le système de vote préférentiel de l’État : les candidats les moins bien classés sont éliminés et leurs voix sont redistribuées selon les préférences des électeurs, le cas échéant. Ce processus ne commencera même pas avant que les derniers bulletins reçus par correspondance aient été décomptés, et il est peu probable qu’il s’achève avant la fin du mois.
Si les majorités démocrates à la Chambre et au Sénat sont importantes selon les standards des trois dernières décennies, l’effondrement du contrôle républicain sur les États est peut-être plus significatif encore. Les démocrates détiennent désormais 28 postes de gouverneur, contre 20 pour les républicains, le Kansas et l’Alaska n’étant pas encore déterminés.
En termes de population, les démocrates contrôlent 13 des 15 États les plus peuplés, tous sauf la Floride et le Tennessee. La population des États dirigés par un gouverneur démocrate dépassera 256 millions d’habitants lorsque les nouveaux gouverneurs prendront leurs fonctions en janvier. Celle des États détenus par des gouverneurs républicains n’est que de 84,5 millions, soit moins du tiers du total démocrate. Le Kansas et l’Alaska, tous deux faiblement peuplés, ne changeront pas cet équilibre.
Si l’élection présidentielle de 2028 devait suivre la carte des postes de gouverneur, le candidat démocrate recueillerait près de 400 des 538 grands électeurs. D’où la déclaration du gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, selon laquelle le résultat des élections de mi-mandat de 2026 était « presque un événement de l’ampleur d’une extinction » pour le Parti républicain dans de nombreuses régions du pays.
Les sondages à la sortie des urnes ont identifié comme enjeux principaux dans l’esprit des électeurs l’économie, la corruption de Trump et son offensive contre l’ordre démocratique constitutionnel, ainsi que la politique des États-Unis au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de la guerre en Iran ou du génocide à Gaza. Entre 80 et 90 pour cent des personnes interrogées ont jugé l’économie mauvaise, et les deux tiers ont déclaré que la politique de Trump en était directement responsable.
Au sujet de la guerre en Iran, environ 60 pour cent ont estimé que l’attaque contre l’Iran était une mauvaise décision, tandis que 74 pour cent ont déclaré à NBC que la guerre avait été un facteur crucial ou important dans leur vote. Parmi ces derniers, plus de 60 pour cent ont voté démocrate.
Le taux d’approbation de Trump parmi les électeurs n’était que de 38 pour cent, et plus de 50 pour cent le désapprouvaient fermement. Quelque 43 pour cent ont déclaré avoir voté pour exprimer leur opposition à Trump, contre seulement 16 pour cent qui cherchaient à le soutenir. Soixante pour cent ont estimé que Trump faisait passer ses intérêts personnels et ceux de sa famille avant l’intérêt général.
Trump avait lancé à ses partisans, lors de dizaines d’événements dans 20 États : « Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote. » Or les candidats républicains ont été battus dans la quasi-totalité de ces États, les apparitions de Trump leur ayant valu un cercueil de ciment plutôt qu’un coup de pouce.
Les interventions les plus en vue du président fasciste se sont soldées par un désastre : l’incitation à la haine antimusulmane dans le Michigan ; le soutien au procureur général corrompu de l’État, Ken Paxton, au Texas ; l’appui à la campagne de Ramaswamy dans l’Ohio ; et la promotion de Darline Graham en Caroline du Sud.
Le rejet de Trump et des républicains a été général, venant de toutes les couches de la population, quel que soit le critère retenu : âge, origine raciale ou géographie. Les petites villes et les zones rurales se sont détournées de Trump de plus de 15 points, tout comme les jeunes hommes blancs issus de la classe ouvrière. Les électeurs hispaniques se sont révoltés contre la politique raciste et anti-immigrés de Trump, avec des basculements de plus de 50 pour cent dans certains comtés le long du Rio Grande. Trump a perdu dans toutes les tranches d’âge, les jeunes électeurs menant l’opposition.
Dans le Michigan, peut-être l’épicentre de la campagne durant les dernières semaines, le démocrate Abdul El-Sayed a remporté le siège de sénateur avec 7 points d’avance et la démocrate Jocelyn Benson le poste de gouverneur avec plus de 10 points d’avance. Les 83 comtés de l’État, sans exception, ont viré vers les démocrates par rapport à 2024, El-Sayed et Benson faisant tous deux mieux que Kamala Harris, en pourcentage, à Detroit, Ann Arbor, Lansing, Flint, Grand Rapids et Kalamazoo.
Deux sous-groupes parmi les candidats démocrates à la Chambre, ceux affiliés aux Democratic Socialists of America (DSA) et ceux issus de l’appareil militaire et du renseignement, ont chacun nettement progressé, mais les démocrates issus de l’appareil de sécurité nationale l’emportent de loin sur les soi-disant socialistes, dont le programme est considérablement moins radical que la politique des administrations Kennedy et Johnson dans les années 1960.
Le nombre de membres affiliés aux DSA est passé de deux à huit : Darializa Avila Chevalier et Claire Valdez (New York), Chris Rabb (Pennsylvanie), Donavan McKinney (Michigan), Melat Kiros (Colorado) et Angela Gonzales-Torres (Californie) rejoignent Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib. Trois autres démocrates de la Chambre sont d’anciens membres des DSA : Summer Lee (Pennsylvanie), Greg Casar (Texas) et William Lawrence (Michigan), nouvellement élu.
Les « démocrates de la CIA » ont vu leur nombre plus que doubler : les 10 sortants ont tous été réélus, rejoints par au moins 12 nouveaux membres de la Chambre : Luke Bronin dans le Connecticut, Cait Conley à New York, Rebecca Bennett dans le New Jersey, Elaine Luria en Virginie, Kristina Knickerbocker dans l’Ohio, Frederick Wellman dans le Missouri, Zach Dembo dans le Kentucky, Richard Ojeda en Caroline du Nord, Nancy Lacore en Caroline du Sud, Eileen Laubacher et Jessica Killin dans le Colorado, et JoAnna Mendoza en Arizona. Une demi-douzaine d’autres sont légèrement distancés, alors que des voix restent à décompter.
