The Uprising de Paul Greengrass : la révolte contre des conditions intolérables, hier comme aujourd’hui

En 1381, après les ravages de la peste noire et dans un contexte de crise économique provoquée par la guerre, les paysans du sud de l’Angleterre se soulevèrent contre l’instauration d’un impôt de capitation. La révolte des paysans fut écrasée par la répression militaire, après que le roi eut endormi leur vigilance par de fausses promesses.

The Uprising (film de 2026), affiche de sortie en salles portant la date de sortie initialement prévue. [Photo: The Uprising (2026 film) - https://www.focusfeatures.com/the-uprising]

Pandémie, guerre, crise économique, machinations de la classe dirigeante, révolte : voilà des questions d’actualité. Qu’un film leur fasse écho est significatif.

Que ces échos contemporains soient aussi explicites est encore plus remarquable. Le cinéaste chevronné Paul Greengrass a commencé à écrire The Uprising (La Révolte) en 2020, deux jours après le début du premier confinement lié à la COVID. Son scénario témoigne de sa sympathie pour une population dévastée par une pandémie et établit des liens clairs entre le Conseil qui entourait le roi Richard II et les oligarques d’aujourd’hui.

Greengrass n’a d’abord pas réussi à faire produire son film, mais il a expliqué que celui-ci « devenait de plus en plus pertinent. Il me paraissait profondément contemporain lorsque je l’ai écrit, et il n’a fait que le devenir davantage au fil des ans.»

Il faut en reconnaître le mérite à Greengrass, tout comme celui de l’attention soutenue qu’il porte aux conditions contemporaines. Il est tout à l’honneur d’un réalisateur de films d’action hollywoodiens à succès de revenir sans cesse aux injustices du monde qui l’entoure.

Il a abordé à maintes reprises des questions contemporaines et historiques, notamment dans The Murder of Stephen Lawrence (1999), Bloody Sunday (2001), consacré au massacre de manifestants non armés pour les droits civiques en Irlande du Nord en 1972, et 22 July (2018), sur l’assassinat de 77 étudiants sociaux-démocrates par un néofasciste en Norvège.

Quelles que soient ses limites, il continue de s’indigner contre l’oppression et les oppresseurs. Sa détermination à poursuivre l’exploration de ces questions le distingue de la majorité des réalisateurs. Il est également à son honneur de s’être tourné vers un épisode de l’histoire révolutionnaire britannique qui mérite d’être mieux connu.

The Uprising suit assez fidèlement les événements historiques. Les dirigeants de la révolte des paysans, Wat Tyler (Cosmo Jarvis) et le prédicateur radical John Ball (Jamie Bell), y figurent. Pour accentuer l’identification à la masse des opprimés, Greengrass a choisi comme personnage central un ouvrier agricole fictif, mais représentatif, de l’Essex : Ploughman (Andrew Garfield). Il incarne l’humanité définie par son travail : « Je suis ce que je fais », dit-il.

The Uprising. [Photo: Courtesy of Focus Features]

Comparant son épopée historique à Gladiator (2000), de Ridley Scott, Greengrass s’est demandé : « Qui sera mon personnage central ? Ce sera le simple paysan, pas Maximus. »

La peste noire ravagea la Grande-Bretagne en 1348, tuant de 30 à 45 pour cent de la population. Il en résulta une surexploitation sur deux fronts.

Face à la pénurie de main-d’œuvre, qui suscita dans toute l’Europe une poussée en faveur de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, l’aristocratie intensifia ses exigences envers les travailleurs. L’économie féodale reposait sur le servage, les ouvriers agricoles étant attachés aux domaines de l’aristocratie par la servitude pour dettes.

L’abondance des terres et la pénurie de main-d’œuvre après la peste noire suscitèrent une concurrence sur le marché du travail. Les travailleurs devenaient plus mobiles dans leur recherche d’un salaire permettant de vivre, se détachant de la terre à laquelle ils étaient liés et commençant à gagner les villes. C’était le premier pas vers leur prolétarisation.

En réaction, la monarchie anglaise gela les salaires pour arracher davantage de travail à une main-d’œuvre réduite.

La monarchie cherchait également à financer ses guerres en France. Celles-ci avaient repris en 1369, lorsque Édouard III d’Angleterre, de nouveau roi de France, tenta de reconquérir des territoires français autrefois détenus.

Pour financer ces guerres, le Parlement d’Édouard instaura en 1377 un impôt de capitation, un prélèvement fixe par personne qui pesait le plus lourdement sur les plus pauvres. À la mort d’Édouard, son petit-fils, âgé de dix ans, devint le roi Richard II (Woody Norman).

La cour de Richard imposa un deuxième impôt de capitation en 1379. Un troisième, en 1380, fut la goutte qui fit déborder le vase. Ploughman déclare : « Le pays est brisé. On nous force à travailler au-delà de ce que nos âmes peuvent supporter. »

En 1381, les paysans du Kent et de l’Essex résistèrent aux commissaires envoyés pour percevoir l’impôt, se rassemblant et marchant sur Londres sous la direction de Tyler et de Ball.

D’abord limités à des pétitions réclamant un allègement de leur fardeau, les paysans s’en prirent ensuite aux documents et aux individus qui incarnaient leur oppression. Ils tuèrent l’archevêque Sudbury (Stephen Dillane) et le trésorier Robert Hales (Tom Hollander). Ils incendièrent le palais de Hales, détruisant les livres de droit et les contrats qui imposaient légalement leur exploitation.

Le roi négocia, acceptant d’annuler les contrats et d’établir de nouvelles conditions de travail. Cela donna à l’aristocratie le temps de préparer une répression de toute sa puissance contre des paysans désarmés par ses fausses promesses.

Tyler fut tué par Walworth, le maire de Londres (Jonny Lee Miller), et Richard renia ses engagements. Ball fut exécuté – Greengrass le fait mourir au combat – et le soulèvement fut écrasé.

Représentation du XVe siècle du clerc John Ball encourageant les rebelles ; Wat Tyler apparaît en rouge, à l’avant-plan à gauche. [Photo: Unknown medieval artist illustrating Froissart's Chronicles - Detail of British Library manuscript "Royal 18 E. I f.165v"]

La représentation de la colère longtemps contenue des opprimés, qui finit par éclater, est saisissante. Garfield traduit brillamment la montée silencieuse de cette colère et de cette frustration, tandis que ceux qui perçoivent les taxes pillent et humilient sa communauté. Son cri explosif, « On vous en a assez donné ! », donne vie à la description de Lénine de la « masse exploitée et opprimée [qui prend] conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois ».

Cela trouve un écho chez les spectateurs. Comme l’a dit Greengrass : « C’est ce que les gens ressentent souvent aujourd’hui : nous en avons assez. »

Greengrass insiste parfois presque trop sur le caractère oligarchique du Conseil de Richard, qui ne sert que ses propres intérêts. Mais il y a de pires défauts. Il amène le public à partager la conviction des paysans que Richard agira en leur faveur, afin de montrer plus clairement comment les aristocrates exploitent les pauvres et manœuvrent contre eux.

Paul Greengrass au Festival international du film de Toronto en 2025. [Photo by Gabriel Hutchinson / WikiPortraits / CC BY-SA 4.0]

Cela met en lumière les tensions au sein de la classe dirigeante. Mais si une classe dirigeante qui peine à gouverner comme auparavant peut compter dans ses rangs des éléments réfractaires aux changements qui s’y opèrent, elle surmontera cette résistance pour préserver sa domination. Le recours à différentes couches de la classe dirigeante capables de mettre en œuvre une répression toujours plus brutale trouve lui aussi un écho dans le présent.

Hales dit à Richard que le fardeau fiscal doit retomber sur les pauvres, car « si nous taxons les marchands, ils voudront avoir une place à la table ». Walworth affirme qu’il ne mettra ses milices à disposition pour défendre Londres que si elles sont payées et si lui-même obtient une telle place.

Richard est tourmenté par des cauchemars où monte la colère des campagnes et demande : « N’entendez-vous donc pas leur rage ? » Cela rend d’autant plus terrifiante sa transformation : de garçon effrayé, il devient un négociateur aux allures d’homme d’État, puis un despote brutal qui hurle : « Ne suis-je pas le Messie ? »

Le mouvement de Ploughman, venu de l’Essex, rejoint le contingent de Tyler, venu du Kent, et Ball. Ils défendent diverses positions. Ploughman préconise de s’en tenir à une pétition demandant l’aide du roi. Tyler, qui se présente comme un « patriote », est d’accord. Les membres du Conseil sont qualifiés de « traîtres » et Ploughman affirme qu’ils tiennent le roi « en otage ».

Ils réclament le retour aux anciennes dispositions du Domesday Book et l’abolition de l’impôt de capitation. Lorsque Richard accepte et ordonne la rédaction de nouvelles chartes, sa mère (Katherine Waterston) déclare avec approbation : « Sans les mots, il n’y a que le chaos… et la peur. » Les chartes sont rédigées alors même que Richard prépare un massacre.

Tyler, qui avait averti qu’« en faisant couler le sang, nous ouvrons les portes de l’enfer », tente de contenir la foule jusqu’à ce que les chartes soient rédigées. Cependant, Londres est mise à sac et les contrats qui incarnent l’oppression sont brûlés. Tyler en rejette la responsabilité sur une foule londonienne qui accusait les tailleurs flamands de « voler nos emplois ».

Le personnage historique le plus intéressant est John Ball, et Bell est superbe dans ce rôle. Il saisit brillamment la colère de classe et la révolte que Ball préfigure.

Ploughman déclare : « Il n’y aura pas de paix tant que nous ne serons pas libres », entendant par là le rétablissement de leur existence antérieure. Ball envisage autre chose : « Tout ira bien lorsque le poison de la richesse aura été éliminé. »

Historiquement, Ball fut condamné pour avoir prêché des thèses contraires à la foi de l’Église, préfigurant le mouvement proto-protestant des Lollards. Cet utopisme religieux devint la voix radicale d’une classe ouvrière en formation, trouvant son expression à travers l’Europe dans les révoltes paysannes – Thomas Münzer en Allemagne, Jan Hus en Bohême – puis dans les révolutions bourgeoises qui finirent par renverser la féodalité, avec les Niveleurs et les Bêcheux de la révolution anglaise.

Ball est surtout connu pour un sermon prononcé pendant la révolte des paysans. Ses premiers vers n’ont cessé de résonner dans les mouvements révolutionnaires ultérieurs, et Bell les prononce ici :

« Whan Adam dalf, and Eve span,
Wo was thanne a gentilman? »

[Quand Adam bêchait et qu’Ève filait,
Qui donc était gentilhomme ?]

Illustration de la page de titre de A Dream of John Ball (1888), de William Morris. [Photo: Edward Burne-Jones]

Le chroniqueur de l’époque Thomas Walsingham rapporte que, dans son sermon historique, Ball poursuivait en affirmant que « dès l’origine, tous les hommes avaient été créés égaux par nature, et que la servitude avait été introduite par l’oppression injuste et malfaisante des hommes, contre la volonté de Dieu qui, s’il lui avait plu de créer des serfs, aurait certainement désigné, dès le commencement du monde, qui devait être serf et qui devait être seigneur ».

Il concluait en appelant à « arracher l’ivraie [une mauvaise herbe qui ressemble au blé] qui a coutume de détruire le grain ; tuer d’abord les grands seigneurs du royaume, puis mettre à mort les avocats, les juges et les jurés, et enfin éliminer tous ceux dont ils savaient qu’ils nuiraient à la communauté à l’avenir ».

Il n’existait pas encore de base matérielle permettant de réaliser cela, et Ball donnait une expression mystique à la révolte anticléricale de la classe ouvrière émergeant de la société féodale. Ce fut un signe avant-coureur. Comme l’expliquait Friedrich Engels à propos de la guerre des Paysans de 1524-1525 en Allemagne : « L’anticipation en imagination du communisme était en réalité une anticipation des conditions bourgeoises modernes. » (Le livre d’Engels, The Peasant War in Germany, est disponible ici.)

Greengrass conserve un certain optimisme à l’égard de cette anticipation nourrie par l’imagination, au niveau de la poursuite de la révolte individuelle. The Uprising a brièvement été présenté comme un récit des origines de Robin des Bois, le nom de Ploughman faisant écho à Piers Plowman de William Langland. Ce poème des années 1370 contient, dans son commentaire social, la première mention des récits de Robin des Bois et était évoqué dans les sermons de Ball.

L’épilogue peu satisfaisant montre Ploughman en 1382, devenu en quelque sorte Robin des Bois, donnant expression à une protestation individualiste plutôt qu’à une révolte collective. « Désormais, nous nous gouvernons nous-mêmes », dit-il à Richard, ajoutant : « Chaque nuit, nous viendrons hanter vos rêves et vous ne connaîtrez jamais la paix. »

Malgré ces limites, le film de Greengrass met en lumière un moment important de l’histoire révolutionnaire qui mérite d’être étudié. Il mérite un large public.

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