À la suite du puissant désaveu infligé au président américain Donald Trump lors des élections de mi-mandat de 2026, le Parti démocrate a lancé une campagne pour sauver l’administration Trump.
Comme le reconnaissent unanimement les médias, les élections de mi-mandat de 2026 ont constitué le plus grand désaveu électoral d’un président en exercice depuis plus d’un demi-siècle, et l’un des plus importants de l’histoire américaine. Le basculement contre Trump a touché toutes les régions du pays et toutes les couches de la population, et il a été le plus marqué parmi les électeurs ruraux, les jeunes hommes et les travailleurs que Trump revendiquait comme sa base.
Ce vote était un rejet non seulement de Trump, mais de tout le programme de son administration. Il exprimait une opposition de masse à l’aggravation des inégalités sociales, à la guerre, à l’offensive contre les immigrés et aux attaques contre les droits démocratiques.
Pourtant, les démocrates se sont aussitôt empressés d’offrir leur collaboration bipartisane.
Hakeem Jeffries, qui devrait devenir président de la Chambre des représentants en janvier, a déclaré que les démocrates étaient « prêts, disposés et capables de trouver un terrain d’entente bipartisan » et que le peuple américain ne voulait pas qu’ils « règlent leurs comptes ». Il a ajouté qu’aucun membre de son groupe parlementaire ne lui avait parlé de destitution.
Barack Obama a déclaré que les Américains « voulaient une politique qui rassemble les gens au lieu de les diviser ». Le même discours a été repris sous diverses formes par les démocrates nouvellement élus : un appel à « rétablir un sentiment de décence et de collaboration bipartisane à Washington » (Adam Hamilton, sénateur élu du Kansas) ; l’assurance qu’« en janvier, nous serons obligés de travailler ensemble » (Rob Sand, gouverneur élu de l’Iowa) ; le désintérêt affiché pour l’idée de « faire pencher le Minnesota à gauche ou à droite » (Amy Klobuchar, gouverneure élue du Minnesota).
James Talarico, élu au Sénat pour le Texas, a affirmé qu’il n’avait pas été élu « pour se venger ». À propos de l’immigration, c’est-à-dire de la politique de rafles de masse, de camps de détention et d’expulsions, il a déclaré qu’il fallait « reconnaître au président le mérite qui lui revient ».
Cette réaction démontre le caractère frauduleux de ces élections et l’imperméabilité de l’élite dirigeante à la volonté de la population. Les démocrates n’agissent pas comme un parti d’opposition qui vient de battre le gouvernement. Ils n’ont pas besoin du soutien des républicains. Ils disposeront de majorités importantes à la Chambre comme au Sénat. Pourquoi, dans ces conditions, parler de collaboration bipartisane ?
Ils traitent le parti battu comme s’il avait gagné, et un président haï comme un soupirant dont ils chercheraient à s’attirer les bonnes grâces. C’est comme si Abraham Lincoln, réélu en novembre 1864 sur un programme de poursuite de la guerre jusqu’à la victoire et d’abolition de l’esclavage, avait répondu en offrant un « terrain d’entente » à la Confédération.
Que veulent réellement les démocrates ? Ils cherchent un donnant-donnant, avant tout sur la guerre contre la Russie. Les démocrates sont le parti de l’appareil militaire et du renseignement, dont une part substantielle est issue directement de la CIA et d’autres agences de renseignement, et leurs attaques les plus virulentes contre Trump au cours de l’année écoulée ont porté sur ce qu’ils considèrent comme son manque d’agressivité à l’égard de Moscou. Maîtres des deux chambres du Congrès, les démocrates se serviront de leur position pour pousser à une guerre plus agressive.
Au-delà, la classe dirigeante a besoin que les deux partis collaborent sur toute une série de questions, à commencer par la crise économique. L’élection s’est déroulée dans un contexte de turbulences financières extrêmes, Wall Street étant suspendue à une énorme bulle spéculative sur les actions de l’intelligence artificielle (IA). Jeudi, le Nasdaq a chuté de 5,5 pour cent et est entré en correction, et le Dow Jones a perdu 1 833 points, les investisseurs ayant, selon les termes de Reuters, « réévalué les implications des victoires écrasantes des démocrates pour l’expansion des centres de données d’IA ».
Alors que la dette nationale dépasse 40 000 milliards de dollars, alimentée par la guerre et par les plans de sauvetage sans fin en faveur des riches, la classe dirigeante exige une offensive contre les programmes sociaux. De telles coupes exigent la caution d’un accord bipartisan, et les démocrates s’apprêtent à la fournir.
Il y a ensuite la guerre contre l’Iran, qui reste une question brûlante. Alors que Trump prépare des projets de grande ampleur en vue de lancer une attaque, les démocrates n’ont pas appelé à mettre fin à la guerre. Ils veulent s’assurer que l’élection ne fera pas dérailler la course de l’impérialisme américain à la domination du globe, et du Moyen-Orient en particulier.
Par-dessus tout, les démocrates sont hostiles à tout ce qui encouragerait un mouvement venu d’en bas et déstabiliserait davantage un appareil d’État dont l’autorité est déjà gravement érodée. La tâche des démocrates est de contenir l’opposition à l’administration Trump avant qu’elle ne se transforme en un mouvement contre l’oligarchie qui contrôle les deux partis.
Dans tout cela, les démocrates s’inspirent de nul autre que Zohran Mamdani, membre des Democratic Socialists of America (DSA) et maire démocrate de New York, qui a joué le rôle de premier plan dans la formation d’une alliance politique avec Trump, qu’il a rencontré à trois reprises au cours de l’année écoulée.
Interrogé jeudi dans l’émission Morning Joe de MSNBC sur ses « conseils aux démocrates pour travailler avec le président », Mamdani a répondu : « Je pense que c’est possible », appelant les démocrates à adopter une politique consistant à « chercher un terrain où poursuivre un objectif commun » avec Trump. Mamdani a poursuivi : « Je pense qu’il y a toujours une occasion à saisir. Et il faut toujours savoir formuler une demande [...] J’appellerai encore le président s’il y a autre chose qui puisse aider les New-Yorkais. »
Cette déclaration a été explicitement présentée, et reçue, comme un modèle pour le Parti démocrate. Claire McCaskill, ancienne sénatrice démocrate du Missouri, a dit de l’approche de Mamdani : « Et c’est ce que nous devons faire, nous les démocrates, désormais. »
Tout cela réduit à néant l’affirmation, promue par les DSA, selon laquelle les élections, y compris les victoires de leurs propres candidats, pousseraient le Parti démocrate vers la gauche. Loin de tirer les démocrates vers la gauche, les DSA jouent un rôle de premier plan dans l’accommodement avec Trump.
L’« objectif commun » qu’invoque Mamdani est la défense du système capitaliste et des intérêts de l’oligarchie financière. Il reprend le langage d’Obama qui, au lendemain de la première élection de Trump en 2016, avait qualifié la compétition de « joute amicale » et déclaré : « En réalité, nous sommes tous dans la même équipe. » Cette équipe, c’est l’oligarchie financière, et son adversaire, la classe ouvrière.
Le vote de mardi a enregistré l’opposition de millions de travailleurs à la guerre, à l’oligarchie et à la dictature. Cette opposition ne s’arrêtera pas avec l’élection. Elle entrera de plus en plus en conflit avec les démocrates et leurs auxiliaires « progressistes » et des DSA, dont le rôle est de la canaliser de nouveau derrière le parti de Wall Street.
