La déclaration du Premier ministre Andy Burnham le 30 octobre, selon laquelle il était « ouvert » à des excuses officielles de l'État britannique pour le rôle de la Grande-Bretagne dans la traite transatlantique des esclaves, a été prévue pour coïncider avec la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM), qui s'est tenue à Antigua-et-Barbuda les 3 et 4 novembre. Une tentative de réduire la pression sur le roi Charles III concernant cette question pendant sa visite de neuf jours aux Bahamas, en Guyane et à Antigua.
Cette proposition est un exemple particulièrement flagrant de l'hypocrisie manifeste de toutes ces excuses pour des crimes historiques, venant de la bouche d'un représentant politique de l'impérialisme britannique et d'un participant actif aux nombreux crimes qu'il continue de commettre contre des milliards de personnes.
Dans une tribune publiée dans le Guardian et intitulée « On ne peut pas faire payer aux Britanniques les méfaits de l'esclavage, mais nous devons faire face à notre histoire complexe », Burnham a exprimé sa « tristesse et ses regrets face à la douleur et à la souffrance de millions de personnes ». Il a proposé un « dialogue structuré » avec les États concernés et a indiqué que des appels à des excuses en feraient partie.
Mais il a insisté: « Certains ont réclamé des réparations financières pour la traite des esclaves. Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Je ne pense pas que le peuple britannique d’aujourd’hui puisse être tenu responsable d’injustices historiques, aussi odieuses soient-elles, commises à une autre époque, sous d’autres lois et dans lesquelles il n’a joué aucun rôle personnel. »
Au lieu de réparations, Burnham proposa une « nouvelle approche de la dette ». Il écrivit : « Aujourd'hui, le coût du service de la dette dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables atteint son plus haut niveau depuis plus de 25 ans. Plus de 40 pour cent de ces pays consacrent davantage de ressources au remboursement des intérêts qu'à la santé. Je souhaite lancer une nouvelle approche de la dette, en collaboration avec nos partenaires internationaux, afin d'aider ces pays à rembourser leur dette sur une période plus longue et à des taux plus avantageux. » Il aborderait ce sujet lors du sommet, aux côtés du chancelier de l'Échiquier John Healey, du ministre des Affaires étrangères Ed Miliband et de l'ancien Premier ministre Gordon Brown.
Burnham propose des miettes : un rééchelonnement de la dette, et non son annulation. Les pays rembourseraient l’intégralité de leurs dettes, mais plus lentement et à un coût légèrement inférieur. Les banques et les détenteurs d’obligations de la City de Londres, dont la fortune repose en grande partie sur la traite des esclaves et l’économie de plantation, continueront d’être intégralement payés et pourraient même, à terme, percevoir des rémunérations plus importantes. De plus, l’affirmation de Burnham que les créanciers non membres du G7 et le secteur privé devaient être impliqués est une admission que la Grande-Bretagne ne peut imposer de conditions à la plupart des créanciers, même si elle le voulait.
Son offre dérisoire de 40 millions de livres sterling sur trois ans pour les infrastructures et les énergies vertes dans les Caraïbes, prélevée sur le budget d'aide existant, est une véritable insulte.
Les « excuses » de Burnham sont une manœuvre cynique visant à préserver les intérêts de l'impérialisme britannique. Dans un « monde de plus en plus divisé et dangereux », écrivait-il dans le Guardian , le Commonwealth était « vital pour nos intérêts », offrant des perspectives de commerce et de collaboration économique. Alors que l'impérialisme britannique s'efforce de maintenir sa position mondiale face à ses rivaux, Burnham calcule que quelques mots de contrition bien choisis sont une protection peu chère contre la perte d'influence dans les anciennes colonies britanniques.
Son affirmation que le peuple britannique d'aujourd'hui ne saurait être tenu responsable des fautes commises par le passé est une imposture. Le seul « peuple » au nom duquel il parle est la bourgeoisie britannique. Ses expressions de « tristesse et de regret » face aux souffrances de millions de personnes ont été publiées le lendemain de son annonce aux journalistes que son gouvernement « travaillait d'arrache-pied » pour réduire les dépenses sociales – en réduisant les allocations des travailleurs les plus pauvres de Grande-Bretagne afin de financer le réarmement.
L'hypocrisie et l'arrogance de classe qui sous-tendent ses propos sont soulignées par les vues très différentes qu'avait l'État britannique de ses obligations envers les propriétaires d'esclaves. Les 20 millions de livres sterling empruntés en 1835 pour les indemniser représentaient 40 pour cent des dépenses annuelles totales du gouvernement, soit au moins 2,4 milliards de livres sterling en valeur actuelle. Cette somme colossale a été versée à seulement 46 000 propriétaires d'esclaves. Elle a été intégrée à des obligations d'État que le Trésor a continué d'honorer pendant 180 ans, jusqu'en 2015. Des générations de travailleurs britanniques ont donc payé des impôts pour rembourser une dette contractée afin d'indemniser les propriétaires d'esclaves pour la perte de leur « propriété ». Les anciens esclaves, eux, n'ont rien reçu.
Lors de l'ouverture du sommet du Commonwealth le 3 novembre, le roi a repris la position du gouvernement Burnham. Transformant la demande d'excuses en une démonstration d'indignation personnelle, il a qualifié la traite transatlantique des esclaves de « chapitre honteux de l'histoire » qui « remplit mon cœur d'horreur et mon âme d'une profonde tristesse ». Mais, a-t-il ajouté, « nous ne pouvons pas changer les actes de ceux qui nous ont précédés ».
Charles eut alors l'effronterie de présenter la Grande-Bretagne comme le pays ayant vaincu l'esclavage, louant « la détermination à mettre fin au commerce international des personnes réduites en esclavage », une cause dans laquelle, disait-il, « la Royal Navy a joué un rôle de premier plan ». Des navires anglais, puis britanniques, ont transporté des Africains réduits en esclavage à travers l'Atlantique pendant près de deux siècles et demi, depuis le premier voyage négrier de John Hawkins en 1562 jusqu'à la loi sur la traite des esclaves de 1807, et l'esclavage lui-même est resté légal dans les colonies britanniques jusqu'en 1834.
Les coûts humains, sociaux et économiques de la traite des esclaves et de l'impérialisme en Afrique
La traite transatlantique des esclaves fut l'un des plus grands crimes de l'histoire de l'humanité. Pendant plus de 366 ans, les navires négriers embarquèrent quelque 12,5 millions de captifs sur les côtes africaines et en débarquèrent 10,7 millions en Amérique. Plus de 1,8 million périrent durant la traversée de l'Atlantique, un voyage d'environ deux mois. Les navires britanniques transportèrent plus de 3,2 millions de personnes, un chiffre seulement dépassé par celui des navires portugais.
La monarchie a tiré d'immenses profits de l'esclavage. Charles II (1630-1685) octroya des chartes royales à la Compagnie royale des aventuriers commerçant en Afrique et à son successeur, la Compagnie royale africaine, toutes deux placées sous la tutelle de son frère Jacques, duc d'York, futur Jacques II. Entre 1662 et 1731, ces deux compagnies transportèrent plus de 214 000 Africains à travers l'Atlantique, déportant vers les Amériques un nombre d'Africains supérieur à celui de toute autre institution dans l'histoire de la traite. Plus de 45 000 périrent durant la traversée.
Les profits de ce commerce et des plantations affluaient dans les ports de Liverpool, Bristol et Londres, ainsi que dans les banques, les compagnies d'assurance et les domaines ruraux de la classe dirigeante britannique, contribuant à financer la révolution industrielle et jetant les bases de l'accumulation continue de vastes fortunes.
Marx a identifié le rôle de l'esclavage dans la naissance du système capitaliste: « la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore ». Le capital, écrivait-il, « vient au monde dégoulinant de sang et de saleté par tous ses pores, de la tête aux pieds ».
À l'inverse, ce commerce a amorcé un processus de sous-développement dont l'Afrique ne s'est jamais remise. Comme l'a démontré l'historien guyanais Walter Rodney, l'Afrique a été intégrée au marché mondial émergent non pas en tant que productrice, mais en tant que fournisseuse de main-d'œuvre pour la production ailleurs. Son propre développement économique a été interrompu au moment même où celui de l'Europe occidentale s'accélérait.
Les recherches économiques modernes ont confirmé l'ampleur des dégâts. L'économiste Nathan Nunn a constaté que les pays africains d'où provenaient le plus grand nombre d'esclaves sont aujourd'hui les plus pauvres, estimant que sans la traite des esclaves, environ 72 pour cent de l'écart de revenus moyen entre l'Afrique et le reste du monde n'existerait pas.
L’abolition n’a pas mis fin au pillage de l’Afrique. Elle en a modifié la forme, et la Royal Navy, dont le roi Charles louait le « rôle prépondérant », fut au cœur de cette transformation. Ses patrouilles anti-esclavagistes, l’escadre d’Afrique occidentale créée en 1808, devinrent l’avant-garde de l’influence britannique sur la côte ouest-africaine, fournissant le prétexte à une intervention qui aboutit au bombardement de Lagos en 1851 et à son annexion dix ans plus tard.
Lors de la conférence de Berlin de 1884-1885, les puissances européennes se partagèrent le continent, et en 1914, seuls l'Éthiopie et le Libéria conservaient leur indépendance formelle. Lénine, écrivant en 1916, y voyait une caractéristique déterminante de la nouvelle ère de l'impérialisme, où « le partage territorial du monde entier entre les plus grandes puissances capitalistes est achevé ». S'ensuivit une domination coloniale d'une brutalité extrême. Des millions de personnes furent massacrées par la Belgique, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et les autres puissances impériales, et des économies entières furent remodelées pour exporter une seule culture ou un seul minerai vers le centre impérial.
Dans les Caraïbes, l'émancipation s'est accompagnée de nouvelles formes d'exploitation, comme le travail forcé, qui a persisté jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Haïti, qui avait conquis son indépendance lors de la seule révolution d’esclaves victorieuse de l'histoire – fut contrainte en 1825, sous la menace des navires de guerre français, de verser une indemnité de 150 millions de francs-or à ses anciens maîtres et dut emprunter auprès des banques françaises pour s'en acquitter. En 1914, plus des trois quarts de son budget national étaient encore consacrés au service de cette dette, qui ne fut finalement réglée qu'en 1947. Haïti demeure le pays le plus pauvre des Amériques.
L’indépendance acquise par les colonies africaines et caribéennes à la fin des années 1950 n’a pas mis fin à la domination impérialiste. Le pouvoir est passé aux mains d’élites bourgeoises nationales qui ont laissé intactes les structures économiques du colonialisme. Ceux qui ont tenté de les contester l’ont payé de leur vie. Patrice Lumumba, qui exigeait que le Congo contrôle ses propres ressources minières, a été assassiné en 1961 avec la complicité de la Belgique et des États-Unis.
Les travailleurs et les paysans pauvres d'Afrique et des Caraïbes ne sont pas seulement confrontés à l'héritage de l'esclavage et du colonialisme, mais à un système d'exploitation vivant, orchestré depuis la City de Londres, Wall Street et la Bourse de Paris. Dès les années 1980, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont imposé des programmes « d’ajustement structurel » aux ex-colonies. Ils ont privatisé des industries, réduit les subventions et sabré dans les secteurs de la santé et de l'éducation. Il en résulte un continent englué dans la dette.
Les gouvernements africains consacrent aujourd'hui en moyenne 17 pour cent de leurs recettes publiques au service de la dette. Trente-deux pays africains dépensent davantage pour le service de la dette extérieure que pour les soins de santé, et 25 autres pour le service de la dette extérieure que pour l'éducation. Les États africains paient en moyenne quatre fois plus cher que les États-Unis pour emprunter.
Parallèlement, le continent continue d’être vidé de ses richesses. Chaque année, au moins 254 milliards de dollars quittent l'Afrique : 104 milliards au titre du service de la dette extérieure, 88,6 milliards de flux financiers illicites, 32,4 milliards de bénéfices rapatriés par les multinationales et 29 milliards issus du commerce illégal d'arbres, de poissons et d'espèces sauvages. À eux seuls, les flux illicites dépassent l'aide publique au développement que reçoit l'Afrique. Les petits États caribéens sont eux aussi à la merci du système financier mondial, dépendants du tourisme, des transferts de fonds et de la finance offshore, et soumis périodiquement aux politiques d'austérité du Fonds monétaire international (FMI).
L’ampleur du crime de la traite des esclaves et son impact durable sur le monde rendent non seulement les excuses présentées par les descendants de ceux qui l’ont organisé dérisoires, mais montrent aussi la futilité de la campagne menée par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie africaines et antillaises pour y remédier par des réparations.
L'impasse des réparations
À combien s'élèveraient les réparations pour l'esclavage? Le cabinet de conseil économique américain Brattle Group estime que l'esclavage transatlantique a infligé à ses victimes des pertes de 77 000 à 108 000 milliards de dollars, correspondant à la valeur de la vie de 19 millions de personnes réduites en esclavage dans 31 pays – soit environ 802 millions d'années de vie en servitude. Les préjudices persistants après l'abolition ajoutent 23,000 milliards de dollars supplémentaires, portant le total à entre 100 000 et 130,000 milliards de dollars.
La part du Royaume-Uni s'élève à environ 24 000 milliards de dollars pour l'esclavage, dus à 14 pays, auxquels s'ajoutent environ 2 000 milliards de dollars pour les préjudices subis après l'abolition. À elle seule, cette part représente plus de six fois le PIB annuel du Royaume-Uni. Aucun gouvernement capitaliste ne versera jamais une telle somme. Ce montant ne tient pas compte des dommages causés aux sociétés africaines par le dépeuplement, les guerres et le sous-développement que les recherches de Nathan Nunn mettent en évidence.
Le mouvement pour les réparations le sait. Il est dominé par des chefs d'État qui cautionnent l'exploitation brutale de leurs propres citoyens pour le compte de multinationales et de banques, avec le soutien de couches privilégiées de la petite bourgeoisie noire, tant dans leurs pays que dans les centres impérialistes. Ses dirigeants instrumentalisent cette question pour leur propre avancement et, dans le cas des élites politiques africaines et antillaises, pour se présenter comme les amis des ouvriers et des ruraux pauvres dont ils rendent la vie misérable.
La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a réclamé 4 900 milliards de dollars au Royaume-Uni. Dès son entrée en fonction en 2018, elle a lancé un programme de restructuration de la dette insoutenable du pays, soutenu par le FMI et étalé sur quatre ans. Ce programme a entraîné plus de 1 000 suppressions de postes dans la fonction publique, une contraction économique et une hausse du chômage. Depuis, elle maintient le pays sous la tutelle du FMI.
Le principal défenseur des réparations en Afrique est le président ghanéen John Dramani Mahama, qui a parrainé la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies du 25 mars 2026 déclarant la traite des esclaves Africains comme le crime le plus grave contre l'humanité. En juin, il a accueilli la conférence d'Accra qui a adopté un plan conjoint Union africaine-CARICOM (Communauté caribéenne) en 19 points, exigeant des excuses officielles, une compensation financière, un allègement de la dette et la restitution des biens culturels pillés. Le président français Emmanuel Macron, chef de l'ancienne puissance coloniale toujours présente en Afrique de l'Ouest, a été invité à prendre la parole et a mis en garde contre une approche simpliste des réparations, fondée uniquement sur un chèque ou une logique comptable. Mahama a géré le programme d'austérité de 3 milliards de dollars du FMI auquel le Ghana a souscrit en 2023.
En Grande-Bretagne, la campagne parlementaire pour les réparations est menée par Bell Ribeiro-Addy, députée travailliste de Clapham et Brixton Hill, qui préside le Groupe parlementaire multipartite pour les réparations africaines. Elle a insisté pour dire que la réparation « commençait par des excuses, ce qui ne coûte rien ».
Le mouvement pour les réparations bénéficie du soutien populaire grâce à une haine sincère des crimes de l'esclavage et du colonialisme. Mais ses dirigeants ne cherchent qu'à renégocier les conditions d'exploitation des anciennes colonies au sein de l'impérialisme mondial, par le biais d'excuses, d'un rééchelonnement de la dette et de fonds de développement, tout en conservant leur propre place à la table des négociations.
Quelles que soient les motivations de ses participants, la demande de réparations formulée par la CARICOM, l'Union africaine et leurs soutiens en Grande-Bretagne est incapable de réparer les injustices historiques de l'esclavage et du colonialisme car elle ne s'attaque pas au système encore existant qui en est responsable.
Avant même de pouvoir rénover une seule école ou un seul hôpital, un accord de réparations devrait compenser la fuite de capitaux hors d'Afrique, qui s'élève à 254 milliards de dollars par an, et ce, indéfiniment. Sur une seule génération ( 25 ans), cela représente plus de 6 300 milliards de dollars, sans même prendre en compte les dommages causés par la traite des esclaves et le colonialisme. Un versement unique de 1 000 milliards de dollars, somme infiniment supérieure à tout ce qu'un gouvernement impérialiste a jamais envisagé, serait recouvré par les banques, les grandes sociétés et les détenteurs d'obligations en quatre ans.
Les réparations ne pourraient avoir un réel impact que si elles mettaient un terme aux sorties de capitaux mêmes: l’annulation de toutes les dettes, la fin du rapatriement des profits et la saisie des avoirs dissimulés dans des paradis fiscaux. Cela nécessiterait l’expropriation des sociétés transnationales et des banques, ce qu’aucun gouvernement capitaliste ne fera jamais.
Se pose alors la question de savoir qui paierait et qui en seraient les récipients. Le financement proviendrait des impôts des travailleurs et de nouvelles coupes budgétaires dans les services publics. Les fortunes bâties sur l'esclavage, consolidées pendant deux siècles au sein des banques, des compagnies d'assurance, des grands domaines et des sociétés de la City, resteraient intactes. C'est précisément sur ce terrain que la dirigeante conservatrice Kemi Badenoch, le parti Reform UK et l'extrême droite cherchent à mobiliser l'opposition contre toute remise en question de l'héritage impérial.
De plus, les réparations sont conçues comme des transferts entre États. L'argent serait géré par les mêmes élites dirigeantes nationales qui cautionnent la pauvreté, l'austérité du FMI et la surexploitation des travailleurs.
D'un point de vue politique, et c'est le plus important, la demande de réparations définit les victimes et les coupables par leur ascendance, et non par leur classe sociale. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, cette revendication a été reprise par une partie de la classe moyenne supérieure, proche du Parti travailliste, des Démocrates et présente dans les universités, précisément pour cette raison. Leur postulat est que la division fondamentale de la société est raciale et que la culpabilité liée à l'esclavage est héritée par tous les Blancs. Cela inclut les travailleurs dont les ancêtres ont été chassés de leurs terres pour travailler dans les usines et les mines, ou qui ont travaillé dans les filatures de coton du Lancashire, filant du coton cultivé par des esclaves pour des salaires de misère. Une telle politique divise la classe ouvrière, au profit de la classe dirigeante qui a profité de l'esclavage et qui profite de l'exploitation d’aujourd'hui.
Les travailleurs de Grande-Bretagne, d'Afrique et des Caraïbes mènent une lutte commune contre un ennemi commun: contre les mêmes banques, grandes entreprises et détenteurs d'obligations, et les gouvernements qui les servent. Les coupes budgétaires de Burnham dans les aides sociales pour financer le réarmement, les programmes du FMI administrés par les gouvernements africains et caribéens et le remboursement de la dette, prioritaire sur les hôpitaux et les écoles, sont autant de manifestations d'un même système mondial d'exploitation.
La classe ouvrière ne peut affronter celui-ci qu'en s'unissant par-delà les frontières et les divisions ethniques. La vague de protestations menée par la génération Z et née en Afrique – où de jeunes Kenyans ont pris d'assaut le Parlement en 2024 contre un projet de loi de finances soutenu par le FMI – le confirme. Ce mouvement gagne désormais l'Europe, des blocages d'écoles en France aux camps protestataires à Madrid. Partout, les revendications sont les mêmes: des écoles, des logements et des emplois décents, contre la hausse du coût de la vie et le détournement des ressources sociales vers le remboursement de la dette et la guerre.
L’esclavage n’était pas le crime d’une « race » contre une autre. C’était un système d’exploitation du travail, rationalisé par le racisme, au cœur de l’accumulation primitive du capital. Ses bénéficiaires étaient une classe de marchands, de planteurs, de banquiers et de manufacturiers. Ils ont retourné ces mêmes méthodes contre la classe ouvrière de leur pays et dans tout l’empire, et leurs héritiers règnent encore aujourd’hui.
Il existe une tradition différente de celle que Burnham représente et qu'il a cyniquement invoquée dans sa tribune du Guardian, lorsqu'il se vante du rôle de la Grande-Bretagne dans l'abolition de l'esclavage. Pendant la guerre de Sécession, les ouvriers du coton du Lancashire, plongés dans la misère par le blocus du Sud esclavagiste par l'Union, se sont mobilisés pour soutenir la lutte contre l'esclavage (article en anglais). Abraham Lincoln a écrit aux ouvriers de Manchester en 1863 pour saluer leur engagement. Marx et l'Association internationale des travailleurs ont œuvré pour faire de l'émancipation des esclaves une cause de la classe ouvrière internationale. C'est sur cette tradition que doit également s'appuyer la lutte contre l'héritage de l'esclavage.
Les crimes de l'esclavage et du colonialisme ne seront pas réparés par des excuses rédigées à Downing Street [résidence du premier ministre] ou à Buckingham Palace, ni par des négociations entre gouvernements capitalistes en vue d'un accord. Ce qu'il faut, c'est l'annulation inconditionnelle des dettes des anciennes colonies, l'expropriation des banques et des entreprises dont la richesse a été bâtie sur l'esclavage et le pillage colonial, et le placement des ressources de la société sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière.
Cela ne peut se réaliser que par la lutte unifiée des travailleurs au Royaume-Uni, en Afrique, dans les Caraïbes et à l'international, sur la base d'un programme socialiste mondial. C'est la perspective défendue par le Comité international de la Quatrième Internationale et le Socialist Equality Party.
(Article paru en anglais le 4 novembre 2026)
