Alors que la grève de National Steel Car approche des trois mois

Frank Crowder des Métallos se fait le champion de l’entreprise et du nationalisme canadien devant un comité parlementaire de haut niveau

Des membres de la section locale 7135 des Métallos à National Steel Car

Le World Socialist Web Site soutient depuis longtemps que les bureaucraties syndicales sont devenues des agences de la direction des entreprises et de l’État, qu’elles promeuvent un nationalisme enragé et imposent reculs et suppressions d’emplois aux travailleurs qu’elles prétendent représenter. Alors que les travailleurs sont plus que jamais unis à l’échelle internationale par le processus de production et se rebellent de plus en plus contre des décennies de reculs, les conditions sont mûres pour qu’ils affirment leurs intérêts de classe. Mais pour y parvenir, ils doivent construire des comités de base afin de se libérer du carcan des appareils syndicaux, de rendre le pouvoir aux ateliers, là où il doit se trouver, et de développer une contre-offensive sociale et politique de la classe ouvrière à travers toute l’Amérique du Nord.

L’urgence de lutter pour cette perspective a reçu une nouvelle confirmation mardi, lorsque Frank Crowder, président de la section locale 7135 des United Steelworkers (USW, syndicat des Métallos) – l’unité de négociation officielle des 1 200 travailleurs en grève de National Steel Car (NSC) à Hamilton, en Ontario – a pris la parole lors d’une audience d’un comité parlementaire canadien sur la politique « Achetez canadien » du gouvernement libéral fédéral.

Les travailleurs de l’usine de fabrication de wagons ferroviaires de NSC à Hamilton approchent du cap des trois mois de grève contre un système barbare de travail à la pièce qui a coûté la vie à trois ouvriers sur leur lieu de travail entre 2020 et 2022.

Pourtant, dans son témoignage devant le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires de la Chambre des communes, Crowder n’a eu que des éloges pour Greg Aziz, propriétaire de National Steel Car, et pour des politiques de nationalisme économique qui dressent les travailleurs les uns contre les autres. Il a notamment détourné la responsabilité de la grève d’Aziz et vanté le plan « Operation Backbone », un projet conjoint de NSC et du syndicat visant à accroître les profits d’Aziz en faisant subventionner par le gouvernement canadien l’achat de wagons fabriqués par NSC.

Résumant lui-même la teneur de ses propos devant le comité parlementaire, Crowder a déclaré qu’il faisait « le travail de l’entreprise ».

Le comité de base formé par les travailleurs de National Steel Car avec le soutien du World Socialist Web Site a averti à maintes reprises que l’appareil des United Steelworkers étouffe la grève et s’oppose à tous les efforts visant à rallier un soutien plus large au sein de la classe ouvrière.

Hostiles à la lutte de classe et à la mobilisation de dizaines de millions de travailleurs à travers l’Amérique du Nord qui, comme ceux de NSC, subissent une offensive de l’État et du patronat contre leur niveau de vie, leurs emplois et leurs droits, les bureaucrates de l’USW poursuivent une alliance néocorporatiste antiouvrière avec les grandes entreprises et leurs représentants politiques dans les gouvernements libéral fédéral et progressiste-conservateur de l’Ontario, ainsi que dans le reste de l’establishment politique.

Ce n’est pas un hasard si l’invitation faite à Crowder de s’exprimer devant ce comité parlementaire de haut niveau est le fruit des échanges de la direction de l’USW avec le Parti conservateur, violemment antiouvrier, notamment avec son porte-parole en matière de travail, Kyle Seeback, et le député de Hamilton-Est, Ned Kuruc.

Les remarques liminaires du président de la section locale 7135 de l’USW devant le Comité des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires étaient taillées sur mesure pour l’alliance de guerre commerciale « Équipe Canada » des entreprises, des gouvernements et des bureaucraties syndicales, dont le gouvernement de Mark Carney est le fer de lance. Équipe Canada a alimenté la guerre commerciale déclenchée par les droits de douane « America First » de Trump et aggravée par les droits de douane de représailles d’Ottawa, et dont les travailleurs des deux côtés de la frontière font les frais sous forme de suppressions d’emplois et de hausses de prix. Son nationalisme patriotard et ses affirmations selon lesquelles nous serions « tous dans le même bateau » ont servi de couverture politique à l’escalade massive de l’attaque contre les droits démocratiques et sociaux des travailleurs menée par le gouvernement libéral de Carney, ses homologues provinciaux et le patronat d’un océan à l’autre.

Crowder a poursuivi :

L’objectif de la politique « Achetez canadien » est de renforcer les débouchés des entreprises canadiennes et d’aider les industries à gagner en autonomie et en résilience face aux changements de l’économie mondiale.

Il y a plus d’un an, National Steel Car a commencé à veiller à ce que 98 pour cent des wagons que nous construisons soient fabriqués à partir de matières premières à contenu canadien. Le seul contenu de nos wagons qui n’est pas canadien, ces 2 pour cent, ce sont des pièces tout simplement introuvables ici, mais nous faisons tout ce que nous pouvons.

National Steel Car a eu l’esprit tourné vers l’avenir et a agi avant l’annonce de la politique « Achetez canadien », afin de solliciter l’aide de notre gouvernement et d’obtenir une assistance et un allègement face aux droits de douane imposés par les États-Unis d’Amérique.

Malheureusement, nos efforts ont créé davantage de difficultés pour National Steel Car. Alors que nous avons été un modèle exemplaire d’entreprise canadienne soutenant l’économie intérieure canadienne, la hausse des coûts que nous avons supportée s’est traduite par une baisse des profits qui auraient pu être partagés avec nos travailleurs. National Steel Car a dû présenter, dans ses négociations avec le syndicat, une offre de contrat bien inférieure à la hausse de l’inflation et du coût de la vie.

Aziz, notoire pour l’extraction impitoyable de profits du travail des ouvriers de NSC, est ainsi transformé par Crowder en partenaire « tourné vers l’avenir ». Les dirigeants de l’USW voudraient faire croire aux travailleurs que s’il cherche à imposer de véritables baisses de salaire et à conserver le travail à la pièce, ce n’est pas parce qu’il est un féroce représentant de la classe capitaliste canadienne, qui a maintes fois poussé les travailleurs à la grève, y compris en 2023, mais parce que le gouvernement libéral n’a pas encore octroyé à son entreprise rentable une subvention colossale. Et, de l’aveu même de Crowder, c’est cela qui expliquerait le fait « malheureux » que les travailleurs de NSC aient dû se mettre en grève.

Crowder s’est ensuite attaché à expliquer pourquoi National Steel Car – où les travailleurs subissent depuis des années, les unes après les autres, des conventions collectives de reculs négociées par l’USW et travaillent dans des conditions dangereuses, dans une usine qui tombe littéralement en ruine – est « exemplaire » du programme de guerre commerciale « Équipe Canada » de la classe dirigeante.

Il a déclaré :

Début 2025, avant la politique « Achetez canadien » et en réponse à la menace tarifaire d’un pays étranger, National Steel Car a présenté aux trois ordres de gouvernement un plan baptisé Operation Backbone. Le plan a été approuvé par les United Steelworkers. Le syndicat a assisté à la présentation devant les représentants du gouvernement pour manifester son soutien. Notre participation a été un moment de coopération singulier dans les relations entre le syndicat et l’employeur [...]

Au niveau le plus élémentaire, le plan consistait à demander au gouvernement un soutien qui permettrait de maintenir au travail les membres syndiqués de la section locale 7135 de l’USW ainsi que les employés non syndiqués. Le plan prévoyait d’offrir un financement à nos clients pour les aider à acheter nos wagons. Le coût net devait être nul, puisqu’il compenserait les prestations d’assurance-emploi que le gouvernement aurait à verser ainsi que le manque à gagner en impôt sur le revenu si ces travailleurs étaient mis à pied.

Après avoir rassuré son auditoire issu de la classe dirigeante en affirmant que l’USW fait tout son possible pour protéger les profits de NSC, et après s’être porté garant de la bienveillance d’Aziz alors que celui-ci exploite sans merci les travailleurs de NSC, Crowder a apporté un soutien sans réserve aux objectifs de l’élite dirigeante canadienne dans la guerre commerciale réactionnaire contre les États-Unis. Il a appuyé la poussée de l’impérialisme canadien en faveur d’une plus grande « souveraineté », qui vise à donner à Ottawa les capacités économiques et militaires nécessaires pour participer de manière agressive au nouveau repartage violent du monde entre grandes puissances pour le contrôle des marchés, des matières premières, de la main-d’œuvre bon marché et de l’influence géostratégique.

« Voici quelques faits sur National Steel Car », a poursuivi le responsable de l’USW. « Nous sommes le premier producteur de wagons en Amérique du Nord. Personne ne produit des wagons d’aussi grande qualité que nous, ni aussi vite que nous sommes capables de le faire. Nous détenons des brevets sur le produit le plus efficace et le plus rentable. National Steel Car est détenue et exploitée à 100 pour cent par des intérêts canadiens et existe depuis 114 ans. Le Canada transporte 75 pour cent de toutes les marchandises par rail. Nous sommes une infrastructure canadienne. La perte de notre entreprise placerait notre pays dans la position de dépendre de nations étrangères pour nous fournir les moyens de transporter toutes ces marchandises. »

Sa seule plainte est que le programme « Achetez canadien » est mal géré par le gouvernement libéral, avec pour résultat que, « dans son format actuel », il « nous nuit » et « risque de porter atteinte à la souveraineté canadienne ».

Les grévistes de NSC peuvent se demander à quoi Crowder fait allusion lorsqu’il évoque des « brevets sur le produit le plus efficace et le plus rentable » et se vante de la « vitesse » à laquelle NSC fabrique des wagons. Cela pourrait-il concerner le système « unique » de travail à la pièce de NSC, appelé par euphémisme « programme d’incitatifs », qui pousse les travailleurs à risquer leur sécurité pour atteindre des objectifs de production irréalistes fixés par l’entreprise afin de toucher environ un quart de leur salaire ? Assurément, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Les propos de Crowder éclairent ainsi d’un jour nouveau les raisons pour lesquelles la bureaucratie de l’USW a renoncé à toute lutte pour abolir le travail à la pièce dès le début des négociations de la convention collective, alors qu’il s’agissait de la revendication centrale avancée par les travailleurs de la base, qui en ont vécu les conséquences mortelles dans l’usine.

Du point de vue de la bureaucratie, accepter l’exploitation brutale est le « sacrifice » que les travailleurs doivent consentir pour maintenir l’alliance de l’USW avec le capital canadien dans les guerres commerciales et les guerres impérialistes qui s’intensifient, soutenues par l’ensemble de l’establishment politique au nom de la défense de la « souveraineté canadienne » contre les « nations étrangères ». La visite, le mois dernier, du chef conservateur d’extrême droite Pierre Poilievre sur le piquet de grève de NSC, qui n’a pu avoir lieu qu’avec la coordination de la direction nationale et locale de l’USW, a montré jusqu’où cette alliance s’étend vers la droite.

Les travailleurs de NSC en grève doivent répudier Crowder et la propagande patronale et nationaliste canadienne de l’USW, qui va de pair avec ses efforts répétés pour empêcher physiquement les grévistes de parler aux reporters du WSWS. Tandis que Crowder fait l’éloge d’Aziz et fraye avec les ennemis de la classe ouvrière à Ottawa, il réserve sa haine et ses campagnes anticommunistes à la seule publication qui se bat pour mobiliser les travailleurs de toute l’Amérique du Nord afin de défendre les travailleurs de National Steel Car.

Cela montre que l’appareil de l’USW est déterminé à maintenir la grève isolée des plus puissants alliés des travailleurs au sein de la classe ouvrière à Hamilton, au Canada, aux États-Unis et à l’échelle internationale, parce que ses bureaucrates sont les garçons de courses d’Aziz et de l’ensemble du patronat canadien.

Les grévistes ne peuvent pas gagner leur combat en s’alliant avec leurs ennemis de classe dans les conseils d’administration et les ministères du Canada, mais seulement en unifiant leur grève avec les mouvements de révolte qui se propagent dans toute la classe ouvrière au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Les grévistes de NSC devraient conjuguer leur lutte pour de meilleures conditions avec celle des travailleurs de Stelco à Hamilton et de ceux de Nanticoke, tout proche, menacés de licenciements de masse, ainsi qu’avec celle des plus de 20 000 sidérurgistes américains qui travaillent depuis plus de deux mois sous des prolongations de convention collective approuvées par la bureaucratie de l’USW chez Cleveland-Cliffs et US Steel.

Comme l’a souligné le comité de base de National Steel Car dans sa dernière déclaration :

Il est temps de construire le comité de base de National Steel Car pour briser l’isolement que l’appareil de l’USW impose à notre grève. Il doit être édifié dans le cadre de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), en répudiation décisive du nationalisme et de la servilité envers le patronat de la bureaucratie de l’USW, qui se vante de diriger un syndicat « international » tout en faisant tout pour diviser les travailleurs du Canada et des États-Unis.

Nous avons besoin de membres du comité de chaque équipe et de chaque service pour former des délégations qui iront rendre visite aux travailleurs de Stelco, de Stellantis et d’autres lieux de travail afin de lutter pour une mobilisation sociale et politique de grande ampleur, dirigée par les travailleurs, au Canada et dans toute l’Amérique du Nord, contre l’offensive de l’élite dirigeante contre nos emplois et nos conditions de vie. Contactez-nous à nscrfc@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous pour rejoindre la lutte.

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