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Le Parti communiste français examine sa débâcle électorale

Par Peter Schwarz
Le 3 juillet 2002

Le Parti communiste français (PCF), réuni en conférence nationale, a débattu la semaine passée de ses résultats électoraux catastrophiques.

650 fonctionnaires s'étaient réunis les 26 et 27 juin à Gennevilliers, en banlieue parisienne, pour tirer les leçons du plus mauvais score électoral jamais enregistré durant les quatre-vingts années de l'histoire de l'organisation. Lors des élections présidentielles, après la seconde guerre mondiale, le PCF, alors le principal parti du pays, avait tout juste réuni 3,4 pour cent des suffrages. Lors des dernières élections législatives, le score de 4,9 pour cent c'était avéré être à peine supérieur.

La conférence nationale a adopté par 322 voix, avec 80 voix contre et 53 abstentions, la tenue d'un congrès au printemps de 2003 pour débattre de la stratégie et de la forme du parti. D'ici là, la plus ample discussion devrait avoir lieu, remettant littéralement tout en question.

La résolution de la conférence énonce une longue liste de questions à débattre. Ces questions donnent l'impression d'un parti en dissolution ne sachant ce qu'il veut, et ignorant la raison même de son existence.

Les questions sont du genre: "Qu'entendons-nous par 'communisme'?", "La notion de 'dépassement du capitalisme' caractérise-t-elle notre conception de la transformation de la société ?", "Quelles sont, à partir des évolutions de la société, du travail, des classes sociales, qu'il faut analyser, les forces mobilisables pour transformer la société, le monde?", "Faut-il 'continuer' le Parti communiste français? En ce cas, en quel sens?"

Le PCF ne serait pas le PCF avec sa longue tradition stalinienne si, derrière la façade d'autocritique et de doutes, n'avaient lieu de virulentes luttes fractionnelles.

La direction du parti, composée de son président Robert Hue et de sa secrétaire nationale, Marie-George Buffet, est sujette à une pression considérable. Hue endosse, en tant que candidat présidentiel, la majeure partie de la responsabilité pour un score plus que médiocre aux élections. De plus, il a perdu, au profit d'un adhérent de Chirac, son siège de député d'Argenteuil qui était passé pour sûr, et ce bien qu'il se soit présenté comme le seul candidat de la gauche parlementaire bénéficiant du soutien des sociaux-démocrates et des Verts.

Hue, qui avait pris en 1994 le relais de Georges Marchais au poste de président du parti, est partisan de ce qu'il appelle "une mutation" du PCF en "un parti communiste du XXIe siècle". Il faut entendre par là une rupture avec tout ce qui pourrait rappeler de près ou de loin les traditions révolutionnaires du Marxisme auxquelles le PCF avait jusqu'alors souscrit en parole, tout en poursuivant depuis des décennies une tout autre politique.

D'après un article publié par des proche de Hue dans l'Humanité, l'organe du parti, il ne suffit pas, pour retrouver une crédibilité, de proclamer une rupture avec le modèle soviétique en le qualifiant de "dévoyé" du communisme, comme l'avait fait le PCF depuis les années 1980. Ce qui est à débattre, c'est plutôt "le communisme du XXe siècle, fondé dans la foulée de la révolution d'Octobre en Russie, avec des conceptions théoriques et pratiques spécifiques, différentes".

Hue et ses partisans rêvent d'un parti qui - à l'image des démocrates de gauche issus du Parti communiste en Italie ou du Parti du socialisme démocratique (PDS) en Allemagne - renoncerait à la rhétorique de classe et rejoindrait sans la moindre difficulté les rangs du mouvement politique bourgeois. Dans leur langage diffus, il s'agit de développer une "identité communiste nouvelle" capable de "relever les défis de notre temps".

Ceci a suscité bien des contestations.

Il existe d'une part les anciens staliniens et ex-partisans de Georges Marchais, le prédécesseur de Hue, qui rejettent l'ensemble de la "mutation". Figure parmi leurs porte-parole Georges Hage, âgé de 81 ans et qui, contrairement à Robert Hue, a défendu son siège parlementaire et devra, en tant que doyen d'âge de l'Assemblée, présider la séance d'ouverture de la nouvelle Assemblée nationale.

Ces dernier ont publié dans l'Humanité, avant la tenue de la conférence nationale, une attaque virulente contre la "direction totalement dépourvue de mordant", à laquelle il reproche de s'être "coulée dans l'idéologie dominante sous couvert de 'modernité', et de se complaire davantage "les salons parisiens qu'à la porte des entreprises". Ils réclament la tenue d'un congrès extraordinaire pour décider de la "sortie de la mutation réformiste".

Par ailleurs, il existe les soi-disant refondateurs, qui sont en faveur d'un nouveau rassemblement de la gauche, en s'orientant vers "un pôle de radicalité" et en optant pour la dissolution du parti dans sa forme actuelle. "L'on doit construire une alternative avec les autres, et ne pas exiger des autres qu'ils rejoignent le PCF", a dit, pour résumer leur point de vue, l'historien Roger Martelli, l'un des porte-parole de ce courant.

Il y a deux ans, lors du congrès de Martigues, les refondateurs avaient encore soutenu Robert Hue. Entre-temps, ils sont entrés en conflit avec lui et sont devenus l'une des plus fortes fractions à s'opposer à son cours. A Gennevilliers, leur proposition rejetant la tenue d'un congrès du parti tout en favorisant des "états généraux du communisme" ouverts également à d'autres tendances politiques avait recueilli 89 voix. Une tentative des refondateurs de faire passer leur demande pour une consultation des adhérents échoua, vu que la majorité de la conférence refusa une telle consultation.

C'est notamment à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) que pensent les refondateurs comme futur partenaire, compte tenu que leur candidat, Olivier Besancenot, s'était nettement mieux tiré d'affaire aux élections présidentielles que Robert Hue. La LCR s'efforce depuis longtemps de mettre sur pied un grand mouvement de gauche en y incorporant des éléments du PCF. Des socialistes déçus, des Verts critiques et des membres de nombreuses associations de citoyens, de mouvements de protestation et d'anti-mondialisation devraient adhérer en partie au "pôle de radicalité".

Des représentants des refondateurs ont indiqué qu'ils s'efforceront de poursuivre la réalisation d'un tel mouvement, fut-ce contre la volonté de la direction du parti, ce qui pourrait entraîner leur scission du PCF, encore faudrait-il que ce dernier réchappe à la mort dans les mois qui suivent.

De quoi s'agit-il?

Ce qui est devenu apparent à Gennevilliers, c'est le stade avancé du processus de dépérissement d'un des partis ouvriers le plus à droite et le plus corrompu d'Europe. Il serait de ce fait totalement erroné d'essayer de chercher une tendance progressiste dans l'une ou l'autre des fractions en lutte. Tous, partisans de Hue et de Buffet, anciens staliniens et refondateurs, essaient de sauver ce qui reste d'un parti qui avait été mêlé durant le siècle passé à de nombreux meurtres politiques.

Durant des décennies, le PCF était passé, parmi les partis staliniens d'Europe, pour le parti le plus fidèle à Staline. Dès 1924, immédiatement après la mort de Lénine, les partisans de Trotsky furent chassés de ses rangs. Boris Souvarine, Pierre Monatte et Alfred Rosmer durent quitter le parti pour avoir refusé de condamner, Trotsky, l'autre dirigeant le plus important de la Révolution d'Octobre à côté de Lénine. Dans les années qui suivirent, l'on trouva à la tête du parti ces mêmes fidèles de Staline - Maurice Thorez, Jacques Duclos, Marcel Cachin, etc. - qui infligèrent au parti leur empreinte jusque dans les années 1960.

Ils défendirent chaque revirement politique de Staline, ils soutinrent tous ses crimes, des Procès de Moscou jusqu'au pacte Staline-Hitler. Hormis l'Union soviétique, le culte stalinien de la personnalité n'a fleuri autant qu'en France. Même après la mort du dictateur, Thorez proclamait encore que la désignation de "stalinien" n'était pas une insulte mais un "titre honorifique et de gloire" dont il était fier. "De tout cur nous déclarons notre amour ardent pour Staline et lui assurons notre inébranlable confiance."

Le PCF devint, sous l'influence stalinienne, l'un des plus importants piliers de la domination bourgeoise en France. Par trois fois il permit au capitalisme français de sortir d'une crise profonde.

La première fois ce fut en 1936, quand une offensive de la classe ouvrière plaça le Front populaire sous la direction de Léon Blum et avec le soutien des staliniens au pouvoir. Le gouvernement Blum réprima la grève générale, découragea les ouvriers et permit à la droite de revenir au pouvoir. Parallèlement, il refusa de soutenir activement la République espagnole dans sa lutte contre Franco, trahissant ainsi la dernière possibilité d'endiguer l'avancée du fascisme en Europe.

Le PCF, au nom du Front populaire, s'enveloppa dans le drapeau français, protégeant les institutions bourgeoises et adoptant ce ton chauvin qui le caractérise jusqu'à nos jours. Il supprima de son programme toute revendication de nationalisation, prôna la défense de la patrie et le réarmement de l'armée, et renonça à toute critique du colonialisme française. "Nous communistes", annonça Maurice Thorez en 1936, "avons réconcilié le drapeau tricolore de nos pères avec le drapeau rouge de nos espérances."

Après la seconde guerre mondiale, le PCF recouru à l'autorité qu'il avait acquise durant la résistance contre l'occupation allemande pour assurer la survie de la domination bourgeoise. Le général de Gaulle craignait après la Libération des émeutes communistes en affirmant que "la direction de tous les éléments en lutte se trouvait entre les mains des communistes". Mais ses craintes étaient infondées. Le PCF soutint de Gaulle, participa à la dissolution des milices armées et encouragea les ouvriers à travailler plus durement.

La troisième fois, le PCF se précipita au secours de la classe dirigeante en 1968, alors que des manifestations estudiantines et une grève générale ébranlaient la Ve République jusque dans ses fondements. L'hostilité du parti aux étudiants protestataires ne fut surpassée que par la brutalité avec laquelle son service d'ordre s'attaqua au soi-disant trotskistes. Finalement, le PCF usa de son influence sur la CGT pour arrêter la grève et permettre ainsi à de Gaulle de reprendre le pouvoir.

Au milieu des années 1960, débuta également cette étroite collaboration entre le PCF et les sociaux-démocrates, qui allait aboutir à ce qu'à partir de 1981 le parti disposera de façon presque continue de ministres au gouvernement - d'abord sous la présidence de François Mitterrand et ensuite durant les cinq dernières années du gouvernement Jospin sous la présidence du gaulliste Chirac.

Il est évident, que la responsabilité d'une politique promettant des décennies durant des réformes sociales et n'aboutissant qu'à leur contraire finisse par enterrer le reste de crédibilité dont le PCF jouissait encore dans la population. Son débâcle électoral n'est que la réponse à une politique droitière qu'il a co-signée au sein du gouvernement Jospin.

C'est en même temps le signe de la banqueroute du programme politique que le PCF défend depuis longtemps, à savoir la "voie française vers le socialisme". La mondialisation de la production a pourtant ravi tout fondement à ce programme, tout comme elle a démuni de tout fondement le programme de la voie vers le socialisme au moyen de réformes progressives dans le cadre national. Une perspective socialiste ne peut être concrétisée que sur le principe d'un programme international révolutionnaire.

Le premier tour des élections présidentielles a montré qu'il existait un grand besoin pour une telle perspective. Des candidats radicaux, se qualifiant eux-mêmes de trotskistes, avaient remporté trois fois plus de voix que le candidat stalinien Hue. Cela a fait sursauté les différentes fractions du PCF. Compte tenu de la crise évidente des institutions bourgeoises qui s'est de plus reflétée dans les résultats électoraux, ils appelèrent tous, de façon unanime, à voter au second tour pour le gaulliste Jacques Chirac.

Il n'y eut à ce sujet aucune divergence d'opinions entre les partisans de Hue, les anciens staliniens et les refondateurs. Aucun d'entre eux n'a appeler à défendre un point de vue indépendant, comme le fit le WSWS sous la forme d'un boycott des élections. En appelant à voter pour Chirac, ils s'alignèrent tous derrière les institutions bourgeoises de la République, comme l'avait d'ailleurs toujours fait le PCF en temps de crise. Il s'ensuivit que Chirac qui, le 21 avril, n'avait même pas recueilli un cinquième des scrutins, dispose à présent d'une forte majorité gouvernementale.

Les désaccords régnant actuellement entre les différentes fractions du PCF concernent avant tout la question, comment retrouver en partie cette crédibilité perdue. Hue propose une rupture avec les vieilles traditions et une adaptation à l'air du temps. Les anciens staliniens (quatre des co-signataires de la déclaration dans l'Humanité ont plus de 90 ans et deux plus de 80 ans!) aspirent à retrouver le temps passé. Les refondateurs, quant à eux, scrutent l'horizon en vue d'une transfusion sanguine. Ils espèrent avant tout que la cause commune avec la LCR leur apporte une affluence d'une partie de la jeune génération.

Le "pôle de radicalité" qu'ils se sont fixé comme objectif, n'est rien d'autre qu'une nouvelle impasse politique. Ce qui leur sert de modèle c'est le parti Rifondazione Comunista d'Italie qui est également issu du Parti communiste en absorbant un certain nombre de groupements radicaux dont, entre autres, le pendant italien de la LCR sous la direction de Livio Mairan.

Rifondazione s'efforce de parer et de recueillir les voix radicales mais, à l'occasion de situations critiques, il a toujours soutenu la coalition de centre-gauche qui avait formé le gouvernement jusqu'en 2001. Tout comme le gouvernement Jospin en France, cette coalition avait rapidement perdu toute confiance et ouvert à nouveau la voie à Silvio Berlusconi. C'est pourquoi, en servant de caution de gauche au gouvernement de centre-gauche, il incombe à Rifondazione une part considérable de responsabilité.

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