Le gouvernement Obama, l'opinion publique et la course à la guerre

Par Joseph Kishore
6 septembre 2013

Une escroquerie politique est en cours à Washington: le gouvernement Obama et les membres dirigeants des partis démocrate et républicain sont engagés dans une parodie de débat en préparation d'une guerre contre la Syrie. 

Les responsables au plus haut niveau du gouvernement, y compris Obama lui-même, profitent de la période précédant le vote prévu au Congrès la semaine prochaine pour exprimer leur indignation hypocrite devant l'usage d'armes chimiques qu'ils attribuent à Bashar Al-Assad et pour présenter des «preuves» qui ne sont en fait que des mensonges ou des affirmations non fondées. 

Les véritables causes et conséquences d’une attaque contre la Syrie ne sont pas mentionnées ouvertement, et tout ce qui est jugé «délicat» (ce qui ne doit pas être révélé à la population des États-Unis et du monde) est discuté à huis clos. Toutes les hypothèses du gouvernement Obama sont acceptées comme évidentes par les médias et les deux partis du la grande entreprise, y compris les mensonges sur l'usage d'armes chimiques, l'idée que c’est cette attaque chimique qui motive la course à la guerre et l'affirmation que le conflit à venir sera «limité».

Les sentiments de la population ne comptent pour pratiquement rien dans ces développements. Au contraire, les audiences au Congrès font partie d'une opération visant à intimider et délégitimer le sentiment antiguerre. 

La classe dirigeante est bien consciente de l'opposition profonde à la guerre dans la population américaine. D'après un sondage réalisé par le Washington Post et ABC publié mardi, 59 pour cent des Américains sont opposés à toute attaque militaire, contre seulement 36 pour cent qui sont pour. Et cette nette opposition a été obtenue en dépit de la question qui admettait l'idée centrale de la propagande du gouvernement américain, soit que le gouvernement syrien a bien utilisé des armes chimiques contre des civils et que les frappes prévues sont une réaction à cette attaque. 

Il n'y a pas une seule section de la population, que ce soit en répartissant par âge, sexe, tendance politique, niveau d'éducation, de revenu, ou par région du pays, qui soutient la guerre. Il est remarquable, cependant, que l'opposition à la guerre soit plus élevée parmi les Américains pauvres que parmi les riches (63 pour cent d'opposition parmi ceux qui gagnent moins de 50.000 dollars, contre 51 pour cent parmi ceux qui gagnent plus de 100.000 dollars). Les jeunes y sont également plus opposés que les Américains plus âgés (65 pour cent parmi les 18-39 ans, contre 55 pour cent parmi les plus de 65 ans).

Le gouffre qui sépare l'élite politique de la population ne s'arrête pas à la guerre. Au plus fort de la virulente campagne du gouvernement et des médias contre Edward Snowden, les sondages ont montré que la population appuyait fortement le lanceur d'alerte, qui continue de révéler la criminalité du gouvernement. Un sondeur faisait remarquer à ce moment-là que le sentiment du public «s'oppose à ce qui est pratiquement la pensée unique de l'élite politique de la nation». Et il en est de même pour la guerre.

Le sentiment d’opposition à la guerre est d'autant plus important qu'il s’exprime après deux semaines de propagande médiatique incessante, où les colporteurs de bêtises au service de l'État qui jouent le rôle présentateurs de nouvelles ont abandonné tout semblant d'impartialité, sans même parler d'attitude critique. La Syrie est dénoncée comme «l'ennemi», les affirmations du gouvernement sont présentées comme des faits et la longue histoire de mensonges utilisés pour faire accepter la guerre à la population est ignorée. 

Dans tous les lieux d'expression où un sentiment authentiquement populaire peut se faire entendre, l'on voit la séparation qui existe. Les commentaires sur les articles et les chroniques généralement pro-guerre du New York Times et des autres grands journaux sont très largement opposés à la guerre, et ceux qui sont les plus «recommandés» par les autres lecteurs le sont presque tous. Beaucoup de commentaires expriment de l’indignation devant le fait que les partis politiques et les médias (dont le Times lui-même) n'ont pas le moindre intérêt pour ce que pense la population. 

Il n'est pas nécessaire d’embellir le passé pour remarquer la transformation qui s'est produite dans la politique bourgeoise. Durant la guerre du Vietnam, les audiences au Congrès étaient chose sérieuse. Certains politiciens en appelaient au sentiment de la grande majorité de la population, et les médias servaient à révéler les mensonges et les secrets du gouvernement. D’importantes audiences ont pris place avant le vote de 1991 sur l'intervention en Irak. Même en 2003, le gouvernement Bush a fait plus que simplement prétendre avoir un prétexte pour la guerre, même si toute sa campagne n’était que purs mensonges; il a dû passer par un long processus de préparation de l'invasion de l'Irak qui a duré plusieurs mois. 

Maintenant, la décision de lancer une guerre aux conséquences incalculables – y compris la possibilité de déclencher une guerre civile dans tout le Moyen-Orient et un conflit direct entre les États-Unis et la Russie – est prise sans véritable débat public. Les procédures qui se déroulent sur Capitol Hill, qui seront probablement expédiées en une semaine, n'ont été décidées qu'après l'échec du vote au Parlement britannique la semaine dernière. 

La décomposition des institutions démocratiques et politiques est l’expression d'un processus social – surtout, la croissance extraordinaire de l'inégalité sociale. L'État est dirigé par un appareil militaire et des services de renseignements, lié à l'aristocratie financière, déterminé à faire appliquer des politiques profondément impopulaires, au pays comme à l'étranger. Il existe en tant que conspiration permanente contre les droits et les intérêts de la grande majorité de la population. 

Le gouvernement Obama représente en quelque sorte l’aboutissement de ce processus. Le «candidat du changement», le président «transformateur» (comme le présentait une déclaration de l'International Socialist Organisation en 2008), dirige le gouvernement le plus à droite de l'histoire américaine. Élu en grande partie à cause du sentiment d’opposition à la guerre, Obama, qui a reçu le prix Nobel de la paix, a dirigé un développement historique du militarisme, dont une politique internationale d'assassinats par drones et de guerres en Irak, en Afghanistan, en Libye et maintenant en Syrie. 

Les organisations qui soutiennent le Parti démocrate et représentent les sections les plus privilégiées de la classe moyenne aisée, qui organisaient et menaient des manifestations antiguerres dans les premières années du gouvernement Bush, sont devenues pro-guerre. Les organisations prétendument «de gauche» comme l'ISO et ses alliés internationaux, ainsi que leur coterie d'universitaires «libéraux», ont préparé au cours des deux dernières années la justification idéologique de la guerre, présentant comme une «révolution» une guerre civile conçue par les États-Unis et dominée par les fondamentalistes islamistes. 

Maintenant, l'opposition à la guerre s’exprime définitivement à travers la majeure partie de la population: la classe ouvrière. Il est indéniable qu’il y a hostilité généralisée à ce qui se prépare. Quant à ceux qui ont soutenu Obama: ils ont pour la plupart l’impression d'avoir été trompés et de s’être tirés dans le pied. 

Cette hostilité doit prendre une forme politique active et consciente. Il n'y a pas d'autre force politique en dehors du Parti de l'égalité socialiste (SEP) et du Comité international de la Quatrième Internationale qui puisse apporter une direction à cette lutte. Dès le départ, le SEP a expliqué que les actions du gouvernement Obama seraient dictées non pas par les espoirs de la population, mais par les intérêts de classe que lui et tout l'appareil politique représentent. La source de la guerre tient au système capitaliste et à l'aristocratie financière dont il sert les intérêts impitoyables. 

Le SEP lutte pour mobiliser une opposition à travers les États-Unis et internationalement contre la guerre qui se prépare. Nous tiendrons des réunions publiques et organiserons des manifestations partout où nous le pourrons. Nous exhortons tous nos lecteurs et partisans à prendre une part active dans cette lutte. La voix de la classe ouvrière doit être entendue. Contactez le SEP et devenez membre !

(Article original paru le 5 septembre 2013)