L’Italie met en quarantaine plusieurs provinces alors que le nombre de décès à cause du coronavirus s’élève à 366

Par Allison Smith
10 mars 2020

Alors que l’épidémie de coronavirus échappe à tout contrôle en Italie et en Europe, le gouvernement italien a annoncé des plans de fermeture des centres économiques du nord de l’Italie.

Dimanche, l’Italie a annoncé 1.492 nouveaux cas et 133 nouveaux décès – plus de décès que dans le reste du monde combiné – ce qui porte le total à 7375 cas et 366 décès en Italie. Plusieurs pays européens ont également connu une forte augmentation. Notamment en France (177 nouveaux cas pour 1.126 au total); en Allemagne (240 nouveaux cas pour 1.040 au total); en Espagne (148 nouveaux cas pour 673 au total); et en Suisse (69 nouveaux cas pour 337 au total). Alors que l’Iran a également annoncé un nombre stupéfiant de 743 nouveaux cas et 49 décès, l’Europe est désormais la région du monde où le nombre de cas de coronavirus prouvés augmente le plus rapidement.

En revanche, la Chine, l’épicentre initial de la maladie, a réussi à limiter sa propagation en imposant des quarantaines importantes et drastiques. Le gouvernement a isolé les zones où la maladie était répandue pour empêcher les malades de la propager aux nouvelles régions. Elle a également consacré d’importantes ressources financières à la construction d’hôpitaux et au paiement des traitements et des indemnités de chômage des travailleurs piégés dans la quarantaine. En conséquence, elle n’a vu que 52 nouveaux cas hier, un nombre qui a continué à baisser, soulageant ainsi la pression sur les hôpitaux et le personnel médical.

Le Colisée, qui sera fermé suite aux nouvelles mesures de prévention du gouvernement sur les rassemblements publics, se reflète dans une flaque où on a laissé un masque facial, à Rome, le dimanche 8 mars 2020. (Alfredo Falcone/LaPresse via AP)

Tard samedi soir, les médias ont rapporté que le gouvernement prévoyait de mettre en quarantaine la région de Lombardie et d’autres zones du nord industriel de l’Italie. Cela a provoqué une panique, envoyant des milliers de personnes se précipiter à la gare Centrale de Milan, la capitale de la Lombardie, pour tenter de partir avant de se trouvent piéger dans la quarantaine.

Pour apaiser la peur croissante de l’opinion publique, le Premier ministre Giuseppe Conte a fait une déclaration télévisée à 2 heures du matin dimanche. Conte a tenté de minimiser l’importance des mesures qu’il proposait. Il a déclaré que le décret gouvernemental n’établit ni une nouvelle zone de quarantaine ni une interdiction absolue d’activité. Car, les personnes peuvent voyager pour le travail, pour les soins médicaux ou d’autres raisons. Cependant, les «forces de sécurité» s’assureraient que les personnes ont des raisons valables pour leurs déplacements.

Néanmoins, l’ordre de la quarantaine de Conte suspend tous les rassemblements publics et privés, y compris les mariages, les funérailles et les événements religieux. Elle impose la fermeture de tous les cinémas, théâtres, boîtes de nuit, salles de bingo, gymnases, piscines, musées et stations de ski dans toute la région de Lombardie. Conte impose les mêmes fermetures dans 14 provinces: Modène, Parme, Plaisance, Regio Emilia, Rimini, Pesaro & Urbino, Alessandria, Asti, Novara, Verbano-Cusio-Ossola, Vercelli, Padoue, Trévise et Venise. Cette zone compte plus de 16 millions d’habitants.

Les restaurants et les cafés des zones touchées peuvent rester ouverts, mais seulement de 6 heures à 18 heures. Les clients doivent rester à au moins 1 mètre les uns des autres. C’est incroyable que les voyages se poursuivent sans relâche, les aéroports et les gares restant ouverts, mais avec moins de passagers.

Interrogé sur les ressources qui seront consacrées à la lutte contre l’épidémie, Conte a proposé de demander au Parlement et à l’Union européenne (UE) de consacrer seulement 7,5 milliards d’euros du budget actuel au coronavirus.

C’est à peine suffisant pour combattre le virus, et beaucoup se sont demandé quels sont les budgets que Rome prévoit de couper pour détourner les fonds. Car, les programmes sociaux et d’infrastructure se sont déjà faits réduire à néant ces dernières années. Conte a déclaré que des mesures spécifiques seraient élaborées d’ici mardi. Il a également affirmé que son gouvernement pourrait stimuler la production nationale d’équipements médicaux essentiels, tels que les masques, et commander tout équipement restant nécessaire à l’étranger.

Dans le même temps, le gouvernement de coalition du Parti démocrate (PD) et le Mouvement cinq étoiles (M5S) se sont fait secouer par la nouvelle que le leader du PD, Nicola Zingaretti, se trouve infecté par le virus. Cela augmente le risque que de nombreuses personnalités de l’État italien et de l’establishment au pouvoir, qui ont récemment rencontré Zingaretti, soient également infectées.

Le gouvernement italien laisse la population largement dans l’ignorance de la maladie et de l’investissement massif de ressources qui sera nécessaire pour enrayer sa propagation. Les objections sont venues à la fois des travailleurs et des rivaux de Conte dans la classe dirigeante. Beaucoup ont demandé pourquoi on n’a pas interrompu les services ferroviaires et les vols avant la mise en œuvre de la quarantaine, afin d’empêcher les habitants des régions infectées de propager la maladie plus largement.

«En Chine, ils sont plus rigides», a déclaré la serveuse Miriam Ben Cheikh Amor au New York Times. «Peut-être avons-nous besoin de cela aussi.»

Les politiciens locaux des régions touchées ont critiqué le gouvernement central. Ils se sont plaints que le gouvernement les a laissés dans l’ignorance quant à la préparation et à la mise en œuvre du décret de quarantaine, ce qu'ils ne peuvent pas expliquer à leurs électeurs. «C’est incroyable. Personne ne m’a dit quoi que ce soit», a déclaré Rasero Maurizio, le maire d’Asti. La ville d’Asti se trouve touchée par le décret dans la région du Piémont, au nord de l’Italie.

Depuis le début de la crise, la réponse du gouvernement italien a été, au mieux, aléatoire. Le 28 février, le ministre des affaires étrangères, Luigi Di Maio, et le ministre de la Santé, Roberto Speranza, ont minimisé la gravité de l’épidémie. Ils ont affirmé qu’elle ne concernait qu’une infime partie du pays et que l’Italie était un pays sûr pour les touristes. Et cela, malgré les avertissements répétés de l’Organisation mondiale de la santé, qui estimait que l'on devrait faire bien plus.

Di Maio a également critiqué le fait que les reportages sur la maladie aient provoqué une panique sur les marchés boursiers et aient ainsi porté atteinte à la principale priorité du gouvernement: les portefeuilles boursiers des riches. Il a déclaré: «L’épidémie d’informations trompeuses fait plus de dégâts à l’Italie que le risque d’épidémie de virus lui-même.»

C’est évident que l’Italie est face à une urgence catastrophique. Cependant, le 4 mars, le gouvernement a trouvé suffisant de publier un décret qui a fermé toutes les écoles et universités et qui a interdit aux supporters d’assister à tous les événements sportifs jusqu’au 15 mars.

Le gouverneur de Lombardie, Attilio Fontana, membre du parti d’extrême droite Lega, a assuré à Sky TG24 que la quarantaine ne perturberait pas le travail et ne causerait pas de famine. Il a dit à ses électeurs de ne pas faire de réserves de nourriture: «Les supermarchés seront toujours pleins et bien approvisionnés. Nous n’allons pas à la guerre, mais nous luttons contre la contagion d’une maladie. C’est inutile, voire une perte de temps, d’acheter de la nourriture qui tourne mal. C’est la peur de ceux qui ont vécu l’angoisse de la guerre.»

Le chef du parti Lega, Matteo Salvini, qui n’aurait pas eu connaissance des détails du plan avant leur publication plus tôt dans la journée, a lancé une diatribe xénophobe. Il a accusé la mondialisation économique d’être à l’origine de la maladie: «D’un mal, nous devons tirer le bien. On doit redécouvrir la fierté d’être Italien, et ensuite manger, s’habiller, consommer de l’italien, passer des vacances en Italie. Cela sert de leçon, car c’est évident que le modèle de développement basé sur la mondialisation a échoué.»

En fait, c’est seulement à travers une intense collaboration internationale, tant scientifique qu’industrielle, que l’on pourra trouver les ressources nécessaires pour lutter contre cette maladie très contagieuse et potentiellement mortelle. Actuellement, il n'existe ni vaccin ni remède. La force centrale qui peut être mobilisée politiquement est la classe ouvrière. Après une décennie au cours de laquelle l’État a pillé les travailleurs italiens par l’austérité européenne imposée par Rome. Alors, on doit prélever les fonds sur l’aristocratie financière pour garantir un traitement abordable pour tous.

(Article paru d’abord en anglais 9 mars 2020)

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