Le Parti démocrate se mobilise derrière Biden

Par Patrick Martin
10 mars 2020

La campagne du sénateur du Vermont Bernie Sanders est possée dans ses derniers retranchements aux primaires du Michigan mardi. De plus en plus d’éléments indiquent que le Parti démocrate dans son ensemble s’est placé de manière décisive dans le camp de son principal rival, l’ancien vice-président Joe Biden. Sanders a annulé les rassemblements dans le Mississippi, le Missouri et l’Illinois. Ceux sont tous des États où il est à la traîne de Biden dans les sondages. Il veut concentrer tous ses efforts dans le Michigan, où il a remporté une victoire renversante sur Hillary Clinton en 2016.

Dimanche, la sénatrice, Kamala Harris, a donné son aval à Biden, le dernier des neuf anciens candidats à la présidence à annoncer leur soutien à leur rival d’hier. Elle rejoint ainsi: Pete Buttigieg, Amy Klobuchar, Michael Bloomberg, Beto O’Rourke, John Delaney, Seth Moulton, Tim Ryan, et Deval Patrick. Harris doit se joindre à Biden pour un rassemblement de campagne à Detroit lundi.

La consolidation du Parti démocrate derrière Biden est une révélation accablante. Elle indique non seulement le caractère politiquement réactionnaire de cette organisation, mais aussi la falsification méprisable sur laquelle s’est basée la campagne de Sanders selon laquelle il serait possible de transformer le Parti démocrate, le plus ancien parti capitaliste américain, en fer de lance d’une «révolution politique» qui apportera un changement social fondamental.

L’ancien vice-président Joe Biden, candidat démocrate à la présidence, fait un geste au représentant James Clyburn, D-S.C. C’était au cours d’un rassemblement de nuit pour les élections primaires à Columbia, S.C., le samedi 29 février 2020, après avoir remporté les primaires de Caroline du Sud. (AP Photo/Gerald Herbert)

L’ancien vice-président Biden est la personnification du caractère décrépit et de droite du Parti démocrate. Rien qu’au cours des dix derniers jours: Biden s’est déclaré candidat au Sénat américain, au lieu de président ; il a confondu sa femme et sa sœur qui se tenaient à ses côtés ; il s’est d'«Obiden Bama Democrat» ; enfin, il a déclaré que 150 millions d’Américains sont morts dans des violences armées au cours de la dernière décennie. Ce n’est pas seulement une question de l’état mental déclinant de Biden: c’est le Parti démocrate, et pas seulement son chef de file pour la présidentielle, qui est à la limite de la sénilité politique.

La direction du Parti démocrate au Congrès, la campagne de Biden et le Comité national démocrate, ont tous un objectif assez évident: mener la campagne de 2020 sur le modèle exact de la campagne d’Hillary Clinton en 2016. Ils veulent présenter Trump comme personnellement non qualifié pour être président et comme un larbin des russes. En même temps, ils veulent s’opposer à toute réforme sociale importante. Rassurant ainsi l’aristocratie financière au pouvoir sur le fait qu’une administration démocrate restaurée suivra les traces d’Obama, déversant des milliards de dollars sur Wall Street et faisant les quatre volontés de l’appareil militaire et de renseignement.

On pourrait demander aux neuf ex-candidats qui ont maintenant soutenu Biden pourquoi ils ont été candidats en premier lieu. Pourquoi ont-ils pris la peine de se présenter contre l’ancien vice-président, clairement, le candidat préféré de l’establishment du parti? Aucun d’entre eux n’exprime de différences politiques significatives avec Biden. Tous saluent le bilan politique de droite de l’Administration Obama-Biden, même si cette administration a produit les ravages sociaux et économiques qui ont rendu possible l’élection de Donald Trump.

Plus révoltante encore, si cela est possible, il y a l’accolade donnée à Biden par les politiciens démocrates noirs. L’ancien sénateur du Delaware est identifié avec certains des épisodes les plus répugnants de l’histoire des relations raciales en Amérique. L’abus avec lequel, Anita Hill s’est fait traiter, lorsqu’elle a témoigné contre la nomination de Clarence Thomas, devant la commission judiciaire de Biden. Une alliance avec le ségrégationniste, James Eastland, sur l’intégration scolaire au début des années 1970. Celle-ci s’est fait mettre en évidence lors d’un débat par Kamala Harris — seulement huit mois avant qu’elle ne soutienne Biden. Enfin, Biden a fait adopter d’une série de projets de loi répressifs en les forçant au vote par le Sénat. On les a utilisés pour emprisonner de manière disproportionnée des centaines de milliers d’Afro-Américains.

Comment un homme politique qui se vantait de ses relations étroites avec Eastland et Strom Thurmond est-il devenu le bénéficiaire d’un vote en bloc des Afro-américains dans les États du Sud pensants qu'il défendrait leurs intérêts en particuler ? C'est parce que le représentant James Clyburn en Caroline du Sud et des centaines d’autres font partie des dirigeants du Parti démocrate afro-américain. Ils représentent l’une des sections les plus à droite et les plus corrompues du parti sur le plan politique.

La pensée de cette couche sociale est bien résumée dans un article publié samedi dans le Washington Post par Colbert King. Ce dernier est un ancien fonctionnaire du Département d’État et un banquier local, membre éminent de l’élite afro-américaine de la capitale nationale. Il a écrit avec indignation: «Les milliardaires noirs d’Amérique n’ont pas leur place dans un monde à la Bernie Sanders.»

King a dénoncé la suggestion selon laquelle les PDG et les milliardaires noirs sont «des menaces cupides et corrompues pour les familles de travailleurs américains ou la cause des disparités économiques et de la misère humaine.» Exprimant les craintes de sa classe, il a poursuivi: «Je sais qu'il y a ceux qui achètent l'idée que l'Amérique est constituée d'une petite classe de privilégiés, d'un super-riche rapace seigneur des foules de travailleurs opprimés et exploités par le capitalisme. Vous pouvez le voir dans les chiffres des sondages qui montrent la part des Américains qui préfèrent le socialisme au capitalisme qui augmente progressivement.»

Ce que révèle l’éditorial du Washington Post est ce que Bernie Sanders a fait de son mieux pour dissimuler: le Parti démocrate est un parti de la classe capitaliste. Il ne peut pas plus se convertir au socialisme que la CIA ne peut devenir un instrument de lutte contre l’impérialisme américain.

Il est vrai que Sanders a pu récupérer Jesse Jackson pour un soutien de dernière minute. C’est une preuve que les démagogues engagés dans la diversion du sentiment de masse de gauche vers le cimetière du Parti démocrate se reconnaissent et s’embrassent à travers les décennies. Mais à cette exception près, toute la classe politique noire du Parti démocrate s’est rangée derrière Biden — y compris, dernièrement, la maire de Chicago, Lori Lightfoot, et la sénatrice Kamala Harris.

La déclaration de Harris est digne d’intérêt: «J’ai décidé que c’est avec beaucoup d’enthousiasme que je vais soutenir Joe Biden pour la présidence des États-Unis», a-t-elle déclaré. Elle a ajouté: «Je crois en Joe. Je crois vraiment en lui, et je le connais depuis longtemps». La sénatrice répondait sans doute aux encouragements que lui avait fait miroiter Biden après son départ de la course en décembre dernier, lorsqu’il s’est exclamé: «Elle est solide. Elle peut être présidente un jour elle-même. Elle peut être vice-présidente. Elle peut devenir juge à la Cour suprême. Elle peut être procureure générale.»

Sanders veux contrer cette campagne du Parti démocrate pour Biden en cherchant à courtiser des sections de la bureaucratie syndicale avec des appels au nationalisme économique. Les nouvelles publicités télévisées de Sanders dans le Michigan mettent en scène un membre des Travailleurs unis de l’automobile (UAW) qui déclare que son État: «a été décimé par les accords commerciaux». Après, Sanders déclare que Biden a soutenu l’ALENA (NAFTA), en tirant la conclusion suivante: «Avec un tel bilan, nous ne pouvons pas lui faire confiance pour protéger les emplois américains ou pour vaincre Donald Trump.» Le sénateur du Vermont constatera que très peu de travailleurs de l’automobile suivent la voie politique des gangsters corrompus qui dirigent l’UAW.

Plus de 13 millions de personnes, principalement des travailleurs et des jeunes, ont voté pour Sanders en 2016 lors des primaires et des caucus démocrates. Des millions d’autres personnes continuent de le soutenir cette année, avec le même résultat. Sanders va conclure sa campagne en embrassant le candidat de droite du Parti démocrate et en disant à ses partisans que c’est le seul choix valable face au risque d’élection, et maintenant de réélection de Trump. En effet, lors de ses apparitions dans plusieurs émissions télévisées du dimanche, Sanders s’est efforcé de répéter, comme il l’a dit sur Fox News, «Joe Biden est un de mes amis. Joe Biden est un type bien. Ce que Joe a dit, c’est que si je gagne l’investiture, il sera là pour moi, et j’ai dit que s’il gagne l’investiture, je serai là pour lui…»

Les travailleurs et les jeunes doivent tirer les leçons de cette longue expérience politique. La lutte pour le socialisme en Amérique et dans le monde exige une rupture politique de la part de la classe ouvrière par rapport au Parti démocrate et à toute la structure de la politique capitaliste bipartite. Cela signifie unir la classe ouvrière contre la classe capitaliste, sans distinction de race, de sexe, d’origine nationale et d’orientation sexuelle.

C’est le but de la campagne du Parti de l’égalité socialiste aux élections de 2020. Nos candidats, Joseph Kishore pour la présidence et Norissa Santa Cruz pour la vice-présidence, luttent pour unir la classe ouvrière, non seulement aux États-Unis, mais aussi au niveau international. Notre objectif est une lutte commune contre le capitalisme mondial et l’élite capitaliste au pouvoir, sur la base d’un programme socialiste.

(Article paru d’abord en anglais 9 mars 2020)

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