La campagne de Trump pour rouvrir les entreprises menace des centaines de milliers de vies

Vendredi, le monde a franchi le triste cap des 100.000 décès dus à la pandémie de COVID-19. Avec plus de 18.700 décès, les États-Unis sont maintenant le pays qui compte le plus grand nombre de décès dus à des coronavirus, plus que l’Italie et l’Espagne.

Pour la première fois vendredi, plus de 2.000 personnes sont mortes aux États-Unis. À New York, des dizaines de cadavres sont enterrés chaque jour dans des fosses communes non marquées dans un ‘champ du potier’ à Hart Island dans le Bronx. Les corps sont empilés dans des camions frigorifiques devant les hôpitaux de la ville.

Des travailleurs qui portent des équipements de protection individuels enterrent des corps dans une tranchée à Hart Island, le 9 avril 2020 [Crédit: AP Photo/John Minchillo]

L’hôpital Sinaï Grace de Detroit est à court de sacs mortuaires. «On a rempli les trois chambres de refroidissement», a déclaré l’infirmier Jeff Eichenlaub au Detroit News. «La morgue et la salle de visionnage à côté de la morgue sont pleines, et en ce moment nous emmenons les corps au laboratoire de sommeil pour les stocker.»

Le virus commence à se propager plus rapidement dans les États au-delà des centres initiaux, notamment au Massachusetts (2.033 nouveaux cas hier), en Pennsylvanie (1.795 nouveaux cas), en Illinois (1.465 nouveaux cas) et en Floride (1.142 nouveaux cas). Il commence à atteindre les zones rurales, qui très souvent ne disposent pas de structures pour traiter les personnes tombées malades.

Mais cette semaine, avec près de deux mille nouveaux décès par jour, un tournant inquiétant dans le récit médiatique a commencé à se dessiner. Si la semaine a débuté par des avertissements sinistres sur la catastrophe qui allait se produire, elle s’est terminée par d’innombrables articles consacrés à de prétendues «lueurs d’espoir» ou «lumière au bout du tunnel».

On utilise ce changement de discours pour justifier les demandes de retour prématuré au travail. Son défenseur le plus ouvert est le président américain Donald Trump, qui s’est servi de ses points de presse quotidiens pour préconiser que les États-Unis devaient «rouvrir avec un “big bang”».

Les scientifiques des États-Unis et du monde entier ont mis en garde contre tout effort visant à rouvrir prématurément entreprises et lieux de travail. Vendredi, le New York Times a rapporté que selon les propres chiffres internes de l’Administration Trump une réduction précoce des mesures de distanciation sociale entraînerait la mort d’environ 140.000 personnes.

«Si l’Administration lève les ordres de rester 30 jours à la maison, le nombre total de décès est estimé à 200.000, même si les écoles restent fermées jusqu’à l’été», note le Times. Cela contraste avec les estimations actuelles du gouvernement, qui estiment à 60.400 le nombre de décès si les restrictions actuelles sont maintenues jusqu’à la fin du mois de mai.

Aucun scientifique, médecin ou épidémiologiste crédible n’affirme que la pandémie est sous contrôle aux États-Unis. Les scientifiques ont averti que les États-Unis n’avaient pas l’infrastructure sanitaire nécessaire pour contenir la pandémie si les mesures de distanciation sociale étaient levées. Les États-Unis ne testent que les personnes qui présentent les symptômes les plus graves et il n’y a pas de mesures systématiques de quarantaine ni de recherche des contacts dans la majeure partie du pays.

En fait, l’Administration Trump s’apprête à réduire les tests, supprimant les fonds fédéraux pour les tests en ‘drive’ cette semaine, ce qui a conduit à la fermeture de certains de ces sites.

Que signifie un retour au travail? L’objectif de l’Administration Trump et de la classe dirigeante américaine dans son ensemble est de «normaliser» la pandémie. C’est-à-dire, ils essaient d’acclimater la population au fait qu’un grand nombre de personnes vont mourir pendant un certain temps encore. Les travailleurs sont censés l’accepter comme quelque chose d’inévitable, le nombre de morts attirant de moins en moins l’attention aux nouvelles.

Dans cette exigence opère une logique de classe profondément sinistre. Les travailleurs sont traités comme des éléments jetables. S’ils meurent, ce n’est là que le coût des affaires, ceux qui succombent à la maladie seront remplacés par d’autres.

Concrètement, cela signifie en outre que les travailleurs qui refusent de travailler risquent d’être licenciés, ce qui les rend inéligibles à l’assurance chômage. On utilisera le chômage de masse –16,8 millions de demandes de chômage ont été déposées ces trois dernières semaines seulement – comme une massue pour les forcer à risquer leur vie en reprenant le travail. Les entreprises, qui, avant la pandémie, faisaient face à une pénurie de main-d’œuvre, joueront à nouveau du fouet pour discipliner leur main-d’œuvre.

Dans la mesure où la pandémie tue de manière disproportionnée les personnes les plus âgées et les plus vulnérables, cela signifie que moins de ressources sociales seront consacrées aux soins aux personnes âgées et aux infirmes. Ces fonds pourront alors financer les rachats d’actions et le paiement de dividendes.

L’exigence d’un retour rapide au travail est la continuation de la politique de «négligence bénigne» menée par la classe dirigeante depuis le début de la pandémie.

Trump a d’abord minimisé l’importance de la pandémie, la présentant comme un ennemi extérieur à combattre par des interdictions de voyager. Les États-Unis n’ont fait aucun effort sérieux pour effectuer des tests pendant des mois. Ce n’est qu’après l’apparition de nouvelles horrifiantes d’abord d’Italie, puis de Washington et New York, que les gouvernements des États et enfin la Maison Blanche furent contraints, sous la pression populaire et les débrayages spontanés des travailleurs, de mettre en place une distanciation sociale généralisée.

Alors que la pandémie se propageait, la classe dirigeante a ensuite utilisé l’atmosphère de crise pour mettre en œuvre, sur une base bipartite unanime, le plus grand transfert de richesse de l’histoire vers l’oligarchie de la grande entreprise et de la finance. Le sauvetage de Wall Street par le Trésor et la Réserve fédérale, dont un programme supplémentaire de 2,3 mille milliards de dollars, annoncé vendredi, dépasse de loin ce qui fut fait après la crise de 2008. Cette fois, ce fut orchestré en l’espace de quelques jours.

Cet exercice de vol et de pillage à grande échelle une fois en marche, la pression pour un retour au travail commença presque immédiatement. Et pas seulement de la part de l’Administration Trump. C’est en effet le New York Times, qui est aligné sur le Parti démocrate, qui a initié la campagne, son chroniqueur Thomas Friedman avertissant que le «remède serait– même pour un court instant – pire que la maladie».

Et ce qui se passe aux États-Unis se répète dans toute l’Europe occidentale. Le gouvernement autrichien a annoncé son intention de reprendre le travail dès la semaine prochaine, tandis que l’Espagne a l’intention de rouvrir ses usines automobiles le 20 avril.

Le Comité national du SEP écrit dans sa déclaration du 17 mars: «Deux intérêts irréconciliables de deux classes s’opposent. Les capitalistes se battent pour garantir leurs profits et s'assurer que leurs biens et leurs richesses restent intacts. Selon eux, on ne doit prendre aucune mesure qui empiète sur leurs intérêts. La classe ouvrière se préoccupe des intérêts de la grande masse de l’humanité, en partant non pas du profit privé, mais de la nécessité sociale».

Le Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) insiste sur le fait qu’aucun retour au travail ne doit pas avoir lieu dans des conditions dangereuses! Dans la vague de grèves qui a éclaté dans toutes les industries, les demandes des travailleurs pour des conditions de travail sûres, la fourniture d’équipements de protection et la fermeture de la production non essentielle correspondaient aux demandes des scientifiques pour des mesures visant à contenir la pandémie.

Tous les travailleurs touchés par la crise doivent recevoir la totalité de leurs revenus, et il faut l’annulation immédiate des paiements d’hypothèques, des dettes et des factures de services publics.

La pandémie de COVID-19 peut encore être contenue et éradiquée grâce à un investissement massif dans les soins de santé. Des centaines de milliers voire des millions de vies peuvent être sauvées dans le monde entier!

Les billions de dollars distribués à Wall Street doivent être annulés. Au lieu de cela, un programme massif de travaux publics doit être lancé pour construire des infrastructures de soins de santé d’urgence, produire des équipements médicaux vitaux et créer les systèmes de tests à grande échelle et de recherche des contacts essentiels pour arrêter la pandémie.

La réalisation de ces revendications nécessite la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière, soutenue par toutes les forces progressistes de la société, aux États-Unis et dans chaque pays. La vie sociale et économique doit être réorganisée sur la base des besoins sociaux, et non du profit privé. L’alternative à laquelle l’humanité est confrontée est le capitalisme et la mort ou le socialisme et la vie.

(Article paru d’abord en anglais 11 avril 2020)

L'auteur recommande également :

Message des grandes entreprises sur la pandémie de coronavirus: sauvez les profits, pas des vies

[25 mars 2020]

La fiction, la réalité et la crise mondiale du capitalisme

[8 avril 2020]

La classe ouvrière, le socialisme et la lutte contre la pandémie

[2 avril 2020]

Alors que le nombre de décès liés au COVID-19 augmente, les classes dirigeantes font de l’agitation pour un retour prématuré au travail

[7 avril 2020]

Loading