Trump intensifie les attaques contre la Chine sur le COVID-19

Par Peter Symonds
4 mai 2020

Lors de sa conférence de presse de jeudi, Donald Trump, a intensifié sa guerre de propagande et ses menaces contre la Chine l’accusant d’être responsabilité de la pandémie meurtrière de COVID-19, qui a coûté la vie à plus de 230.000 personnes dans le monde.

Trump a répété l’allégation non fondée, diffusée initialement dans les milieux d’extrême droite, que le coronavirus n’était pas le résultat d’un transfert de l’animal à l’homme mais le produit d’un des laboratoires de virologie de Wuhan, et s’était soit échappé soit avait été délibérément mis en circulation.

Il a affirmé avoir vu des preuves de la propagation du virus à partir du laboratoire de Wuhan, mais s’est refusé à plusieurs reprises de donner des détails, disant «Je n’ai pas le droit de vous le dire».

Daniel O’Day, PDG de «Gillead Sciences» inc. à gauche, et Stephen Hahn, commissaire de l’Administration des aliments et des médicaments, à droite, lors d’une réunion avec le président dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 1er mai 2020, à Washington

Confronté à l’opinion écrasante des virologistes, selon laquelle COVID-19 n’est pas sorti d’un laboratoire, l’Administration Trump a alors fait pression sur les agences de renseignement pour qu’elles concoctent des preuves à l’appui de sa théorie du complot.

Il est révélateur que juste avant la conférence de presse, le directeur par intérim du renseignement national (DNI), Richard Grenell, ait publié une déclaration expliquant que la communauté du renseignement était « d’accord avec le large consensus scientifique selon lequel le virus COVID-19 n’était ni créé ni modifié génétiquement par l’homme». Interrogé sur cette déclaration, Trump sembla l’ignorer.

Hier, le responsable des urgences de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Michael Ryan, interrogé sur l’allégation de Trump, a souligné que son agence avait «écouté encore et encore les nombreux scientifiques ayant examiné les séquences» du virus. «Nous sommes sûrs que ce virus est d’origine naturelle», a-t-il déclaré.

Trump a également reproché à la Chine de ne pas avoir fait plus pour empêcher la propagation du virus, suggérant même qu’elle avait «choisi» de permettre la pandémie. Il a déclaré de manière absurde que le COVID-19 aurait pu être «contenu relativement facilement» et que la Chine aurait pu le contenir. «Ils n’ont pas pu le faire, ou ils ont choisi de ne pas le faire et le monde a beaucoup souffert», a-t-il déclaré.

Quels qu’ait été le retard initial de sa direction, il est clair que la Chine a réagi vite et efficacement à un virus dont la nature meurtrière et l’infectiosité lui étaient inconnus au départ. Elle a rapidement informé le monde par l’intermédiaire de l’OMS. En revanche, l’Administration Trump a écarté des dangers qui lui étaient connus. Pendant des semaines, elle n’a pris aucune mesure. Le résultat fut une augmentation rapide des décès aux États-Unis, qui se montaient vendredi à plus de 63.000.

Cette campagne de distorsions flagrantes et de mensonges purs et simples n’est pas seulement une tentative grossière à détourner l’attention de sa propre négligence criminelle au moment où elle fait face à une opposition croissante de la classe ouvrière à sa pression pour un dangereux retour au travail.

Elle est aussi une partie intégrale de l’escalade de la guerre économique et des préparatifs militaires contre la Chine – que Washington voit comme la principale menace pour sa domination mondiale – commencées sous le président Obama et intensifiées par Trump.

Les médias bourgeois américains se sont rangés derrière Trump, amplifiant ses falsifications et sa propagande anti-Chine. En avril, le Washington Post avait publié un article d’opinion donnant foi à la théorie du complot de l’extrême droite au sujet d’un laboratoire de Wuhan ; jeudi, il a tenté de faire de la contre-offensive chinoise contre les mensonges de Trump une «intimidation chinoise pour éviter la responsabilité».

Les démocrates, loin de critiquer la campagne contre la Chine, ont attaqué Trump par la droite, le disant trop conciliant avec Pékin. Dans une série d’annonces publicitaires attaquant Trump, Joseph Biden, le candidat démocrate à la présidence, le condamne pour ne pas avoir fait assez pression sur la Chine pour laisser entrer les responsables sanitaires américains et parce qu’il n’avait pas bloqué assez tôt les voyageurs venant de Chine.

Dans une de ces publicités, Biden déclare que Trump «a laissé l’Amérique exposée et vulnérable à la pandémie. Il a ignoré les avertissements des experts de la santé et des agences de renseignement et a plutôt fait confiance aux dirigeants chinois».

Mais Trump se prépare à intensifier les attaques contre la Chine, passant des paroles aux actes punitifs. Le Washington Post a rapporté qu’un groupe de responsables de Trump commence à examiner des propositions de sanctions contre la Chine et exige qu’elle verse une compensation financière pour sa gestion de la pandémie.

Lors de sa conférence de presse jeudi, Trump a soulevé la question de l’accord commercial avec la Chine, signé au début de l’année pour éviter une guerre commerciale ouverte. L’accord devenait « maintenant secondaire par rapport à ce qui s’est passé avec le virus. La situation vis-à-vis du virus n’est pas acceptable, c’est tout».

Selon le Washington Post, parmi les mesures de rétorsion en discussion à la Maison Blanche figure l’annulation d’une partie de la massive dette américaine envers la Chine. Cela ne toucherait pas seulement la Chine ; une répudiation de la dette par la plus grande économie du monde saperait gravement la confiance dans le système financier international, déjà très vulnérable.

Larry Kudlow, le principal conseiller économique de Trump, s’est empressé d’étouffer cette suggestion, de crainte de paniquer plus encore les marchés. «La pleine foi et le crédit des obligations de la dette américaine sont sacro-saints. Point final », a-t-il déclaré à Reuters.

Kudlow n’a cependant pas exclu d’autres formes de représailles. Parlant de la Chine, il a déclaré à CNBC: «Ils ont beaucoup de comptes à rendre, ils vont être tenus pour responsables. Comment, quoi, quand et pourquoi» dépendait du président.

De plus en plus vitrioliques, les attaques de la Chine par les États-Unis montrent que, loin d’atténuer les tensions géopolitiques et d’encourager la coopération internationale, la pandémie a plus encore dévoilé et accru la toxicité de relations internationales qui mènent à la guerre économique et aux conflits militaires entre grandes puissances.

Depuis un quart de siècle, les États-Unis cherchent à enrayer leur déclin historique par des guerres néocoloniales agressives dans les zones stratégiques clés du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. L’Administration Obama a ciblé la Chine sur les plans diplomatique, économique et militaire dans ce qu’on a appelé le «pivot vers l’Asie» – des mesures qui n’ont fait que s’intensifier sous Trump.

La pandémie de COVID-19 n’a fait que rendre plus visible la vulnérabilité et la décadence de l’impérialisme américain, renforçant les craintes à Washington que la Chine pourrait sortir renforcée de la crise. Alors même qu’on prive le système de santé américain des fonds nécessaires pour combattre le virus, le Congrès prévoit de fournir des dizaines de milliards de dollars supplémentaires pour préparer la guerre contre la Chine.

Dans le même temps, la marine américaine augmente ses provocations contre la Chine en Mer de Chine méridionale. Elle envoie des navires de guerre dans des zones revendiquées par la Malaisie, le Vietnam et la Chine sous le faux prétexte de défendre la «liberté de navigation». De telles mesures irresponsables dans cette situation très tendue risquent, par accident ou par dessein, de déclencher une confrontation militaire qui échapperait rapidement à tout contrôle.

(Article paru d’abord en anglais 2 mai 2020)

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