Les syndicats canadiens cimentent une alliance corporatiste anti-travailleurs avec le gouvernement et la grande entreprise

Par Roger Jordan et Keith Jones
18 mai 2020

La bureaucratie syndicale a profité de la crise sanitaire et socio-économique sans précédent déclenchée par la pandémie de COVID-19 pour approfondir son partenariat déjà étroit avec le gouvernement libéral de Trudeau, partisan de la guerre et de l'austérité, et avec de puissantes sections de l'élite corporative canadienne.

Les syndicats, comme leurs proches alliés du Nouveau Parti démocratique (NPD), soutiennent le sauvetage massif des banques, des autres investisseurs et des grandes entreprises orchestré par le gouvernement Trudeau et la Banque du Canada, tout en aidant l'élite au pouvoir à forcer les travailleurs qui ont perdu leur emploi à accepter une aide temporaire minimale. Maintenant, alors que la classe dirigeante mène une campagne de «retour au travail», cherchant à rouvrir les entreprises et les services non essentiels en pleine pandémie dévastatrice, les syndicats font tout ce qui est en leur pouvoir pour réprimer la résistance des travailleurs à retourner sur des lieux de travail dangereux.

L'alliance corporatiste anti-travailleurs des syndicats avec la grande entreprise a été illustrée par une déclaration commune du président du Congrès du travail du Canada, Hassan Yussuff, et du chef de la Chambre de commerce du Canada (CCC), Perrin Beatty, publiée lundi dans le journal Hill Times. Intitulée «Le Canada doit créer un groupe de travail national sur les meilleurs moyens de relancer l'économie», elle soutient qu'une alliance tripartite entre le gouvernement, les grandes entreprises et les syndicats est un mécanisme essentiel pour intensifier l'exploitation de la classe ouvrière et renforcer la position mondiale de l'impérialisme canadien alors que fait rage la profonde crise du capitalisme mondial depuis la Grande Dépression.

Cette déclaration est le résultat de semaines d'étroite coopération entre les syndicats, la CCC et d'autres lobbies importants du monde des affaires. Au début du mois de mars, alors que les cas de COVID-19 se multipliaient en Amérique du Nord et que les marchés boursiers subissaient leurs plus grosses pertes jamais enregistrées, Yussuff a appelé à un «front de collaboration» entre les employeurs et les syndicats. En coulisses, le CTC, Unifor, la Fédération des travailleurs du Québec et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ont tenu des consultations avec le gouvernement, Beatty et d'autres représentants du monde des affaires sur la manière de sauver les grandes entreprises canadiennes et d'empêcher que l'effondrement économique ne déclenche une agitation sociale massive.

Plus de 650 milliards de dollars ont ainsi été acheminés vers les banques et les grandes entreprises afin de sauver la fortune des riches et des super-riches. Les travailleurs qui ont perdu leur emploi ou qui sont incapables de travailler en raison de la pandémie ne reçoivent que 2000 dollars par mois de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) temporaire.

Soulignant leur rôle de lieutenants de la main-d’oeuvre pour le capital, les syndicats et le NPD ont cherché à dissimuler le caractère de classe impitoyable de la réponse du gouvernement à l'effondrement économique déclenché par la pandémie. Au sujet du sauvetage de l'élite financière par le gouvernement et à une échelle qui éclipse même celui orchestré par le gouvernement conservateur Harper lors de la crise financière mondiale de 2008, les syndicats et les politiciens sociaux-démocrates du NPD n'ont pas soufflé un mot, contribuant à dissimuler le pillage du trésor par la classe dirigeante. D'autre part, ils ont fait l'éloge de la PCU et de la subvention salariale sans condition accordée aux employeurs et les ont invoquées pour louanger le gouvernement libéral «progressiste» et sa volonté de trouver un «terrain d'entente».

Une déclaration du CTC du 18 mars, par exemple, s'est enthousiasmée du fait que les syndicats étaient «heureux» des mesures du gouvernement «pour aider les familles canadiennes». La déclaration poursuivait: «Les mesures d’aide financière adoptées mettront de l’argent directement dans les poches des personnes qui en ont le plus grand besoin.» (voir: «Les syndicats canadiens appuient le «plan coronavirus» libéral pour renflouer les grandes entreprises et placer les travailleurs en rationnement»).

Près de deux mois se sont écoulés depuis lors, et le verdict a été dévastateur pour ces revendications démagogiques et complaisantes. L'élite corporative a profité des largesses illimitées du gouvernement pour lancer une attaque massive contre la classe ouvrière en imposant des licenciements et en intensifiant l'exploitation. Les derniers chiffres de Statistique Canada montrent que 1,9 million de travailleurs ont perdu leur emploi en avril, dont plus de 600.000 dans l'industrie manufacturière et la construction. Pendant ce temps, la fréquentation des banques alimentaires est montée en flèche, les familles luttant pour joindre les deux bouts. Des politiciens de premier plan menacent maintenant régulièrement de retirer la maigre PCU pour intimider les travailleurs au bord de la ruine financière à reprendre le travail.

Cependant, rien de tout cela n'intéresse les syndicats et leurs alliés corporatifs. Une fois que le trésor public a été pillé avec succès, ils sont passés à la vitesse supérieure pour mener une campagne de «retour au travail» imprudente. Depuis la mi-avril et culminant avec la déclaration de Yussuff et Beatty dans le Hill Times de cette semaine, la bureaucratie syndicale a publié une série de déclarations et de documents, dont beaucoup sont cosignés avec des représentants de la grande entreprise, visant à justifier et à fournir une couverture politique pour forcer les travailleurs à retourner au travail.

Prises ensemble, ces déclarations minimisent systématiquement le risque posé par la pandémie, acceptent sans conteste le droit des grandes entreprises à risquer la vie des travailleurs pour leurs profits et avancent un récit nationaliste canadien réactionnaire pour affirmer que «nous sommes tous dans le même bateau».

La déclaration commune du 15 avril: les syndicats collaborent avec les banquiers et le gouvernement libéral

Le 15 avril, une déclaration commune a été publiée par la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, le CTC, Unifor, la FTQ, la CSN, l'Association des banquiers du Canada et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, entre autres. Son contenu indique clairement que la priorité des syndicats est de garantir les profits et la richesse de l'élite dirigeante du Canada en étouffant l'opposition de la classe ouvrière.

Alors que la pandémie continuait de se propager, avec plus de 1000 cas et plus de 100 décès signalés chaque jour au cours du mois d'avril, les bureaucrates syndicaux bien payés et leurs amis du monde des affaires ont averti qu'il serait nécessaire de «demeurer flexibles et nous adapter dans notre manière de répondre et par-dessus tout, nous devons continuer à travailler ensemble». Les travailleurs et les patrons «avons des buts communs», a poursuivi la déclaration, notamment la nécessité de «protéger la santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs canadiens, et faire en sorte que les entreprises canadiennes soient prêtes à revenir en force et veiller à ce que l'économie puisse se rétablir en remettant les gens au travail rapidement après la fin de la crise, et ce, en toute sécurité».

La réaction des syndicats aux épidémies massives de COVID-19 dans les usines de transformation de la viande et l'incapacité de l'État à garantir que même les travailleurs de la santé de première ligne disposent de l'équipement de protection individuelle (EPI) requis – une défaillance qui a entraîné des milliers d'infections et un nombre croissant de décès – montrent bien que le discours sur la santé et la sécurité n'était qu'une façade.

Dans l'usine de transformation de viande Cargill à High River, en Alberta, où plus de 900 travailleurs ont été infectés, le syndicat des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) a refusé d'organiser une grève, même si l'entreprise, comme elle l'a elle-même fait remarquer, a ignoré de façon flagrante les mesures de sécurité. Désireux de prouver la fiabilité du syndicat dans l’imposition des contrats et le maintien du système de négociation collective conçu par les grandes entreprises, le vice-président des TUAC Canada, Thomas Hesse, a publiquement dénoncé toute suggestion de grève des transformateurs de viande de Cargill pour protéger leur santé et leur vie, car «un arrêt de travail ne serait pas légal».

Tout en veillant à ce que les travailleurs soient renvoyés dans des lieux de travail dangereux, le «front de collaboration» des syndicats avec les grandes entreprises implique également l’acceptation de licenciements massifs. Ni les syndicats ni leurs alliés parlementaires du NPD n'ont fait quoi que ce soit pour organiser la résistance de 1200 travailleurs de la Commission de transport de Toronto, 1000 travailleurs de Produits forestiers Resolute au Québec, 1100 travailleurs de Calfrac Well Services dans toute l'Amérique du Nord, 1500 travailleurs de Translink à Vancouver, 1500 employés de la municipalité régionale de Halifax ou de 1000 travailleurs de Shaw Communications au Canada, pour ne citer que quelques-uns des plus importants licenciements annoncés ces dernières semaines.

La déclaration du CTC du 8 mai: les syndicats aident à une «réouverture» imprudente de l'économie

Le 8 mai, le CTC a publié un document cyniquement intitulé «Conditions de santé et de sécurité pour le déconfinement des secteurs de l'économie». Son but est de fournir aux syndicats une couverture politique alors qu'ils s'alignent derrière la volonté des entreprises canadiennes et de leurs larbins politiciens de donner la priorité au profit sur les vies humaines en rouvrant d'énormes pans de l'économie sans même assurer des mesures de protection élémentaires pour les travailleurs et leurs familles.

La déclaration expose en détail les exigences en matière de sécurité et de protection des travailleurs sur le lieu de travail. Un passage typique se lit comme suit: «Avant la réouverture, les employeurs doivent dresser un plan de sécurité qui protège la santé et la sécurité des travailleurs et qui permet de voir à ce que les lieux de travail ne contribuent pas à la propagation du COVID-19 dans la communauté. Les employeurs doivent plus précisément avoir un plan de prévention et de contrôle de l’infection dressé avec la participation des comités locaux de santé et de sécurité ou les représentants des travailleurs en matière de santé et de sécurité. Ce plan doit être établi avant que l’employeur puisse rouvrir. Il doit comprendre des mesures détaillées d’intervention en santé et sécurité en cas d’éclosion du COVID-19 en milieu de travail. Les gouvernements doivent avoir la capacité et l’engagement nécessaires pour mettre en application les lois sur la santé et la sécurité au travail.»

Tout cela n'est que du vent, visant à renforcer la crédibilité des syndicats qui diminue rapidement aux yeux des travailleurs. Les bureaucrates bien payés savent très bien que les commissions du travail fédérales et provinciales du Canada se rangent invariablement du côté des patrons des entreprises. Sur plus de 200 plaintes relatives à la sécurité sur le lieu de travail reçues par les autorités de l'Ontario concernant le COVID-19, aucune n'a été retenue.

Les syndicats travaillent main dans la main avec la direction pour ouvrir d'énormes usines où la prévention des infections est pratiquement impossible, notamment les usines de production automobile des Big-Three de Detroit en Ontario. Au Québec, la Fédération des travailleurs du Québec a applaudi la campagne de retour au travail menée par le premier ministre populiste de droite, François Legault, en tant que «plan de relance économique». Et ce, dans des conditions où le gouvernement de Legault n'a même pas réussi à fournir des EPIs à tous les travailleurs de la santé et où les tests de COVID-19 ne sont pas systématiquement effectués dans les établissements de soins où des dizaines de personnes sont mortes et des dizaines de travailleurs sont tombés malades.

L'indifférence impitoyable des syndicats face à cette réalité ne découle pas de l'ignorance, mais d'une politique délibérée visant à ramener les travailleurs à leur emploi afin que l'élite financière puisse recommencer à engranger des profits. Comme le CTC l'a noté dans son document «santé et sécurité», obliger des millions de travailleurs à reprendre le travail «est un défi monumental en temps de pandémie de COVID-19, mais c’est un défi que nous devons relever». À aucun moment, les bureaucrates du CTC n'ont même envisagé de demander l'arrêt de toutes les activités non essentielles jusqu'à ce que la pandémie soit contenue, car pour ce faire, il faudrait exproprier les richesses des entreprises et des super-riches pour soutenir les travailleurs pendant la crise.

La déclaration commune du 11 mai: les syndicats et les patrons encouragent le nationalisme canadien et un programme impérialiste

La dernière déclaration publiée sous la signature conjointe de Yussuff et Beatty, ancien ministre du cabinet conservateur et actuel président de la Chambre de commerce, résume l'étroite collaboration qui a eu lieu entre les syndicats et l'élite corporative au cours des derniers mois. Il cherche à dissimuler le caractère anti-travailleurs de cette collaboration par des appels réactionnaires au nationalisme canadien, tout en promettant le soutien du CTC à l'impérialisme canadien alors qu'il cherche à maintenir et à faire progresser sa position mondiale face à un effondrement économique sans précédent et à une montée des antagonismes commerciaux et géopolitiques mondiaux.

La pandémie «a rendu les Canadiens plus dépendants que jamais les uns des autres pour ce qui est de leur bien-être.», commence la déclaration, avant d'ajouter: «Nos concitoyennes et concitoyens canadiens comptent sur un effort collectif pour se sortir de la crise actuelle» .

À maintes reprises, les syndicats canadiens se sont enveloppés de la feuille d'érable au cours des quatre dernières décennies pour imposer des mesures impopulaires visant à renforcer la position concurrentielle du capital canadien sur la scène mondiale et s'attaquer aux salaires et aux conditions de travail des travailleurs. De la scission nationaliste des Travailleurs canadiens de l'automobile de l'UAW au milieu des années 1980, à la promotion par les syndicats de Trudeau et de ses libéraux comme une alternative «progressiste» aux conservateurs, les affirmations selon lesquelles tous les Canadiens sont «dans le même bateau» et que le capitalisme canadien est, ou peut être, une alternative «plus gentille, plus douce» à la république rapace du dollar américain ont servi à désarmer la classe ouvrière face à une offensive de la classe dominante sur leurs emplois, leurs salaires et leurs droits sociaux et démocratiques.

Yussuff et Beatty affirment clairement que le fait de ramener les travailleurs au travail en pleine pandémie n'est que le début d'un nouvel assaut massif contre la classe ouvrière visant à renforcer la position concurrentielle des grandes entreprises canadiennes et leur capacité à affirmer leurs intérêts prédateurs sur la scène mondiale, par l'intrigue, l'agression et la guerre. «La pandémie changera notre façon de vivre, de travailler et d’utiliser la technologie», écrivent les partenaires Yussuff et Beaty. «Nous entamerons le rétablissement avec de nouvelles dettes publiques et privées considérables. Le renversement de décennies de mondialisation économique et de chaînes d’approvisionnement internationales créera des défis pour un pays commerçant comme le nôtre. Nous devrons remanier nos politiques sur l’infrastructure des soins de santé et les réserves stratégiques de fournitures cruciales et voir à ce que le Canada produise de l’équipement médical critique. Le Canada doit avoir une procédure permettant de discuter de ces changements fondamentaux et de s’assurer que les intervenants n’adoptent pas une autre orientation [c’est nous qui soulignons]».

Venant directement de la bureaucratie syndicale elle-même, le message envoyé à l'élite dirigeante ne pourrait être plus clair. La formation d'une alliance corporatiste à long terme, un «groupe de travail économique national», aidera à relever les «défis pour un pays commerçant» et d'autres «changements fondamentaux», comme la manière de réduire «de nouvelles dettes publiques et privées considérables», sans que «les intervenants n’adoptent pas une autre orientation»: c'est-à-dire sans déclencher une explosion de l'opposition de la classe ouvrière à l'austérité et à la guerre capitalistes.

Les travailleurs doivent créer des comités de la base pour faire valoir leurs intérêts de classe et lutter pour le socialisme

L'intensification du partenariat de la bureaucratie syndicale avec la grande entreprise et le gouvernement en réponse à la pandémie de COVID-19 est un phénomène mondial. Aux États-Unis, l'UAW, comme Unifor, a comploté avec les constructeurs automobiles pour surmonter la résistance des travailleurs à une réouverture prématurée des usines. En Europe, le Congrès des syndicats en Grande-Bretagne, IG Metall et d'autres grands syndicats en Allemagne aident les gouvernements à ramener les travailleurs sur les lieux de travail dangereux et demandent que les grandes entreprises soient renflouées financièrement.

Au Canada, comme partout dans le monde, les syndicats sont devenus de plus en plus intégrés à la direction des entreprises et à l'État au cours des quatre dernières décennies. Le développement de cette alliance tripartite syndicat-État-grande entreprise contre la classe ouvrière a été motivé par des changements objectifs dans la structure du capitalisme mondial et les intérêts matériels de la bureaucratie ouvrière, une couche de la classe moyenne supérieure qui se nourrit des miettes que le capital lui donne pour ses services de police de la classe ouvrière.

Basés sur l'acceptation de la propriété privée capitaliste, les syndicats ont toujours été hostiles à la lutte pour le socialisme et ont traditionnellement cherché à limiter l'activité de la classe ouvrière à faire pression sur les patrons pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Cependant, avec la mondialisation de la production dans les années 1980, les syndicats et leurs alliés sociaux-démocrates dans des partis tels que le NPD, le parti travailliste britannique et le SPD allemand ont jeté à la poubelle leurs programmes nationaux réformistes traditionnels, qui étaient basés sur la possibilité de placer certaines restrictions sur le capital dans les limites d'un marché réglementé au niveau national.

Au lieu de cela, les bureaucrates syndicaux ont cherché à défendre leurs privilèges en imposant des réductions de salaires et d'emplois pour attirer les investisseurs et stimuler la compétitivité mondiale des entreprises, et en développant de nouvelles sinécures grâce à leur partenariat corporatiste florissant avec la direction et l'État – y compris des fonds d'investissement, dont au Canada, le Fonds de solidarité de la FTQ, avec ses plus de 9 milliards de dollars d'actifs, en est l'exemple le plus notoire.

Dans le cadre de ce virage à droite, le NPD, comme l'illustrent les actions du gouvernement néo-démocrate de l'Ontario de 1990 à 1995 sous la direction de Bob Rae, a imposé une austérité brutale à la classe ouvrière dès son arrivée au pouvoir dans les provinces.

De leur côté, les syndicats, secoués par le soulèvement massif de la classe ouvrière contre le gouvernement conservateur de Mike Harris en Ontario et sa révolution thatchérienne du bon sens, ont commencé à la fin des années 1990 à développer un partenariat intime avec les libéraux.

Bien que cela ait commencé au niveau provincial en Ontario, où les gouvernements libéraux McGuinty-Wynne, soutenus par les syndicats, ont imposé de nouvelles mesures d'austérité et des réductions d'impôts pour les grandes entreprises et les riches de 2003 à 18, les syndicats sont devenus un pilier essentiel du gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau lorsqu'il est arrivé au pouvoir en 2015.

Au cours des cinq dernières années, les syndicats ont soutenu, et contribué à leur mise en œuvre, de nombreuses initiatives majeures de Trudeau, notamment la négociation de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) destiné à remplacer l'ALENA, et un programme de réarmement massif. L'ACEUM est un élément crucial de la stratégie de l'élite dirigeante canadienne visant à approfondir son partenariat militaro-stratégique avec l'impérialisme américain en consolidant un bloc commercial nord-américain sous la direction de Washington, qui pourra être utilisé pour concurrencer économiquement et militairement les rivaux mondiaux de l'impérialisme canadien, surtout la Russie et la Chine.

Les travailleurs ne peuvent pas réformer les syndicats ni inverser leur intégration avec les entreprises et l'État, que ce soit par un changement de direction ou par une «pression» de la base, comme le prétendent leurs acolytes de la pseudo-gauche. Comme cela a été démontré à maintes reprises, les bureaucrates syndicaux répondront à la pression de la classe ouvrière et à l'initiative des comités de la base en se solidarisant encore plus étroitement avec leurs partenaires de la grande entreprise et du gouvernement, et avec tromperie et de façon impitoyable, ils chercheront à étouffer les grèves et l'opposition populaire.

Les travailleurs ne peuvent faire valoir leurs intérêts de classe que par une rupture politique et organisationnelle avec les syndicats procapitalistes. Cela nécessite la création de comités de la base dans les usines et sur tous les autres lieux de travail, indépendants des syndicats et opposés à ceux-ci, afin de lutter pour les mesures immédiates nécessaires pour enrayer la pandémie et protéger les moyens de subsistance des travailleurs. Ce programme doit inclure une opposition irréconciliable aux efforts de la classe capitaliste pour privilégier le profit privé sur la vie humaine. Il doit contenir des demandes pour des centaines de milliards pour soutenir le système de soins de santé, les travailleurs licenciés et les petites entreprises. Ces fonds peuvent et doivent être obtenus par l'expropriation des grandes entreprises et la saisie des centaines de milliards de fonds publics remis aux banques et aux riches investisseurs.

La réalisation de ces mesures requises de toute urgence est impensable si la classe ouvrière ne s'attaque pas de front au système de profit capitaliste et à sa propriété privée des moyens de production. Les travailleurs qui se battent pour établir des comités de la base doivent donc lier leur lutte pour les mesures urgentes nécessaires pour contenir la pandémie au développement d'un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière visant à briser l'emprise de l'oligarchie financière sur la société par l'établissement d'un gouvernement ouvrier dédié à des politiques socialistes.

(Article paru en anglais le 16 mai 2020)

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