Un responsable de l’administration Trump attribue le nombre élevé de décès dus au COVID-19 à la diversité qui existe «malheureusement» dans la population

Par Jacob Crosse
20 mai 2020

Lors d’une interview menée par Jake Tapper dans le cadre de l’émission «State of the Union» du réseau CNN dimanche dernier, le secrétaire à la Santé et aux services sociaux (Health and Human Services – HHS), Alex Azar, a soutenu que la raison pour laquelle les États-Unis comptent le plus grand nombre de décès dus au COVID-19 dans le monde est la «diversité» de la population américaine et non pas l’incapacité du gouvernement à mettre en œuvre un programme efficace de dépistage et de recherche des contacts dans les premiers mois de l’épidémie.

Le secrétaire d’État Alex Azar et Bill Gates le 14 mars 2018 (Photo: Wikimedia)

Les commentaires d’Azar sont révélateurs de l’attitude de l’ensemble de la classe dirigeante face à la pandémie. Incapable de masquer son indifférence criminelle face à la souffrance et aux morts en masse, son seul recours est de blâmer ceux qui souffrent le plus de la maladie et qui enregistrent le plus grand nombre des décès, tout en révélant combien elle est arriérée.

Tapper a fait remarquer au secrétaire du département de la Santé et des services sociaux que les États-Unis avaient le plus grand nombre de décès: «Mais c’est pire pour nous que pour n’importe qui d’autre.» Ce à quoi Azar a protesté, en citant les «taux de mortalité», ce à quoi Tapper a répliqué: «Je ne fais que regarder le nombre de morts.»

C’est alors que Azar a répondu: «Malheureusement, la population américaine est très diversifiée… C’est une population avec d’importantes comorbidités malsaines qui fait que de nombreux individus dans nos communautés, en particulier les communautés afro-américaines et minoritaires, sont particulièrement à risque ici en raison de maladies sous-jacentes importantes, de disparités en matière de santé et comorbidités de la maladie.»

Cette affirmation est pour le moins claire: Azar soutient que si les Afro-Américains et les autres minorités souffrent de façon disproportionnée du COVID-19, c’est de leur faute, et non pas de celle de Trump.

Comme l’a expliqué le WSWS, la raison de l’augmentation du taux de mortalité parmi les populations urbaines, quelle que soit la couleur de la peau, est due à la pauvreté de masse et aux inégalités. Le fait que tant de décès aient été enregistrés parmi les Afro-Américains souffrant de «comorbidités», c’est-à-dire de multiples problèmes de santé sous-jacents, est un produit du système capitaliste – un système que défend Azar.

L’assistant de Trump a bien défendu le programme de gestion de la pandémie de l’administration. Il s’est en effet fait l’écho du reste de la direction politique bipartite et a encouragé la réouverture de l’économie et, avec elle, la levée de nombreuses mesures de confinement, allant ainsi à l’encontre de l’avis des médecins professionnels au sein de l’administration comme le docteur Anthony Fauci.

Azar a cité la hausse du suicide et d’autres maux sociaux accompagnant le confinement pour affirmer que la décision de réouverture de l’économie n’était pas une question de privilégier «l’économie sur la santé, mais en fait la santé pour la santé.» Il n’a pas été questionné, et aucun apologiste de Trump n’a jamais expliqué à savoir pourquoi l’administration ne s’est jamais souciée des conséquences sociales négatives des fermetures d’usines et des licenciements massifs auparavant, qualifiant plutôt des mesures de décisions de «libre marché.» Ce n’est que lorsque le COVID-19 perturbe la rentabilité des entreprises que le gang de Trump & Co. se préoccupe du sort des travailleurs qui chôment.

Azar est un avocat, pas un médecin ou un expert en santé publique. Il a été avocat général pour le département de la Santé et des services sociaux, puis secrétaire adjoint sous l’administration de George W. Bush, avant de passer à un poste de lobbyiste très bien payé chez le géant pharmaceutique Eli Lilly, où il a été vice-président principal des affaires générales et de la communication.

Au cours des dix années qui ont suivi, il est devenu président de Lilly USA. À ce titre, il a géré le portefeuille de la société pharmaceutique sur le marché américain. Sous son règne, le prix des médicaments vitaux tels que le médicament à base d’insuline Humalog, a augmenté de plus de 100 %, passant de 125 dollars par ordonnance en 2012 à plus de 250 dollars après son départ.

En tant que responsable du département de la Santé et des services sociaux, une agence massive dotée d’un budget de 1,3 billion de dollars, la principale responsabilité d’Azar est de coordonner les efforts de la Food and Drug Administration (FDA) et des Centers for Disease Control (CDC) afin d’élaborer la réponse du gouvernement à la pandémie, ce qui comprend la mise au point d’un test efficace de détection du COVID-19 pouvant être rapidement déployé à l’échelle nationale.

Pour l’aider dans cette tâche essentielle, Azar a nommé son chef de cabinet personnel, Brian Harrison, un éleveur de chiens Labrador de 37 ans basé à Austin, au Texas, pour diriger la réponse quotidienne du département de la Santé et des services sociaux dans la lutte contre la pandémie. Tout comme Azar, Harrison n’a aucune formation ou éducation formelle en médecine. Décrivant la nouvelle hiérarchie imposée par Azar sur les ondes du réseau NPR National Public Radio, un responsable du département de la Santé et des services sociaux resté anonyme a fait remarquer: «Tout le monde relève de lui [Harrison].»

Comme le montrent les sombres statistiques, l’administration Trump n’a pas réussi à mettre en place un programme efficace de dépistage et de recherche des contacts, ce qui, à ce jour, est la principale raison pour laquelle le virus a pu se propager sans contrôle dans tout le pays. Mais Azar pense quand même que l’administration mérite une médaille, déclarant: «notre objectif est de retarder la montée de la courbe et de l’aplatir. Et c’est exactement ce que nous avons fait... Et c’est ce qui nous permet maintenant de faire ce dont nous avons parlé, d’aller vers la réouverture et de revenir à un état normal.»

Azar, comme le reste des dirigeants politiques, continue de tromper le public sur la menace représentée par le virus et l’état de préparation réel du gouvernement. Tout au long de l’interview, Tapper a remis en question le manque de tests efficaces à résultat immédiat sur les lieux de travail comme dans les usines de transformation de la viande ou dans les prisons, deux environnements qui se sont avérés idéaux pour la propagation du virus.

«Quand allons-nous pouvoir effectuer des tests de surveillance à grande échelle et retracer les contacts de chaque Américain?»

Azar a répondu: «C’est ce que nous faisons en fait maintenant. Nous avons déjà mené plus de 10 millions de tests.»

C’est là un autre mensonge pathétique. Dans un pays de plus de 330 millions d’habitants, tester seulement dix millions de personnes serait nettement insuffisant pour suivre efficacement le virus et procéder à une mise en quarantaine. Par ailleurs, si l’on considère que certaines personnes ont été testées plus d’une fois, sinon même quotidiennement, comme l’entourage du président par exemple, ou encore ceux qui sont suffisamment riches et connectés pour avoir accès à de tels tests, ces chiffres ne font que renforcer la mise en accusation du système capitaliste.

(Article paru en anglais le 19 mai 2020)

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