Des policiers de New York en civils saisissent une manifestante et la jettent dans une voiture banalisée

Par Niles Niemuth
31 juillet 2020

Le choc et la colère se sont rapidement propagés sur l’Internet mardi, lorsque des vidéos publiées sur les médias sociaux ont montré un groupe d’hommes armés habillés en civils qui enlevaient une jeune manifestante dans la rue et la conduisaient dans un fourgon banalisé lors d’une manifestation pacifique contre la violence policière à New York.

Bien que les hommes aient refusé de s’identifier sur les lieux de l’enlèvement, le département de police de New York (NYPD) les a par la suite identifiés comme étant des membres d’une brigade de la police vêtus en civils.

L’indignation suscitée par l’incident de mardi a été intensifiée par sa ressemblance avec les arrestations par enlèvement effectuées ces dernières semaines par la police paramilitaire fédérale à Portland en Oregon. Dans cette ville, une section tactique des agents des Douanes et protection des frontières (CBP), connue sous le nom de BORTAC, a été déployée par le président Trump pour réprimer les manifestations près du palais de justice fédéral. C’est le BORTAC qui a saisi les manifestants, les a jetés dans des fourgons banalisés et les a emmenés dans des lieux secrets où ils sont soumis à des interrogatoires pendant des heures. L’élément de terreur et d’intimidation se trouve renforcé par le fait que les victimes ne savent pas qui les a embarqués ni où elles se trouvent détenues.

Capture d’écran de la vidéo @MichelleLhooq/Twitter

Toutes ces actions violent les garanties du Premier Amendement de la Constitution américaine en matière de liberté d’expression et de réunion, ainsi que l’interdiction des perquisitions ou saisies arbitraires prévue par le Quatrième Amendement. Elles vont également à l’encontre de l’exigence selon laquelle les arrestations doivent être fondées sur une cause probable.

Le NYPD a minimisé l’arrestation anticonstitutionnelle, affirmant que l’équipe responsable des mandats d’arrêt utilise régulièrement des «véhicules banalisés pour localiser efficacement les suspects recherchés». Mais il est évident que l’enlèvement de Nikki Stone, 18 ans, avait pour but d’envoyer le signal aux manifestants, ainsi qu’au gouvernement Trump, que la police de New York était tout à fait capable de réprimer les manifestations sans intervention fédérale directe.

Trump a menacé à plusieurs reprises de déployer des forces fédérales dans les villes contrôlées par les démocrates dans tout le pays – y compris New York – dans le but de réprimer les manifestations qui ont continué depuis le meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis le 25 mai. Des reportages font état de l’intervention de la police fédérale à Detroit et dans d’autres villes.

Nikki Stone est une jeune sans-abri qui a participé à des manifestations dans toute la ville. Les autorités ont justifié son arrestation effrayante – que les passants ont pris pour un enlèvement – par des allégations de vandalisme, notamment en recouvrant de peinture les objectifs des caméras de police autour du parc de l’hôtel de ville. Elle a été libérée de sa garde à vue mercredi dernier et accusée de plusieurs chefs d’accusation de graffitis et de méfaits criminels.

Le maire démocrate de la ville, Bill de Blasio, a réagi à cette arrestation en défendant le «droit» des agents de la police de New York non identifiés et sans uniforme d’enlever les manifestants pacifiques dans la rue, tout en critiquant légèrement le moment de l’arrestation.

«Ce n’est pas Portland», a-t-il déclaré. «Je tiens à souligner que ce que vous voyez sur cette vidéo sont des officiers de la police de New York, les agences fédérales ne sont pas impliquées! Je pense que ce n’était ni le bon moment ni le bon endroit pour procéder à cette arrestation… Je tiens à affirmer très clairement que personne n’est autorisé à endommager les biens de la police… Si vous endommagez des biens, cela entraînera des conséquences.»

Comme pour la tentative de coup d’État de Trump le 1er juin, le Parti démocrate a minimisé le caractère autoritaire et fasciste du déploiement des forces fédérales paramilitaires de Trump, le qualifiant de stratagème électoral visant à faire remonter Trump dans les sondages. En même temps, ils affirment qu’ils sont capables de réprimer les manifestations dans les villes qu’ils dirigent grâce à une police locale lourdement armée, renforcée si nécessaire par des troupes de la Garde nationale sous le commandement des gouverneurs des États.

L’ancien vice-président Joe Biden, le candidat démocrate présumé à la présidence, a prononcé un discours mardi dans lequel il a approuvé la poursuite des «anarchistes et des pyromanes». Il a insisté sur le fait qu’il serait mieux équipé pour réprimer la colère populaire en coordonnant son action avec les forces de police locales. Les démocrates ont clairement indiqué qu’ils sont prêts à collaborer avec le gouvernement Trump pour réprimer les manifestations tant qu’ils gardent un certain contrôle.

«Ce n’est pas une question de la loi et de l’ordre», a déclaré Biden à propos de la répression de Trump, «mais d’une stratégie politique pour relancer une campagne qui échoue. Tout ce que Trump souhaite faire instinctivement, c’est de jeter de l’huile sur le feu. C’est la dernière chose dont nous avons besoin. Nous avons besoin de leadership pour calmer les esprits et faire baisser la température. C’est ainsi que nous pourrons rétablir la paix dans les rues».

Mercredi, la gouverneure démocrate de l’Oregon, Kate Brown, a annoncé via Twitter qu’un accord avait été conclu dans le cadre des négociations avec la Maison-Blanche pour que la police de l’État de l’Oregon prenne la direction du maintien de l’ordre dans la zone qui entoure le palais de justice fédéral.

La police fédérale, y compris les agents des Douanes et protection des frontières (CBP) et du Contrôle de l’immigration et des douanes (ICE), va commencer à se «retirer progressivement» de la ville, tandis que d’autres agents du département de la Sécurité intérieure (DHS) resteront à l’intérieur du palais de justice. Les forces du CBP déployées la semaine dernière à Seattle, Washington, quitteront également cette ville, suite aux pressions exercées par le maire démocrate Jenny Durkan et le gouverneur Jay Inslee, également démocrate.

«Les forces de l’ordre étatiques et municipales commenceront à sécuriser les propriétés et les rues, surtout celles qui entourent les propriétés fédérales qui sont attaquées la nuit au cours des deux derniers mois», a déclaré Chad Wolf, secrétaire d’État par intérim à la Sécurité intérieure. «La police de l’État de l’Oregon se coordonnera avec les agents du Federal Protective Service (FPS) pour s’assurer que toutes les installations fédérales restent protégées et sécuritaires».

Wolf a ajouté: «Le président Trump a également clairement indiqué que son gouvernement est prêt et disposé à s’associer aux forces de l’ordre de l’État et locales pour protéger chaque Américain. Vous voyez cet engagement à Portland avec ce plan. Le ministère et ce gouvernement continueront également à remplir leur obligation solennelle de faire respecter la loi fédérale dans tout le pays».

Même si le gouvernement Trump semble avoir reculé pour l’instant sur le déploiement de forces fédérales contre les manifestants à Portland et à Seattle, le ministère de la Justice va de l’avant avec l’extension de l’opération Legend: une initiative «anti-violence» impliquant le déploiement de près de 100 agents du FBI, de la Drug Enforcement Agency et d’autres agences de police fédérales à Detroit, Cleveland et Milwaukee. Les maires démocrates de Kansas City, Chicago et Albuquerque ont déjà accueilli des centaines d’agents qui assurent-ils, aideront à l’arrestation des personnes qualifiées de «criminels violents chroniques» par le procureur général William Barr.

(Article paru en anglais le 30 juillet 2020)

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