Biden invite les républicains à «l'unité» alors que les électeurs répudient Trump

Samedi soir, le candidat du Parti démocrate Joe Biden a prononcé un discours de victoire composé de platitudes et de clichés, dont le message central était qu'il était nécessaire de s'unir aux républicains dans la formation d'un nouveau gouvernement.

Biden a prononcé son discours suite à la déclaration jeudi matin des principaux réseaux d'information qu’il avait battu Donald Trump pour la 46e présidence des États-Unis.

L'élection a été, avant tout, une répudiation populaire massive de Donald Trump et de sa mauvaise gestion catastrophique de la pandémie, qui a jusqu'à présent coûté la vie à près d'un quart de million d'Américains. Samedi, de grandes manifestations ont éclaté dans les villes du pays, où des dizaines de milliers de personnes ont scandé des slogans anti-Trump, crié par les fenêtres de leur appartement et acclamé les employés des services postaux pour avoir livré les bulletins de vote par correspondance malgré le sabotage du gouvernement Trump. Des manifestations ont également eu lieu en Allemagne, au Royaume-Uni, en France et au Canada.

Le ‘président-élu’ Joe Biden prend la parole samedi le 7 novembre à Wilmington Delaware (AP Photo/Andrew Harnik)

Les grands médias et le Parti démocrate se démènent pour créer un faux récit sur la signification de l'élection, qui n'a rien à voir avec la réalité.

Le premier élément de ce récit post-électoral est que le peuple américain désire «l'unité» entre les démocrates et les collaborateurs républicains du fasciste Trump.

Dans son discours télévisé, Biden a clamé qu’il s'engageait « à être un président qui ne cherche pas à diviser mais à unifier.» Il a ajouté: «Je suis un fier démocrate, mais je gouvernerai en tant que président américain. Je travaillerai aussi dur pour ceux qui n'ont pas voté pour moi que pour ceux qui l'ont fait. Si nous pouvons décider de ne pas coopérer, nous pouvons aussi décider de coopérer. Et je pense que cela fait partie du mandat que nous a donné le peuple américain. »

Une table ronde de CNN samedi matin s'est concentrée sur le pouvoir supposé du chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell qui aurait un «droit de veto» sur les nominations au cabinet d'un gouvernement Biden. La presse bourgeoise regorge de commentaires sur la relation personnelle étroite entre Biden et McConnell. C'est presque comme si plus de 75 millions de personnes avaient voté pour Biden uniquement pour que Mitch McConnell (qui n'a remporté que 1,2 million de voix lors de sa réélection au Sénat) devienne président!

Le deuxième élément de ce récit est que c’est l'identification raciale qui a déterminé les préférences de vote. Les grands médias avancent un discours racialiste, accusant les «blancs» en général et les «travailleurs blancs» en particulier de ce que les élections ont été plus serrées que prévu. Les résultats sont interprété en termes raciaux, accompagné des inévitables déclarations de la nature «historique» du fait que Kamala Harris sera la première femme afro-américaine et indo-américaine à devenir vice-présidente.

Comme l' a analysé le World Socialist Web Site, ce sont les facteurs socio-économiques, et non la race, qui ont déterminé le résultat de l'élection. On estime que 6,4 millions de Blancs de plus - en grande partie des travailleurs - ont voté pour Biden en 2020 qu'en 2016, un chiffre qui représente presque toute la marge du vote populaire du gagnant. En revanche, Trump a remporté plus d'un million de voix de plus chez les Afro-Américains et 5,5 millions de voix de plus chez les femmes qu'en 2016, bien que la majorité dans les deux catégories ait soutenu Biden.

La troisième partie du récit est que l'association du Parti démocrate avec le socialisme a coûté à ses candidats des millions de voix.

L'ancien gouverneur républicain de l'Ohio, John Kasich, qui avait soutenu Biden, pris la parole à la Convention nationale démocrate et figure sur la liste des prétendants pour un poste au cabinet, a déclaré samedi sur CNN: «Le moment est venu pour les démocrates, et je crois que Joe Biden le fera, à commencer à écouter ce que l'autre moitié du pays a à dire. Il n'y a pas de socialisme chez Joe Biden », a-t-il ajouté. « L'extrême gauche peut le pousser aussi fort qu'elle veut, et franchement, les démocrates doivent faire comprendre à l'extrême gauche qu'ils ont failli lui faire perdre les élections.»

Kasich a cité favorablement les commentaires de la députée démocrate Abigail Spanberger, qui avait déclaré jeudi que les démocrates doivent « renoncer à jamais à l’utilisation du mot socialisme ou socialiste. »

Sur fond de tout le battage médiatique autour de l'élection «historique» de Biden, la classe dirigeante est confrontée à une crise sociale, économique, géopolitique et politique sans précédent.

Tout d'abord, il y a un long chemin vers l'inauguration. Trump a refusé de concéder l'élection et poursuit ses contestations du vote, pseudo-juridiques sans fondement. Son objectif est de créer un récit selon lequel s'il est évincé du pouvoir, c’est que l'élection a été volée. Quelle que soit le dénouement de la crise, elle sera la base d'un nouveau tournant de l'establishment politique vers la droite.

Le Parti démocrate et les grands médias présentent l'élection de Biden comme une «nouvelle ère » pour la démocratie américaine. « Le président a fait de son mieux pour saper les fondements démocratiques de la nation », a écrit le New York Times dans son éditorial publié samedi ; « Ils ont été ébranlés, mais ne se sont pas brisés […] Il appartient maintenant à M. Biden d'améliorer et de sauvegarder ces fondements, d'aider à restaurer la foi en notre démocratie et en nous-mêmes - de rendre l'Amérique plus grande que jamais ».

Nancy Pelosi a déclaré samedi: «Aujourd'hui marque l'aube d'un nouveau jour d'espoir pour l'Amérique.» Dana Milibank a écrit un éditorial dans le Washington Post intitulé « Notre long cauchemar national est terminé. » Depuis plus d'un siècle, les Américains entendent la même rengaine à chaque fois que le pouvoir passe d'un républicain à un démocrate bien que, comme Biden lui-même en a fait la promesse, jamais «rien» ne «change fondamentalement».

La crise de la démocratie américaine cependant, ne provient pas des attributs personnels de Donald Trump. Au contraire, Trump est lui-même l'expression d'une maladie bien plus profonde: le capitalisme.

Des millions de travailleurs et de jeunes cherchent un moyen de faire face aux crises qui dominent les États-Unis et le monde - une pandémie qui échappe à tout contrôle, le chômage de masse, les guerres sans fin, la montée de l'autoritarisme et du fascisme et la dégradation de l'environnement.

Cela ne peut trouver une issue dans le cadre du Parti démocrate, comme le prétendent des groupes comme les Socialistes démocratiques d’Amérique ou le magazine Jacobin. David Sirota de Jacobin aécrit vendredi que la victoire de Biden était « indéniablement une bonne nouvelle » et qu'elle signalait que les choses «pourraient changer pour le mieux, si nous sommes prêts à nous mettre au travail» et si on applique «la pression des progressistes».

L'affirmation qu’un gouvernement Biden créera un «espace» pour des réformes sociales est un mensonge. Un gouvernement Biden sera un gouvernement d'austérité et de militarisme, de collaboration avec le Parti républicain, qui créera les meilleures conditions pour que l'extrême droite continue de grandir.

La lutte à venir doit s’orienter vers le développement d'un véritable mouvement socialiste, indépendant et opposé au Parti démocrate et à un gouvernement Biden, basé sur l'unité des travailleurs de toutes ethnicités et nationalités contre les deux partis de l'aristocratie financière.

(Article paru en anglais le 8 novembre 2020)

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