Des millions d'enfants ont repris l’école en Angleterre lundi pour la première semaine complète après les vacances d'été, sur fond d’avertissements des scientifiques quant à la propagation rapide de COVID-19.
Le taux d'infection au Royaume-Uni est actuellement ,pour toutes les tranches d'âge, 26 fois plus élevé qu'à la même époque l'année dernière, et en hausse. Plus de 41 000 personnes ont été testées positives au virus lundi, portant le total de la semaine dernière à 263 885 cas, soit une augmentation de 12,2 pour cent par rapport à la semaine précédente. 6 573 personnes ont été hospitalisées la semaine dernière, une augmentation de 3,7 pour cent ; 789 sont mortes, plus de 110 par jour.
Le nombre de cas lundi a porté le total officiel au Royaume-Uni pendant la pandémie à plus de 7 millions ; le chiffre réel est probablement bien plus élevé. La ZOE Covid Symptom Study, en collaboration avec le King's College de Londres, a signalé environ 57 322 cas quotidiens la semaine dernière, soit une augmentation de 10 pour cent par rapport à la semaine précédente.
On estime que 30 pour cent de ces cas concernaient des personnes doublement vaccinées, provoquant ce commentaire du professeur d’épidémiologie génétique de Kings College, Tim Spector: « nous avons vu des indices que la protection fournie par les vaccins s'estompe ». Cela confirme les conclusions d'une étude majeure de l'Université d'Oxford le mois dernier qui a révélé une diminution des niveaux d'efficacité du vaccin au fil du temps pour les vaccins AstraZeneca et Pfizer.
Le taux d'infection chez les enfants - avec 30 fois plus de cas - est encore plus élevé par rapport à l'année dernière que pour la population générale. Au cours de la semaine précédant le 28 août, il y a eu plus de 300 cas de Covid pour 100 000 chez les 5 à 15 ans, contre 10 pour 100 000 au cours de la même semaine en 2020.
Ces chiffres vont monter en flèche au cours des prochaines semaines, car les enfants passent des heures entières par jour dans les écoles sans port de masque imposé, distanciation sociale ou recherche des contacts. Le « système de bulles » [de petits groupes fixes sans contact entre eux], bien que limité, a été supprimé et aucune disposition n'a été prise pour améliorer la ventilation. La grande majorité des enfants ne sont toujours pas vaccinés.
Le Dr David Strain, maître de conférences clinique à la faculté de médecine de l'Université d'Exeter, a déclaré à Sky News: «Les vacances d'été ont agi exactement comme un coupe-feu. Ce à quoi nous nous attendons maintenant, c'est que les taux augmentent et que le nombre R [taux de reproduction] passe à environ 1,7, doublant pratiquement le nombre de cas sur une base hebdomadaire. »
Le professeur John Edmunds, membre du groupe consultatif scientifique du gouvernement pour les urgences (SAGE), a averti qu'il y avait « un long chemin à faire si nous permettons à l'infection du virus de traverser la population, ce sont beaucoup d'enfants qui seront infectés, ce qui entraînera beaucoup de perturbations pour les écoles dans les mois à venir ».
Un rapport publié le 27 août par le Scientific Pandemic Influenza Group on Modeling du SAGE prédit: « Les écoles représenteront une proportion élevée d'individus sensibles restants et il est fort probable que des augmentations exponentielles seront observées dans les groupes d'âge scolarisés après l'ouverture des écoles. »
Les infections ont déjà augmenté (article en anglais) en Écosse, après la rentrée scolaire plusieurs semaines plus tôt et en Irlande du Nord. 7 065 nouveaux cas de coronavirus ont été signalés lundi en Écosse. Les taux de cas parmi les moins de 15 ans en Écosse ont triplé. Au cours de la semaine dernière, plus de 400 élèves du lycée Larne en Irlande du Nord et du lycée St Ninian à Kirkintilloch, en Écosse, ont été signalés absents en raison du Covid.
La propagation rapide de l'infection exposera des millions d'enfants au risque de Long Covid débilitant, de maladie grave et d'hospitalisation, avec les implications à long terme sur la santé encore inconnues. Les personnels scolaires, même s'ils sont vaccinés, peuvent toujours contracter la maladie avec des conséquences graves et seront exposés à des niveaux extrêmement élevés de virus. Ces risques sont particulièrement graves pour les personnes cliniquement vulnérables.
Des taux d'infection élevés dans les écoles contribueront également à une dangereuse aggravation de la pandémie dans l'ensemble de la population.
Le professeur Neil Ferguson, modélisateur pandémique de l'Imperial College de Londres, a averti qu'il s'attendait à ce que la rentrée scolaire anglaise entraîne une « recrudescence importante ». Il a ajouté que si on laissait le nombre de cas quotidien dépasser les 100 000, il y aurait « des charges importantes imposées au système de santé ».
Cela coïnciderait avec les pressions extrêmes exercées sur le Service national de Santé (NHS) chaque année pendant les mois les plus froids, qui cette année sont précédés d'une «crise estivale».
Le Dr Nick Scriven, ancien président de la Society for Acute Medicine, a expliqué la semaine dernière: « Je pense qu'il est juste de dire que nous sommes actuellement confrontés à une charge de travail estivale sans précédent qui ressemble davantage aux pires pressions hivernales dont la plupart d'entre nous se souviennent.
«Nous voyons un grand nombre de patients atteints d'une maladie non-Covid aux côtés de taux d'admission continus de ceux encore très malades du Covid.
« Les types de maladies que nous observons sont typiques des conditions hivernales comme dans beaucoup d'infections respiratoires, notamment en pédiatrie, mais aussi beaucoup de personnes où le manque d'accès aux soins primaires et secondaires au cours des 18 derniers mois pourrait maintenant être un facteur dans le besoin de les hospitaliser.
La présidente actuelle, le Dr Susan Crossland, a ajouté: «C'est une période profondément préoccupante car nous sommes ici en territoire inconnu avec une crise estivale composée de tant de problèmes différents sans fin en vue et la perspective intimidante d'un hiver extrêmement chargé et difficile.
« Nous savons que de nombreux hôpitaux ont des taux d'occupation des lits bien au-dessus de la limite de sécurité de 85 %, avec certains à plus de 95 %, à ce stade de l'année et nous savons que le pire est à venir ».
Le service d'ambulance a reçu un nombre record d'appels en juillet - près d'un million - et d'appels pour des maladies potentiellement mortelles - 82 000. En août, les ambulanciers des régions du nord-est, de l'est, du centre-sud et du sud-ouest de l'Angleterre ont dû faire appel au soutien de l'armée.
Au cours des deux derniers mois, plusieurs hôpitaux ont été contraints de déclarer des «alertes noires» en raison du nombre de patients et d'un manque de personnel et de ressources, ce qui signifie qu'ils «ont du mal ou sont incapables de fournir des soins complets» et que la sécurité des patients est menacée.
Le chef de la Confédération du NHS, Matthew Taylor, a décrit l'été comme une « crise de milieu d'hiver », affirmant, « nous sommes en surchauffe et vous ne pouvez pas le faire indéfiniment. »
Le retour à l'école, criminellement dangereux, a été soutenu par une importante campagne de propagande gouvernementale. Le ministre de l'Éducation, Gavin Williamson, s'est engagé à « remuer ciel et terre pour s'assurer que nous ne soyons pas obligés de fermer des écoles », insistant pour dire « nous voulons revoir les enfants en classe; nous ne voulons pas revoir le même niveau de perturbation [c'est-à-dire les enfants exposés au virus s'auto-isolant]. »
Le 26 août, la BBC a rapporté: « Une campagne à la radio, sur les médias sociaux et numériques pour rassurer les parents et les élèves qu'il est sûr de retourner à l'école en Angleterre a été lancée par le gouvernement. » La BBC a prêté ses propres services (article en anglais) à cette offensive.
Williamson et le gouvernement conservateur peuvent compter sur le soutien du Parti travailliste et des syndicats, qui soutiennent tous deux la réouverture, même s'ils admettent que les écoles deviendront un « foyer de Covid », selon les dires du ministre fantôme travailliste des écoles, Peter Kyle.
Lorsque les syndicats critiquent les actions du gouvernement, ils le font souvent du point de vue des conservateurs, voulant minimiser les « perturbations », et non de protéger les travailleurs et les enfants. Geoff Barton, secrétaire général de l'Association pour les dirigeants d’écoles et de collèges, a déclaré fin août que la gestion du retour à l'école par le gouvernement était « une recette pour le chaos, et le gouvernement ne peut pas permettre à nouveau une situation dans laquelle l'assiduité se dégrade et les enfants subissent encore plus de perturbations ».
Tout au plus, les syndicats appellent-ils à des mesures d'atténuation inadéquates telles que le retour au port des masques ; mais même celles-ci ne sont que de faibles appels au gouvernement pour qu'il agisse.
Le secrétaire général adjoint du syndicat National Education Union, Kevin Courtney, a poliment recommandé: «Le gouvernement devrait aider les directeurs des écoles secondaires et des collèges à évaluer le fait de continuer à exiger du personnel et des étudiants qu'ils portent des masques dans les locaux, y compris potentiellement dans les salles de classe, et dans les transports scolaires, en particulier dans les zones à taux élevés ». Il a demandé à Williamson d'aider les écoles « à envisager le port de masques dès le premier jour du trimestre, parallèlement à la distanciation sociale dans la mesure du possible, et une considération particulière pour le personnel vulnérable ».
La seule organisation politique représentant les travailleurs scolaires, les parents et les élèves dans la lutte pour l'élimination du virus, grâce à une combinaison de fermetures d'écoles et de lieux de travail, de tests et traçage rigoureux, et d'un train de mesures sanitaires, ainsi que la vaccination, est le Comité de sécurité des enseignants de la base. Nous invitons tous les acteurs de l'éducation qui sont d'accord avec ce programme à contacter le Comité dès aujourd'hui.
(Article paru en anglais le 7 septembre 2021)
