Avec la campagne électorale fédérale en cours, le Bloc québécois a montré, une fois de plus, qu’il est un parti de droite qui représente les intérêts d’une section de la bourgeoisie québécoise. La déclaration de son chef Yves-François Blanchet, selon laquelle le Bloc est «en convergence» avec le programme chauvin de la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault souligne le caractère anti-ouvrier du Bloc.
Le Bloc défend la CAQ dans sa promotion d’un nationalisme québécois ouvertement chauvin et pro-patronal. Depuis son entrée en fonction il y a trois ans, le gouvernement Legault a fait adopter entre autres les lois 9 et 21 qui, au nom de la défense des «valeurs québécoises», visent les minorités religieuses, en particulier les musulmans.
Le Bloc a mis au centre de sa campagne son exigence que les autres partis fédéraux s’engagent à ne pas contester la loi 21 devant les tribunaux. Cette loi discriminatoire interdit aux employés du secteur public dits en position d’ «autorité», y compris les dizaines de milliers d’enseignants, de porter des signes religieux. Elle empêche toute personne de donner ou recevoir des services publics à «visage couvert», dans une mesure dirigée explicitement contre les femmes de confession musulmane. Montrant toute l’hypocrisie de la «laïcité de l’État», la loi 21, au nom de la défense du «patrimoine religieux» du Québec, comporte des exceptions pour les signes religieux et la toponymie catholiques.
Blanchet défend également la réponse désastreuse du gouvernement québécois à la pandémie, qui a fait passer les profits avant les vies humaines. Le gouvernement Legault, avec la bénédiction du gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau, s’est empressé de tout rouvrir au printemps 2020, alors que la province était encore secouée par un des pires taux de décès liés à la COVID-19 sur la planète.
L’une des demandes clés de la CAQ aux chefs fédéraux est plus de pouvoirs pour le Québec en matière d’immigration, y compris le plein contrôle en matière de regroupement familial. C’est une demande de longue date des séparatistes québécois, tels le Bloc et son parti frère au niveau provincial, le Parti québécois. Ce dernier a imposé de féroces mesures d’austérité lorsqu’il était au pouvoir et s’est tourné vers un chauvinisme québécois débridé pour détourner l’opposition populaire croissante sur des voies réactionnaires.
Faisant écho à un autre objectif chauvin et anti-immigrant de la CAQ, le Bloc a inscrit dans sa plateforme électorale son intention de déposer un projet de loi pour «faire de la connaissance suffisante du français, une condition pour obtenir la citoyenneté à partir du Québec».
Tant l’aile fédéraliste qu’indépendantiste de la classe dirigeante québécoise ont participé activement à l’attisement du chauvinisme québécois depuis plus d’une décennie. Cette confrérie comprend le Bloc, la CAQ, le Parti libéral québécois, le Parti québécois, les grands médias (comme le très-à-droite Journal de Montréal) et le parti soi-disant de gauche Québec solidaire.
La promotion du chauvinisme national fait partie d’un phénomène mondial où la classe dirigeante encourage les éléments les plus à droite, y compris de type fasciste, pour réprimer une classe ouvrière de plus en plus militante. C’est le cas de l’AfD pro-nazie en Allemagne, du Rassemblement national de Marine Le Pen en France, et des milices d’extrême-droite mobilisées par l’ex-président américain Donald Trump lors de sa tentative de coup d’État du 6 janvier.
L’attisement du chauvinisme a déjà eu des conséquences mortelles avec la tuerie de la mosquée de Québec en janvier 2017, qui a fait 6 morts et de nombreux blessés, ainsi que l’attentat de London, Ontario, en juin dernier, où quatre membres d'une même famille musulmane ont été brutalement tués par une voiture-bélier.
Cela dit, les critiques de la loi 21 provenant des médias et de la classe dirigeante hors Québec puent l’hypocrisie et servent leurs propres intérêts. Le parti libéral de Trudeau, le parti conservateur d’O’Toole, les sociaux-démocrates du NPD de Jagmeet Singh, les politiciens populistes de droite comme Ford en Ontario ou Kenney en Alberta ainsi que les médias de la grande entreprise comme le Globe and Mail ou le Toronto Star portent tous, eux aussi, une énorme responsabilité dans la montée du chauvinisme et de l’islamophobie.
Dans les deux dernières décennies, tous les partis à la Chambre des communes ont appuyé, sous le couvert de la «guerre contre le terrorisme» et des «droits de l’homme», la participation d’Ottawa à des guerres de conquête aux côtés de Washington. Ces guerres ciblaient des pays riches en ressources énergétiques et minérales du Moyen-Orient et d’Asie centrale, tels que l’Afghanistan, la Libye, l’Irak et la Syrie. Elles ont causé la dévastation sociale et forcé des millions de personnes à fuir leurs pays d’origine.
Le Bloc et tous les nationalistes québécois soutiennent pleinement les crimes impérialistes d’Ottawa. Le Bloc a qualifié de «noble» la participation des Forces armées canadiennes à la guerre de conquête en Afghanistan. Il soutient la hausse substantielle des dépenses militaires canadiennes annoncée par le gouvernement libéral fédéral, qui fera passer le budget des forces armées à près de 33 milliards de dollars par année d’ici 2026, exigeant seulement que la Québec obtienne sa «juste part» des juteux contrats militaires.
Le Bloc s’est joint à maintes reprises aux conservateurs pour dénoncer la ligne jugée trop molle de Trudeau envers la Chine, même si ce dernier a pleinement intégré le Canada à la campagne agressive de Washington contre son «rival stratégique» chinois. Dans cet esprit, le Bloc a récemment parrainé une motion anti-Chine à la Chambre des Communes. Tout cela vise à mobiliser la population canadienne derrière une politique de confrontation dont la logique est un affrontement militaire catastrophique entre les deux premières puissances économiques mondiales, toutes deux dotées d’armes nucléaires.
Le Bloc cherche à camoufler son programme anti-ouvrier par quelques vagues promesses de réformes sociales (augmentation de la pension de vieillesse, «impôt supplémentaire spécial» sur les mieux nantis) qu’il n’a aucune chance, ni intention, d’appliquer. Elles ne résoudraient d’ailleurs en rien l’immense crise sociale causée par le capitalisme en faillite.
Le caractère bidon de ces promesses est mis en évidence par tout ce qui est absent de la plateforme du Bloc. On n’y retrouve aucune critique des lois anti-démocratiques du gouvernement Trudeau, notamment la loi C-59 qui donne des pouvoirs draconiens aux services de renseignement. Aucune mention n’est faite, non plus, des lois spéciales adoptées par Trudeau pour briser des luttes de travailleurs. Ce n’est pas surprenant étant donné que l’allié provincial traditionnel du Bloc, le PQ, a adopté de nombreuses lois anti-grève lorsqu’il était au pouvoir, et que son plus récent allié maintenant au gouvernement, la CAQ, a menacé de lois spéciales similaires les travailleurs du secteur public et de la construction au Québec.
Le caractère de droite et anti-ouvrier du Bloc québécois n’a pas empêché la bureaucratie syndicale québécoise de l’appuyer régulièrement dans le passé. Même si elle ne l’a pas fait ouvertement cette fois-ci, le Bloc compte six candidats issus de la haute direction syndicale, dont Louise Chabot, l’ancienne présidente de la CSQ. Ayant depuis longtemps abandonné les travailleurs et servant d’appareil clé pour imposer les demandes patronales depuis des décennies, la bureaucratie syndicale a également défendu le droitiste Legault depuis son élection, y compris sa réponse désastreuse à la pandémie.
Pour ce qui est de la posture pro-environnementale du Bloc, elle est centrée sur la dénonciation hypocrite de l’exploitation pétrolière dans l’Ouest canadien, dont la grande entreprise québécoise a peu de profits à tirer. Celle-ci cherche plutôt à se positionner pour profiter de nouveaux marchés lucratifs liés au «capitalisme vert» avec une production hydro-électrique accrue et un projet de «grappe industrielle» pour la fabrication de batteries pour véhicules électriques.
Le but avoué du Bloc dans cette élection, comme dans les précédentes, est de détenir la «balance du pouvoir» dans un gouvernement minoritaire, sous le prétexte de pouvoir ainsi mieux défendre les «intérêts du Québec», c’est-à-dire de l’élite dirigeante québécoise.
Selon l’arithmétique électorale qui se dégage au lendemain du scrutin, le Bloc pourrait fort bien appuyer un gouvernement conservateur, comme les nationalistes québécois l’ont fait plusieurs fois dans le passé et comme Legault l’a lui-même préconisé la semaine dernière. Sous le couvert de barrer la voie aux libéraux jugés «trop centralisateurs», l’aile ultra-nationaliste québécoise n’affiche donc aucune gêne à s’allier aux conservateurs qui sont les représentants traditionnels du chauvinisme anglais au Canada.
Le discours toxique du Bloc autour de l’ «identité québécoise» vise à obscurcir les divisions fondamentales de classe qui traversent la société et à subordonner les travailleurs québécois au programme droitier de la classe dirigeante: baisses d’impôts pour les plus riches, attaque contre les conditions de travail, démantèlement des programmes sociaux, militarisme et défense des profits faramineux.
Ce discours nationaliste est basé sur la conception réactionnaire que les travailleurs francophones auraient plus d’intérêts en commun avec les multimillionnaires et milliardaires francophones – comme l’ex-PDG et actuel premier ministre québécois François Legault ou le magnat de la presse et ancien chef péquiste Pierre Karl Péladeau – qu’avec les travailleurs anglophones ou immigrants d’Amérique du Nord, qui font tous face à la même crise du système capitaliste mondial et sont tous étroitement liés par le processus de production mondialisé.
Les travailleurs québécois qui entrent en lutte contre le programme d’austérité de l’élite dirigeante québécoise et canadienne doivent rejeter toute forme de chauvinisme et de nationalisme et se tourner vers leurs puissants alliés, la classe ouvrière internationale, dans le cadre d’une lutte commune contre le système de profit capitaliste. Cela implique un rejet ferme du Bloc québécois en tant que parti de droite de la classe dirigeante.
