Un document déclassifié du FBI confirme les liens entre l’Arabie saoudite et les terroristes du 11 septembre 2001

En vertu d’un décret du président Joe Biden, le FBI a déclassifié samedi, jour du vingtième anniversaire des attentats terroristes du 11 septembre, un rapport du FBI montrant qu’il existait des liens entre d’anciens représentants du gouvernement d’Arabie saoudite et les pirates de l’air.

Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammad Ben Salman Al Saud (Photo: fr.kremlin.ru)

Bien que le rapport de 16 pages, daté du 4 avril 2016, soit expurgé, il contient des détails importants sur une enquête du FBI concernant le soutien apporté par un fonctionnaire consulaire saoudien et un agent de renseignement saoudien présumé à Los Angeles à au moins deux des hommes qui ont détourné des avions de ligne commerciaux le 11 septembre 2001.

Intitulé «Mise à jour, examen et analyse de l’enquête ENCORE: Interview [caviardé] (NOV 2015)», le rapport du FBI passe en revue les connexions et les témoignages concernant l’activité de l’agent de renseignement présumé Omar al-Bayoumi et affirme qu’il était profondément impliqué dans la fourniture «d’une assistance au voyage, d’un hébergement et d’un financement» pour aider les deux pirates de l’air, Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdhar.

Le rapport indique que ce qui avait été présenté dans le rapport officiel de la Commission du 11 septembre 2004 comme une «rencontre fortuite» entre al-Bayoumi et les deux futurs pirates de l’air était en fait un rendez-vous planifié et bien orchestré dans un restaurant. Soi-disant inscrit à l’université d’État de San Diego dans le cadre d’un programme de travail-étude payé par un contractant de l’Autorité générale saoudienne de l’aviation civile, al-Bayoumi a été décrit par le rapport de la Commission du 11 septembre comme «un candidat improbable pour une implication clandestine avec des extrémistes islamiques».

Le document de l’opération Encore, nom de code de l’enquête du FBI, indique également que le diplomate saoudien et responsable des affaires islamiques Fahad al-Thumairy avait «chargé» un associé d’aider al-Hazmi et al-Mihdhar à leur arrivée à Los Angeles et lui avait dit que ces hommes étaient «deux personnes très importantes.»

Al-Hazmi et Al-Mihdhar étaient deux des cinq terroristes qui ont détourné le vol 77 d’American Airlines de l’aéroport international de Washington Dulles vers l’aéroport international de Los Angeles et ont envoyé le Boeing 757 dans le Pentagone, tuant les 64 personnes à bord et 125 autres dans le bâtiment.

Le communiqué du FBI est le premier de ce qui devrait être plusieurs documents en réponse au décret du 3 septembre signé par le président Biden sur la «Déclassification de certains documents concernant les attaques terroristes du 11 septembre 2001». Le décret de Biden stipule que «les informations recueillies et générées dans le cadre de l’enquête du gouvernement des États-Unis sur les attaques terroristes du 11 septembre 2001 doivent désormais être divulguées, sauf si les raisons les plus fortes possible conseillent le contraire.»

Il s’agit de la première reconnaissance officielle par les États-Unis de l’existence d’une relation entre des individus liés au gouvernement d’Arabie saoudite et les attaques perpétrées il y a vingt ans, attaques qui sont devenues la base de crimes de guerre internationaux contre l’Afghanistan et l’Irak, d’enlèvement vers des sites secrets, de torture et de détention indéfinie à Guantanamo Bay, ainsi que d’une atteinte à de nombreux droits fondamentaux contenus dans la Constitution américaine. Il est significatif qu’un document du FBI basé sur une interview réalisée il y a près de six ans confirme aujourd’hui ce qui était largement connu depuis 2001.

Les membres des familles des personnes tuées le 11 septembre ont répondu au document du FBI par des déclarations sans détour. Brett Eagleson, dont le père est mort au World Trade Center, a déclaré: «Aujourd’hui marque le moment où les Saoudiens ne peuvent plus compter sur le gouvernement américain pour cacher la vérité sur le 11 septembre.» Terry Strada, du groupe 9/11 Families United, a déclaré: «Les secrets des Saoudiens sont maintenant révélés, et il est plus que temps que le Royaume reconnaisse le rôle de ses fonctionnaires dans le meurtre de milliers de personnes sur le sol américain.»

Jim Kreindler, qui représente les familles qui poursuivent l’Arabie saoudite, a déclaré que le rapport valide leur cause. «Ce document, ainsi que les preuves publiques rassemblées à ce jour, fournit un plan détaillé de la manière dont Al-Qaïda a opéré à l’intérieur des États-Unis avec le soutien actif et conscient du gouvernement saoudien.»

Une déclaration de l’ambassade saoudienne dit: «Aucune preuve n’est jamais apparue pour indiquer que le gouvernement saoudien ou ses responsables avaient une connaissance préalable de l’attaque terroriste ou étaient impliqués de quelque manière que ce soit dans sa planification ou son exécution. Toute allégation selon laquelle l’Arabie saoudite serait complice des attentats du 11 septembre est catégoriquement fausse.»

Les administrations de George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump ont toutes bloqué l’accès du public à tout document du FBI concernant l’implication de l’Arabie saoudite dans Al-Qaïda, au motif que cela risquait de «nuire considérablement à la sécurité nationale» des États-Unis. Cependant, l’existence de l’opération Encore, qui remonte à 2007, a été révélée dans un rapport d’enquête basé en grande partie sur des sources anonymes publié par ProPublica en janvier 2020. ProPublica a déclaré à l’époque que l’enquête Encore «a mis en évidence un clivage amer au sein du bureau au sujet de la connexion saoudienne.»

Les révélations contenues dans le document déclassifié soulèvent de nombreuses autres questions concernant le rôle de l’Arabie saoudite et celui des agences de renseignement américaines dans les événements du 11 septembre. Comme l’a expliqué le World Socialist Web Site samedi, non seulement les Saoudiens al-Thumairy et al-Bayoumi ont facilité la venue des deux pirates de l’air du 11 septembre en Californie, mais al-Hazmi et al-Mihdhar ont tous deux vécu dans «la maison du principal informateur du FBI dans la communauté musulmane de San Diego».

«La connexion saoudienne est si sensible non seulement parce qu’elle implique le principal allié de l’impérialisme américain dans le monde arabe, mais aussi parce que les liens intimes entre les agences de renseignement saoudiennes et américaines soulèvent des questions troublantes sur la façon dont il a été possible que personne à la CIA, au FBI ou dans d’autres agences ne soit au courant des plans des pirates de l’air, même si plusieurs d’entre eux avaient été surveillés par la CIA et figuraient sur les listes de surveillance du FBI alors qu’ils entraient et se déplaçaient librement aux États-Unis.»

(Article paru en anglais le 14 septembre 2021)

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