Masques défectueux dans les écoles: une politique délibérée du gouvernement du Québec pour laisser Omicron se répandre?

Dans un tweet publié le 25 janvier dernier, Laurent Lafrance, un éducateur de Montréal, a révélé que le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) a fourni des masques de procédure jetables de type MC9501 à l’école où il travaille. Les masques MC9501 ont été jugés inadéquats en décembre 2020 et retirés des centres de la petite enfance où ils avaient été distribués. La date de péremption des masques inscrite sur la boite par le fabricant était également échue.

Plus de 40.000 personnes ont vu le tweet et plusieurs ont exprimé leur colère. D’autres éducateurs ont commenté que le même type de masque a également été envoyé à leur école.

La grogne des travailleurs a obligé le ministre de l’Éducation, le détesté Jean-François Roberge, à réagir. Répondant à une députée du Parti québécois qui avait relayé le tweet de l’éducateur, Roberge a écrit sur twitter qu’un seul lot de masques MC9501 était non conforme et que le reste pouvait être distribué de façon sécuritaire. Il a aussi régurgité une assurance du fabricant que la date de péremption inscrite sur la boite de masques n’a aucune importance puisqu’ils sont bons pendant deux ans après leur fabrication. Cela pose évidemment la question de savoir pourquoi mettre cette date inutile en premier lieu.

Une boite de masques inefficaces fournie à la classe de Laurent

Le quotidien Le Soleil de Québec a repris ces explications de façon non critique dans un article du 27 janvier. Basé entièrement sur un échange de courriels avec un porte-parole du MEQ, l’article ressemble plus à une commande politique du gouvernement pour limiter les dégâts qu’à du journalisme sérieux.

Pourtant, des documents internes rendus publics en juillet 2021 par un citoyen à la suite d’une demande d’accès à l’information démontrent que les déclarations de Roberge sont, au mieux, des demi-vérités. Selon ces documents, après le retrait des masques MC9501, ATES médical qui les distribue au Québec a écrit au gouvernement pour se plaindre des effets néfastes de la décision. L’entreprise alléguait également que les tests effectués par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) n’étaient pas valides.

Le distributeur aurait ensuite envoyé un autre échantillon à l’IRSST pour que les masques soient testés de nouveau. Les résultats de ce deuxième test, qui n’ont pas été inclus dans la réponse à la demande d’accès à l’information, démontraient, selon un courriel d’ATES au gouvernement, «que ce n’était pas toute la majorité [sic] des masques du premier 32 millions qui étaient défectueux, mais qu’une toute petite quantité».

ATES affirmait aussi que selon plusieurs fabricants, il est tout à fait normal que jusqu’à 1% des masques de procédure soient non conformes en raison «d’erreurs de production». Ces masques défectueux ont un taux de filtration des particules d’à peine 20%! Si elles sont exactes, ces informations, qui n’ont jamais été dévoilées au public par le gouvernement, signifient que des centaines de milliers de masques sont distribués dans les écoles et autres lieux de travail alors qu’ils ont un taux d’efficacité minime. Pour la seule commande de 32 millions de masques de décembre 2020, ATES fait elle-même remarquer que le 1% de non-conformité représenterait jusqu’à 320.000 masques!

Par ailleurs, ATES écrit que les masques qui ont passé avec «succès» les tests filtrent au mieux 78,2% des particules. Soulignons aussi que le fabricant reconnait que ses masques ne sont pas efficaces contre les aérosols.

En novembre dernier, après avoir caché la vérité à la population pendant près de deux ans, le gouvernement libéral du Canada a finalement admisce que les experts scientifiques affirment depuis longtemps: les aérosols jouent un rôle majeur dans la transmission de la COVID-19. C’est ce qui rend vitalement nécessaires l’utilisation de masques efficaces et une ventilation appropriée des salles de classe.

Deux ans après le début de la pandémie, il n’existe aucune raison valable pour que le personnel scolaire et les étudiants ne soient pas munis de masques N95 ou de qualité supérieure. Il est inacceptable que le gouvernement force la population scolaire à utiliser des masques inefficaces, périmés et dont jusqu’à 1% sont défectueux.

Les réactions du gouvernement du Québec à la révélation de Lafrance démontrent que la fourniture d’équipements de protection inadéquats au personnel scolaire et aux étudiants fait partie d’une politique délibérée pour laisser Omicron, le variant hautement infectieux de la COVID-19, se répandre librement dans les écoles et parmi la population québécoise en général.

Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) dirigé par François Legault poursuit depuis le début de la pandémie une politique anti-scientifique et meurtrière d’«immunité collective», ce que le premier ministre avait même ouvertement admis en avril 2020.

Devant le tollé que ses propos ont soulevé, Legault avait dû faire marche arrière sur la qualification de sa stratégie pandémique, sans jamais en changer la substance qui demeure fondamentalement celle de laisser le virus se répandre sans rien faire pour l’arrêter sauf d’imposer des mesures temporaires limitées lorsque les hôpitaux sont au bord de l’effondrement. La politique de la CAQ a mené à ce jour à plus de 13.200 décès, à une hécatombe dans les centres pour personnes âgées lors de la première vague et à un taux de mortalité plus élevé que celui des États-Unis pendant la présente 5e vague.

Appuyé par la propagande anti-scientifique des grands médias qui claironnent sans cesse que le variant Omicron est «bénin» et qu’il faut se résigner à ce que la COVID-19 devienne «endémique» puisqu’il est impossible d’arrêter la contagion, le gouvernement Legault admet de nouveau publiquement qu’il mène une politique d’immunité collective. Lors d’une récente conférence de presse pour annoncer une nouvelle ronde d’élimination des mesures sanitaires au motif que le Québec «est au bout du tunnel», Legault a proclamé qu’il faut apprendre à vivre avec le virus, ce qui signifie «accepter plus de décès et plus d’hospitalisations».

La réouverture des écoles et la contamination de masse des élèves et du personnel scolaire sont un élément essentiel de cette politique meurtrière qui place les profits de la grande entreprise et des banques avant les vies humaines.

Afin que la classe capitaliste puisse reprendre son exploitation impitoyable de la classe ouvrière, il est nécessaire que les parents soient libérés de l’obligation de surveiller leurs enfants à la maison; il faut donc entasser ceux-ci dans des écoles bondées et infestées de COVID-19. Le fait de garder les écoles ouvertes en pleine pandémie n’a rien à voir avec l’éducation des jeunes ou avec leur santé mentale, comme le prétend la classe dirigeante, et tout à voir avec la nécessité de les enfermer quelque part pendant que les parents travaillent.

Afin de camoufler les dangers auxquels il expose les enfants et les adolescents, le gouvernement emploie divers subterfuges pour ne pas révéler que le virus circule allégrement dans toutes les écoles du Québec.

Selon le compte-rendu d’un journal local publié le 26 janvier, Michael Murray, le président de la Commission scolaire anglophone Eastern Townships (Cantons de l’Est), a déclaré la veille lors d’une réunion des commissaires que le gouvernement Legault avait abandonné tout effort pour empêcher la transmission de la COVID-19 dans les écoles du Québec: les parents ne sont plus informés des cas et il n’y a pas de recherche des contacts ou d’isolation préventive de ceux-ci.

Murray a également démontré le caractère frauduleux des proclamations triomphalistes de Roberge qu’aucune école ou aucune classe n’a dû être fermée pour cause de COVID-19 depuis la réouverture le 17 janvier. Il a expliqué que le ministère de l’Éducation interdit tout simplement aux écoles de fermer des classes et aux centres de service scolaire de fermer des écoles ou même de rapporter les éclosions.

Et alors que les masques de procédure fournis aux écoles s’avèrent totalement inefficaces pour stopper la COVID-19, Murray a dénoncé un «refus systématique» du ministère de fournir des masques N95 dans les écoles.

La réalité qui se cache derrière les mensonges de Roberge est que la situation dans les écoles du Québec est catastrophique. Les affirmations du ministre que seulement 1% des enseignants et 2% des étudiants sont absents en raison de la COVID sont pure fabulation. Des membres du personnel scolaire qui ont parlé au World Socialist Web Site ont rapporté que dans certains cas plus de 10% des élèves de leur établissement étaient absent après la première semaine. Selon le quotidien anglophone The Gazette, après les deux premières semaines de la rentrée, plus de 50.000 étudiants et plus de 2.000 professeurs étaient absents en raison de la COVID-19.

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