Alors que le gouvernement de droite de la Coalition Avenir Québec (CAQ) élimine les dernières mesures visant à mitiger la pandémie de COVID-19, les statistiques sur la mortalité montrent les conséquences catastrophiques qu’a eues la politique des «profits avant les vies» durant la vague Omicron.
Selon les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec, la surmortalité a atteint 24% durant la troisième semaine de janvier 2022. C’est le niveau le plus élevé depuis la première vague de la pandémie en 2020 qui avait vu un pic de surmortalité de 57%, alors que le Québec avait l’un des taux de mortalité par habitant les plus élevés au monde, notamment en raison d’une véritable hécatombe dans les résidences pour personnes âgées. Au total, le Québec a enregistré 7.900 décès en janvier 2022, une surmortalité de 13% par rapport aux mois de janvier des années précédant la pandémie.
Selon Statistiques Canada, la surmortalité représente «la mortalité supérieure à ce qui serait attendu selon le taux de mortalité sans crise au sein de la population visée» et est «un meilleur indicateur pour surveiller l'ampleur de la pandémie et effectuer des comparaisons».
La vague Omicron s’avère la plus mortelle en nombre absolu depuis la deuxième vague (octobre 2020 – janvier 2021) alors que les vaccins n’étaient pas encore disponibles. Depuis le début du mois de décembre 2021, la vague Omicron a fait environ 2.400 morts, soit 17% des plus de 14.000 décès enregistrés au Québec depuis le début de la pandémie. C’est la vague la plus meurtrière pour les moins de 60 ans depuis la première vague, ayant causé 116 décès dans ce groupe.
Au niveau canadien, la professeur Tara Moriarty de l’Université de Toronto a expliqué sur Twitter que les décès chez les 19 ans et moins durant la vague Omicron représentaient plus de 42% de tous les décès pandémiques survenus au Canada dans ce groupe d’âge. Omicron est aussi responsable de près de 45% des hospitalisations aux soins intensifs et de 57% des hospitalisations dudit groupe d’âge.
Ces chiffres démontrent la fausseté des informations propagées par les gouvernements au Canada, tant le gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau que ceux des provinces, et répétées par les grands médias, voulant que le variant Omicron soit «bénin», les écoles sécuritaires et les jeunes peu affectés par le virus. Cette propagande a un seul objectif: éliminer toute mesure de santé publique susceptible de freiner l’accumulation de profits par la grande entreprise, les banques et les riches.
Au Québec, le gouvernement de la CAQ, dirigé par le multimillionnaire et ex-PDG François Legault, est engagé dans une véritable course pour éliminer le plus rapidement possible toutes les mesures, déjà limitées et insuffisantes, pour freiner la propagation de la COVID-19.
En l’espace de quelques semaines en février, le gouvernement a permis aux restaurants d’opérer au maximum de leur capacité, retiré le passeport vaccinal, réouvert tous les commerces, autorisé la reprise des activités sportives intérieures et retiré l’obligation de porter le masque dans les salles de classe au primaire et au secondaire. Pendant cette période, pratiquement pas une journée n’est passée sans que le gouvernement ne procède à une nouvelle annonce qu’une mesure était levée ou qu’il devançait l’élimination d’une restriction.
Le 2 mars, le gouvernement Legault a annoncé que la toute dernière mesure, l’obligation de porter le masque dans les lieux publics, serait aussi éliminée «au plus tard à la mi-avril». Cette annonce a été accompagnée de la désormais habituelle déclaration que les Québécois doivent «apprendre à vivre avec le virus», c’est-à-dire, comme l’a avoué Legault, accepter plus de morts et d’hospitalisations.
Le directeur de la Santé publique, le Dr Luc Boileau a déclaré que le port du masque deviendrait «un choix personnel dans le cadre d’une progression vers une vie normale». Puisque les tests PCR de détection du virus ne sont plus disponibles pour l’ensemble de la population et que les données sur l’ampleur de la contamination sont de moins en moins fiables et de plus en plus difficiles à obtenir, ce «choix» devra être fait à l’aveugle par chaque individu.
Le cabinet du premier ministre Legault a confirmé qu’«à l’avenir, ce seront la vaccination et le masque qui vont être la police d’assurance pour éviter de nouveaux confinements». Faite au moment où il annonce la fin de l’obligation de porter le masque et la fermeture de certains centres de vaccination, cette déclaration confirme que la CAQ est décidée à déclarer la pandémie terminée. Et ce, alors même que des scientifiques sonnent l’alarme sur le danger d’une nouvelle vague plus meurtrière sous la poussée du sous-variant BA.2 d’Omicron que des études récentes ont trouvé à la fois plus contagieux et plus virulent que son parent (BA.1).
Pour la classe dirigeante et ses serviteurs politiques, la mort de 2.400 Québécois en moins de 90 jours n’a aucune importance comme l’a montré la récente annonce que le gouvernement n’organiserait pas cette année de cérémonie officielle pour la Journée de commémoration nationale des victimes de la COVID-19 le 11 mars prochain.
En janvier, le gouvernement s’était même réjoui que 2 millions de Québécois aient été infectés pendant la vague Omicron, prétendant faussement que cela conférerait une immunité au coronavirus. Ce chiffre a ensuite été révisé à la hausse à environ 3 millions, provoquant de nouvelles expressions de joie de la part du «médecin en chef» du Québec Dr Boileau, qui a déclaré que «tout va dans le bon sens».
Dans le monde à l’envers que ces mercenaires de la classe dirigeante habitent, la révélation choquante qu’environ 40% des enfants ont été «exposés» au virus durant la vague Omicron dans les écoles québécoises infestées de COVID a été l’occasion d’annoncer non pas un resserrement des mesures pour protéger les enfants, mais la levée de l’obligation de porter le masque dans les salles de classe.
En privilégiant les profits aux vies, non seulement la classe dirigeante ignore-t-elle les milliers de décès, mais elle camoufle les autres conséquences humaines de la pandémie.
Selon une récente étude publiée dans la revue médicale The Lancet Child & Adolescent Health, 5,2 millions d’enfants à travers le monde auraient perdu un parent ou leur principal pourvoyeur en raison de la pandémie. Ce chiffre a doublé dans les 6 derniers mois. Au Canada, ce sont 2.000 enfants qui auraient ainsi perdu un parent.
Legault, Boileau et le ministre de la Santé Christian Dubé, qui invoquent fréquemment la «santé mentale» des enfants pour promouvoir la réouverture des écoles et la fin du masque obligatoire n’ont évidemment rien à dire sur la tragédie que représente cette perte pour un enfant et l’immense traumatisme lorsque l’enfant a involontairement contaminé la personne décédée. Selon la Dre Joanne Liu, pédiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine à Montréal, le traumatisme des enfants qui ont infecté un proche est bien réel: «on ressent l’impact de la détresse psychologique vécue par des enfants qui ont malheureusement infecté un de leurs grands-parents».
Le gouvernement de la CAQ ignore aussi complètement l’impact dévastateur du syndrome post- COVID ou «COVID longue». Il est scientifiquement établi qu’un nombre important de gens qui ont contracté la COVID-19 souffrent de symptômes à long terme tels que: problèmes cardiaques, troubles de mémoire, impression de brouillard cérébral, maux de tête, douleurs musculaires, essoufflement et fatigue extrême. Selon les études, de 10% à 20% des personnes atteintes de la COVID-19, y compris des enfants, souffriraient de tels symptômes trois mois après leur infection. Pour certains, les symptômes persistent pendant une année ou plus.
Les experts estiment qu’au moins 9.000 Québécois en souffrent. Les trois cliniques spécialisées dans les soins aux personnes souffrant de la «COVID longue» ont des listes d’attente de centaines de noms. Pour l’ensemble du Canada, on estime à 170.000 le nombre de personnes souffrant de la «COVID longue».
En infectant sciemment des millions de personnes avec une maladie susceptible de laisser de telles séquelles, la classe dirigeante est en train de créer une génération de malades et d’invalides. Avec l’élimination par le gouvernement fédéral de l’aide pandémique aux travailleurs, les personnes qui souffrent de la «COVID longue» au point de ne plus pouvoir travailler risquent de se retrouver démunies.
Cette situation est empirée par le refus de reconnaître l’existence ou la sévérité de la «COVID longue». Pour les milliers de personnes qui ont contracté le virus dans leur milieu de travail, les démarches visant à faire reconnaître leur maladie professionnelle et à être indemnisées sont dans la plupart des cas un chemin de croix qui aboutit à un refus. Certains de ces organismes, comme Travail sécuritaire NB au Nouveau-Brunswick, ne reconnaissent tout simplement pas l’existence du syndrome post-COVID qu’ils qualifient simplement d’«anecdotique».
Au Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) affirme reconnaître la «COVID longue» à titre de lésion professionnelle, mais plusieurs travailleurs ont affirmé que leur réclamation avait été rejetée par la CNESST, soit parce que la preuve médicale de symptômes post-COVID a été jugée insuffisante ou parce qu’ils ont été incapables de démontrer à la satisfaction de l’organisme qu’ils avaient contracté la COVID au travail. Avec la non-disponibilité des tests PCR, il sera désormais presque impossible pour un travailleur de prouver qu’il a été infecté au travail et d’ainsi satisfaire la CNESST.
