Pas d’amendes pour Amazon après l’effondrement d’un entrepôt qui a tué 6 personnes lors d’une tornade

Un centre de distribution Amazon fortement endommagé après qu’un fort orage s’est abattu sur la région le vendredi 10 décembre 2021, à Edwardsville, en Illinois (AP Photo/Jeff Roberson)

Mardi, l’Administration de la santé et sécurité au travail (OSHA) a annoncé qu’Amazon ne serait pas tenu responsable de la mort de six employés dans l’effondrement d’un entrepôt de l’Illinois qui a été frappé le 10 décembre par une tornade EF-3.

Selon l’OSHA, l’installation DLI4 d’Edwardsville, dans l’Illinois, «a respecté les directives de sécurité minimales pour la protection contre les tempêtes» lorsqu’elle a été rasée par les conditions météorologiques. L’entrepôt faisait partie de plusieurs lieux de travail qui ont été frappés par la tempête faisant près de 100 morts dans le bas Midwest des États-Unis au mois de décembre 2021. L’usine de bougies Mayfield Consumer Products près de Louisville, Kentucky, a été touchée la même nuit, tuant 8 personnes.

Bien que refusant d’imposer une amende à la société pour la catastrophe, une lettre publiée par l’OSHA a souligné plusieurs «facteurs de risque» qu’elle a notés lors de son enquête suite à la catastrophe.

La principale préoccupation était qu’un mégaphone qui est cité par le plan d’action d’urgence de l’établissement était «enfermé dans une cage et inaccessible». De plus, «certains employés ne se souvenaient pas de l’emplacement de l’abri désigné DL14 prévu par temps violents».

Selon la lettre, «les responsables d’Amazon ont commencé à ordonner aux employés d’aller aux toilettes en réponse aux alertes météorologiques locales et aux avertissements de tornade environ 10 minutes avant l’arrivée de la tornade». Les toilettes vers lesquelles les six victimes ont été dirigées se sont effondrées peu de temps après qu’elles s’y soient réfugiées. «Je vous recommande de prendre volontairement les mesures nécessaires pour éliminer ou réduire sensiblement l’exposition de vos employés aux facteurs de risque décrits ci-dessus», conclut la lettre.

Un reportage de CNBC de décembre cite les commentaires de Debbie Berkowitz, une ancienne responsable de l’OSHA travaillant actuellement avec le National Employment Law Project. «Ils [OSHA] essaieront de comprendre ce qui s’est passé, mais leur travail consiste principalement à voir s’il y a eu violation d’une norme», a-t-elle déclaré. L’enquête de l’OSHA était une «formalité» et susceptible d’être «étroitement axée sur des choses telles que l’accessibilité des sorties ou la mise en place de plans d’action d’urgence».

L’OSHA, selon des commentaires cités dans un article de Business Insider en septembre dernier, est «terriblement en sous-effectif» et a «toujours été très limité dans l’ampleur des sanctions que l’agence peut imposer aux employeurs qui sont pris en flagrant délit de la loi. En 2021, l’ agence (article en anglais) a émis moins de 300 violations de la santé tout au long de la pandémie pour des violations des pratiques de santé et de sécurité.

Dans la soirée du 10 décembre 2021, les employés de l’installation DLI4 ont été invités à s’abriter sur place dans l’installation d’Amazon, qui est répertoriée comme une «station de livraison» par l’entreprise et emploie 190 personnes. Dans des textos échangésentre des amis et des proches, certains travailleurs qui n’ont pas survécu à la tempête ont déclaré que la direction ne les laisserait pas partir ou annulerait leurs quarts de travail, malgré les nombreux avertissements de temps violent qui avaient été émis les jours précédents.

CNBC cite l’expérience de Craig Yost, un travailleur contractuel de livraison qui s’est également réfugié à l’intérieur des toilettes dangereuses. Selon le reportage, Yost et son collègue Larry Virden, 46 ans, «ont couru dans les toilettes des hommes les plus proches du garage où sont garées les camionnettes de livraison». On leur avait fait croire que la pièce avait été construite pour résister à la tempête. « Soudain, les lumières se sont mises à flancher. “Puis le coup est venu”», déclare-t-il, citant les commentaires d’un autre travailleur.

Yost a été enseveli sous les décombres et a subi de multiples fractures et une commotion cérébrale. Virden n’a pas eu autant de chance et a été l’une des six personnes qui ont perdu la vie cette nuit-là.

Selon CNBC, «Toutes les victimes étaient des livreurs indépendants pour Amazon, à l’exception de [Clayton] Cope, (article en anglais) qui était mécanicien de maintenance à l’entrepôt.» Confirmant cela, le New York Timesa écrit à l’époque que «…seulement sept personnes sur le site d’Amazon [ DLI4 ] étaient des employés à temps plein».

La station de livraison DLI4 est l’une des nombreuses installations de ce type gérées par Amazon dans tout le pays. Pour répondre à ses besoins pendant la période chargée des fêtes, Amazon sous-traite ses services de livraison à l’un de ses plus de 3000 sous-traitants. Même si bon nombre de ces travailleurs «portent souvent des uniformes Amazon et conduisent des camionnettes de marque Amazon», déclare CNBC, ils n’ont pas droit à de nombreux avantages et protections d’un associé Amazon.

Selon le Times, ce système «a compliqué l’effort de sauvetage à Edwardsville». Le journal a déclaré que les autorités avaient des «difficultés» à identifier qui était réellement présent dans l’établissement le soir du 10 décembre. Une enquête de Bloomberg l’année dernière note que «les conditions de travail sont si dures et impitoyables [...] que [les sous-traitants de livraison d’Amazon] sont connus pour abandonner leurs camionnettes chargées de colis le premier jour de travail et disparaître.

La décision de l’OSHA de laisser Amazon s’en tirer sans pénalité fait suite (article en anglais) à une amende de 60.000 $ infligée par l’État de Washington pour des violations «délibérées et graves» de la santé et de la sécurité. Selon le gouvernement de l’État, les processus de travail de l’entrepôt d’Amazon de Kent, le centre de distribution le plus proche du siège de la société à Seattle, «créent un risque sérieux de blessures au dos, aux épaules, aux poignets et aux genoux liées au travail».

Début avril, des membres du comité de surveillance de la Chambre des représentants des États-Unis ont annoncé une enquête sur Amazon en raison d’« informations récentes selon lesquelles Amazon pourrait mettre en danger la santé et la sécurité de ses travailleurs, notamment en les obligeant à travailler dans des conditions dangereuses pendant les tornades, ouragans et autres conditions météorologiques extrêmes».

Les membres du comité démocrate cosignataires de la lettre d’enquête, qui comprennent la présidente Carolyn Maloney de New York ainsi qu’Alexandria Ocasio-Cortez (New York) et Cori Bush (Missouri), ont appelé le PDG d’Amazon Andy Jassy à répondre avant le 14 avril. Sans répondre publiquement au comité, Jassy a faussement affirmé dans une lettre aux actionnaires publiée le 14 avril que «les taux de blessures [d’Amazon] sont parfois mal compris» et qu’ils suivaient «à peu près la moyenne par rapport à nos pairs».

En fait, des études régulières ont montré que les taux de blessures d’Amazon dépassent la moyenne nationale dans le secteur des entrepôts. Un rapport mondial d’incidents en entreprises en janvier a montré que même après avoir minimisé les incidents parmi ses unités de la grande distribution en ligne, Amazon avait toujours un taux de blessures plus élevé que ses concurrents (6,4 blessures pour 200.000 heures de travail contre une moyenne de 5,5 blessures). Ceci ne comprenait pas les chiffres pour ses nombreux sous-traitants.

(Article paru en anglais le 29 avril 2022)

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