Le groupe canadien de pseudo-gauche La Riposte socialiste soutient la campagne de syndicalisation venant d’en haut des Teamsters chez Amazon

Le groupe de pseudo-gauche La Riposte socialiste, l’affilié canadien de la mal nommée Tendance marxiste internationale, mène une campagne pour promouvoir une campagne venant d’en haut dirigée par les Teamsters pour s’établir comme agent négociateur de dizaines de milliers d’employés d’Amazon dans les installations canadiennes du conglomérat mondial.

Dans un article du 15 juin intitulé «La campagne de syndicalisation d’Amazon s’étend au Canada: victoire aux travailleurs!», La Riposte socialiste affirme que cette campagne constitue «un rappel urgent de la nécessité de syndiquer les non-syndiqués». Ignorant volontairement la répression de la lutte des classes par les syndicats depuis des décennies et leur intégration toujours plus profonde dans la gestion des entreprises et l’État, La Riposte socialiste affirme bêtement qu’une classe ouvrière régentée par les syndicats pro-capitalistes «est plus forte et mieux à même de résister aux attaques des patrons» et que l’organisation syndicale constitue «les premières étapes du développement de la conscience révolutionnaire».

Un slogan plus exact pour la campagne de La Riposte socialiste serait «victoire aux appareils syndicaux bureaucratiques». Il sert à renforcer le contrôle des syndicats sur l’une des sections de la classe ouvrière dont la croissance est la plus rapide et à soutenir ainsi l’alliance entre les syndicats, les libéraux et les néo-démocrates, qui est le principal mécanisme politique de la classe dirigeante canadienne pour faire respecter ses intérêts impérialistes au pays et à l’étranger.

Des partisans de Teamsters Canada à l’extérieur du centre de traitement des commandes d’Amazon (Teamsters)

Les Teamsters s’efforcent de syndiquer les travailleurs d’une série de centres de traitement des commandes en Ontario, notamment à Cambridge, Milton, London et Kitchener, ainsi qu’au centre de traitement des commandes de Niscu, près d’Edmonton, en Alberta. La bureaucratie des Teamsters a engagé de vastes ressources dans cette opération, qui a été lancée lors du congrès «international» du syndicat en juin 2021 et qui est soutenue par l’administration Biden et le gouvernement Trudeau.

Si les fonctionnaires grassement payés qui composent l’appareil des Teamsters veulent établir le syndicat comme agent de négociation pour les centaines de milliers d’employés d’Amazon impitoyablement exploités à travers l’Amérique du Nord, c’est pour s’assurer un nouveau flux d’argent des cotisations et contenir et étouffer toute opposition aux conditions de travail brutales au sein du système de «négociation collective» pro-employeur réglementé par l’État.

Pour y parvenir, les Teamsters et leurs partisans de la pseudo-gauche cherchent cyniquement à exploiter la colère justifiée des travailleurs face aux conditions de travail horribles qui prévalent dans les installations d’Amazon. Les travailleurs sont contraints de travailler à un rythme dangereux et éreintant, sont pénalisés pour les pauses toilettes, doivent respecter des horaires de travail exténuants, le tout pour un salaire à peine supérieur au salaire minimum. Tout au long de la pandémie de COVID-19, qui dure maintenant depuis deux ans et demi, les travailleurs d’Amazon ont été contraints de continuer à travailler sans pratiquement aucune protection. Cela a entraîné des épidémies massives et répétées du virus mortel. Dans un cas tristement célèbre, le centre de traitement des commandes d’Amazon à Brampton (Ontario), Heritage Road, a brièvement fermé ses portes après avoir enregistré 600 infections, uniquement en raison d’un ordre de fermeture du responsable local de la santé publique.

Pour réussir la lutte contre un conglomérat mondial sans pitié comme Amazon, il faudra mobiliser le pouvoir collectif des travailleurs, tisser des liens et développer une lutte unie avec les travailleurs d’Amazon aux États-Unis et dans le monde entier, et défier l’establishment politique des grandes entreprises et la panoplie d’institutions étatiques pro-employeurs qui appliquent l’exploitation de la classe ouvrière.

Les Teamsters sont organiquement incapables de mener une telle lutte et y sont amèrement hostiles.

La Riposte socialiste ne tente même pas d’expliquer pourquoi le fait de faire appel à une organisation aussi notoirement corrompue, nationaliste et anti-ouvrière que les Teamsters représenterait une quelconque «victoire pour les travailleurs». Comme le World Socialist Web Sitel’a déjà noté dans son analyse de la campagne de syndicalisation des Teamsters, «L’évolution des Teamsters au cours des quatre dernières décennies est un exemple typique de la façon dont l’ensemble de la bureaucratie syndicale s’est transformée en un mécanisme permettant d’imposer les diktats de la direction des entreprises. Sur les lieux de travail aux États-Unis et au Canada, les Teamsters imposent des structures salariales à plusieurs vitesses, des prestations de santé inadéquates et des heures supplémentaires obligatoires. Sa promotion du nationalisme économique tourne en dérision sa prétention d’être un syndicat “international”.»

Les événements survenus dans les mois qui ont suivi ont confirmé la justesse de cette analyse. En mars, les travailleurs du CP ont créé le Comité des travailleurs de la base du CP pour combattre le torpillage par les Teamsters de leur lutte pour l’amélioration des horaires et des conditions de travail. Quelques heures à peine après que le géant ferroviaire ait mis en lock-out 3000 mécaniciens, chefs de train et travailleurs de gare de triage, les Teamsters leur ont imposé arbitrairement une procédure d’arbitrage exécutoire antidémocratique, supervisée par le gouvernement libéral Trudeau. En conséquence, les travailleurs du CP sont maintenant accablés par une «convention collective» syndicale qui réduit leurs salaires réels et donne à la direction le champ libre pour continuer à appliquer des pratiques de travail exténuantes et dangereuses.

Soulignant les liens étroits de la direction des Teamsters canadiens avec le gouvernement libéral fédéral, ils ont invité nul autre que Chrystia Freeland, ministre des Finances de Trudeau et principal faucon de guerre du gouvernement canadien, à s’adresser à leur congrès de juin.

Notre évaluation du rôle des Teamsters et de leur tentative, avec le soutien enthousiaste de La Riposte socialiste, de tromper les travailleurs d’Amazon en leur faisant croire qu’ils utiliseront leurs ressources considérables pour défier Amazon et lutter pour leurs intérêts est basée sur un examen du développement de la lutte des classes au Canada et dans le monde entier au cours des quatre dernières décennies.

Les syndicats pro-capitalistes et nationalistes se sont avérés incapables de mettre en place une réponse progressiste à la mondialisation de la production capitaliste à partir des années 1980. Ils ont renoncé à leur fonction d’organisations de défense de la classe ouvrière, qui avait obtenu des gains limités pendant le boom de l’après-Seconde Guerre mondiale, et ont plutôt fait pression sur les travailleurs pour qu’ils acceptent des concessions afin de garantir les investissements et d’améliorer la «compétitivité mondiale» de «nos» employeurs.

Le déclin spectaculaire des grèves et des journées de travail perdues pour cause de grève dans tous les pays capitalistes avancés en est l’illustration. Ce déclin n’a d’ailleurs fait que s’accélérer au cours des deux dernières décennies, alors que la classe dirigeante imposait des reculs contractuels massifs, éliminait de larges pans de l’industrie et mettait en œuvre vague après vague d’austérité.

La répression de la lutte des classes, illustrée par le déclin des grèves et l’augmentation des inégalités sociales: l’exemple des États-Unis. En rose: nombre d’arrêts de travail de grande envergure; en bleu: part des revenus allant au 1% le plus riche.

La transformation des syndicats en membres de la direction des entreprises et de l’État s’est accompagnée d’un effondrement de leurs effectifs, car les travailleurs, en particulier les jeunes et les travailleurs précaires, fuient les organisations qui fonctionnent comme des syndicats, imposent des salaires à deux vitesses et répriment la dissidence venant de la base. En Grande-Bretagne, le Trades Union Congress, qui comptait 13 millions de membres à la fin des années 1970, en représente à peine plus de 6 millions. Aux États-Unis, environ 6 % des travailleurs du secteur privé sont syndiqués, un taux similaire à celui du début du 20e siècle, avant l’émergence de syndicats industriels de masse à la suite des grèves sur le tas des années 1930.

Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), depuis le début des années 1990, a anticipé et préparé politiquement une résurgence de la lutte de la classe ouvrière. Il a expliqué qu’une telle résurgence ne peut se développer et ne se développera qu’à travers une rébellion contre les appareils syndicaux, les partis de «gauche» établis, et leurs alliés de pseudo-gauche comme La Riposte socialiste, et en tant que mouvement international de plus en plus conscient de sa classe, luttant pour unifier les luttes des travailleurs à travers les frontières nationales et les continents.

Cette perspective ne cesse d’être confirmée. L’article de La Riposte socialiste qui défend la campagne d’organisation des Teamsters chez Amazon note qu’il y a eu «un réveil de la classe ouvrière aux États-Unis». Ce que l’article omet de dire, c’est que ce «réveil» a pris la forme d’une recrudescence de l’opposition de la base à la bureaucratie syndicale, les travailleurs ayant à maintes reprises rejeté les contrats au rabais approuvés par le syndicat. De plus, chez Volvo Trucks, John Deere, Dana, le chemin de fer BSNF et dans de nombreuses autres luttes, des comités de la base soutenus par le Parti de l’égalité socialiste, la section américaine du CIQI ont été créés en tant que pôle d’opposition aux tentatives des syndicats de les étouffer.

Sur la base de cette analyse et de ces expériences, nous avons soutenu en octobre dernier que les employés d’Amazon qui cherchent à mettre fin à leurs conditions de travail proches de l’esclavage devraient créer des comités de base pour unifier leur lutte avec les travailleurs du monde entier par le biais de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base. Nous avons écrit: «Une véritable lutte de la classe ouvrière pour imposer de meilleures conditions de travail à ce géant mondial ne peut réussir que si elle unifie les travailleurs d’Amazon au niveau international. Au fur et à mesure qu’une telle offensive se développera, elle entrera inévitablement en conflit avec Bezos et d’autres oligarques, qui prétendent avoir le pouvoir absolu de dicter comment et dans quelles conditions les travailleurs sont forcés de travailler, et les gouvernements capitalistes qui les servent. Cela soulèvera inévitablement la question de savoir quelle classe dirige la société: les riches oligarques avec leurs portefeuilles d’actions de plusieurs milliards, ou les travailleurs qui cherchent un salaire décent et des conditions de travail décentes. Pour cette raison, la lutte chez Amazon est avant tout une lutte politique qui ne peut être menée que sur la base d’un programme socialiste et internationaliste.»

La Riposte socialiste défend la bureaucratie syndicale

La Riposte socialiste ne peut pas ignorer entièrement la série interminable de trahisons des syndicats, qui a entraîné une colère grandissante au sein de la base envers la bureaucratie syndicale. Cependant, les critiques de La Riposte socialiste à l’encontre de la direction syndicale, même si elles utilisent parfois les mots «bureaucrates» et «bureaucratie», n’ont rien en commun avec le marxisme. Elles présentent divers symptômes de la bureaucratie, comme le «conservatisme», la corruption et l’impact délétère des pressions organisationnelles sur les dirigeants syndicaux «militants», comme sa cause. Les trahisons syndicales sont invariablement décrites comme des «malheurs» ou des «erreurs» qui peuvent être corrigées en exerçant davantage de pression par le bas ou en remplaçant les «mauvais» dirigeants syndicaux. La Riposte socialiste nie que la bureaucratie syndicale constitue une couche sociale privilégiée de fonctionnaires soutenus par l’État, dont les intérêts sont opposés à ceux des travailleurs qu’ils sont censés représenter. La bureaucratie ne se contente pas de se verser des revenus de la classe moyenne supérieure. En réponse à l’aggravation de la crise capitaliste, elle a cherché à maintenir et à étendre ses privilèges en développant un vaste réseau de liens corporatistes et tripartites avec les grandes entreprises et l’État, notamment par le développement de fonds d’investissement syndicaux de plusieurs milliards de dollars.

La raison pour laquelle La Riposte socialiste ne peut pas et ne veut pas mettre à nu les intérêts sociaux de la bureaucratie syndicale est qu’elle parle au nom de sections de la classe moyenne supérieure privilégiée.

Ainsi, pour La Riposte socialiste, le déclin de l’emprise étouffante des syndicats sur la classe ouvrière est quelque chose qu’il faut pleurer et combattre activement, plutôt que de s’en réjouir et de l’encourager politiquement en intensifiant la lutte pour construire de nouvelles et véritables organisations de lutte de la classe ouvrière. Leur article du 15 juin se lamente: «Les taux de syndicalisation sont en baisse depuis des décennies. Bien que la situation ne soit pas aussi mauvaise qu’aux États-Unis, où seulement 10,3 % des travailleurs sont syndiqués, le taux de syndicalisation au Canada est passé de 37,6 % en 1981 à 30,9 % en 2021.»

Le dirigeant de l’UAL, Christian Smalls, cherchant à obtenir le soutien du président international des Teamsters, Sean O’Brien (Photo: Twitter / @Teamsters)

L’article salue ensuite l’Amazon Labor Union (ALU), ostensiblement «indépendant», qui a remporté une élection pour représenter les travailleurs d’Amazon sur son site de Staten Island, à New York, sur la base de promesses d’amélioration des salaires et des avantages sociaux. «La victoire inspirante remportée par le syndicat indépendant Amazon Labor Union est une «victoire de David contre Goliath» qui a «déclenché une vague d’inspiration dans le monde entier», s’enthousiasme La Riposte socialiste.

La Riposte socialiste néglige d’informer ses lecteurs qu’après sa «victoire», l’ALU et son chef, Chris Smalls, ont rapidement abandonné leur posture «indépendante». Smalls s’est précipité à Washington pour des réunions avec des bureaucrates de l’AFL-CIO et le président américain Joe Biden. Biden s’est déclaré président «pro-syndicat» et a créé un groupe de travail de haut niveau pour promouvoir la syndicalisation. Il considère en effet que les syndicats sont essentiels à la répression de la lutte des classes, tandis que son administration fait la guerre à la Russie, intensifie l’offensive militaro-stratégique de Washington contre la Chine, permet que les revenus des travailleurs soient amputés par la hausse des prix et soutient la Réserve fédérale dans sa lutte contre l’inflation en augmentant le chômage. Après la visite de Smalls à Washington, la tentative ultérieure de l’ALU d’obtenir une représentation dans une autre usine de New York s’est soldée par une défaite cuisante.

La campagne de La Riposte socialiste pour encourager la syndicalisation d’Amazon intervient au moment où le géant de la vente au détail procède à une expansion massive de ses activités au Canada. En avril, l’entreprise a annoncé la création de quatre autres sites en Ontario, ce qui lui permettra d’ajouter 4500 employés supplémentaires à ses effectifs. Amazon a ouvert 15 sites dans la province rien qu’en 2021, et en compte désormais plus de 50 à l’échelle nationale. La Riposte socialiste et leurs alliés des Teamsters sont déterminés à placer sous leur contrôle politique cette main-d’œuvre en croissance rapide, fortement exploitée et de plus en plus militante, afin d’empêcher les travailleurs d’Amazon de prendre leur place au premier rang de la lutte contre l’exploitation capitaliste.

Le fait que La Riposte socialiste encourage l’ALU, comme le soutien qu’elle accorde aux Teamsters, est un produit de la tradition politique petite-bourgeoise et anti-ouvrière qu’elle défend. Cette organisation – dont les cadres fonctionnent comme des factions au sein du NPD, pro-guerre et pro-austérité, et de Québec Solidaire, un «parti de citoyens» autoproclamé pro-indépendantiste – trouve ses racines dans un groupe britannique dirigé par Ted Grant qui s’est séparé de la Quatrième Internationale à la fin des années 1940.

Le groupe de Grant est ensuite devenu l’un des promoteurs les plus véhéments du pablisme: le CIQI a été créé en 1953 pour combattre cette tendance. S’adaptant à la stabilisation du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale, les pablistes ont écarté la classe ouvrière en tant que force révolutionnaire indépendante. Renonçant au programme de la Quatrième Internationale, ils soutenaient que la bureaucratie stalinienne, les mouvements nationalistes bourgeois des pays coloniaux, les syndicats et les partis sociaux-démocrates occidentaux pouvaient et allaient se transformer, sous la pression des masses, en véhicules de la transformation socialiste.

Les trotskistes britanniques sont intervenus systématiquement dans le Parti travailliste et les syndicats au cours des années 1950 et 1960. Ils l’ont fait dans le but d’aider les travailleurs les plus avancés politiquement, qui continuaient à apporter leur soutien actif à ces organisations, à comprendre le caractère contre-révolutionnaire des bureaucraties ouvrières, et à jeter ainsi les bases de la construction d’un parti révolutionnaire indépendant capable de mener la classe ouvrière au pouvoir.

En revanche, Grant et ses partisans ont développé l’«entrisme» comme une orientation stratégique permanente. Leurs efforts ne visaient pas à éduquer politiquement les travailleurs par une lutte contre les bureaucraties pro-capitalistes, mais à faire pression sur ces bureaucraties vers la «gauche» et à gagner de l’influence en leur sein.

Jusqu’à aujourd’hui, la Tendance marxiste internationale (TMI) et La Riposte socialiste sont inflexibles sur le fait que les travailleurs et les jeunes doivent rester orientés vers, et demeurer piégés dans, les syndicats et la social-démocratie. En effet, la TMI a été créée par Ted Grant et son disciple Alan Woods en 1993, après que le soutien au Parti travailliste britannique et aux syndicats se soit effondré en raison de leurs trahisons incessantes, dans le but exprès de maintenir leur point de vue selon lequel le Parti travailliste doit rester l’arène prédominante de la lutte politique pour le «socialisme».

Conformément à cette orientation anti-ouvrière, la TMI a été parmi les principaux promoteurs de la tentative de Jeremy Corbyn de ressusciter le Parti travailliste sur un tiède programme national-réformiste, après qu’il ait été catapulté de manière inattendue à la tête du parti en 2015 par les travailleurs et les jeunes qui cherchaient un moyen de lutter contre l’austérité et la guerre. Alors que la TMI l’acclamait et que La Riposte socialiste demandait instamment que le NPD soit «corbynisé», Corbyn a capitulé devant la droite, notamment en déclarant son soutien au programme d’armes nucléaires de la Grande-Bretagne et en donnant des instructions aux conseils travaillistes pour imposer l’austérité. Après quatre ans de lâches reculs, il a remis le parti sous le contrôle des blairistes détestés dirigés par Keir Starmer.

La Riposte socialiste comme flanc «gauche» de l’alliance libéraux/NPD/syndicats

La Riposte socialiste est l’un des acolytes les plus dévoués de Grant et Woods sur la scène mondiale. Ses cadres sont des membres à part entière du NPD, qu’il présente sans vergogne comme un «parti des travailleurs», en raison de ses liens institutionnels avec les syndicats.

Elle continue à promouvoir le mensonge selon lequel le NPD peut être transformé en un instrument de «lutte pour le socialisme», alors que les sociaux-démocrates ont soutenu l’implication de l’impérialisme canadien dans une guerre dirigée par les États-Unis après l’autre – de la Yougoslavie et de l’Afghanistan à la Libye – et ont appliqué des politiques d’austérité et des «budgets équilibrés» chaque fois qu’ils sont arrivés au pouvoir au niveau provincial.

Les néo-démocrates soutiennent pleinement la guerre par procuration des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie, qui menace de dégénérer en un affrontement direct entre puissances nucléaires. Ce soutien a trouvé son expression la plus claire dans la conclusion d’un accord formel de «confiance et d’approvisionnement» avec le gouvernement libéral en mars dernier, dans le but explicite de fournir une «stabilité politique» à la bourgeoisie canadienne jusqu’en juin 2025. Le premier ministre Justin Trudeau utilise cette «stabilité politique» pour fournir à l’Ukraine des centaines de millions de dollars d’armes lourdes pour faire la guerre à la Russie, moderniser le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord et augmenter de plusieurs dizaines de milliards de dollars un programme massif de réarmement.

Pour payer la guerre à l’étranger et renforcer la «position concurrentielle» du capital canadien dans un contexte de crise économique de plus en plus profonde, les libéraux de Trudeau et leurs alliés du NPD sont également déterminés à imposer à la classe ouvrière une austérité sauvage et des réductions de salaire réel en raison de l’inflation.

La ministre des Finances et vice-première ministre Chrystia Freeland s’adressant au récent congrès de Teamsters Canada

Pour mettre en œuvre ce programme, ils s’appuient tous deux sur les syndicats pour réprimer l’opposition croissante de la classe ouvrière, en imposant des reculs et en isolant et étranglant les grèves lorsqu’ils ne peuvent les empêcher d’éclater. Un exemple de cela est le recours répété des syndicats, ces derniers mois, à l’arbitrage obligatoire pour court-circuiter les luttes des travailleurs.

Le rôle de La Riposte socialiste est de maintenir la classe ouvrière sous le contrôle politique des syndicats et du NPD, en entraînant les travailleurs dans de vains efforts pour les «faire combattre» et en utilisant une rhétorique «de gauche» et «marxiste» pour excuser et couvrir leurs trahisons.

Le fait que La Riposte socialiste se lamente sur le déclin de l’adhésion syndicale et l’appel urgent à «syndiquer les non-syndiqués» est très similaire à l’insistance de Trudeau, à laquelle font maintenant écho Biden et son «Groupe de travail sur la syndicalisation et le pouvoir des travailleurs», sur la nécessité de renforcer les syndicats.

Pour Trudeau, le «partenariat» avec les syndicats est une priorité depuis son arrivée au pouvoir en novembre 2015. Quelques jours seulement après avoir prêté serment, Trudeau est devenu le premier premier ministre en cinq décennies à s’adresser à une réunion de l’exécutif du Congrès du travail du Canada et des dirigeants de ses principaux affiliés. Dans une entrevue accordée peu après, Trudeau a déclaré: «Les Canadiens doivent savoir que les syndicats sont importants. Ils doivent savoir que les syndicats sont essentiels dans la lutte pour des salaires équitables. Les Canadiens ont besoin d’un gouvernement qui, au lieu de s’en prendre aux syndicats, travaille avec eux pour faire en sorte que chaque Canadien ait une chance réelle et équitable de réussir.»

Les six années écoulées ont montré ce que signifie en pratique cette alliance entre les libéraux, les syndicats et le NPD. Les syndicats ont soutenu le gouvernement libéral dans la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain afin d’établir un bloc commercial plus protectionniste pour promouvoir les intérêts des entreprises canadiennes dans le monde entier et jeter les bases économiques permettant aux impérialismes américain et canadien de faire la guerre à leurs rivaux géostratégiques.

Les syndicats et le NPD travaillent main dans la main avec les libéraux de Trudeau pour imposer la politique de pandémie «les profits avant la vie», en renflouant les banques et les grandes entreprises à hauteur de centaines de milliards de dollars, et en gardant les écoles et les entreprises ouvertes pendant que le virus mortel se propage afin qu’il n’y ait pas d’interruption du flux des profits des entreprises. Cette politique homicide a officiellement coûté la vie à plus de 43.500 Canadiens.

Et maintenant, alors que la menace d’une guerre mondiale grandit de jour en jour et que la classe ouvrière entre dans des luttes de masse contre l’augmentation du coût de la vie qui posent de plus en plus directement la nécessité d’une lutte politique contre l’ensemble de l’ordre social, le parti de gouvernement traditionnel préféré de l’élite dirigeante canadienne a établi une alliance gouvernementale avec le NPD, avec le soutien enthousiaste des syndicats, pour renforcer leur collaboration dans la défense des intérêts de l’impérialisme canadien et la répression de la classe ouvrière.

La promotion éhontée des Teamsters chez Amazon par La Riposte socialiste souligne qu’il s’agit du flanc «gauche» de l’alliance libéraux/NPD/syndicats. Ses principales tâches consistent à renforcer l’autorité des syndicats corrompus au moment même où les travailleurs commencent à se libérer de la camisole de force que ces organisations pro-capitalistes leur ont imposée pendant des décennies et à empêcher les travailleurs d’entreprendre une lutte politique en prétendant que le syndicalisme «militant» suffira à pousser le NPD et la bureaucratie syndicale vers la «gauche».

Cette attitude est illustrée par la réponse de La Riposte socialiste à l’accord de «confiance et d’approvisionnement» conclu entre les libéraux et les néo-démocrates et soutenu par les syndicats depuis maintenant plus de cinq mois. À ce jour, La Riposte socialiste n’a publié qu’un seul article qui discute de manière substantielle de cette alliance gouvernementale anti-ouvrière et de ses implications pour la lutte des classes.

Dans cet article, publié le 22 mars, le dirigeant de La Riposte socialiste, Alex Grant, a fait part de l’opposition formelle de son groupe à l’accord entre Trudeau et le chef du NPD, Jagmeet Singh. Il l’a fait, cependant, en partant du point de vue que Singh a gagné «très peu» dans ses négociations avec Trudeau, ce qui a donné lieu à un accord «faible» – et non pas parce que c’est une trahison flagrante de l’indépendance de classe de la classe ouvrière que de soutenir un gouvernement capitaliste. Encore moins un gouvernement engagé dans la guerre impérialiste et l’austérité.

Alors que Grant a donné une tape sur les doigts à Singh pour ses piètres compétences en matière de négociation, il est resté complètement silencieux sur le soutien enthousiaste des syndicats à l’accord du NPD visant à maintenir le gouvernement Trudeau au pouvoir jusqu’en juin 2025. Cinq mois plus tard, on continue à chercher en vain sur le site Web de La Riposte socialiste toute critique du rôle de la bureaucratie syndicale en tant qu’architecte et pilier de l’alliance gouvernementale NPD-libéraux.

De manière significative, une grande partie de l’article de Grant a été consacrée à l’élaboration des conditions dans lesquelles La Riposte socialiste soutiendrait une alliance entre les libéraux et les néo-démocrates. Il a notamment cité le soutien de La Riposte socialiste à la décision du NPD d’appuyer le budget 2005 du gouvernement libéral minoritaire de Paul Martin. Le chef du NPD de l’époque, Jack Layton, avait pompeusement appelé ce budget «le premier budget du NPD» en raison de quelques modestes augmentations des dépenses sociales que le NPD avait obtenues en échange du maintien des libéraux au pouvoir. Il va sans dire que ces augmentations n’ont rien fait pour renverser l’impact dévastateur des coupes dans les services publics et sociaux que Martin avait imposées en tant que ministre des Finances de Chrétien, entre 1994 et 2002. Plus révélateur encore, le budget approuvé par La Riposte socialiste en 2005 et aujourd’hui quelque 17 ans plus tard comprenait une augmentation des dépenses militaires de 12,8 milliards de dollars sur cinq ans, la plus importante en deux décennies.

La lutte pour l’amélioration des conditions de travail chez Amazon et dans tous les secteurs de l’économie, et contre la guerre impérialiste et l’austérité ne peut avancer que par la mobilisation du pouvoir politique indépendant de la classe ouvrière. Pour libérer ce pouvoir, les travailleurs doivent construire des comités de la base sur les lieux de travail, indépendants des syndicats pro-patronaux et en opposition à eux, et lutter pour unifier leurs luttes avec les travailleurs du monde entier par le biais de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base, armés d’un programme socialiste et internationaliste.

Comme élément clé de cette lutte, les travailleurs doivent s’opposer résolument à l’alliance libérale, néo-démocrate et syndicale, et à ceux qui, comme le groupe de pseudo-gauche La Riposte socialiste, la couvrent politiquement et servent de publicistes, d’avocats et d’agents de recrutement pour les bureaucraties syndicales qui en sont les piliers.

(Article paru en anglais le 25 août 2022)

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