La semaine dernière, des journalistes du WSWS ont interviewé des lycéens au lycée Joliot-Curie de Nanterre, en banlieue parisienne. Depuis deux semaines, la police attaque les jeunes de cet établissement, avec 18 lycéens arrêtés et plusieurs blessés. Les témoignages recueillis par le WSWS révèlent que c’est une provocation de la police contre des jeunes d’une banlieue ouvrière.
Les premières mobilisations le 10 octobre étaient pacifiques, selon les témoignages de tous les lycéens. Le 11, la police a nassé les jeunes devant l’école pour ensuite les attaquer avec des lacrymogènes, des grenades de désencerclement, et des bâtons et en arrêter quatorze. Le 18, un autre affrontement s’est soldé par quatre arrestations. Quand le WSWS a parlé aux lycéens, l’un d’entre eux était encore à l’hôpital.
Une lycéenne, Sara, a expliqué pourquoi les lycéens avaient bloqué le lycée: «Premièrement, pour le retour de l'aide aux devoirs qui aidait beaucoup (mais) qui a été supprimé, et aussi pour le port d'habits qui étaient considérés comme religieux alors qu'ils n'étaient pas religieux.»
Selon Awa, «Les blocus étaient pacifiques, il n'y avait aucune violence. La seule chose que les élèves ont fait, c'est mettre des cadenas sur la porte.»
Sophiane, âgé de 15 ans, avait le bras en bandoulière après avoir été jeté à terre par la police. Il a raconté: «la police qui commence à charger sur nous. Ils viennent, ils commencent à nous gazer, Moi, ils m’ont déboîté l'épaule. Là, j'en ai pour minimum un mois et demi avec une attelle. C'est très compliqué pour moi. Ma famille en souffre. Il y a des gens, ils sont traumatisés dans ma classe avec tout ce qui s'est passé et c'est dur pour notre avenir.»
Sara a confirmé que la police a commencé les violences: «Ils ont commencé à lancer des bombes lacrymogènes sur nous, à nous attaquer et du coup, aux élèves.»

Awa a témoigné que la police avait gazé les lycéens, dont certains étaient frappés par les grenades lacrymogènes: «La gaz pique la gorge, ça, genre vos yeux. Vous sentez les larmes quand vous êtes juste à côté du gaz. Vos yeux sont tout rouge. Vous avez du mal à respirer tout autour.»
Awa a dit que la police avait lancé des grenades de désencerclement sur les lycéens nassés. Elle a aussi vu la police arrêter un lycéen de 15 ans et plusieurs lycéennes voilées.
Une autre étudiante, Noya, a dit que les violences policières le 11 étaient une provocation préparée par une escouade de plus de 50 flics arrivés tôt le matin au lycée: «Ils sont venus avec des protège tibias, ils avaient des casques, ils avaient des matraques, ils avaient des armes, ils avaient des flashballs … ils avaient le truc entier.» Awa a ajouté que les lycéens, eux, n’avaient rien.
Noya a souligné l’impact de la violence sur les lycéens: «Tous les élèves qui ont été mis dans l'amphithéâtre, une grande salle. Il y en a qui ont fait des crises. Ils ont pleuré et ils se sont évanouis à cause de l'ampleur des choses qui sont arrivées.»
La répression policière était si étendue qu’elle a même touché des passants dans le quartier, a dit Awa: «On passe par là où il y a des gamins, il y a des petits qui ont été gazés. Il y avait une grand-mère qui était en train de courir parce qu’ils se sont quasiment mis à la gazer.»
Selon Awa, «Ils ont fouillé presque toutes les personnes qui ont trouvé suspectes, entre guillemets, des Noirs et des Arabes. Personne n'était armé, personne n'avait rien.» Elle a ensuite raconté les témoignages qu’elle a reçus de la violence policière contre les lycéens détenus: «On m'a dit qu'ils n'ont pas été nourris. Moi j’avais été frappée, c’était n’importe quoi. Comment vous pouvez vous en prendre à ce point là ? Des mineurs ? C'est des personnes qui n'ont même pas encore quinze ans».
Selon Awa et Noya, depuis l’assaut lancé par la police, de nombreux cars de police entourent le lycée chaque matin à 7h pour surveiller les lycées qui entrent dans l’établissement.
Les lycéens ont dit au WSWS que malgré la violence brutale dirigée contre les lycéens, la direction du lycée défend l’action de la police. Après l’assaut, des lycéens blessés ou traumatisés ont dû continuer avec les cours comme si aucun incident ne s’était produit.
Malgré la répression policière, les lycéens à Joliot-Curie ont aussi rejoint la vague de blocages et de manifestations du 18 octobre, par solidarité avec la grève interprofessionnelle ce jour-là. Un lycéen a dit son opposition aux réquisitions des grévistes dans les raffineries: «On essaie simplement de montrer qu’on est contre, de montrer qu’on peut revendiquer nos droits sociaux.»
Interrogée sur les raisons de l’assaut de la police sur Joliot-Curie, Awa a dit que les lycéens «ont voulu être écoutés, ils ont fait un blocus et ce sont des jeunes de banlieue. La police, du coup, ils vont se dire ‘non, ils sont dangereux,’ directement parce qu'en France, on a un problème: les personnes qui viennent de banlieues sont automatiquement casés comme des bandits, des personnes violentes, alors que ce n'est pas du tout le cas. Si vous preniez le temps d'être à Nanterre, vous auriez vu qu'il y a un esprit de solidarité entre les Noirs, les Arabes, les Blancs.»
Les lycéens ont aussi expliqué que la campagne réactionnaire du gouvernement contre «l’islamisme» dans les écoles françaises servait à les réprimer.
Awa a dit: «J'ai vu plein de gens en robe, ils n'étaient pas musulmans. C'est un tissu, c'est un vêtement. Ça veut rien dire. C'est bête ou qu'on voit dans plusieurs cultures différentes, on voit des robes longues, que ce soit en Inde, que ce soit en Afrique, soit partout. Donc c'est pas parce qu'une personne met une robe longue qu'elle est forcément musulmane et on ne veut pas islamiser le lycée.»
Elle a ajouté: «C'est un lycée laïc. Comment des élèves peuvent techniquement islamiser un lycée ? Ce n'est pas possible.»
Awa et Noya ont ajouté qu’à plusieurs reprises, des lycéennes dont les robes étaient considérées trop longues ou trop amples avaient dû les enlever. Selon Sofiane, même des t-shirts amples étaient considérés comme des «signes religieux» par la direction du lycée.
En interviewant les lycéens, les reporters du WSWS ont vu des dizaines de lycéennes remettre des couvre-chefs et des robes amples interdites en cours alors qu’elles quittaient le lycée. Cette règle largement détestée qui a provoqué une manifestation à Joliot-Curie est toutefois la loi en France.
Les lycéens ont témoigné de la brutalité officielle qui règne en France alors que l’élite dirigeante est paniquée par la montée de la colère sociale. Awa a expliqué: «En France, moi je dis que ça marche comme une dictature. Vos supérieurs y sont tout et vous disent littéralement ce que vous avez à faire et vous avez rien à dire. Vous n'avez pas le droit à la parole et le seul moyen de parler, c'est par la force, parce qu’on utilise la force. C'est le seul moyen de communication.»
Pour les jeunes qui s’opposent à la politique antimusulmane de Macron, aux violences policières, à l’austérité sur fond d’inflation massive, et à l’escalade de la guerre en Ukraine, la force sociale à mobiliser est la classe ouvrière, en France et à l’international. Ce n’est qu’à travers une mobilisation massive de la classe ouvrière qu’on peut organiser la société sur une base socialiste et résoudre les questions brûlantes posées aux jeunes.
