Au courant de la semaine passée, des reporters du WSWS ont interviewé des étudiants à Paris et à Amiens sur la lutte contre la réforme des retraites de Macron. Jeudi, des millions de personnes ont manifesté une 12e fois contre la réforme alors que le Conseil constitutionnel se préparait à donner son aval à la loi. Ceci signifie qu’il n’existe plus d’obstacle légal à la promulgation de cette loi, alors qu’elle est rejetée par 80 pour cent des Français.
Valentine, une étudiante à la Sorbonne, a dénoncé le caractère dictatorial du régime de Macron: «Je pense que c'est une atteinte à la démocratie. Je pense que le gouvernement tient vraiment à mettre en place ses idées, malgré que le peuple s'y oppose et qu'il n'accepte pas d'écouter les gens s'ils ne sont pas d'accord.»
Evan, un étudiant à the Sorbonne, a expliqué pourquoi il avait participé aux manifestations contre Macron: «Moi, j'ai fait toutes les manifestations et je suis contre la réforme des retraites. Pourquoi? Parce que c'est à la fois une réforme qui est un peu injuste, déjà pour le recul de l'âge de la retraite. Et après, l'utilisation du 49.3, forcément, c'est un peu aberrant quand même comme utilisation, parce que ça permet de passer en force une loi alors qu'on dit que 80 pour cent de la population française est contre cette loi.»
Evan a souligné l’absence de perspective claire de la part de l’intersyndicale contre Macron: «Il faut essayer de faire un peu plier Macron et son gouvernement, mais en même temps, c'est une question qui est assez dure. On le voit un peu en ce moment. Déjà, il y en a qui se font réquisitionner, comme les éboueurs. En vrai, c'est un peu dur de faire la grève quand, au bout de, je ne sais pas, ça fait trois semaines, un peu moins, que tu vois que les choses ne bougent pas trop et qu'il y a un 49.3 et qu'il y a plein de trucs qui se rajoutent. … Mais oui, en vrai, c'est important d'aller sur les piquets de grève, etc.»
Evan a exprimé son opposition à la «médiation» syndicale avec Macron, en disant: «Moi, je trouve que les techniques de l'intersyndicale en ce moment, elles m'énervent. Ils rassemblent énormément de monde pendant les manifs et tout, mais après, on sait très bien qu'aller discuter avec Elisabeth Borne, ça ne fera rien bouger. Elle est butée dans son idée avec Macron de faire passer cette réforme grâce au 49.3. J'ai l'impression qu'ils bloquent un peu le mouvement. Ok, on a une manifestation toutes les semaines et tout, mais ce n'est pas assez.»
Evan et Valentine ont fait part de leur soutien à la perspective proposée par le Parti de l’égalité socialiste de former des comités de la base, indépendant des appareils syndicaux, pour faire chuter Macron par la grève générale. Evan a dit: «Je pense que c'est un peu aux étudiants ou aux travailleurs de s'associer et d'essayer de faire vraiment quelque chose.»
Des reporters du WSWS à Amiens ont aussi interviewé Nairon et Chanis, deux lycéens qui ont rejoin la manifestation du 13 avril contre la réforme des retraites de Macron. Nairon a expliqué qu’elle était venue manifester contre Macron pour «ne pas être en retraite à 70 ans à la longue, si on peut essayer de ne pas être en retraite à 64 ans on le ferait. C'est dégradant ce que fait Macron, et ça ne sert à rien de nous mettre en retraite à 64 ans.»
Chanis a ajouté, «On veut donner un peu plus de force aux personnes en difficulté au travail à cause de leur âge et aux personnes ici pour notre avenir. 62 ans c'est déjà dur, reculer à 64 l'est encore plus.»
Interrogé sur ce qui permettrait de battre en brèche la réforme de Macron, Nairon a répondu: «Une révolution», ce a quoi Chanis a ajouté: «Oui, une révolution car sinon ils ne voudront jamais entendre la revendication contre les 64 ans.»
A Amiens, le WSWS a aussi interviewé une responsable de la CGT, professeure de philosophie Carole Prompsy, qui a déclaré: «L’unité intersyndicale qui dure depuis le 19 janvier est une force et je pense qu'il faut tout faire pour la maintenir.»
Prompsy s’est solidarisée avec la stratégie de «médiation» syndicale avec Macron et a applaudi l’ancien chef de la CGT Philippe Martinez comme l’élection d’une bureaucrate dirigeante de la fédération des cadres à la tête, Sophie Binet de la CGT. Elle a dit, «Je suis solidaire de la CGT et Martinez, il s'en est bien sorti, je suis contente que ce soit Sophie Binet maintenant.»
Le contraste entre ces commentaires et ceux des jeunes en lutte soulignent le gouffre de classe qui sépare la majorité des Français des manœuvres corrompues des appareils syndicaux. L’insatisfaction monte parmi les travailleurs et les jeunes contre le rôle fourbe des dirigeants syndicaux nationaux qui mettent en avant la «médiation» avec Macron mais ne mobilisent pas plus largement les travailleurs pour défendre éboueurs et raffineurs menacés de réquisition et attaqués par les flics.
C’est pourquoi le Parti de l’égalité socialiste en appelle aux travailleurs et aux jeunes de bâtir leurs propres comités de la base, indépendamment des appareils syndicaux, pour prendre le contrôle de leurs propres luttes et préparer la grève générale pour faire chuter Macron.
