Ententes de trahison dans le secteur public du Québec: des travailleurs exigent que leur contenu soit dévoilé

Depuis la conclusion d’ententes de principe entre le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et les dirigeants syndicaux du Front commun et de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représentent en tout près de 500.000 travailleurs du secteur public, les syndicats gardent leurs membres dans le noir quant à leur contenu.

Quasiment aucune information n’a été transmise aux membres de la base. Mercredi, le Front commun a admis que malgré tous ses efforts pour ne divulguer aucun détail, un minimum d’informations a quand même fuité, concernant les hausses salariales. Celles-ci seraient de 17,4% sur cinq ans, soit un gros recul sur la demande syndicale initiale de 21% sur trois ans.

Le silence quasi total des appareils syndicaux sur le contenu des ententes s’inscrit dans la foulée de leurs efforts systématiques pour exclure les membres du processus, décourager toute initiative de la base et, au bout du compte, étouffer le mouvement de grève et imposer des ententes aux rabais.

L’attaché de presse de la ministre Sonia Lebel a parlé d’«importante proposition» qui serait d’une durée de cinq ans et amènerait «une plus grande souplesse dans les conventions collectives». Autrement dit, il y aura de nouveaux reculs majeurs dans les conditions de travail et les droits syndicaux des travailleurs.

Une section de la manifestation de 100.000 travailleurs du secteur public québécois le 23 septembre

Exprimant ce que plusieurs travailleurs sont en train de constater amèrement, une enseignante a dit, sur les médias sociaux: «Je suis peut-être extrême, mais… ça sent la connivence entre nos chers syndicats et le gouvernement».

En effet, jamais les syndicats n’ont eu l’intention de mobiliser le vaste appui populaire pour la grève, qui a toujours le potentiel de devenir le fer-de-lance d’un puissant mouvement de la classe ouvrière dans tout le Canada contre l’austérité capitaliste.

Pendant des mois, les travailleurs n’ont reçu pratiquement aucun détail pendant tout le processus de négociations, que ce soit sur les salaires ou les conditions de travail. L’argument de la direction syndicale était de cacher son jeu au gouvernement. Cet argument, qui a toujours été frauduleux, ne tient plus la route maintenant que des ententes ont été conclues.

De nombreux travailleurs se sont tournés vers les médias sociaux pour dénoncer les gestes antidémocratiques des syndicats.

L’un d’eux, qui travaille en administration, a écrit sur Facebook: «Je ne comprends pas pourquoi la base n’aurait pas le droit de savoir ce qui sera étudié, et ce en même temps que les exécutifs !!!! DIVULGUEZ L’OFFRE, ÇA PRESSE !!!»

Un autre, qui travaille dans le domaine de la santé, a dit: «Je trouve ridicule que l’on nous dise pas l’offre maintenant afin de l’analyser et en prendre conscience… il va encore avoir une attrape, j’en suis sûr, et on va s’appauvrir encore».

Une préposée aux bénéficiaires a écrit sur un ton ironique: «Dire tant de choses et rien mentionner en même temps».

Les syndicats ont utilisé la période des Fêtes pour conclure des ententes avec le gouvernement et mettre aussitôt un terme aux luttes de leurs membres.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a mis fin à sa grève générale illimitée le 28 décembre, sans consulter les 66.000 membres de la base, la majorité des enseignants des grands centres urbains de la province qui étaient en grève sans indemnité depuis 22 jours. La FAE a clairement indiqué qu’aucun détail ne sera divulgué aux membres avant les assemblées générales.

Quant au Front commun, qui représente environ 420.000 travailleurs, un de ses dirigeants, Éric Gingras de la CSQ, a montré toute l’arrogance de la bureaucratie syndicale envers les travailleurs, lorsqu’il a brièvement dit, le 28 décembre, sur son compte X/Twitter : «C’est fait! On s’en reparle bientôt! Mais pour le moment, la proposition sera présentée à nos instances».

À peine une semaine avant, sa collègue Magali Picard de la FTQ assurait pourtant que les menaces de grève générale illimitée du Front commun après les Fêtes n’étaient «pas du bluff» et qu’il restait encore beaucoup de choses à régler à la table des négociations.

En mettant un terme à la grève de façon anti-démocratique, en gardant les travailleurs largement dans le noir et en retardant les assemblées générales après le retour en classe, les syndicats complotent avec le gouvernement pour manipuler le processus et créer les conditions pour que les membres de la base ne voient plus d’autre choix que d’entériner les ententes. Dans un tel contexte, les travailleurs doivent impérativement prendre les choses en main.

Comme l’écrivait récemment un éducateur, membre du Comité de base de coordination des travailleurs du secteur public du Québec:

Si on laisse faire les bureaucrates syndicaux, rien ou presque ne sera divulgué aux travailleurs de la base sur les ententes de principe avant qu'ils ne soient convoqués en assemblées générales au mois de janvier, date à laquelle ils seront immédiatement appelés à voter sur ces accords…

Tous les travailleurs du secteur public doivent exiger la publication immédiate de toutes les ententes de principe et la convocation d'assemblées générales d'urgence au cours desquelles les travailleurs pourront interroger les responsables syndicaux sur leur contenu et discuter entre eux de leur propre évaluation de ce qui a été proposé…

Les travailleurs du secteur public doivent prendre la lutte en main, en construisant un réseau de comités de base, indépendants des appareils syndicaux corporatistes. Cela permettra aux travailleurs de s'unir au-delà de tous les clivages sectoriels et de lancer une grève illimitée du secteur public à l'échelle de la province.

Sur Instagram, la vidéo d’un enseignant exigeant la divulgation des ententes aux membres a été visionnée plus de 62.000 fois et «aimée» par près de 1000 personnes. Les commentaires sont largement favorables. L’une d’entre elles a dit: «Tellement d'accord avec toi, il n'y avait pas 24hres et déjà on discute dans les médias comme si tout avait été accepté et en effet plusieurs sont inquiets tout comme moi de connaître les aboutissants et conséquences. Comme si les dés étaient déjà lancés!»

D’autres ont encouragé leurs collègues à être méfiants, à bien étudier les ententes et ne pas hésiter à voter contre si elles ne satisfont pas les revendications des travailleurs pour de meilleurs salaires et conditions de travail.

L’une d’entre elles a dit: «Ce n’est surtout pas le temps de plier face au gouvernement. Ce n’est pas parce qu’une entente a été conclue qu’elle est nécessairement bonne pour les employés… j’espère que les gens ne céderont pas aussi facilement lorsque viendra le moment de voter. Il faut voter en ayant en tête notre titre d’emploi, nos conditions de travail, notre qualité de vie au travail et à l’extérieur. Bref, notre bien-être global doit être satisfait. Je préfère retourner en grève que d’accepter quelque chose qui me ruine ou me nuit à nouveau. C’est assez de se faire prendre pour des valises!!»

Une autre, Sylvie, a dit: «Si ce n’est pas convenable, il faut à tout prix refuser. Les deux dernières conventions nous ont fait énormément reculer. À la dernière, on nous avait parti ça à 3$/h plus 3% la première année. Résultat: on a eu 1,80$ au total pour trois ans. Nous avons le droit de refuser. J’espère que cette fois-ci je ne serai pas la seule à le faire».

Erik, de son côté, a écrit: «Ça sent le règlement bâclé! Rien ne presse, il faut obtenir ce que l’on veut! C’est fini d’accepter n’importe quoi!»

Le World Socialist Web Site encourage tous ceux qui veulent s’opposer aux ententes de principe à exiger de les voir au complet pour bien les étudier. Cela doit s’inscrire dans une campagne pour élargir la lutte des travailleurs du secteur public afin d’en faire le fer-de-lance d’une lutte de l’ensemble de la classe ouvrière, au Québec et partout au Canada, contre l’austérité capitaliste. Ceux qui sont d’accord avec cette perspective devraient adhérer au Comité de base de coordination des travailleurs du secteur public.

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