Royaume-uni: Sunak et Starmer unis pour soutenir la guerre au Moyen-Orient

Le Premier ministre du gouvernement conservateur britannique Rishi Sunak s’est présenté devant le Parlement lundi pour justifier le lancement, aux côtés des États-Unis, de frappes de missiles contre les Houthis au Yémen dans la nuit de jeudi à vendredi dernier.

Déclarant rapidement qu’il n’avait pas été «possible de soumettre cette question à l’avance à la Chambre», Sunak a tenté de faire oublier à l’opinion publique la voie agressive et dangereuse dans laquelle il s’était engagé.

«Cette action a été entreprise en légitime défense. Elle était limitée, et non une escalade». La Royal Navy se trouvait en mer Rouge uniquement «pour protéger la liberté de navigation». Personne ne devait «tomber dans le piège de la narration malveillante selon laquelle il s’agit d’Israël et de Gaza… Cette action n’a aucun rapport avec ces questions».

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C’est là un mensonge éhonté. Le déploiement massif de forces militaires dans la région par les États-Unis et le Royaume-Uni vise à protéger l’armée israélienne qui commet un génocide à Gaza. Elle sert aussi à provoquer un conflit avec les forces soutenues par l’Iran dans la région et à préparer la guerre contre ces forces et contre l’Iran-même, qui fut attaqué maintes fois dans le débat, comme tremplin vers une escalade visant la Russie et la Chine.

La deuxième partie de la déclaration de Sunak confirme que l’implication de l’impérialisme britannique et américain au Moyen-Orient s’inscrit dans une campagne militaire mondiale. «Si nos adversaires pensent qu’ils peuvent nous détourner de l’aide à l’Ukraine en menaçant la sécurité internationale ailleurs, a déclaré le Premier ministre, ils ne peuvent pas se tromper davantage ».

Parlant de sa visite à Kiev vendredi dernier, Sunak a réaffirmé que le gouvernement britannique «soutiendra l’Ukraine aujourd’hui, demain et aussi longtemps qu’il le faudra». Le soutien militaire britannique aux forces supplétives de l’OTAN en Ukraine «augmentera cette année» pour devenir «le plus important programme d’aide à la défense de l’Ukraine depuis le début de la guerre, soit 2,5 milliards de livres». Cela portera le soutien total du Royaume-Uni à l’Ukraine à 12 milliards de livres.

Sunak a ajouté, de manière provocatrice, que «la place légitime de l’Ukraine est au sein de l’OTAN».

Le Premier ministre Rishi Sunak tient une conférence de presse conjointe avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy. [Photo by Simon Walker/No 10 Downing Street / CC BY-NC-ND 2.0]

Le chef du Parti travailliste d’opposition, Sir Keir Starmer, a approuvé tout ce qu’a dit Sunak, ne demandant rien d'autre au Premier ministre que de se tenir au plan établi.

Confirmant une nouvelle fois devant la Chambre des Communes «que le Labour [Parti travailiste] soutient cette action ciblée pour renforcer la sécurité maritime en Mer Rouge», il a demandé à Sunak de confirmer le succès de l’opération, ses intentions pour l’avenir et si «dans la mesure du possible» il présenterait des plans pour une action militaire «soutenue», «devant cette Chambre», assurant le Premier ministre conservateur que «le contrôle n’est pas l’ennemi de la stratégie».

Starmer a fait écho à la déclaration de Sunak en mettant en garde contre le fait que les «actions légitimes» du Royaume-Uni ne soient «utilisées comme excuse par ceux qui cherchent à étendre la violence à l’ensemble de la région», faisant bien sûr référence non pas à Israël, aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais à toute opposition à leur génocide contre les Palestiniens et à leurs ambitions prédatrices plus larges.

Il a félicité les forces armées britanniques pour leur «grand professionnalisme et leur bravoure… Nous les remercions, nous sommes fiers d’eux. Elles continuent à montrer que la Grande-Bretagne est une force pour le bien».

«Tout comme», a-t-il poursuivi, «l’unité inébranlable du Royaume-Uni dans son soutien à l’Ukraine et contre l’agression russe». Notant que le Parti travailliste avait «soutenu toute l’assistance militaire», il a ajouté, «nous soutenons donc à nouveau l’annonce faite par le Premier ministre de consacrer 2,5 milliards de livres à l’Ukraine l’année prochaine». Il espérait que l’Ukraine «deviendrait à terme un membre à part entière de l’OTAN».

Sunak n’a pas eu grand-chose à faire en réponse, remerciant Starmer «pour son soutien aux mesures que nous avons prises» lors d’un échange que Rob Powell, de Sky News, a décrit comme «une session avec un degré d’accord peut-être pas caractéristique entre gouvernement et opposition».

En fait, c’est tout à fait caractéristique. Au Parlement lundi et dans les jours qui ont suivi les frappes au Yémen, Starmer a davantage défendu les actions du gouvernement que le gouvernement lui-même.

Vendredi dernier, il s’est empressé de déclarer le soutien du Labour avant même que Sunak n’ait publié la justification juridique des frappes du gouvernement.

Dans un article d’opinion publié par The Independent on Sunday, il a répété que «les travaillistes soutiennent l’action de ces derniers jours» et a battu le tambour pour une guerre avec l’Iran: «Le régime iranien continue de jouer un rôle déstabilisateur dans la région, en tant que sponsor du terrorisme ». Starmer a menacé «ceux qui cherchent à nuire à la Grande-Bretagne, à attaquer ses intérêts ou à menacer son peuple ne doivent avoir aucun doute quant au sérieux de la détermination de notre pays à répondre à leur agression».

Il a également donné le feu vert à Sunak pour entreprendre toute autre action militaire non annoncée qu’il souhaiterait, arguant que «nous devons conserver la flexibilité nécessaire pour réagir avec la rapidité requise aux menaces».

La signification de ces mots a été confirmée dans une interview accordée à Laura Kuenssberg de la BBC plus tard dans la journée. Interrogé sur l’abandon d’une promesse faite lors de sa candidature à la direction du Labour, à savoir l’obligation d’un vote parlementaire sur l’action militaire, Starmer s’est dérobé: «Il y a évidemment une énorme différence entre une opération, comme celle que nous avons vue ces derniers jours, et une action militaire, une campagne soutenue, une action militaire, impliquant généralement des troupes sur le terrain…».

«Il y aura toujours des situations d’urgence où le Parlement ne pourra pas être consulté à l’avance, mais le principe est que, s’il doit y avoir une campagne soutenue, si nous devons déployer nos troupes sur le terrain, le Parlement doit être informé».

Il s'agit là d’un soutien systématique à toute guerre que Sunak décidera de lancer. À l’ère moderne, comme l’ont démontré l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie, les guerres impérialistes ne commencent pas par des «bottes sur le terrain», mais invariablement par des campagnes de bombardements aériens soutenus.

Starmer a également renié une autre promesse sans valeur, celle d'arrêter les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, en disant qu’un gouvernement travailliste «réexaminerait la situation».

Le même jour, il a assisté à la conférence annuelle du Mouvement travailliste juif, où il a attaqué les quelques députés travaillistes ayant remis en question l’action militaire au Yémen, disant qu’ils étaient «dans l’erreur», et a insisté pour dire que «le [gouvernement fantôme du] Parti travailliste parlait d’une seule voix… Je n’hésiterai jamais à prendre les mesures qui s’imposent».

Il a diffamé la marche d'un demi-million de personnes en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza qui a eu lieu samedi, décriant «la haine marchant côte à côte avec les appels à la paix, les gens qui haïssent les Juifs se cachant derrière ceux qui soutiennent la juste cause d’un État palestinien». L'antisémitisme, a-t-il dit, «prend une nouvelle forme».

Tout à sa ferveur antidémocratique, Starmer a annoncé, apparemment au pied levé, que la politique du Parti travailliste ne consistait plus à reconnaître un État palestinien dès le premier jour de gouvernement. «Le Parti travailliste a officiellement changé de position», a confirmé le ministre fantôme des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, Wayne David, lors du même événement.

Un jour après les interventions bellicistes du chef de leur parti, la «gauche» travailliste a offert au Parlement un représentation lamentable.

L’ancien leader travailliste Jeremy Corbyn a demandé à Sunak s’il avait « un quelconque espoir que les conflits diminueraient à l’avenir, au lieu d’augmenter très rapidement comme c’est le cas aujourd'hui». Rayonnant de triomphe à l’idée que cet homme représentait prétendument le fer de lance du mouvement anti-guerre, Sunak a répondu: «J’ai de l'espoir».

Lorsqu’Apsana Begum a établi un lien entre les frappes et la guerre menée contre Gaza, et a demandé à Sunak s’il pensait «avoir un quelconque devoir envers le public britannique lorsqu’il prend des décisions» comme le bombardement du Yémen, le Premier ministre a pu répondre: «Le chef de l’opposition [Starmer] a souligné dans ses remarques, à juste titre, que nous devions nous assurer que des acteurs malveillants ailleurs n’essaieraient pas de déformer à leurs propres fins ce que nous avons fait», accusant Begum de donner «des munitions à nos ennemis».

Zarah Sultana, pour avoir déclaré que «l’horrifiant assaut d’Israël sur Gaza» était «le moteur de l’instabilité dans la région», s’est vu répondre qu’elle «ferait bien d’en appeler au Hamas et aux Houthis pour désamorcer la situation» plutôt qu’au gouvernement britannique.

(Article paru d’abord en anglais le 15 janvier 2024)

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