Le gouvernement Legault attaque les travailleurs de la construction avec son projet de loi 51

Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a déposé le projet de loi 51 qui, sous le prétexte de «moderniser» le milieu de la construction, va intensifier les rythmes de travail et miner la santé et la sécurité des travailleurs.

Agissant comme homme de main du patronat, le Premier ministre François Legault utilise les mois précédant la prochaine négociation collective de 2025 dans l’industrie de la construction pour imposer les mesures exigées par le patronat depuis longtemps – avant tout, l’abolition de toute restriction à l’organisation du travail afin d’augmenter les profits au détriment des emplois, des conditions et des droits des travailleurs.

Des travailleurs de la construction du Québec manifestent à Montréal durant leur grève de 2017 (Source: WSWS)

Cet assaut contre les travailleurs de la construction s’inscrit en continuité avec les dernières décennies d’attaques contre les droits démocratiques et les conditions de la classe ouvrière à l’échelle du pays pour transférer les vastes richesses de la société vers les sections les plus riches.

Au niveau de la construction, il fait suite à l’attaque lancée en 2018 contre les grutiers pour réduire drastiquement les exigences en matière de formation. Le projet de loi 51 représente ainsi la prochaine étape dans la déréglementation de toute l’industrie de la construction au Québec.

Pour le gouvernement caquiste, le PL51 représente une étape clé dans sa stratégie économique qui vise à tirer profit de l’avantage du Québec en matière d’électricité. Le secteur de la construction représente 6,9% du PIB de la province avec des investissements de 73 milliards de dollars en 2020 et emploie près de 300.000 travailleurs, soit 1 emploi sur 15.

Legault compte sur sa nouvelle loi pour garantir des profits juteux à ses compères du grand patronat dans la réalisation de ses projets phares, en particulier les chantiers d’Hydro-Québec et le projet controversé de Northvolt qui vise à développer la filière batterie.

Le projet de loi est avant tout orienté autour de la productivité et de la mobilité. Le ministre du Travail Jean Boulet veut par exemple «décloisonner» plusieurs métiers de la construction pour permettre aux travailleurs d’effectuer des tâches «connexes» et de «courte durée» qui sont actuellement exclusives aux corps de métier.

Le projet de loi permettrait aux entrepreneurs de mobiliser leurs travailleurs à l’échelle de la province en interdisant les clauses de protection régionales qui obligent l’emploi de travailleurs locaux lors de projets en région, et ce à partir du 1er mai 2025.

Il réduirait de 1500 à 750 le nombre requis d’heures travaillées pour qu’un travailleur obtienne le statut de «salarié préférentiel», c'est-à-dire pour qu’il puisse travailler à travers la province. Sous le couvert de l’«inclusion», ce nombre descendrait à 400 heures pour les femmes, les autochtones, les immigrants et les personnes handicapées.

Pour ceux ayant plus de 15.000 heures d’expérience, soit la moitié des 300.000 travailleurs, la mention «pleine mobilité» du projet de loi donnerait toute la latitude à l’employeur pour expédier les travailleurs d’un bout à l’autre du territoire.

Ayant essentiellement dicté son contenu, les milieux du patronat ont très favorablement accueilli le dépôt du PL51 le mois dernier. Pour eux, la législation représente une occasion en or de réduire les coûts tout en ayant plus de contrôle sur leur main-d’œuvre.

Cependant, pour certains comme l’Association de la construction du Québec (ACQ), le projet ne va pas assez loin et aurait dû inclure l’élimination des régions de construction. D'autres, comme l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), expriment un «doute» que les mesures auront un «grand effet sur la productivité» en raison notamment de la situation du logement au Québec.

C’est une façon pour eux de maintenir la pression sur le gouvernement caquiste pour qu’il ne dévie aucunement de sa ligne de droite.

Avec la crise du logement qui sévit actuellement au pays, il est vrai que les besoins en main-d’œuvre sont criants dans la construction. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), seulement au Québec, ce sont 860.000 logements qui devraient être construits d’ici 2030.

Mais loin d’investir massivement dans la production de logements abordables, le gouvernement Legault veut plutôt accélérer la déréglementation de l’industrie afin d’en faire une source inépuisable de profits pour la grande entreprise.

Devant l’ampleur des attaques annoncées sur les travailleurs, les syndicats de la construction ont dû prendre une posture d’opposition pour ne pas perdre ce qui leur reste de crédibilité auprès de leurs membres.

Au premier jour des consultations sur le PL51, la FTQ-Construction a organisé une manifestation pour protester devant l’Assemblée nationale. Carl Dufour, président de la CSD-Construction, a promis de son côté «un solide rendez-vous en 2025 pour le renouvellement des conventions collectives».

Mais ce sont là des paroles en l’air. Au Québec comme partout au Canada et à l’international, les syndicats agissent aujourd’hui comme police du patronat au sein des travailleurs pour étouffer dans l’œuf tout mouvement de résistance et, lorsque cela s’avère impossible, rapidement isoler toute lutte qui éclate contre les attaques patronales.

C’est qui ressort clairement de l’expérience des travailleurs de la construction du Québec dans la dernière décennie.

Lors des négociations de 2013 puis de 2017, les syndicats de la construction de la province ont imposé des reculs, en plus de plier l’échine devant la loi anti-grève du gouvernement libéral de 2017 alors qu’elle était clairement antidémocratique.

En 2018, ils ont saboté la lutte des 2000 grutiers qui avaient paralysé les principaux chantiers de construction pendant 8 jours, puis courageusement défié une injonction de retour au travail. La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et la FTQ-construction avaient réagi en menaçant de mettre sous tutelle le local 791g s’il ne mettait pas fin au débrayage.

En 2021, lors des dernières négociations des conventions collectives, les syndicats de la construction ont de nouveau mené une campagne de démobilisation et utilisé les menaces du gouvernement pour faire passer des ententes au rabais.

Pour assurer la défense de leurs droits et de leurs conditions de vie et de travail, les travailleurs de la construction doivent rompre avec les appareils bureaucratiques syndicaux et se tourner vers leurs frères et sœurs de la classe ouvrière qui font face aux mêmes attaques.

En tant que premier pas dans cette direction, il faut former de nouveaux organes de lutte, des comités de base complètement indépendants des syndicats, afin d’organiser la lutte dans le secteur de la construction au Québec en la liant avec les autres luttes ouvrières partout en Amérique du Nord.

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