Le premier ministre de droite de l'Ontario exige la répression des campements d'étudiants contre le génocide

L'élite dirigeante du Canada prépare une répression policière brutale contre les campements d'étudiants contre le génocide qui ont vu le jour dans tout le pays. C'est la seule conclusion que l'on puisse tirer de l'expulsion, lundi, d'une élue de l'Assemblée législative de l'Ontario et des menaces de violence proférées ouvertement par le premier ministre de droite, Doug Ford, à l'encontre des manifestants.

L'expulsion ouverte de Sarah Jama, députée provinciale de Hamilton-Centre, pour le « crime » d'avoir porté un keffieh, visait à envoyer un message clair à tous les opposants au génocide israélien contre les Palestiniens : aucune opposition ne sera tolérée.

L'intensification de la répression politique a coïncidé avec le lancement par Israël de son assaut sur la ville-tente de Rafah, où plus de 1,2 million de Palestiniens ont été déplacés par le nettoyage ethnique meurtrier du régime sioniste à Gaza. L'offensive souligne que le régime d'extrême droite de Netanyahou est pleinement engagé dans une « solution finale » de la question palestinienne par le génocide.

Étudiants et professeurs au campement sur le campus de l'Université McGill au centre-ville de Montréal, 27 avril 2024

Les menaces brutales de Ford interviennent après une vague brutale de violences policières contre les campements américains, au cours de laquelle plus de 2300 étudiants ont été violemment arrêtés. Il suivait les traces du premier ministre du Québec et chef de la CAQ, François Legault, qui a exhorté la police à disperser le campement de l'Université McGill à Montréal la semaine dernière, en dépit d'une décision de la Cour supérieure du Québec selon laquelle la fermeture arbitraire de la protestation mettrait en péril les droits démocratiques. McGill au Québec, l'Université de Toronto, l'Université d'Ottawa et McMaster en Ontario, ainsi que l'Université de Colombie-Britannique et l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, ont actuellement des campements sur leurs campus.

S'adressant aux responsables du Centre Simon Wiesenthal, Ford a déclaré : « J'aimerais que ces gens dans les parcs, dans les universités, puissent entendre votre histoire », en faisant référence à l'Holocauste. L'insinuation de Ford selon laquelle les jeunes étudiants protestataires ignorent l'Holocauste est politiquement immonde, notamment parce que de nombreux étudiants sont juifs et ont des liens familiaux avec ce crime horrible de l'impérialisme allemand.

Ford dissimule politiquement un génocide qui a lieu aujourd'hui, tout en feignant cyniquement le remords pour la mort de six millions de Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale. Qui plus est, le gouvernement de Ford est parfaitement heureux de cultiver politiquement de véritables antisémites, notamment les nationalistes ukrainiens d'extrême droite qui font l'éloge des criminels de guerre nazis en les qualifiant de « héros », ainsi que les éléments fascistes qui ont dirigé le mal nommé Convoi de la « liberté ». L'opposition de Ford aux campements anti-génocide contraste fortement avec son approbation tacite de l'occupation menaçante du centre-ville d'Ottawa par le Convoi en 2022, qui a duré près d'un mois et dont les instigateurs ont exigé la mise en place d'une junte autoritaire chargée d'éliminer toutes les mesures de santé publique encore en vigueur pour faire face à la pandémie.

Ford a ensuite dénigré les manifestants, insinuant à mots couverts qu'ils se livraient à des activités illégales, y compris à des crimes de haine. « Je ne peux pas supporter certaines des choses désagréables que j'ai vues là-bas », a-t-il déclaré, sans donner d'exemples des « choses désagréables » auxquelles il faisait référence. Ford a déclaré, sans la moindre preuve, que les campements universitaires étaient violents : « Oui, nous vivons dans une démocratie. Tout le monde a le droit de protester pacifiquement. Et c'est ce que je veux dire, pacifiquement. La haine que j'ai vue lors de ces manifestations, je ne l'ai jamais vue au cours de mes soixante années d'existence ». Une fois de plus, Ford n'a pas cité une seule déclaration « haineuse » ou un seul incident violent.

Le premier ministre a ensuite recouru à une islamophobie flagrante et à un racisme anti-immigrés, insinuant que les manifestations avaient été provoquées par des personnes issues de « cultures étrangères ». « Vous voulez être ici en Ontario, vous vivez dans la paix et l'amour [...] Quelle que soit votre culture, vous ne venez pas en Ontario pour semer le trouble », a-t-il affirmé. Cette diatribe chauvine a été applaudie à tout rompre.

La dénonciation agressive des manifestants anti-génocide par Ford est intervenue une heure seulement après l'expulsion de Jama de l'Assemblée législative de l'Ontario pour avoir porté le keffieh. Jama a défié l'interdiction antidémocratique de porter le voile dans l'enceinte de l'Assemblée législative de l'Ontario, imposée par le président de la Chambre, Ted Arnott, par le biais d'une directive secrète en mars dernier. L'ordre d'expulser Jama de la législature a été donné au nom du président Arnott par le sergent d'armes, le chef de la sécurité du bâtiment législatif, dont les pouvoirs trouvent leur origine dans l'Angleterre du XIVe siècle.

Sarah Jama au campement anti-génocide à l'Université McMaster à Hamilton [Photo: Sara Jama/Facebook]

Le rôle politique du Nouveau Parti démocratique, qui a expulsé Jama de son caucus parlementaire en octobre dernier parce qu'elle avait qualifié Israël d'« État d'apartheid », est particulièrement méprisable. Sur un total de 28 députés néo-démocrates, seuls deux – Kristyn Wong-Tam et Joel Harden – ont également revêtu des keffiehs et ont volontairement déclaré leur solidarité avec Jama. La chef du NPD, Marit Stiles, a ensuite quitté la Chambre à titre « individuel », précisant explicitement qu'elle n'était pas à la tête d'une protestation ou d'un débrayage du caucus.

La « défiance » symbolique et totalement cynique du NPD à l'égard de l'interdiction du keffieh est indissociable de son soutien au gouvernement libéral fédéral de Trudeau, favorable au génocide et à la guerre. Avec le soutien total du Congrès du travail du Canada, d'Unifor et de toutes les grandes organisations syndicales du pays, le NPD fédéral soutient le gouvernement Trudeau qui mène une guerre impérialiste contre la Russie en Ukraine et appuie le génocide israélien à Gaza. S'exprimant lors d'un événement Yom HaShoah à Ottawa, alors que l'assaut sur les civils de Rafah commençait, Trudeau a déclaré que le sionisme n'était pas une idéologie génocidaire de supériorité raciale, mais simplement « la croyance, dans sa forme la plus simple, que le peuple juif, comme tous les peuples, a le droit de déterminer son propre avenir ». Les sionistes déterminent cet avenir sur les os des femmes et des enfants palestiniens.

Les actions du NPD ont joué un rôle central dans la censure systématique de tous les sentiments pro-palestiniens et anti-génocide au cours des sept derniers mois. La décision de Stiles d'expulser Jama du caucus législatif du parti a été le point de départ d'une véritable vague de répression, qui s'est traduite par la censure de Jama à l'Assemblée législative par le gouvernement Ford. La censure signifie que la députée élue n'a pas le droit de s'exprimer sur quelque sujet que ce soit dans l'hémicycle tant qu'elle ne se sera pas « excusée » pour la déclaration qu'elle a faite en octobre et dans laquelle elle affirmait sa solidarité avec les Palestiniens.

En mars, le NPD a joué le rôle principal dans une mascarade à la Chambre des communes qui a commencé par la présentation d'une motion visant apparemment à soutenir le droit des Palestiniens à « l'autodétermination ». Le NPD a ensuite volontairement entamé des négociations en coulisses avec le gouvernement libéral qui ont abouti à plus d'une dizaine d'amendements au texte de la motion. Le résultat de cette réécriture est que la motion a été transformée en un document de propagande soutenant le génocide qui aurait pu être écrit par le gouvernement Netanyahou.

Charlotte Kates, militante de la solidarité palestinienne et organisatrice principale de Samidoun, le réseau de soutien aux prisonniers palestiniens, a été arrêtée après un discours prononcé le 26 avril à Vancouver. Kates a demandé que les groupes de résistance palestiniens, dont le Hamas, le Jihad islamique, le Hezbollah et le Front populaire de libération de la Palestine, soient retirés de la liste des organisations « terroristes » désignées par l'État canadien. Elle aurait déclaré que le soulèvement du 7 octobre du Hamas contre l'État d'Israël était « héroïque et courageux ». Pour ces faits, Kates a été inculpée d’« incitation publique à la haine » et de « promotion délibérée de la haine », et il lui a été ordonné de ne pas participer à des manifestations pendant six mois, ce qui constitue une condition de sa libération sous caution. Le premier ministre néo-démocrate de la Colombie-Britannique, David Eby, a salué l'arrestation de Kates.

Les accusations portées contre Mme Kates sont obscènes, car elles émanent de l'État canadien, qui entretient des relations diplomatiques avec l'État d'Israël, dont les dirigeants politiques se livrent quotidiennement à l'« incitation publique à la haine ». Le ministre de la Défense Yoav Galant a qualifié les Palestiniens d'« animaux humains ». Le président israélien Isaac Herzog a déclaré qu'il n'y avait « pas d'innocents à Gaza ». S'exprimant à la télévision israélienne le 6 mai, alors que l'assaut sur Rafah commençait, Shimon Boker, vice-président international du parti Likoud de Netanyahou, a déclaré : « Il n'y a pas de civils non impliqués là-bas (à Rafah). Il faut y aller et tuer, tuer et tuer. »

En outre, l'État canadien est lui-même engagé depuis des décennies dans une campagne de guerre impérialiste qui s'apparente à du terrorisme mondial. L'impérialisme canadien dégouline du sang des Somaliens, des Yougoslaves, des Afghans, des Haïtiens, des Libyens, des Russes et des Ukrainiens. Le gouvernement Trudeau a étouffé toute enquête sur les accusations sérieuses selon lesquelles les troupes canadiennes ont torturé et assassiné des civils afghans pendant leur occupation brutale de la province de Kandahar. Il s'arme rapidement pour la Troisième Guerre mondiale.

Les travailleurs, les étudiants et les jeunes ne peuvent pas lutter contre l'attaque sur leurs droits fondamentaux à la liberté d'expression et de réunion en faisant appel aux mêmes forces politiques qui travaillent jour et nuit pour leur retirer ces droits. Les jeunes anti-guerre doivent transmettre le message politique d'opposition au génocide et à la guerre à la classe ouvrière, la seule force qui a le pouvoir social de vaincre les gouvernements impérialistes qui arment et soutiennent l'État d'Israël dans le cadre de la guerre mondiale qu'ils développent. Les travailleurs doivent se porter à la défense des étudiants anti-génocide qui sont attaqués par les mêmes forces politiques et la même machine d'État qui mettent en œuvre un assaut de plus en plus large et sans fin contre leurs droits et leur niveau de vie. Ensemble, armés d'un programme et d'une perspective socialistes révolutionnaires, les travailleurs, les étudiants et les jeunes doivent mener une lutte indépendante pour le pouvoir politique de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 7 mai 2024)

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