Dans la soirée du 9 mai, des policiers ont violemment agressé des centaines d'étudiants pacifiques à l'université de Calgary, dans la province canadienne de l'Alberta, alors qu'ils dispersaient par la force un campement anti-génocide installé quelques heures plus tôt. L'attaque policière sanctionnée par l'État, qui faisait suite à une campagne d'intimidation menée par les milieux politiques et médiatiques, qui ont traité les manifestants d'antisémites, a duré plus de trois heures.
Cinq manifestants ont été arrêtés et plusieurs ont été blessés.
La répression brutale de vendredi visait clairement à intimider les étudiants et les travailleurs du Canada qui envisageaient de se joindre à une protestation contre le génocide. Elle fait suite aux rafles policières en cours aux États-Unis, où plus de 3000 étudiants et jeunes ont été arrêtés pour s'être opposés au génocide israélien à Gaza et aux préparatifs d'une guerre impérialiste de plus grande ampleur.
Le campement de l'Université de Calgary n'a même pas été autorisé à durer une seule nuit. À peine quelques dizaines d'étudiants avaient-ils installé leurs tentes devant McEwan Hall, le centre étudiant de l'université, que l'administration de l'université leur a outrageusement communiqué un avis de «violation de propriété». Lorsque les étudiants ont refusé de bouger, l'administration de l'université de Calgary a fait appel à la police anti-émeute. Il n'y a eu aucune tentative de discussion sur les revendications des étudiants, qui, comme celles d'autres campements à travers le pays et à l'étranger, demandaient à l'université de se désinvestir des entreprises israéliennes et de celles qui arment les forces de sécurité israéliennes.
Plusieurs manifestants ont été agressés. «Tout se déroulait de manière pacifique. Quelques-uns d'entre nous ont été ciblés, isolés et ont reçu des coups de poing et des coups au sol pendant un certain temps», a déclaré Euan Thomson à la CBC. Thomson tente de porter plainte contre les policiers.
La répression violente de la liberté d'expression a été accueillie avec des applaudissements par la classe dirigeante canadienne, qui réclamait depuis des semaines la répression impitoyable des manifestants contre le génocide. Danielle Smith, première ministre de l'Alberta, membre du Parti conservateur uni d'extrême droite, a déclaré : «La situation est déjà hors de contrôle en Ontario, au Québec et ailleurs, et les universités ne peuvent pas permettre qu'elle le devienne encore plus.»
En Ontario, le gouvernement du premier ministre Doug Ford a appelé la semaine dernière à la dispersion violente des campements dans toute la province, y compris à l'Université de Toronto et à l'Université d'Ottawa. Dans une démarche raciste et antidémocratique, le président de l'Assemblée législative de l'Ontario, Ted Arnott, qui, comme Ford, est un progressiste-conservateur, a utilisé ses vastes pouvoirs en matière de «sécurité» pour imposer arbitrairement l'interdiction du port du keffieh dans les environs de l'Assemblée législative. Quelques jours à peine avant le déchaînement de la police en Alberta, la députée indépendante Sarah Jama a été expulsée de l'Assemblée législative pour avoir défié l'interdiction.
Le silence de Naheed Nenshi – ancien maire «progressiste» de Calgary et favori pour remplacer Rachel Notley le mois prochain à la tête du NPD de l'Alberta – illustre la manière dont les sociaux-démocrates du Canada ont pleinement soutenu la chasse aux sorcières menée contre les manifestants pro-palestiniens au cours des sept derniers mois. Nenshi n'a pas prononcé un seul mot pour critiquer l'agression de la police de Calgary. Dans une lettre de 2019 récemment révélée, Nenshi a exhorté le ministre du Travail de l'Alberta à autoriser le conseil municipal de Calgary à imposer un gel des salaires aux travailleurs municipaux, y compris en rouvrant les conventions collectives existantes.
Notley, qui a été première ministre de l'Alberta de 2015 à 2019, n'a pu que retweeter une déclaration hypocrite d'Irfan Sabir, porte-parole du NPD en matière de justice, et de Rhiannon Hoyle, porte-parole du NPD en matière d'enseignement supérieur. Les deux députés néo-démocrates ont affirmé être «profondément troublés» par la violence policière, tout en légitimant la calomnie selon laquelle le campement était un foyer d'antisémitisme et que les étudiants juifs ne se sentaient pas «en sécurité».
La Fédération du travail de l'Alberta est restée totalement silencieuse. Un tweet épinglé à son fil Twitter /X déclare que «la plupart des Albertains pensent que les syndicats jouent un rôle vital dans la société». Apparemment, ce «rôle» n'inclut pas la défense des droits démocratiques fondamentaux des Albertains et la dénonciation de la complicité du Canada dans le massacre, la famine et la dépossession des Palestiniens.
La classe dirigeante canadienne s'unit autour d'un programme de guerre impérialiste à l'étranger et de répression violente à l'intérieur du pays. Le premier ministre Justin Trudeau, dont le gouvernement appuie fermement le génocide israélien à Gaza et a annoncé une nouvelle augmentation importante des dépenses militaires pour mener la guerre dans le monde entier, joue un rôle déterminant dans l'orchestration de la répression sanctionnée par l'État à l'encontre des manifestants. Une semaine avant la violente opération de police à Calgary, il a déclaré que les Canadiens «doivent faire confiance» à la police et aux administrations universitaires pour assurer la sécurité des manifestants.
Dans une tribune particulièrement odieuse, le rédacteur en chef du National Post, Michael Higgins, a déclaré que les manifestants avaient reçu une «précieuse leçon», à la manière d'un enfant qui a besoin d'une fessée. «Les actions ont des conséquences et les lois doivent être appliquées», a-t-il tonné, apparemment inconscient du fait que les étudiants protestent contre les violations flagrantes du droit international commises par Israël à Gaza et contre l'impunité dont a bénéficié la police de Calgary à la suite de son saccage.
L'hypocrisie de la classe dirigeante n'échappe cependant pas aux étudiants de l'Université de Calgary. L'un d'entre eux a noté avec amertume : «L'Université de Calgary affiche des pancartes disant “Perturbez quelque chose” et quand on le fait, ils appellent les flics anti-émeute.»
Michelle, professeur de littérature à McGill et sympathisante du campement, a déclaré vendredi à un journaliste du World Socialist Web Site : «Les premières journées du campement, l’administration a commencé avec des menaces, des courriels qui disaient que le campement était interdit, qu’il contrevenait aux règlements de l’université. Après le rejet de l’injonction, on n’a plus rien entendu de l’administration officiellement. J’ai compris que l’université avait commencé à parler avec les étudiants, mais qu’elle n’avait pas encore répondu à leurs revendications. Elle n’a pas dit si elle allait accéder aux demandes de désinvestissement.»
Se référant à la sympathie généralisée pour le campement au sein de la population locale, elle a ajouté : «Le peuple montréalais, le peuple des communautés ici soutient le campement et vient appuyer les étudiants. Nous avons des films le soir avec des discussions, des teach-in [...] Hier il y avait un teach-in sur le Soudan, les liens avec le Soudan et la Palestine, comment l’État sioniste est impliqué aux deux endroits. Il y a de la poésie, de l’art, de la peinture, des bannières. C’est une manière d’ouvrir l’espace universitaire au grand public.»
Le premier ministre du Québec, François Legault, et d'autres représentants de son gouvernement de droite chauvin, la Coalition Avenir Québec, ont exigé que la police intervienne pour écraser le camp. Michelle a déclaré : «Legault ne peut pas faire des lois lui-même. Le premier ministre ne peut pas dire qu’une chose est illégale simplement parce qu’il le pense.»
Camélia a déclaré : «Je suis ici pour apporter mon soutien. Ma meilleure amie est palestinienne, ainsi que toute sa famille, donc cela me tient vraiment à cœur.
«L'administration a demandé à la police, il y a quelques jours, d'essayer d'empêcher les dons d'arriver. Certaines personnes ont essayé d'apporter des masques pour protéger les étudiants et ils ont pris la boîte de la personne et ont commencé à l'interroger. Ils ne veulent donc pas que les dons arrivent. La sécurité est omniprésente. Si vous venez avec une boîte de nourriture, ils ne vous laisseront pas entrer.»
Camélia a expliqué que les étudiants suivent les manifestations au niveau international : «Ce qui s'est passé à l'université Columbia [de New York] est vraiment dégoûtant. J'avais les larmes aux yeux. Ils n'arrêtent pas de parler de la liberté d'expression et du premier amendement aux États-Unis, mais lorsqu'il s'agit d'un génocide, de quelque chose de vraiment important, ils les traitent comme s'ils n'étaient même pas humains. Ils ont lancé des gaz lacrymogènes, ils ont frappé des gens qui se tenaient simplement là. C'est vraiment dégoûtant.»
Elle a également rejeté la campagne de la classe dirigeante visant à calomnier les manifestants en les qualifiant d'antisémites, en déclarant : «Ce n’est pas une question de juifs, de musulmans ou de chrétiens, il s'agit de la mort d'innocents. La nuit, il y a toujours une prière pour les juifs, et ils vont tous en cercle avec les gens ici, et ils s'amusent, ils jouent de la musique. Personne n'est contre les juifs ici. Nous sommes contre les sionistes et ceux qui encouragent le meurtre d'innocents.»
(Article paru en anglais le 12 mai 2024)
