Un hélicoptère transportant le président iranien Ebrahim Raïssi ainsi que le ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian et d'autres responsables s'est écrasé dimanche dans une zone montagneuse à environ 600 kilomètres au nord-ouest de la capitale Téhéran.
Les agences de presse iraniennes ont confirmé la mort de Raisi et de M. Amir-Abdollahian.
Raïssi et son entourage revenaient de la province iranienne de l'Azerbaïdjan oriental où ils avaient inauguré un barrage avec le président de l'Azerbaïdjan voisin, Ilham Aliyev, près de leur frontière sur la rivière Aras. L'hélicoptère de Raïssi était l'un des trois hélicoptères en transit, les deux autres étant rentrés sans encombres.
Dans des commentaires à la télévision d'État, le ministre de l'Intérieur Ahmad Vahidi a déclaré : « Les estimés président et son entourage étaient sur le chemin du retour à bord d'hélicoptères et l'un des hélicoptères a été contraint de faire un atterrissage forcé en raison du mauvais temps et du brouillard. » Il a déclaré que les équipes de secours avaient été empêchées d'atteindre les zones en raison de conditions météorologiques difficiles.
Selon la télévision d'État iranienne, « l'accident » a eu lieu près de Jolfa, une ville à la frontière avec l'Azerbaïdjan.
L'agence de presse IRNA a rapporté que plus de 60 équipes de secours utilisant des chiens de recherche et des drones avaient été envoyées dans une zone forestière montagneuse près de la ville de Varzaghan. Des soldats, des policiers et du personnel du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iraniens ont également été envoyés.
La mort de Raïssi pourrait déclencher une crise politique et entraîner de vives luttes intestines au sein du régime religieux islamique bourgeois du pays. Il a été installé comme président, remplaçant le soi-disant modéré Hassan Rohani, qui a dû démissionner après avoir effectué deux mandats, lors d'une élection antidémocratique limitée à une poignée de candidats triés sur le volet.
Raïssi, un conservateur, est considéré comme proche du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. Il a été procureur général de Téhéran de 1989 à 1994, chef adjoint de l'autorité judiciaire pendant une décennie à partir de 2004, puis procureur général national en 2014.
Son élection a eu lieu dans le contexte de la rupture de l'accord nucléaire iranien avec les puissances impérialistes américaines et européennes, connu sous le nom de Plan d'action global commun (initiales anglaises JCPOA), que Rohani avait défendu. Le régime de sanctions paralysant dirigé par les États-Unis a provoqué une grave crise économique et sociale, aggravée par une pandémie de COVID-19 qui a attisé des troubles politiques croissants.
Un élément important des sanctions était l'interdiction par les États-Unis d'exporter des pièces de rechange indispensables à l'entretien et à la réparation de la flotte vieillissante d'avions et d'hélicoptères de l'Iran. Raïssi et d'autres responsables volaient dans un hélicoptère civil Bell 212 principalement fabriqué aux États-Unis.
L'élection de 2021 a donné à la faction de la ligne dure ou principaliste, étroitement alignée sur le CGRI, un ferme contrôle sur toutes les branches de l'appareil d'État. Sous Raïssi, le régime a réagi à l'éruption de protestations et de grèves par une répression sauvage, y compris par des exécutions.
Un commentaire du magazine The Atlantic basé aux États-Unis, intitulé «Qui profiterait de la mort d'Ebrahim Raïssi?» a suggéré indirectement que l'accident, s'il était confirmé, pourrait ne pas être accidentel. Après avoir noté qu'un accident était certainement possible compte tenu de l'état de la flotte d'hélicoptères iraniens, du terrain et des mauvaises conditions météorologiques, l'auteur déclare: «Pourtant, des soupçons entoureront inévitablement l'accident» et la question du ‘qui en profite’ se pose ».
L'article lui-même se limite à un examen des factions politiques concurrentes en Iran. Raïssi devait faire face à l'opposition non seulement des soi-disant modérés qui défendaient des réformes de marché et des relations plus étroites avec l'Occident, mais aussi de factions plus radicales critiquant l'absence de mesures plus dures de la part de Raïssi.
Il faut cependant aussi placer la question du «qui en profite» dans le contexte de l'intensification rapide des tensions géopolitiques qui se développent dans tout le Moyen-Orient, alimentées par le génocide israélien soutenu par les États-Unis lancé contre les Palestiniens de Gaza. Israël, les États-Unis et leurs alliés sont engagés dans un conflit militaire de facto au Liban, en Syrie et au Yémen. La cible principale est l'Iran et toute milice, parti ou gouvernement aligné sur Téhéran.
Tout en menant sa guerre barbare à Gaza, Israël a mené de nombreuses frappes aériennes au Liban et en Syrie, non seulement contre des membres dirigeants des milices du Hamas et du Hezbollah, mais aussi contre de hauts responsables iraniens. La plus provocatrice a été une frappe aérienne le 1er avril sur l'ambassade d'Iran à Damas, qui a tué trois hauts dirigeants du CGRI.
Le meurtre de responsables iraniens sur le terrain d’une ambassade, qui en vertu des conventions internationales est un territoire iranien, était un acte de guerre destiné à enflammer les tensions et à attiser le conflit avec l'Iran. En l'occurrence, l'Iran a répondu le 13 avril en lançant un barrage de drones, de missiles de croisière et balistiques sur les aérodromes israéliens ; mais il a télégraphié son action plusieurs jours à l'avance, s'assurant qu'Israël, les États-Unis et leurs alliés soient en mesure d'abattre la plupart d’entre eux. Peu de dégâts ont été causés.
Alors même qu'il sème la mort et la destruction dans la ville de Rafah, au sud de Gaza, entraînant une nouvelle vague de réfugiés palestiniens, le régime fasciste sioniste, soutenu inconditionnellement par l'impérialisme américain, est plus que capable de mener de nouvelles provocations. Il est connu dans tout le Moyen-Orient pour ne respecter aucune loi, ce qui inclut ses sabotages et ses assassinats en Iran.
Il faut inclure également dans la liste des bénéficiaires de troubles politiques en Iran Israël et les États-Unis.
(Article paru en anglais le 20 mai 2024)
