Des manifestations de masse éclatent en Iran en raison de la détresse économique

Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprime lors d'une cérémonie marquant la fête chiite de l'Aïd al-Ghadir, à Téhéran, en Iran, le mardi 25 juin 2024. [AP Photo]

Au cours de la semaine dernière, d'importantes manifestations contre la détresse économique ont eu lieu dans de nombreuses régions d'Iran et se sont poursuivies malgré la répression étatique qui s’intensifie.

Les informations divergent quant au nombre de personnes tuées lors des affrontements entre les manifestants et les forces de sécurité, mais ce chiffre serait probablement supérieur à 10. Samedi, l'agence de presse officielle Mehr News Agency a rapporté qu'un membre du Corps des gardiens de la révolution islamique et deux manifestants avaient été tués à Malekshahi, une ville de l'ouest de l'Iran à forte population kurde, alors que les manifestants auraient tenté de prendre d'assaut un poste de police.

Ces manifestations, les plus importantes depuis 2022, sont socialement et politiquement hétérogènes.

Elles sont alimentées par des griefs sociaux profondément enracinés parmi les travailleurs et les paysans iraniens, qui souffrent d'une inflation galopante, d'un chômage de masse, d'inégalités sociales croissantes, d'infrastructures publiques en ruine et d'une répression omniprésente exercée par un régime nationaliste bourgeois et clérical qui redoute toute forme d'auto-organisation de la classe ouvrière.

En plus de réclamer une aide économique, les manifestants ont scandé des slogans contre la République islamique et son guide suprême, l'ayatollah Khamenei.

Les puissances impérialistes nord-américaines et européennes ont rapidement exploité l'occasion offerte par les manifestations pour justifier et amplifier leur campagne d'agression contre l'Iran. Cette agression s'est considérablement intensifiée en 2025, d'abord avec la guerre israélo-américaine contre l'Iran, puis avec le « retour » – à l'instigation de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et de la France – de sanctions économiques paralysantes. Cette dernière mesure a été justifiée par le fait que Téhéran n'avait pas respecté l'accord nucléaire iranien de 2016 parrainé par l'ONU, alors que ce sont les États-Unis qui ont rejeté l'accord en 2018 et qui ont ensuite mené, sous Trump puis Biden, une campagne de « pression maximale » visant à faire s'effondrer l'économie iranienne et à précipiter un changement de régime.

Tôt vendredi matin, Trump a directement menacé l'Iran, se présentant de manière grotesque comme un défenseur de la démocratie et des droits humains. Dans un tweet publié sur sa plateforme Truth Social, il a promis que les États-Unis « viendraient à leur secours » si l'Iran « tuait violemment des manifestants pacifiques ». Il a ensuite ajouté de manière menaçante : «Nous sommes prêts à passer à l'action. »

Le président américain aspirant dictateur a lancé sa menace de guerre après avoir rencontré le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le lundi 29 décembre pour discuter des prochaines étapes de la campagne menée par l'impérialisme américain pour créer un « nouveau Moyen-Orient » – y compris d'éventuelles nouvelles actions militaires contre l'Iran – et alors que le Pentagone finalisait les préparatifs de l'attaque contre le Venezuela qu'il a lancée ce soir-là. Renonçant à toute tentative de camoufler les appétits prédateurs de l'impérialisme américain, Trump a déclaré sans ambages le lendemain que les États-Unis s'emparaient des richesses pétrolières du Venezuela et gouverneraient le pays dans un avenir prévisible.

Les manifestations ont commencé le 28 décembre avec la fermeture du Grand Bazar de Téhéran, organisée par les marchands et les commerçants du bazar, qui ont toujours été un pilier du régime. Dans les jours qui ont suivi, elles se sont étendues à la plupart des villes du pays, y compris aux principaux centres industriels tels qu'Ispahan, Mashhad et Ahvaz. Selon certaines informations, le mouvement de protestation a été particulièrement fort dans les régions à forte population ethnique minoritaire, notamment au Kurdistan.

Les manifestations ont rassemblé diverses couches sociales, notamment des étudiants universitaires, des commerçants, des chauffeurs routiers et des fonctionnaires, et ont pris la forme de « grèves sectorielles » ainsi que de courtes manifestations et de rassemblements de masse.

Le lundi 29 décembre, alors que le mouvement de protestation s'étendait rapidement au-delà de Téhéran, le directeur de la banque centrale iranienne, Mohammad Reza Farzin, a présenté sa démission. L'effondrement de la valeur de la monnaie iranienne, le rial, est un facteur majeur de l'inflation de plus de 40 % qui touche l'Iran.

Le lendemain, le président iranien Masoud Pezeshkian a appelé au «dialogue » avec les manifestants. « Nous avons des mesures fondamentales à l'ordre du jour pour réformer le système monétaire et bancaire et préserver le pouvoir d'achat de la population », a-t-il déclaré.

En réalité, les mesures de « libéralisation » mises en œuvre par les gouvernements iraniens ces dernières années, conformément aux prescriptions politiques de la Banque mondiale et du FMI, notamment la privatisation et l’élimination ou la réduction des subventions sur les biens de première nécessité, n'ont servi qu'à appauvrir les travailleurs tout en enrichissant davantage une petite élite bourgeoise.

Samedi, le guide suprême Khamenei a rompu son silence sur les manifestations. Il a combiné un appel aux couches mécontentes de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, dont il a reconnu les plaintes et les frustrations face à la situation économique de l'Iran, avec des menaces de réprimer sauvagement ceux qu'il a qualifiés d'« émeutiers », c'est-à-dire les éléments agités de la classe ouvrière et les jeunes.

« La classe des bazaaris, a déclaré Khamenei, est l'une des plus fidèles à la révolution islamique dans le pays. »

« Les bazaaris avaient raison, a-t-il poursuivi. Ils ne peuvent pas faire des affaires dans ces conditions. »

« Nous parlons aux manifestants. Les responsables doivent leur parler », a déclaré Khamenei, qui, à 86 ans, en est maintenant à sa 36e année en tant que guide suprême de la République islamique. « Mais il n'y a aucun intérêt à parler aux émeutiers. Les émeutiers doivent être remis à leur place. »

Dans le but de rallier le soutien au régime, Khamenei a souligné les menaces de Trump et la volonté persistante des puissances impérialistes, menées par Washington, de ramener l'Iran à l'esclavage néocolonial qui prévalait sous la dictature monarchique du Shah.

Mais la réalité est que la bourgeoisie iranienne et l'establishment politico-clérical de la République islamique cherchent à faire porter tout le poids de la confrontation de l'Iran avec les puissances impérialistes sur le dos de la classe ouvrière et des travailleurs ruraux, tout en s'enrichissant et en cherchant à parvenir à un accord avec Washington et les puissances impérialistes européennes.

Des années de sanctions sévères, la poursuite par la bourgeoisie iranienne de ses intérêts de classe égoïstes, la guerre de douze jours avec Israël l'année dernière, qui s'est terminée par une frappe américaine sur les installations nucléaires civiles iraniennes, le « retour » de sanctions encore plus étendues en octobre dernier et la chute du prix du pétrole ont tous eu un impact dévastateur sur l'économie iranienne, le niveau de vie et la vie des Iraniens ordinaires.

En raison de l'état de délabrement de ses infrastructures, l'Iran est confronté à de graves pénuries d'énergie qui ont contraint le gouvernement à procéder à des coupures de courant, perturbant la production et obligeant Téhéran à fermer temporairement les bureaux gouvernementaux et à imposer une semaine de travail raccourcie dans une grande partie du pays. De vastes régions de l'Iran ont également été gravement touchées par la sécheresse due au changement climatique, ce qui a encore fait grimper les prix des denrées alimentaires et réduit les revenus ruraux.

Dès 2024, le ministère des Affaires sociales a constaté que 57 % des Iraniens souffraient de malnutrition. La viande est devenue un produit de luxe, les prix des denrées alimentaires ayant augmenté globalement d'environ 70 % l'année dernière. Les prix de centaines de médicaments essentiels ont doublé, voire plus, au cours de l'année 2025, obligeant de nombreuses personnes à renoncer à des soins de santé vitaux.

Le régime bourgeois-nationaliste iranien dirigé par le clergé a consolidé son pouvoir à la suite du soulèvement anti-impérialiste qui a renversé le régime tyrannique du Shah en février 1979, en réprimant sans pitié la gauche et les organisations indépendantes que la classe ouvrière avait créées au plus fort de la révolution.

Néanmoins, il s'est senti contraint de maintenir certaines concessions sociales accordées à la classe ouvrière et aux travailleurs ruraux au lendemain de la révolution. Au cours des 15 dernières années, le peu qui restait de ces concessions a fait l'objet d'attaques systématiques. Les gouvernements iraniens successifs, qu'ils soient dirigés par des «réformateurs » alignés sur le FMI ou par des « extrémistes » religieux soi-disant anti-américains (les principlistes), ont mis en œuvre des « réformes pro-marché », allant de la privatisation et de la réduction des subventions à la promotion de l'emploi précaire sous contrat.

En conséquence, la base de soutien du régime parmi les pauvres des zones urbaines et rurales s'est largement érodée. Des manifestations de masse de la classe ouvrière ont éclaté dans tout l'Iran à la fin de 2018, et le pays a de nouveau été secoué par des manifestations de masse à l'automne 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, 22 ans, alors qu'elle était détenue par la « police des mœurs » iranienne.

Ces derniers mois ont été marqués par une vague de manifestations et de grèves de travailleurs, notamment d'enseignants, d'infirmières et de travailleurs du secteur pétrolier. Le 11 novembre, les travailleurs contractuels d'une douzaine de raffineries de South Pars ont organisé des marches et des rassemblements de protestation.

Le régime est depuis longtemps divisé entre une faction prônant un rapprochement rapide avec les puissances impérialistes occidentales et une faction cherchant à négocier plus durement, en privilégiant les liens économiques et militaro-stratégiques avec la Chine et la Russie, et en contrant la pression militaire américano-israélienne par le biais de ce qu'on appelle l'Axe de la résistance (un réseau d'alliés qui comprend le Hamas, le Hezbollah et, jusqu'à son effondrement en décembre 2024, le régime syrien d'Assad). Khamenei, en tant que Guide suprême, a tenté de manœuvrer entre les deux factions, favorisant d'abord l'une, puis l'autre, alors que lui-même et la bourgeoisie iranienne tentent de manœuvrer entre les grandes puissances et de contenir les contradictions de classe de plus en plus explosives au sein de l'Iran.

Les événements ont démontré la faillite de tous les camps de l'establishment politique de la République islamique et de la bourgeoisie iranienne, le caractère creux de leurs prétentions à lutter contre l'impérialisme, leur hostilité envers la classe ouvrière et leur incapacité organique à mobiliser les masses du Moyen-Orient, toutes religions et ethnies confondues, dans une lutte commune contre l'oppression impérialiste.

Le régime iranien a répondu au retour de Trump à la Maison-Blanche en plaidant pour des négociations, et il a continué à le faire alors que celui-ci menaçait l'Iran de guerre et intensifiait le soutien américain à l'assaut génocidaire d'Israël contre Gaza. Malgré toutes leurs fanfaronnades sur leur opposition aux États-Unis, les dirigeants de l'appareil de sécurité nationale iranien sont tombés en plein dans le piège que leur avaient tendu l'impérialisme américain et son chien d'attaque israélien, Trump feignant que les négociations avec l'Iran se poursuivraient à la veille de l'attaque israélienne du 13 juin, qui a commencé par une frappe de décapitation réussie contre une grande partie des dirigeants militaires iraniens.

Au cours des mois qui ont suivi, l'Iran a poursuivi la même stratégie, continuant à proposer de négocier avec Trump et à ouvrir l'économie iranienne à des investissements américains à grande échelle, tout en cherchant à reconstruire ses installations nucléaires civiles afin de faire pression sur Washington pour qu'il revienne à la table des négociations.

Téhéran a réservé une grande partie de sa colère aux impérialistes européens. Il les a longtemps considérés comme plus « raisonnables » et plus enclins à un rapprochement que Washington, mais la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne ont lancé le « rétablissement » des sanctions de l'ONU à l'automne dernier, afin de s'attirer les faveurs de Trump et de punir l'Iran pour son soutien militaire limité à la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine.

La classe ouvrière iranienne ne peut affirmer ses intérêts de classe qu'en s'opposant à toutes les factions de la bourgeoisie iranienne et en opposant à la République islamique capitaliste réactionnaire la lutte pour un Iran ouvrier. Ce n'est que par le développement d'un mouvement socialiste de masse de la classe ouvrière, ralliant derrière elle les travailleurs ruraux, qu'une véritable lutte contre l'impérialisme et son État client sioniste pourra être menée.

Toute l'histoire de l'Iran moderne – depuis l'échec de la révolution constitutionnelle au début du XXe siècle et le renversement du régime nationaliste de Mossadegh en 1953, en passant par le détournement et la répression de la révolution iranienne de 1979 et les 47 années de la République islamique – démontre que la seule stratégie viable pour la classe ouvrière iranienne est celle de la révolution permanente. Formulée pour la première fois par Léon Trotsky, la stratégie de la révolution permanente a animé la révolution russe de 1917 et la lutte contre la bureaucratie nationaliste stalinienne, qui a usurpé le pouvoir de la classe ouvrière dans des conditions d'isolement de la révolution et a finalement restauré le capitalisme. Elle établit que, à l'époque impérialiste, les tâches démocratiques associées aux révolutions bourgeoises historiques des XVIIIe et XIXe siècles – notamment l'indépendance et l'unité nationales et la séparation de l'Église et de l'État – ne peuvent être réalisées que par l'établissement du pouvoir ouvrier et dans le cadre de la lutte pour la révolution socialiste mondiale.

Les travailleurs d'Amérique du Nord et d'Europe, pour leur part, doivent s'opposer sans relâche à l'agression impérialiste continue contre l'Iran, qui fait partie intégrante de la campagne impérialiste menée par les États-Unis visant à redécouper le monde par la guerre mondiale.

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