Perspective

Les manifestations iraniennes, l'agression impérialiste et la lutte pour le pouvoir de la classe ouvrière

Cette capture d'écran d'une vidéo diffusée le vendredi 9 janvier 2026 par la télévision d'État iranienne montre un homme tenant un appareil pour filmer des véhicules en feu lors d'une nuit de manifestations de masse à Zanjan, en Iran. [AP Photo/Iranian state TV]

Le World Socialist Web Site condamne la prolifération de menaces d'intervention militaire contre l'Iran émanant de la Maison Blanche. Le fasciste et aspirant dictateur de l’impérialisme américain se prépare – selon ses propres dires et selon le New York Times – à une frappe militaire imminente contre l'Iran.

Le tout doit être présenté de façon tapageuse avec le prétexte le plus cynique et absurde qui soit: les États-Unis attaquent l'Iran pour «défendre le peuple iranien».

Quelques jours seulement après que Trump a ordonné une attaque criminelle contre le Venezuela qui a fait au moins 80 morts, l'enlèvement de son président Nicolás Maduro et la saisie des vastes richesses pétrolières du pays, il est, selon de nombreuses informations, à quelques jours, voire quelques heures, de déclencher une guerre contre l'Iran.

Samedi, le Times a rapporté que le Pentagone avait présenté au président Trump «un éventail d'options, y compris des frappes sur des sites non militaires à Téhéran». Trump lui-même a menacé à plusieurs reprises de frapper l'Iran. En marge d'une réunion vendredi avec de hauts dirigeants pétroliers américains, convoqués pour discuter de la saisie par Washington du pétrole vénézuélien, il a déclaré: « Nous allons les frapper très fort là où ça fait mal.»

Lors d'un conseil de guerre avec le Premier ministre israélien à la Maison-Blanche le 29 décembre, Trump et ses conseillers ont invoqué le programme nucléaire iranien pour justifier une nouvelle attaque américaine contre l'Iran. Aujourd'hui, avec un cynisme débridé, il met en avant la répression croissante des manifestations antigouvernementales en République islamique pour justifier une nouvelle attaque contre l'Iran, se présentant, à la manière d'Hitler, comme un «libérateur».

Depuis le 28 décembre, des manifestations de masse, nées d'une détresse économique croissante, secouent l'Iran et se sont étendues ces derniers jours à toutes les régions du pays.

Le régime nationaliste bourgeois iranien, dirigé par le clergé chiite, a réagi avec une répression intensifiée. Depuis jeudi soir dernier, il a coupé l'accès à Internet et aux téléphones portables, procédé à des arrestations massives et réprimé violemment les manifestations.

Vendredi, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a juré que le gouvernement «ne reculerait pas» face aux «vandales» et aux «saboteurs». Le procureur général iranien a averti que toute personne participant aux manifestations serait considérée comme un «ennemi de Dieu» et passible, en cas de condamnation, de la peine de mort.

Des organisations de défense des droits humains basées hors d'Iran ont avancé des chiffres variables quant au nombre de manifestants tués, allant de quelques dizaines à plus de 100. Le gouvernement, quant à lui, a mis en avant la mort de plus d'une douzaine de membres des forces de sécurité et ce qu'il décrit comme des attaques armées contre des commissariats.

En raison de la répression exercée par la République islamique — qui témoigne du rétrécissement constant de la base sociale du régime — et de l'hostilité implacable des médias occidentaux à l'égard d'un Iran non directement soumis à l'impérialisme, il est difficile de se faire une idée précise des manifestations en Iran.

Mais toute tendance progressiste en Iran doit désavouer immédiatement le «soutien» de Trump, de dénoncer la menace d'une intervention militaire américaine imminente et d'exiger la levée immédiate des sanctions punitives qui étranglent l'économie iranienne.

Il existe indéniablement de profonds griefs sociaux parmi les ouvriers et les travailleurs ruraux iraniens. La République islamique est un régime capitaliste répressif. Elle s'est consolidée à la suite de la révolution de 1979 qui a renversé la dictature monarchique tyrannique du Shah, imposée par les États-Unis, grâce à la répression violente de toutes les organisations ouvrières de gauche ou indépendantes.

Ces dernières années, à commencer par les manifestations de masse contre la pauvreté et les inégalités sociales qui ont éclaté en décembre 2017, la classe ouvrière iranienne s'est affirmée comme une force combative. Ces derniers mois ont été marqués par des grèves et des manifestations, notamment de mineurs, de travailleurs du secteur pétrolier, de la santé et des transports.

Mais la vague de protestations actuelle n'a pas été initiée par les travailleurs. Au contraire, comme l'ayatollah Khamenei l'a lui-même reconnu, elle a débuté au sein du bazar, c'est-à-dire parmi les commerçants et les marchands issus de certaines couches de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie iraniennes qui ont traditionnellement constitué, pour reprendre les termes mêmes de Khamenei, un pilier du régime.

Bien que certains secteurs de la classe ouvrière et de chômeurs aient sans aucun doute été entraînés dans les manifestations, la classe ouvrière n'est pas intervenue en masse, et encore moins en tant que force indépendante défendant ses propres revendications et employant ses propres méthodes de lutte des classes.

Au contraire, tout porte à croire que les manifestations prennent un caractère de droite de plus en plus marqué, avec des forces réactionnaires et pro-impérialistes à l'intérieur de l'Iran, et à l'extérieur, dans la région voisine, et que Washington et les autres capitales impérialistes cherchent à instrumentaliser.

Il faut que les travailleurs et les paysans iraniens prennent garde. En 2013, l'opposition massive au président égyptien Mohamed Morsi, dont le gouvernement s'était avéré incapable de répondre aux revendications sociales ayant déclenché la révolution de 2011, a été exploitée par les secteurs les plus puissants de la bourgeoisie et de l'armée pour instaurer une dictature brutale sous le général el-Sissi, qui règne encore aujourd'hui.

Les médias occidentaux mettent désormais en avant le soutien des manifestants au fils du Shah, le «prince héritier» Reza Pahlavi. Installé aux États-Unis depuis 1978, il a appelé les opposants à la République islamique à «prendre le contrôle des centres-villes» et a exhorté Trump à mettre à exécution ses menaces d'attaquer l'Iran.

Il existe des preuves que certaines vidéos censées montrer des manifestants exprimant leur soutien au retour d'une monarchie pro-américaine ont été truquées. Quoi qu'il en soit, rien ne permet d'exclure que des couches de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie iraniennes aspirent au retour d'une monarchie tyrannique, au service de Washington, comme ce fut le cas avec le Shah.

Parallèlement, des nationalistes kurdes alliés à l'impérialisme américain et, dans certains cas, ouvertement à Israël, lancent des attaques armées.

Si ces forces l'emportent, elles instaureront un régime néocolonial. Un tel régime livrerait le pétrole iranien précisément aux puissances impérialistes, États-Unis en tête, qui conduisent depuis des décennies une campagne d'agression et de guerre économique implacable contre le peuple iranien. Il permettrait d'utiliser l'Iran comme base arrière pour l'offensive militaro-stratégique de Washington contre la Chine et la Russie, et il exploiterait et opprimerait sans scrupules la classe ouvrière.

La classe ouvrière iranienne ne peut subir ni la domination impérialiste, ni la misère économique et la répression politique de la République islamique. Elle doit intervenir en tant que force politique indépendante pour s'opposer à l'impérialisme, à toutes les institutions de la République islamique et à toutes les factions de la bourgeoisie iranienne.

Les travailleurs d'Amérique du Nord et d'Europe, quant à eux, doivent s'opposer sans relâche à l'agression impérialiste continue contre l'Iran, que ce soit sous forme d'attaque militaire directe, d'actions clandestines, de manipulation des factions pro-impérialistes de la bourgeoisie et de l'establishment clérical et politique, ou encore sous forme de campagne de guerre économique permanente.

Tous ces éléments font partie de la campagne de l'impérialisme américain, de concert avec son allié sioniste israélien, pour instaurer par la guerre, la terreur d'État et le changement de régime un «nouveau Moyen-Orient» sous une hégémonie américaine sans limites. Cet objectif prédateur, comme l'attaque de Trump contre le Venezuela et la mainmise sur son pétrole, est indissociable des préparatifs de guerre de Washington contre la Chine et d'autres rivaux stratégiques.

C’est à la classe ouvrière iranienne qu’il incombe de régler ses comptes avec la République islamique; Quant à Trump, ses prétendus adversaires du Parti démocrate et leur laquais couronné Reza Pahlavi, ils veulent son asservissement.

Khamenei et l'establishment clérical de la République islamique invoquent l'agression et les menaces de Trump pour justifier leur répression et leur gouvernement arbitraire. Mais le régime iranien, profondément divisé, s'est avéré totalement incapable d'apporter une réponse progressiste à l'escalade constante des pressions et des agressions menées par l’impérialisme américain. Car, en fin de compte, il est lui-même un instrument de l'impérialisme. Son opposition à l'impérialisme, dans la mesure où elle existe, ne vise qu'à accroître les possibilités de la bourgeoisie iranienne d'exploiter les travailleurs.

Depuis des décennies, l'establishment politique de la République islamique est profondément divisé entre une faction – menée par feu l'ex-président Hashemi Rafsanjani, son protégé et ex-président Hassan Rouhani et l'actuel président Massoud Pezeshkian – désireuse d'un rapprochement avec Washington et les puissances impérialistes européennes; et une faction adverse menée par les prétendus «irréductibles» et les Gardiens de la révolution islamique, qui privilégie un rapprochement avec la Chine et la Russie afin de négocier plus fermement avec l'impérialisme. Khamenei a agi comme un dirigeant bonapartiste, favorisant tantôt une faction et tantôt l'autre, tout en essayant de manœuvrer entre les puissances impérialistes, les principales autres puissances et les travailleurs iraniens.

Ces deux factions ont systématiquement démantelé les concessions sociales accordées à la classe ouvrière et aux masses rurales au lendemain de la révolution, mettant en œuvre des politiques néolibérales favorables aux investisseurs, qui ont aggravé la pauvreté et la précarité économique, dans un contexte d'inégalités sociales toujours plus criantes. De plus, les deux factions ont cherché à faire payer l’affrontement de l'Iran avec l'impérialisme à la classe ouvrière.

Même après l'attaque américano-israélienne de juin dernier, Téhéran a redoublé d'efforts pour parvenir à un accord avec Trump, mais s'est heurté à un refus systématique. Cette incohérence s'explique par la dynamique de classe: la plus grande crainte du régime est la menace que représente la classe ouvrière.

Pour vaincre l'impérialisme au Moyen-Orient, il est indispensable de mobiliser l'ensemble de la classe ouvrière et des masses opprimées – musulmanes, juives et chrétiennes, arabes, turques, kurdes, israéliennes et iraniennes – dans la lutte pour l'égalité sociale et les droits démocratiques pour tous, contre tous les régimes capitalistes et toutes les divisions communautaires et sectaires qu'ils engendrent. Dire que cela est impossible sur la base des appels islamistes réactionnaires et de l'idéologie populiste chiite du régime de la République islamique, c'est dire une évidence.

Toute l'histoire de l'Iran moderne — depuis l'échec de la révolution constitutionnelle au début du XXe siècle et le renversement du régime nationaliste de Mossadegh en 1953 jusqu’aux 47 années de République islamique, en passant par le détournement et la répression de la révolution iranienne de 1979 — montre que la seule stratégie viable pour la classe ouvrière iranienne est la stratégie de la révolution permanente.

Formulée initialement par Léon Trotsky, la stratégie de la Révolution permanente a animé la Révolution russe de 1917 et la lutte contre la bureaucratie nationaliste stalinienne qui avait usurpé le pouvoir de la classe ouvrière dans un contexte d'isolement révolutionnaire et qui, à terme, restaura le capitalisme. Elle démontre qu'à l'époque impérialiste, les tâches démocratiques liées aux révolutions bourgeoises historiques des XVIIIe et XIXe siècles – notamment l'indépendance et l'unité nationale, et la séparation de l'Église et de l'État – ne peuvent être accomplies qu’à travers l’instauration du pouvoir ouvrier et comme une partie de la lutte pour la révolution socialiste mondiale.

(Article paru en anglais le 12 janvier 2026)

Loading